Joëlle et Armstrong : interculturalité et sensibilisation aux Objectifs de développement durable en Normandie
Promouvoir la coopération internationale et les Objectifs de développement durable
Pendant sept mois, Joëlle Kouamé Ahoue et Armstrong Ouattara ont quitté les bancs de l’Institut national de formation professionnelle agricole (INFPA) — où ils ont soutenu en août 2026 — pour effectuer une mission de Service Civique au Campus Agricole de Vire, en Normandie. Entre promotion des Objectifs de développement durable (ODD), ateliers interculturels et sensibilisation à la coopération internationale, ils ont œuvré à créer de véritables ponts entre la Côte d’Ivoire et la France.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous raconter votre parcours ?
Joëlle : Je finalise une formation de BTS agricole option élevage. Je suis partie en Service Civique au Campus Agricole de Vire.
Armstrong : J’ai un BTS agricole option élevage et métier de la viande. Je suis aussi partie en Service Civique au Campus Agricole de Vire.
Comment as-tu découvert le volontariat de réciprocité et la possibilité de faire une mission en France ?
Nous avons découvert le volontariat de réciprocité par le biais de l’INFPA (l’Institut national de formation professionnelle agricole), là où nous faisons nos études.
Il existe un partenariat entre le Campus Agricole de Vire, en France. Une année sur deux, des élèves du Campus Agricole viennent en Côte d’Ivoire et l’autre année, ce sont des élèves issus de l’INFPA qui y vont.
Quelle est la structure dans laquelle vous avez fait votre mission ?
Notre structure d’accueil était le lycée agricole de Vire. C’est un lycée professionnel qui enseigne dans le secteur agricole pour les CFA, mais aussi pour les lycéens.
Quelles étaient vos missions au sein de la structure ?
Joëlle : Ma mission était de promouvoir la coopération internationale. Avec Armstrong, mon binôme, nous avons organisé les activités ensemble dans un premier temps. Nous avons fait :
- Des conférences sur la Côte d’Ivoire ses stéréotypes ;
- Une conférence sur le volet agricole/pratiques en Côte d’Ivoire, étant donné que c’est un domaine que nous avons a en commun avec ce lycée
J’ai aussi animé différents ateliers : initiation aux tresses africaines, initiation à la danse africaine, des goûters, des débats où on donnait des paroles aux élèves pour qu’ils s’expriment sur les points communs que nous avons…
Armstrong : Ma mission portait principalement sur les Objectifs de développement durable. Je travaillais beaucoup avec les classes de 4ème et 3ème dans le but de promouvoir les ODD.
J’avais aussi un volet promotion de la culture ivoirienne, découverte de la Côte d’Ivoire, etc.


Avez-vous pu observer un impact direct de vos activités/missions sur les lycéens ?
Joëlle : oui, je peux dire qu’on a eu un réel impact. Un impact assez fort puisque tout au long de nos différentes activités et avec notre présence, cela a mené les jeunes à s’accepter entre eux. On a vu à quel point l’acceptation de quelqu’un d’un peu différent n’est pas facile chez les jeunes.
Armstrong : Certains élèves, timides quand nous sommes arrivés, ont petit à petit commencé à discuter et à exposer leur point de vue. Ils étaient plus à l’aise. Cela nous a fait plaisir, d’autant plus en réalisant que nous avons contribué à faire régner une vraie entente entre les élèves.
Comment s’est passée votre arrivée en France ? Quelles ont été vos premières impressions ?
Joëlle : Ma première impression : IL FAIT FROID !
Nos premiers pas en France se sont très bien passés ! J’étais contente de voir la France, ce nouveau pays.
L’autre impression que j’ai eu c’est que les Français sont individualistes. Je les trouvais dans leur coin, tout le monde marche rapidement dans les rues sans se saluer… C’est vraiment très différent de la Côte d’Ivoire.
Armstrong : Comme Joëlle, ma première impression a été l’étonnement du froid ! Pour un Ivoirien, il n’y a pas de débat, le froid est vraiment choquant !
Mais sinon, mon arrivée et France s’est très bien passé !
Avez-vous rencontré des difficultés au cours de votre mission ?
Joëlle : J’ai été confrontée à des situations où j’ai dû apprendre à garder mon calme, j’ai dû apprendre à réagir de façon professionnelle car les Français n’ont pas la même manière de fonctionner que nous, ivoiriens, et pas la même compréhension des choses.
Mais grâce à ça, j’ai développé de nouvelles qualités : la maîtrise de soi et l’adaptabilité.
Armstrong : L’individualité des Français. On nous avait prévenu, on s’y attendait, mais pas à ce point. Nous devions faire le premier pas pour être en contact avec les gens. C’est assez surprenant.
Aussi, la ponctualité ! Le lendemain de notre activité, nous avions rendez-vous à 10h. Je me suis dit : « 10h, heure ivoirienne… Je peux arriver à 10h30 il n’y a rien de grave. » Mais à 9h55 on est venu toquer à notre porte pour nous demander si nous étions prêts. La ponctualité chez les Français, ce n’est pas un mythe.
