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02 sep. 26
Mayotte
Île Maurice
La Réunion
Outre-mer

Bassoiridine, volontaire en mission entrepreunariat à Maurice

Un moyen très concret d’observer les besoins d’un territoire et les réponses que les entrepreneurs peuvent y apporter.

Bassoiridine Chanfi a 27 ans, il vient de M’Tsangamouji dans le nord-ouest de Mayotte, et il est volontaire de solidarité internationale (VSI) au sein de Cap Business Océan Indien à l’Île Maurice, une mission qui a pu voir le jour grâce au partenariat du Département-Région de Mayotte dans le cadre du programme Territoires Volontaires, ainsi qu’à France Volontaires Réunion-Mayotte.

Parle nous brièvement de ton parcours avant de t’engager sur cette mission ?

J’ai commencé mon parcours scolaire par un baccalauréat littéraire à Mayotte, avant de m’orienter progressivement vers la gestion, le management et la stratégie. J’ai ensuite intégré l’ESCGM à Mayotte, où j’ai obtenu un BTS Gestion de la PME, puis j’ai poursuivi mes études à Talis Business School avec un Bachelor CACMO ESS, avant de terminer par un Master Manager de la Stratégie et de la Performance Commerciale, spécialisé dans l’Économie Sociale et Solidaire.

Sur le plan professionnel, j’ai commencé à acquérir de l’expérience à travers plusieurs stages et missions en gestion et en administration, avant de m’orienter davantage vers la gestion de projets. J’ai notamment effectué une alternance chez Apprentis d’Auteuil Mayotte, j’étais chargé de communication et de projets au sein du pôle Prévention et Protection de l’enfance. J’intervenais notamment sur la communication du pôle, la conception de supports et d’outils, la coordination et le suivi de projets, ainsi que l’organisation d’événements et d’actions à destination des jeunes.

J’ai ensuite poursuivi mon parcours professionnel à Autisme Mayotte en tant que chargé de projet Qualité & Satisfaction, avec notamment des missions de pilotage de projets, de suivi d’indicateurs, d’amélioration continue, de recherche de financements et de gestion de partenariats.

Pourquoi as-tu choisi de t’engager en tant que volontaire et qu’est-ce qui t’a attiré dans une mission liée à l’entrepreneuriat ?

J’ai choisi de m’engager en tant que volontaire parce que je voulais découvrir ce qui se faisait ailleurs, au-delà des parcours auxquels un jeune Mahorais a généralement accès, souvent tournés vers la France métropolitaine ou La Réunion.

La mission à l’île Maurice m’a particulièrement attiré parce que c’est une île proche de Mayotte, avec certaines similitudes, notamment géographiques et climatiques, mais avec une organisation économique différente. J’ai donc eu envie de comprendre comment les acteurs locaux s’organisent pour répondre aux besoins de leur population.

La mission en entrepreneuriat m’intéressait justement pour cette raison : c’est un moyen très concret d’observer les besoins d’un territoire et les réponses que les entrepreneurs peuvent y apporter.

Peux-tu nous expliquer le rôle de Cap Business et en quoi consiste ta mission au sein de cette organisation ?

Cap Business Océan Indien est une association fondée en 2005 par les chambres de commerce de la région du sud-ouest de l’océan Indien. Elle regroupe aujourd’hui les CCI et organisations professionnelles de Mayotte, La Réunion, des Comores, de Maurice, des Seychelles et de Madagascar.

Avec un réseau de plus de 20 000 entreprises représentées, sa mission est de favoriser les échanges économiques entre les territoires et de faire émerger des coopérations régionales autour d’enjeux communs.

Je suis, pour ma part, VSI, chargé de projets « Entrepreneuriat ». À mon arrivée, j’ai d’abord accompagné mes collègues dans leurs différentes missions afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’organisation et les réalités économiques de la région.

Aujourd’hui, mon travail consiste principalement à collecter, structurer et analyser des informations afin de mieux cartographier les acteurs économiques de la région, leurs activités et leurs besoins.

L’entrepreneuriat est souvent associé à la création d’entreprise. Au-delà de cela, comment ta mission contribue-t-elle au développement économique des territoires de l’océan Indien ?

Pour nous, l’entrepreneuriat ne se limite pas à la création d’une entreprise. Il s’agit aussi de créer un environnement favorable à son développement.

