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07 sep. 26
Comores

Laeticia, volontaire en mission en appui au ministère de l’Éducation nationale aux Comores

Renforcer les compétences en français des enseignants du primaire

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Laeticia Delapeyre, j’ai 33 ans et je suis volontaire de solidarité internationale (VSI) en mission en tant que chargée du suivi du Projet d’appui au Renforcement des compétences enseignantes en français pour l’amélioration de l’enseignement aux Comores (PREFEC), au sein du ministère de l’Éducation nationale (MEN) en Union des Comores.

Ce projet est financé par l’Agence française de développement (AFD). Ses partenaires techniques sont France Éducation International (FEI), que je représente dans le cadre de ma mission, ainsi que le réseau des Alliances Françaises des trois îles, qui assure la maîtrise d’ouvrage déléguée (MOAD).

Le centre d’alphabétisation et d’enseignement à distance (CAED) est un partenaire technique du projet, avec trois spécialistes du service radio et audio-visuel du CAED associés aux 3 derniers ateliers didactiques.

En tant que VSI, je représente aussi France Volontaires La Réunion. Ma mission est cofinancée par la Région Réunion et le programme FEDER dans le cadre du programme INTERREG VI Océan Indien.

Peux-tu nous parler brièvement de ton parcours avant de t’engager sur cette mission ?

J’ai obtenu mon baccalauréat scientifique à La Réunion, puis j’ai effectué un cursus d’ingénieur en aéronautique et spatial à l’Institut Polytechnique des Sciences Avancées (IPSA), à Toulouse et à Paris.

J’ai ensuite travaillé comme ingénieure en intégration et validation logicielle (IVL) dans le domaine des télécommunications militaires par satellite chez Thales Services Numériques en Ile-de-France. J’exerçais également les fonctions de Team Leader, ce qui m’a permis d’encadrer et d’accompagner six jeunes ingénieurs.

Pourquoi as-tu décidé de t’engager en tant que volontaire ? Et pourquoi as-tu choisi cette mission axée sur l’éducation ?

En tant que Team Leader, j’ai pu développer une première expérience en gestion de projet, avec des délais à respecter et une exigence importante en matière de rigueur. J’ai souhaité approfondir cette dimension managériale tout en découvrant la gestion de projets dans un contexte international.

En tant qu’ingénieure et Team Leader, j’avais déjà acquis une expérience dans le management d’équipe, notamment dans l’accompagnement des collaborateurs et les négociations salariales. Il me manquait cependant une expérience plus approfondie dans les domaines du budget, des partenariats et, surtout, de la coopération.

C’est précisément cet aspect que je souhaite aujourd’hui poursuivre dans mon parcours professionnel : travailler dans le domaine de la coopération et contribuer au renforcement des liens entre les différents acteurs afin de faire avancer les projets ensemble.

Cette mission représente également un véritable défi, notamment parce qu’elle m’amène à travailler au sein d’un ministère dans un environnement culturel et religieux différent de celui que j’avais connu auparavant.

© Cap Avenir, Intervention à l’école Avenir © Cap Avenir, Intervention dans le lycée Abdoulhamid pour une classe de terminal

Peux-tu nous présenter le projet PREFEC ?

Le projet PREFEC est prévu pour une durée de quatre ans, de 2024 à 2028. L’équipe de la Cellule de Gestion du Projet (CGP) PREFEC est composée d’une coordinatrice, d’une responsable de l’administration financière, d’un assistant comptable et d’un chargé du suivi-évaluation qui s’appuie également sur trois points focaux, présents dans chacune des îles. Les points focaux interviennent sur le terrain afin de faciliter la mise en œuvre et le suivi des activités prévues dans le cadre du projet.

La mise en œuvre du projet s’effectue avec le ministère de l’Éducation nationale. Les principales décisions relatives aux activités du projet doivent être validées par les autorités compétentes du ministère, notamment le Secrétaire général et le ministre de l’Éducation nationale.

Le projet s’articule autour de deux composantes : d’une part, renforcer les compétences langagières en français des enseignants du primaire ayant un niveau inférieur à B2 (en référence à l’échelle des six niveaux du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) — A1, A2, B1, B2, C1 et C2 — le niveau B2 est considéré comme le niveau requis pour enseigner en français) et d’autre part enforcer les compétences pédagogiques et didactiques des enseignants du primaire afin de leur permettre d’enseigner le français et en français.

En quoi consistait ton rôle de chargée de suivi de projet ?

En tant que chargée du suivi du projet PREFEC, mon rôle consiste à assurer le suivi des activités et à contribuer à leur bonne mise en œuvre, en lien étroit avec le ministère de l’Éducation nationale (MEN) , FEI et l’AFD.

Je représente également FEI localement et facilite la bonne mise en œuvre des missions des experts techniques de FEI, notamment en assurant leur accueil, leur accompagnement et la coordination avec les équipes et les partenaires locaux.

Je participe aux réunions stratégiques avec le MEN, l’Ambassade de France, FEI et l’AFD, ce qui me permet de contribuer aux échanges sur l’avancement du projet, les activités à venir et les éventuelles difficultés rencontrées.

J’appuie également le ministère et FEI dans leurs activités de représentation, de négociation et de développement opérationnel des partenariats, en facilitant les échanges entre les différents acteurs impliqués dans le projet.

Mon expérience d’ingénieure IVL m’a également apporté des compétences qui me sont aujourd’hui très utiles dans ma mission. En tant qu’ingénieur, je devais notamment rédiger des fiches de tests, décrire de manière précise les procédures à suivre, analyser les résultats et formaliser les différents constats. Cette expérience m’a appris à être rigoureuse, structurée et synthétique dans ma manière de travailler et de rédiger.

