Damiens, en volontariat dans les Caraïbes contre l’invasion des algues sargasses
Accompagner les travaux de la Commission de la Mer des Caraïbes (CMC) de l’AEC
Damiens Nicolas a 25 ans, après des études en philosophie, il poursuit un master en Affaires publiques à l’Institut d’études politiques de Lyon. En 2023, il décide de faire une année de césure et s’engage en mission de volontariat de solidarité internationale (VSI) à Trinidad au sein de l’Association des États de la Caraïbes (AEC) à Port-d’Espagne, capitale de Trinité-e-Tobago. Un an après la fin de sa mission de VSI, il revient sur son parcours, son engagement et l’impact de mission sur sa vie tout en évoquant ses projets futurs.

Peux-tu nous résumer ta mission en quelques mots ?
Positionnée au sein de la Commission de la Mer des Caraïbes, j’étais chargé d’appui à la lutte contre les sargasses portée par la Région Guadeloupe, préalablement engagée dans la lutte contre l’invasion des algues sargasses au travers du projet SARGCOOP, la mission visait à accompagner les travaux de la Commission de la Mer des Caraïbes (CMC) de l’AEC, en soutenant le développement d’une sous-commission dédiée à la gestion des sargasses. En résumé, les objectifs initiaux de la mission consistaient à renforcer la réponse régionale face aux échouages de sargasses en appuyant la structuration d’une gouvernance partagée entre les différents pays de la Caraïbe membres de l’AEC.
Pourquoi t’être engagé ?
Mon engagement en tant que volontaire de solidarité internationale s’inscrivait dans une démarche cohérente avec mes objectifs professionnels et personnels. Je souhaitais acquérir une expérience concrète en coopération régionale et en développement durable, dans un contexte institutionnel multilingue et diplomatique tel que celui de l’Association des États de la Caraïbe. La mission proposée, centrée sur la gestion des sargasses, me semblait particulièrement pertinente en tant qu’enjeu de coopération régionale visible pour les citoyens caribéens, tout en permettant de contribuer à l’action collective portée par la Région Guadeloupe. Par ailleurs, ce volontariat représentait une opportunité précieuse de découvrir la Caraïbe anglophone à travers un séjour prolongé à Trinidad et Tobago, pays carrefour à la culture riche et diversifiée. Ce contexte m’a permis de nouer des liens avec d’autres jeunes professionnels et étudiants de la région engagés dans les politiques climatiques, enrichissant ainsi mon réseau et ma compréhension des dynamiques caribéennes.
Quel a été ton parcours depuis la fin de sa mission ?
Ma mission s’est terminée à la fin du mois de mai 2025 et je suis revenu en Guadeloupe. J’ai repris mes activités associatives. J’ai également passé des entretiens préliminaires pour la réalisation d’un mémoire de recherche sur la coopération régionale et la lutte contre la prolifération des algues sargasses tout en clôturant mon second semestre de Master.
En octobre dernier, j’ai eu le plaisir de partager mon expérience dans la lutte contre le changement climatique et plus précisément la gestion de la crise des algues sargasses sous l’angle de la coopération avec une approche politique et philosophique du sujet dans la Caraïbe au cours du Tedx Pointe-à-Pitre 2025.
Par la suite, j’ai également participé en ligne à la COP30, lors d’un événement en lien avec les territoires océaniques.
Aujourd’hui je suis en stage de au sein de Prepared International, un petit cabinet de conseil créé en 2015 à la suite du Séisme au Népal. Prepared International (PPI) est une organisation de conseil experte de premier plan dans les domaines de la gestion des risques de catastrophes, de la préparation et de la réponse aux situations d’urgence, ainsi que de l’adaptation au changement climatique, tant pour le secteur public que privé.
Globalement, le but de l’organisme est l’accompagnement des gouvernements, des organisations publiques et parapubliques pour le renforcement de capacités sur les thématiques comme :
- l’appui à la continuité institutionnelle en cas d’aléas ou de catastrophes naturelles
- la préparation et l’élaboration de plans de réponse standard face aux crises
- la conception de scenarii et production de livrables
Penses-tu que le VSI est un atout pour la suite de ton parcours professionnel et personnel ?
Le VSI a été utile dans mon parcours professionnel même si j’avais déjà développé différentes compétences techniques grâce à mes expériences associatives.
En ce qui concerne mon poste actuel, l’agence travaille en consortium d’experts en fonction des thématiques. Je pense que mon profil a retenu leur attention grâce à mon expérience à l’AEC. Étonnamment, même si l’approche de PPI est orientée vers opérationnel, cette première expérience diplomatique au sein de l’AEC a séduit les recruteurs.
Quelles sont les différences entre ce que tu faisais à l’AEC ce que tu fais actuellement en stage ?
J’aime cet apprentissage, car il me permet de me positionner sur un versant plus opérationnel. A l’Association des Etats de la Caraïbe ( AEC) j’étais du côté de ceux qui lancent les appels à projets, désormais je suis du côté de ceux qui y répondent. A cela s’ajoute une dimension marketing plaidoyer qu’on appelle aussi advocating. Plus simplement, la nécessité de se positionner au sein d ‘une sphère et de se faire connaître.
Est-ce que ton expérience de volontariat a influencé ton orientation académique ? As-tu changé de projet professionnel par rapport à ce que tu envisageais avant de partir ?
Je prévois de faire un autre master 2, plus axé sur les questions d’adaptation climatique. Je suis actuellement en phase de candidature. Je ne souhaite pas m’orienter vers la recherche, mais plutôt vers un cursus davantage tourné vers le monde professionnel.
Je veux approfondir tout ce qui concerne l’adaptation au changement climatique, ainsi que développer des compétences juridiques et liées au contexte assurantiel.
Je souhaite également acquérir des compétences plus techniques pour favoriser mon adaptabilité à différents postes ou secteurs d’activité dans lesquels je pourrais postuler. Durant mon année à l’AEC, j’ai fait un constat : celui de la fragilité des projets dans le domaine de la coopération diplomatique régionale. Plusieurs programmes ont vu leurs financements coupés en raison de situation géopolitique. Sans oublier qu’être recruté au sein des organisations internationales est assez difficile. Le marché est en cours de restructuration.
J’ai compris ce qui relève réellement de la réalité des organisations, notamment leur manque de moyens. En tant que jeune professionnel, on arrive avec certaines attentes, mais il faut apprendre à composer avec de fortes contraintes.
En quoi cette mission a-t-elle influencé ton projet professionnel ?
Le VSI m’a permis de prendre conscience à la fois des opportunités et des défis propres à la zone Caraïbe. J’ai ainsi compris que les parcours dans cette région ne sont pas nécessairement linéaires, mais qu’ils offrent en contrepartie la possibilité d’être pionnier dans certains domaines.

