Entrepreneuriat féminin et résilience climatique en Casamance : le volontariat comme terrain d’apprentissage
Renforcer la résilience climatique des agricultrices en Casamance.
Anne Arrivé, 26 ans, est volontaire de solidarité internationale (VSI) depuis février 2025. Ingénieure agricole de formation, diplômée de l’ISTOM à Angers, elle est spécialisée en développement des territoires et transition agricole, notamment sous le prisme socio-économique, dans les régions tropicales. Après une première expérience de terrain au Sénégal dans le cadre de son stage de fin d’études avec l’ISRA et le CIRAD, elle s’engage aujourd’hui dans un projet alliant entrepreneuriat féminin, agriculture durable et adaptation au changement climatique en Casamance.
Comment as-tu découvert le volontariat et qu’est-ce qui t’a poussée à t’engager ?
J’avais déjà été engagée à travers des associations étudiantes, notamment via la mise en place d’un projet de solidarité internationale en Moldavie, mais je connaissais surtout les VIE, les VIA et le service civique, et assez peu le volontariat de solidarité internationale. Je ne cherchais pas spécifiquement à faire un volontariat : je cherchais un premier poste à l’international qui corresponde à mes études. Le VSI s’est imposé comme une transition très pertinente entre la fin des études et la vie professionnelle, avec un cadre sécurisant mais de vraies responsabilités.
Pourquoi avoir choisi le Sénégal et la Casamance ?
Mon stage à Dakar m’avait beaucoup plu et donné envie de découvrir davantage le pays. La Casamance, que je ne connaissais pas du tout mais dont j’avais beaucoup entendu parler, était sur ma to-do list. Aujourd’hui, je dis souvent que Ziguinchor est la meilleure ville du Sénégal : plus rurale, plus calme, avec moins de bruit comparé à Dakar.
Je trouve que la manière de saluer au Sénégal, en général, en dit beaucoup sur la culture locale : la façon de prendre le temps de faire les choses témoigne d’une très forte chaleur humaine.
Peux-tu présenter ta structure d’accueil ?
Je suis volontaire auprès d’Entrepreneurs du Monde, (envoyée par la Guilde ndlr) une ONG française qui œuvre pour l’inclusion financière et sociale des populations vulnérables. L’objectif est de donner accès à des financements à des personnes qui n’ont pas accès au système « classique », mais aussi de travailler sur l’agriculture durable et l’accès à l’énergie. L’organisation a incubé plusieurs institutions de microfinance sociale en Afrique de l’Ouest, en Asie du Sud-Est et en Haïti.
Au Sénégal, Entrepreneurs du Monde accompagne FANSOTO, une association locale créée en 2016, qui compte aujourd’hui plus de 70 salariés et 7 agences, principalement en Casamance. FANSOTO accompagne majoritairement des femmes (plus de 90 % des bénéficiaires), souvent non alphabétisées, actives dans l’économie informelle : petit commerce, artisanat, agriculture ou aviculture. L’approche combine accès au microcrédit, à l’épargne et formations en gestion.
Un accompagnement social est également mis en place sur les questions de santé, de gestion du foyer et d’enfants.
Cinq conseillers techniques agricoles proposent aussi des formations en « écoles aux champs » afin de développer des pratiques d’agriculture durable directement sur les parcelles des bénéficiaires.
Quel est ton rôle dans cette mission ?
Je travaille sur la gestion et la mise en œuvre du projet WAMAYE (« climat » en diola), un projet porté par FANSOTO, dont Entrepreneurs du Monde est partenaire. Il vise à renforcer la résilience climatique des agricultrices en Casamance.
Concrètement, le projet repose sur trois axes : le renforcement du conseil agricole, avec le recrutement de conseillers et d’une assistante aux opérations agricoles ; le développement de nouveaux produits adaptés aux enjeux climatiques (crédits verts, formations spécifiques, accès à l’eau, semences — notamment de riz — résistantes à la salinité, en lien avec l’ISRA) ; et un important volet de sensibilisation au climat et à l’environnement à travers des causeries, des événements communautaires et des ateliers internes.
Quels sont les enjeux agricoles auxquels vous faites face ?
Les agricultrices sont particulièrement touchées par les effets du changement climatique. En Casamance, la salinisation des sols liée à la remontée de l’eau salée dans le fleuve rend certaines cultures plus difficiles. Les bénéficiaires travaillent principalement dans le petit maraîchage (tomate, aubergine, gombo, oseille), la cueillette saisonnière de produits forestiers comme la noix de cajou ou la mangue, ainsi que l’aviculture. L’objectif est de sécuriser leurs activités génératrices de revenus tout en les aidant à s’adapter durablement.
As-tu le sentiment d’être utile, de te retrouver dans tes valeurs ?
Je ne pense pas, à mon échelle individuelle, « changer les choses ». En revanche, je participe à quelque chose d’utile et de structurant. Le volontariat me permet aussi de découvrir le fonctionnement des ONG, un secteur que je connaissais peu. J’apprécie particulièrement l’approche d’Entrepreneurs du Monde, qui mise sur le développement de structures locales autonomes et sur l’entrepreneuriat comme levier durable.
Que t’apporte cette expérience sur le plan professionnel ou personnel ?
C’est mon premier « poste » après mes études, et j’ai tout de suite exercé beaucoup de responsabilités. C’est extrêmement formateur et intense, mais cela permet de grandir professionnellement très vite. Le volontariat offre un cadre rare pour apprendre, tester, se tromper et gagner en confiance.
Travailler à l’étranger permet aussi de découvrir réellement une culture locale, d’avoir accès à des lieux, à des personnes et à des compréhensions que l’on n’a pas lors d’un voyage touristique. Je trouve également que les agriculteurs en disent beaucoup sur la culture et le patrimoine d’un territoire.
Un message pour de futurs volontaires ?
Il faut se poser des questions, mais pas trop. Le volontariat est une opportunité précieuse, car c’est un engagement borné dans le temps, avec des risques mesurés. Il faut toutefois être attentif aux projets, aux conditions de vie, à l’impact réel sur le terrain et éviter toute posture de « sauveur ». La solidarité internationale est un métier, et le volontariat fonctionne d’autant mieux lorsqu’il s’inscrit dans des dynamiques locales solides et durables.