 

Passation du test de positionnement apprendre Ev@lang pour les enseignants de la région de BAMBAO / Fin de l’atelier didactique 3 sur l’île de Mohéli sur la mise en pratique avec les enfants  / Lancement officiel du test de positionnement à Ngazidja

Aujourd’hui, ces compétences me sont particulièrement utiles dans le cadre du PREFEC, notamment pour la rédaction des termes de référence, des comptes rendus de réunions avec le ministère et les bailleurs, des rapports d’activités ou encore l’élaboration des rapports techniques dans le cadre des évaluations liées aux procédures de passation des marchés. Mon parcours d’ingénieure m’a ainsi donné une méthode de travail que je peux aujourd’hui transposer dans le domaine de la coopération et de la gestion de projet.

Au-delà de ces missions, j’ai également contribué au suivi des formations, à l’organisation des activités dans les trois îles et à la coordination avec les différents partenaires du projet. Cette position m’a permis de développer une vision transversale du projet et de mieux comprendre les enjeux liés à la coopération entre les institutions comoriennes, les partenaires techniques et le bailleur.

Pour la première composante : FEI m’a notamment formée à l’utilisation de la plateforme Ev@lang. J’ai été formée avec les techniciens de l’ONEC, ce qui m’a permis de les appuyer dans la réalisation des tests auprès de 2 300 enseignants.

Quel a été ton plus grand défi sur cette mission ?

L’un de mes principaux défis a été de tester l’ensemble des enseignants de la fonction publique à travers le test de positionnement APPRENDRE Ev@lang afin de déterminer leur niveau de français.

Un autre défi important a été d’assurer le suivi de l’ensemble de ces formations et notamment de maintenir un bon taux d’assiduité. En effet, les bénéficiaires sont eux-mêmes enseignants et doivent donc concilier leur participation aux formations avec leurs obligations professionnelles et leurs déplacements.

Il a donc fallu trouver des compromis adaptés aux enseignants de chaque île, chacune présentant ses propres contraintes et spécificités.

Comment décrirais-tu Moroni et le mode de vie comorien à quelqu’un qui ne connaît pas la région ?

À Moroni, le mode de vie comorien est fortement influencé par la religion, aussi bien dans la vie personnelle que professionnelle. Les cinq prières quotidiennes rythment notamment la journée.

Le vendredi, le travail et les administrations terminent généralement leur activité à 12 heures afin de permettre aux personnes de participer à la grande prière. Le vendredi après-midi constitue donc généralement un temps libre, sauf en cas de situation exceptionnelle ou de forte charge de travail.

Pendant le mois de Ramadan, les journées de travail sont également aménagées et se terminent généralement plus tôt.

Tout au long de l’année, nous terminons généralement le travail à 17 heures, ce qui nous permet de profiter de la fin de journée pour aller à la plage ou découvrir les environs.

Le week-end, je profite également de mon temps libre pour faire découvrir les Comores à mes enfants. Nous allons à la plage,à la piscine, sortie bateau pour voir les dauphins ou nous rendons chez leurs grands-parents dans les champs afin qu’ils puissent également découvrir la récolte de produits locaux tels que les bananes et le manioc.

Visite du lieu “Trou du prophète”
Récolte des bananes et d’ananas dans le champ dans la région de Hambou
Plage de Itsandra en fin de journée
Visite du « Lac salé »

Visite du site « Dos du dragon »

En dehors de mon travail et de mon temps consacré à ma famille, je me suis engagée comme bénévole au sein de l’association CAP AVENIR.

CAP AVENIR regroupe des professionnels issus de différents secteurs et métiers afin d’intervenir dans les collèges et lycées comoriens pour présenter leurs parcours d’études et leurs expériences professionnelles.

Ces interventions permettent de sensibiliser les élèves aux réalités de la vie étudiante et de leur faire découvrir différentes perspectives professionnelles. Elles les encouragent également à réfléchir plus tôt à leur orientation et à leurs choix d’études après le baccalauréat, que ce soit aux Comores ou à l’étranger.

En 2026, j’ai participé à cinq interventions auprès de lycéens.

Que retiens-tu de cette expérience de volontariat ?

Le sens de la coopération, le sens de la diplomatie et la chaleur de la population.

La coopération signifie pour moi travailler main dans la main, partager ses connaissances et avancer ensemble vers un objectif commun.

J’ai également beaucoup appris sur l’importance de la diplomatie. Aux Comores, la religion, la culture et les relations sociales occupent une place importante dans la vie professionnelle comme dans la vie quotidienne. Il est donc essentiel de savoir communiquer avec diplomatie, d’observer, d’écouter et surtout de savoir s’adapter.

Cette expérience m’a beaucoup appris, aussi bien sur le plan technique que sur le plan relationnel. J’ai également découvert une dimension politique que je n’avais pas pleinement appréhendée auparavant.

Mon expérience au sein d’un ministère m’a également permis de mieux comprendre l’importance de la hiérarchie et d’apprendre à communiquer avec des interlocuteurs ayant des niveaux de responsabilité différents. Le respect reste cependant le même pour chacun : il faut savoir rester humble.

Enfin, je retiendrai surtout l’accueil et la chaleur de la population comorienne. Pour moi, c’est aussi ce qui rend cette expérience de volontariat particulièrement riche.

Accompagné de la coordinatrice du projet PREFEC (en Jaune : Mme Nazad Youssouf) à la visite du chantier des travaux de rénovation effectué par le Lycée Saïd Mohamed Cheik en présence de Madame Eléonore Caroit, ministre déléguée de la république française