Aujourd’hui, mon intérêt se porte davantage sur les enjeux liés au changement climatique que sur la zone géographique en elle-même. Néanmoins, le fait d’avoir travaillé dans la Caraïbe reste un atout, notamment pour évoluer dans d’autres régions insulaires comme le Pacifique ou l’océan Indien. Cette expérience représente également un avantage pour intégrer des environnements anglophones, ainsi que pour intervenir dans de grandes villes côtières particulièrement vulnérables.
Ainsi, je pense que le VSI a contribué à élargir mon champ d’horizon. Maintenant, je visualise mieux les diverses opportunités. Le VSI m’a apporté une compréhension concrète de ce que signifie travailler dans la Caraïbe, en particulier sur les questions environnementales, tout en m’aidant à ne pas me limiter à ce seul cadre. Cette expérience m’a ouvert à d’autres thématiques que je souhaite désormais explorer.
Enfin, chose importante, le VSI à Trinité et Tobago, m’a permis de me constituer un réseau, de mieux cerner les enjeux existants et de réfléchir à la manière dont je pourrais me positionner à l’avenir.
Comment s’est passée ta réinstallation sur le territoire ? As-tu le sentiment que ton regard sur les Antilles a changé après ton départ ? As-tu vécu un “choc du retour” en revenant ? Qu’est-ce qui t’a le plus surpris ou déstabilisé en rentrant ?
Pas vraiment de choc culturel. Quand je suis revenu ici, j’ai mieux compris ce que voulait dire être caribéen, antillais français, et je me rends compte que je m’adapte assez facilement à mon environnement.
En revanche, en revenant, je ne ressentais plus l’insécurité de la même manière. La vision que je projetais sur la Guadeloupe a changé. Le regard que je portais sur la Guadeloupe a changé, notamment en termes de confort. Enfin, je remarque une sensibilité différente à la violence, qui fait également partie des éléments qui ont évolué dans mon regard depuis mon retour.
Il y a aussi pas mal de petits détails. Par exemple, je me rends davantage compte de la cherté de la vie. J’observe aussi certains aspects de retard de développement territorial en Guadeloupe, par exemple sur les problématiques d’eau ou de déplacement. À l’inverse, à Trinidad, il n’y a pas de problème d’eau ni de transport public. C’est assez paradoxal, car la Guadeloupe a un bon niveau de vie, un niveau de vie supérieur à celui des autres îles de la Caraïbe, mais nous sommes en retard sur des points très spécifiques en comparaison avec d’autres îles.
De plus, je réalise que le développement est très différent d’une île à l’autre, tout comme les modes de vie et de pensée.
Qu’est-ce que cette expérience t’a appris sur toi-même?
Ce que j’ai appris sur moi, c’est que je peux être résilient. En dépit des problématiques de gestion humaine que j’ai pu rencontrer durant ma mission, j’étais déterminé à aller au bout de ce que j’avais commencé.

Par ailleurs, pour pouvoir performer dans ces environnements (organisations internationales), il est essentiel de développer une résilience à la fois professionnelle et personnelle, mais aussi de comprendre comment adopter une posture stratégique. Cela implique d’être plus procédurier, de savoir se protéger et de bien analyser les situations.
Enfin, cette expérience m’a aussi permis de mieux verbaliser et clarifier mes compétences.
Quels conseils donnerais-tu aux futurs volontaires ?
Avant de s’engager, il faut avant tout comprendre son statut de volontaire, prendre le temps de l’analyser, savoir ce que l’on vient chercher dans le volontariat, qui l’on est et quelles sont nos attentes afin de penser son engagement en cohérence avec son parcours, avant comme après.
Concernant la destination, il est important de ne pas être déconnecté du territoire et de ne pas voir le volontariat comme une bulle. On vit à l’étranger, il faut s’adapter au contexte local. Rapidement, on peut s’enfermer dans une bulle d’expatrié.
Enfin, il est essentiel de travailler son réseau professionnel et de développer ses compétences, car le VSI peut parfois sembler assez flou. Il faut donc être capable de valoriser cette expérience, aussi bien dans le pays d’accueil que dans son pays d’origine.
L’Association des États de la Caraïbe (AEC) est une organisation intergouvernementale créée en 1994, qui regroupe les pays et territoires du bassin caribéen. Elle vise à renforcer la coopération régionale dans des domaines clés comme le commerce, le transport, le tourisme durable et la gestion des risques naturels. L’AEC joue également un rôle important dans la promotion de l’intégration économique et le développement durable, en tenant compte des spécificités et des vulnérabilités des États de la région.