Regards croisés : Bryan et Milka, deux volontaires tanzaniens au service du lien social à Mayotte
Ils sont arrivés sur deux communes voisines de Mayotte, portés par la même conviction : que le volontariat est une manière concrète de se rendre utile aux autres. Milka et Bryan, tous deux originaires de Tanzanie, réalisent leurs missions en Service Civique International en réciprocité avec France Volontaires, avec le soutien du Département de Mayotte dans le cadre du programme Territoires Volontaires.
Les premiers volontaires en réciprocité avec le Département de Mayotte
À Tsingoni, Bryan œuvre au rapprochement des villages de Miréréni et Combani, au sein du service Politique de la Ville et Cohésion Sociale, en travaillant main dans la main avec les jeunes du Conseil Municipal des Jeunes. À M’Tsangamouji, Milka participe à des ateliers éducatifs et culturels auprès des enfants et des habitants, rattachée au service jeunesse, sport et culture de la commune.
Il y a deux choses qui m’ont beaucoup marquée : d’abord la beauté de l’île — voir les plages de sable noir et de sable blanc depuis les montagnes, c’est magnifique. Et puis, lors d’une randonnée, j’ai vu un vrai tamarinier pour la toute première fois de ma vie, j’étais tellement contente ! — Milka
Deux territoires, deux missions, un même objectif : créer du lien. À travers ce regard croisé, Milka et Bryan reviennent sur leur arrivée, leur intégration et la manière dont ils envisagent la suite de leur engagement à Mayotte.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Milka : Je m’appelle Milka, je viens de Tanzanie où j’ai fait mes études à l’Université de Dodoma. J’aime beaucoup enseigner et échanger avec les autres, et j’ai déjà eu l’occasion de travailler avec des enfants et de faire du bénévolat à l’Alliance Française de Dar es Salaam. Aujourd’hui, je suis à M’Tsangamouji à Mayotte pour une mission de Service Civique International en réciprocité de 8 mois avec France Volontaires.
Bryan : Je m’appelle Bryan, originaire de Dar es Salaam, Tanzanie. Après une Licence en Lettres en Études de Langues (Anglais et Français) à l’Université de Dar es Salaam, j’ai effectué deux missions d’assistant de langue anglaise à Clermont-Ferrand, en France. Ma mission se déroule à la commune de Tsingoni, au sein de la Maison France Service, et plus précisément du service Politique de la Ville et Cohésion Sociale. Elle inclut des animations, des activités de terrain et la participation aux actions du CMJ.
Pourquoi as-tu choisi de t’engager en tant que volontaire et pourquoi avoir choisi cette mission à Mayotte ?
Milka : Je voulais vraiment vivre une aventure utile, partager ce que je sais et apprendre des autres. Le choix de Mayotte s’est fait naturellement parce que c’est une belle occasion de pratiquer le français au quotidien tout en restant dans la région de l’océan Indien, pas très loin de chez moi, et de découvrir une culture magnifique.
Bryan : J’aime mettre mes compétences au service de la société. Le volontariat m’offre cette opportunité. J’ai choisi Mayotte car c’est un territoire où je peux à la fois contribuer et démontrer efficacement ma capacité d’adaptation. Je crois que c’est à moi de m’adapter à l’environnement pour en faire un lieu de vie meilleur.
En quoi consiste ta mission au quotidien ? Quelles sont les premières actions que tu as pu mettre en place ou découvrir depuis ton arrivée ?
Milka : Au quotidien, j’aide l’équipe de ma structure d’accueil à M’Tsangamouji. Je participe aux animations, aux ateliers éducatifs et culturels, et j’accompagne les enfants du quartier pour des animations éducatives (écriture, lecture, compréhension de texte). Depuis mon arrivée, j’ai pris part à plusieurs animations : à M’Tsangamouji, une séance de cinéma plein air, l’événement « Ma commune a du talent », la remise des récompenses aux lauréats d’études supérieures, une balade à vélo et une randonnée ; à Chembényoumba, une séance de cinéma plein air ; à la plage de Tanaraki, la 3ᵉ édition de la compétition de beach foot.