Est-ce que cette mission a changé votre vision de la France ou du volontariat ? Si oui, de quelle manière ?
Joëlle : La mission a vraiment changé ma vision de la France. Avant de partir, j’avais des préjugés sur les Français, comme l’idée qu’ils étaient racistes ou aigris. Or, j’ai rencontré énormément de personnes gentilles et chaleureuses.
En ce qui concerne le volontariat, je ne m’attendais pas à une telle réciprocité ni à autant de rencontres. Je me disais : “Tu pars, tu travailles et c’est tout.” Mais c’est en réalité bien plus enrichissant.
Armstrong : Mon volontariat a changé ma perception de la France. Côté paysage, j’avais l’image d’un pays fait de grands immeubles. Une fois sur place, j’ai découvert qu’il y a de grandes villes, mais aussi de plus petites et de magnifiques coins de nature.
Côté humain, j’avais quelques aprioris : je me disais que les gens pouvaient être acariâtre ou racistes, mais pas du tout ! Il y en a peut-être certains, mais je ne m’attarde pas dessus. J’ai rencontré des personnes absolument incroyables et je ne garde que du positif de cette expérience.

Que t’a apporté le volontariat sur le plan personnel ? A-t-il contribué à modifier ta vision sur certain sujet ?
Joëlle : Sur le plan personnel, le volontariat m’a fait découvrir et m’a appris beaucoup de chose ! Aussi bien sur le plan de l’agriculture, mon domaine d’étude, que sur le plan de la culture.
J’ai aussi une nouvelle vision de certain sujet dit tabou en Côte d’Ivoire mais pas en France. Je suis aujourd’hui plus à l’aise de discuter de certain sujet par exemple : les aînés, nos parents, le droit à la parole…
Armstrong : Sur le plan personnel, le volontariat m’a surtout apporté la capacité de m’adapter en fonction de chaque situation.
En Côte d’Ivoire, comme l’a dit Joëlle, certains sujets sont tabous, notamment la santé mentale. En France, je me suis rendu compte qu’on est libre d’en parler si l’on en ressent le besoin, et qu’il existe des structures pour cela. Ça m’a rendu encore plus ouvert d’esprit qu’avant mon départ.
Comment le volontariat a contribué à ton enrichissement professionnel ?
Joëlle : Cette expérience m’a énormément enrichie grâce aux compétences acquises. Avant de partir, j’utilisais peu les outils numériques car en Côte d’Ivoire, très peu de choses sont dématérialisées. Sur place, j’ai compris leur importance : j’ai pu me former et, depuis mon retour, je me suis inscrite à plusieurs formations pour développer ces compétences. Au-delà du numérique, j’ai appris la gestion et le travail d’équipe, l’organisation et le sens des responsabilités. J’ai aussi progressé en communication : intervenir lors de conférences exige de bien s’exprimer et de structurer ses idées.
Armstrong : J’ai beaucoup appris grâce à cette mission, en particulier sur le travail d’équipe. Parfois, la charge est telle qu’il est impossible de tout gérer chacun de son côté : il faut savoir s’asseoir, échanger et s’organiser. On peut vraiment être fiers de ce que nous avons accompli : malgré le volume de travail, nous avons su nous entendre et nous coordonner.
J’ai aussi développé des techniques d’animation pour capter l’attention des élèves et susciter de vrais échanges, car ils sont très réceptifs aux approches ludiques.
Enfin, j’ai appris à oser et à faire preuve de persévérance. Lorsque nos propositions d’activités étaient refusées, il fallait savoir prendre du recul, repenser le projet et retenter notre chance malgré les obstacles.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?
Joëlle : Avec Armstrong, Hélène et Junior (un autre binôme parti à la Roche-sur-Yon), nous avons pour projet de créer un réseau d’anciens volontaires agricoles. Notre objectif est d’accompagner les jeunes du secteur agricole qui souhaitent se perfectionner et apporter une valeur ajoutée à notre pays. Quand on découvre l’agriculture française et qu’on revient en Côte d’Ivoire, on prend conscience de tout ce qui peut être amélioré. Nous voulons donc leur offrir l’opportunité de se former et d’acquérir de nouvelles compétences à l’étranger pour ensuite mieux accompagner le secteur local.
De mon côté, je souhaite poursuivre mes études pour me spécialiser dans l’agro transformation et me former à l’insémination artificielle, pourquoi pas à travers un bachelor. L’idée est d’acquérir les compétences clés qui manquent à notre pays pour les mettre directement à son service.,
Armstrong : Je souhaite poursuivre mes études pour intégrer un cycle d’ingénieur, plus spécifiquement dans les technologies agricoles. En attendant d’intégrer une école et de démarrer ce parcours, j’ai rejoint une entreprise du secteur agricole. À plus long terme, j’aimerais beaucoup effectuer une nouvelle mission de volontariat : cette première expérience m’a tellement plu que ce serait un vrai plaisir de la renouveler.
Un mot pour un ou une volontaire qui aimerait partir ?
Joëlle : N’hésite pas ! Vas-y ! C’est à vivre une fois dans ce vie !
Armstrong : Oui c’est clair ! C’est une expérience vraiment enrichissante !