À travers ma mission, mais aussi celles de mes collègues, nous cherchons à mieux connaître les acteurs économiques de la région, leurs besoins et les structures qui les accompagnent. Cap Business Océan Indien joue déjà ce rôle de plateforme régionale, et notre objectif est de renforcer cette dynamique en développant davantage les échanges, le partage de bonnes pratiques et les coopérations, notamment à travers des outils comme le Forum économique des îles de l’océan Indien, que nous organisons chaque année. À terme, nous souhaitons contribuer à un écosystème entrepreneurial encore plus connecté, capable de mieux répondre aux besoins des entrepreneurs et de créer davantage d’opportunités entre les territoires.

As-tu découvert des façons différentes d’entreprendre ou de travailler à Maurice par rapport à ton expérience précédente ? Qu’est-ce qui t’a marqué ?

Oui, notamment à travers certaines initiatives qui proposent des modèles économiques différents. Ayant une sensibilité assez forte aux questions sur le monde de l’Économie Sociale et Solidaire, j’ai été particulièrement marqué par le modèle d’Ebony Forest, à Chamarel.

C’est une organisation à but non lucratif qui a réussi à construire un modèle économique autour de la restauration des forêts, de la protection de la biodiversité et de l’écotourisme, tout en recherchant sa propre pérennité.

Je trouve cette approche particulièrement intéressante, car elle montre qu’on peut concilier impact environnemental et modèle économique. C’est une réflexion qui pourrait être intéressante à suivre à Mayotte, où les structures de l’ESS rencontrent encore beaucoup de difficultés à assurer leur pérennité.

Quelle rencontre, quel projet ou quel moment a particulièrement marqué le début de ton expérience ?

Je dirais que c’est le Forum économique des îles de l’océan Indien qui m’a le plus marqué. J’ai eu l’occasion d’y participer deux fois : une première fois en tant qu’invité à Mayotte, puis une seconde fois en tant qu’organisateur cette année même aux Comores à l’occasion de la 15e édition.

Ce qui m’a marqué, c’est de voir comment les acteurs économiques s’approprient réellement l’événement pour échanger, débattre et surtout chercher ensemble des solutions aux problématiques qu’ils rencontrent.

Je suis encore relativement jeune, et je me souviens qu’on avait parfois tendance à se dire avec les amis que « pas grand-chose n’était fait pour faire évoluer les choses ». Là, j’ai vraiment pu constater l’inverse : malgré la complexité et la persistance des difficultés, des acteurs prennent le temps de se réunir, de confronter leurs expériences et d’essayer de faire avancer les choses concrètement. C’est probablement ce qui m’a le plus marqué dans mes premiers mois d’expérience.

Au-delà de ta mission, quelles découvertes de Maurice ont marqué ton expérience ?

Au-delà de ma mission, ce qui m’a particulièrement marqué à Maurice, c’est la manière dont la multiculturalité fait partie du quotidien. On y retrouve des communautés, des cultures et des religions différentes qui coexistent et participent toutes à l’identité du pays.

Venant de Mayotte, c’est quelque chose qui m’interpelle particulièrement, parce que mon territoire rencontre encore des difficultés importantes autour du vivre-ensemble et de l’intégration des personnes qui viennent de l’extérieur.

Je ne dirais pas que le modèle mauricien est parfait, mais cette capacité à faire coexister différentes identités dans un même espace est une vraie source de réflexion pour moi. Cela m’a permis de prendre du recul sur mon propre territoire et de voir que la diversité peut aussi être une richesse lorsqu’elle est suffisamment intégrée dans la société.

Pourquoi recommanderais-tu le volontariat international ?

Je recommanderais le volontariat international parce que c’est une expérience qui permet de sortir concrètement de son cadre habituel, aussi bien professionnellement que personnellement.

Pour un jeune de Mayotte, c’est notamment l’occasion de découvrir d’autres environnements que le parcours plus classique vers La Réunion ou la France métropolitaine. Dans mon cas, travailler à Maurice m’a permis de découvrir le fonctionnement d’une organisation régionale, de participer à l’organisation d’événements comme le Forum économique des îles de l’océan Indien et d’échanger avec des professionnels venant de plusieurs territoires.

C’est aussi une expérience qui permet de gagner rapidement en autonomie et en responsabilités. On est directement impliqué dans des projets, on doit s’adapter à de nouvelles méthodes de travail et apprendre à travailler avec des personnes qui ont des cultures et des façons de faire différentes.

Et surtout, cela permet de revenir avec un autre regard sur son propre territoire. En découvrant ce qui se fait ailleurs, on peut identifier des pratiques ou des idées qui pourraient être adaptées à Mayotte. Pour moi, c’est donc à la fois une expérience professionnelle, humaine et une manière de contribuer, à terme, au développement de son territoire.