Avec le programme V-Forêts, Yves accompagne les communautés autochtones au Cameroun
J'interviens dans les foyers de Ngoyang et Lolodorf où sont scolarisés les jeunes bakolas
Ingénieur agronome spécialisé en environnement, Yves a choisi de mettre ses compétences au service des peuples autochtones en s’engageant comme Volontaire de Solidarité Internationale au Cameroun. Déployé par la DCC auprès du RECODH dans le cadre du programme V-Forêts, il contribue au Plan pour les Peuples Autochtones Vulnérables (PPAV) en appuyant les actions menées en faveur des communautés bakola. Entre immersion sur le terrain, sensibilisation et échanges du quotidien, il partage une expérience qui invite à repenser notre regard sur l’engagement, le progrès et la préservation des savoirs traditionnels.
Pourquoi avoir fait le choix de t’engager comme volontaire ?
En quittant mon dernier CDI fin 2024, j’avais déjà l’intention de partir à l’étranger pour une longue durée. Je me suis donc dit : “Pourquoi pas faire cela tout en proposant mes compétences ?” Le volontariat m’allait donc parfaitement.
Avais-tu une connaissance préalable des enjeux liés aux peuples autochtones avant de rejoindre ce programme ?
Oui, quelques-uns. Juste avant mon VSI, je suis parti en auto-stop à la rencontre du dernier peuple autochtone d’Europe, les Sàmis, vivant dans les régions subarctiques entre la Norvège, la Finlande, la Suède et la Russie. Ils sont, aujourd’hui, menacés par l’industrie minière et portuaire. J’avais également eu des contacts avec des défenseurs des droits des peuples autochtones de l’actuel Etat du Mato Grosso au Brésil lors de mon semestre académique là-bas, encore une fois, par ma propre initiative. Egalement, je m’étais renseigné sur le sujet des peuples autochtones du Cameroun grâce à des documentaires et des lectures scientifiques et anthropologiques.
Peux-tu nous décrire ta mission et les actions menées ?
Je suis un petit maillon d’une chaîne qui me dépasse amplement ! Le PPAV est en place depuis plus de vingt ans, et je viens en appui sur un secteur précis, pour une durée d’un an. Mon rôle est d’appuyer mes collègues du RECODH, d’alléger en partie leur charge de travail sur le terrain et dans les bureaux et de proposer mes idées.
C’est quoi ta journée type ?
De manière générale… Je n’ai pas vraiment de journée type, car celles-ci varient beaucoup. Je peux toutefois donner un exemple de journée type de quand je suis sur le terrain :
– 7h : lever et petit-déjeuner
– 9h : départ pour les campements et suivi agronomique des pépinières. Il est important de participer aux tâches avec les habitantes et habitants sur tout le long de l’activité de formation et de sensibilisation. Généralement, nous parcourons deux à trois campements au cours de la journée, plus si le suivi s’effectue rapidement.
– 15h : retour au foyer et pause repas, lessive etc
– 20h : éventuellement activité avec les jeunes selon les possibilités : musique, astronomie, jeux etc.

Quels sont les principaux piliers du programme (santé, éducation, droits fonciers, préservation culturelle) sur lesquels tu interviens ?
J’interviens principalement dans le secteur de l’éducation. En effet j’interviens dans les foyers de Ngoyang et Lolodorf où sont scolarisés les jeunes bakolas et je participe aux actions de sensibilisation dans les campements.
Te souviens-tu de ton premier contact avec la communauté ?
Oui ! C’était à la toute fin du mois d’août 2025, j’étais extrêmement enthousiaste car j’attendais ce moment. Je m’étais assez bien renseigné sur eux donc l’effet de surprise a été assez limité. L’impression que j’en ai eue était, quand même, il faut le dire, un certain dénuement et isolement, mais également beaucoup de tranquillité.
Comment as-tu géré la barrière de la langue ou les différences culturelles au début ?
La barrière de la langue est surtout présente avec les plus jeunes qui ne parlent pas forcément très bien le français. Donc on s’adapte, on simplifie, on fait comme on peut, sans que ça suffise toujours.
Peux-tu nous raconter une anecdote ou une rencontre avec un membre de la communauté qui t’a particulièrement marqué ?
Evidemment, ce cher Patrick. C’est un de nos voisins au foyer de Ngoyang. Il m’a proposé de partir chasser avec lui un dimanche et nous avons passé quelques heures en forêt à relever les pièges. Malheureusement on n’a rien attrapé. Et plus, mon collègue sur place le maître d’internat m’a un peu repris, à raison. Mais j’en garde tout de même un très bon souvenir.
Quel est ton meilleur souvenir, ta plus grande fierté et difficulté en tant que volontaire ?
La plus grande difficulté est logistique : beaucoup de déplacements, souvent décidés en dernière minute, dont je ne connais pas la durée, durant lesquels je n’ai pas ou très peu de réseau, et que je ne sais pas comment planifier.
Je suis assez content de la soirée astronomie que j’ai faite avec les jeunes du foyer de Ngoyang. Malgré la compréhension compliquée du français, nous avons pu comprendre ensemble ce que nous étions en train d’observer et utiliser notre imagination pour comprendre l’agencement et le fonctionnement de l’Univers.

Qu’est-ce que les peuples autochtones t’ont appris sur ta propre vision du monde ou sur la notion de “progrès” ?
Que la notion de “progrès” n’existe pas chez eux, la réalité est tout simplement différente.
Selon toi, quel est le plus grand besoin des communautés autochtones aujourd’hui pour assurer leur avenir ?
Les communautés autochtones, du moins celles avec qui je travaille, ont besoin de diversifier leurs formes de subsistance alimentaire et économique, tout en affirmant leur souveraineté territoriale et patrimoniale.
Comment vois-tu l’évolution de ton engagement à la fin de cette mission ?
Je compte continuer mon engagement en tant que volontaire pour l’agriculture paysanne et vivrière en France de manière autonome. Je le ferai pendant plusieurs mois à temps plein dans un premier temps.
Quel message souhaiterais-tu faire passer à ceux qui n’ont qu’une vision lointaine ou stéréotypée des peuples autochtones ?
Que je les comprends un peu, c’est quasiment impossible d’avoir une vision précise et éclairée de la vie des peuples autochtones sans avoir de contacts avec eux. Par convergence des luttes, les enjeux de protection des peuples autochtones rejoignent les enjeux de protection des populations vulnérables en général. Donc outre l’aspect culturel qu’il est bon de connaître pour l’intérêt personnel, il est également utile de s’éduquer sur les enjeux rencontrés par les populations défavorisées en général.