Bryan : Ma mission au quotidien consiste à participer aux activités intercommunautaires organisées par le service Politique de la Ville et Cohésion Sociale, afin de renforcer le lien social entre les habitants de Miréréni et Combani. J’ai pris part à des rencontres avec les jeunes du CMJ, contribué à des ateliers de sensibilisation et commencé à identifier les besoins locaux en matière de cohésion sociale, tout en m’adaptant à la culture locale.
Ces premières actions m’ont permis de découvrir le territoire, où les jeunes ont besoin de liens, car ceux des deux villages ne se mélangent pas facilement.
Comment se sont passés ton arrivée et ton intégration au sein de ta structure d’accueil et de ton équipe ?
Milka : Mon arrivée s’est très bien passée, à commencer par l’accueil chaleureux à l’aéroport. J’ai ensuite été présentée aux différents services de la mairie, aux élus, ainsi qu’à l’équipe du service jeunesse, sport et culture, qui porte la mission pour laquelle je suis venue. L’équipe de M’Tsangamouji m’a accueillie à bras ouverts. Ils sont vraiment gentils et disponibles, ce qui m’a aidée à me sentir à l’aise tout de suite et à prendre mes marques facilement.
Bryan : J’ai été bien accueilli, et mes collègues ont répondu à toutes mes questions sur le territoire et le fonctionnement de la structure. Mon équipe m’a montré une grande collaboration, comme si nous travaillions ensemble depuis longtemps.

Après ton arrivée à Mayotte, quelles similitudes, as-tu remarquées avec la Tanzanie, dans la culture, les modes de vie ou les relations avec les habitants ?
Milka : Ce qui se ressemble : l’accueil et la gentillesse des gens ! À Mayotte comme en Tanzanie, il y a cette même chaleur humaine et cet esprit de famille. Le climat tropical et la mer me rappellent aussi chez moi. En plus, dans la langue shimaore, il y a beaucoup de mots proches du swahili, ce qui m’aide à comprendre certaines choses.
Bryan : À mon arrivée à Mayotte, j’ai remarqué des similitudes avec la Tanzanie, notamment la nourriture (manioc, bananes plantains, racines de taro « madjimbi ») et surtout la langue : le shimaoré et le swahili partagent des racines bantoues, avec des mots proches et de sens similaire, comme hazi/kazi, mingi/mengi ou ndjema/njema. Certains mots se ressemblent mais diffèrent de sens : « Marahaba » signifie « merci » en shimaoré, alors qu’en swahili c’est la réponse au bonjour adressé aux adultes. J’ai aussi remarqué une convivialité similaire dans les relations, avec un accueil très chaleureux envers les nouveaux arrivants comme moi. Les femmes s’habillent parfois en khanga, un vêtement traditionnel également présent en Tanzanie et important dans chaque foyer.
En revanche, j’ai noté des différences culturelles : ici, les hommes mahorais se serrent la main partout et avec tout le monde, ce qui n’est pas systématique en Tanzanie, où cela dépend du contexte. Aussi, à Mayotte, il est courant de voir des maisons en tôle, alors qu’en Tanzanie c’est rare, même dans les villages.
Quels sont tes objectifs ou tes envies pour la suite de ta mission ? Qu’aimerais- tu accomplir ou transmettre à travers ton engagement ?
Milka : Pour la suite, j’aimerais continuer à proposer de beaux projets éducatifs et culturels, créer de vrais liens avec les habitants et partager ma culture à travers l’éducation populaire. Sur le plan personnel, je veux profiter de cette expérience pour grandir, apprendre de nouvelles choses et bien me préparer pour la suite de mes études et de mon parcours professionnel.
Bryan : Pour la suite, je souhaite renforcer la confiance entre les jeunes, mieux comprendre les réalités locales, et transmettre l’idée que le dialogue est un outil puissant pour vivre ensemble.





















