Lucas, volontaire dans le cadre du programme V-Francophonie dans l’Ouest Cameroun
L'adaptation c'est le mot primordial parce que c'est très intéressant, je trouve, de travailler dans l'interculturalité, de travailler avec des personnes qui ne sont pas issues de la même culture que toi.
Revenu au Cameroun après une première expérience marquante, Lucas, 26 ans, poursuit son engagement en tant que Volontaire de Solidarité Internationale au sein de l’association Tockem. Envoyé par Gescod dans le cadre du programme V-Francophonie, il anime des activités ludiques et éducatives autour de la langue française auprès d’enfants, tout en cultivant l’échange interculturel. Son témoignage illustre un volontariat réfléchi, ancré dans des valeurs d’éthique, de transmission et de réciprocité.
Pourquoi tu t’es engagé en tant que volontaire ?
Familièrement parlant, mon père m’a toujours parlé de ses expériences passées à l’étranger en tant que volontaire, je pense que j’ai été baigné là-dedans, depuis longtemps. Et le Cameroun, c’est une longue histoire, j’ai déjà fait un an ici, il y a maintenant 4 ans. Je suis revenu à l’association Tockem dans laquelle j’avais fait un premier service civique international.
C’est aussi une des raisons pour laquelle je me suis réengagé dans cette structure qui, pour moi, a de vraies valeurs, c’est une structure éthique. Après avoir repris mes études dans le domaine, en tant que chargé de projets dans le développement et la solidarité, j’ai vite compris qu’une structure comme celle-ci, il n’y en a pas 36 000.
“Les astres étaient alignés. Il fallait que je postule !”
Quand j’ai cherché un VSI et que j’ai vu une mission, encore une, au Cameroun et dans la même association, je me suis dit que les astres étaient alignés. Il fallait que je postule !
Comment s’inscrit le programme V-Francophonie dans ton quotidien ?
Le programme V-Francophonie s’inscrit de manière globale dans ma mission. J’oeuvre avec les enfants d’une école primaire, Sainte Raïssa, qui est à 5 minutes de ma structure la MJC, la Maison de la Jeunesse et de la Culture.
On accueille les enfants et les étudiants dans cette structure et on va travailler tous les aspects de la francophonie à travers différents formats, que ce soit à travers la musique, la lecture, la poésie ou encore le cinéma, le théâtre. Toutes les activités et les ateliers que l’on met en place de manière ludique et pédagogique se font autour de la francophonie.

Peux-tu nous décrire ta mission et les actions menées ?
Pour l’instant, je suis arrivé seulement depuis 2 mois, mais on a déjà réussi à mettre en place certaines activités comme des ateliers-lectures qui ont lieu toutes les semaines avec l’ensemble des classes. Nous pouvons les transformer en fonction des classes pour que ce soit un peu plus intéressant, avec des ateliers d’improvisation par exemple. Les enfants piochent une carte, une image et à partir de cette image-là, ils doivent inventer une histoire. Nous faisons aussi des ateliers d’écriture comme la rédaction de lettres fictives et maintenant nous allons mettre en place, toutes les semaines, la découverte d’un pays francophone que ce soit le Sénégal, le Togo ou le Canada. La similarité c’est qu’ils partagent le français, mais que les traditions sont différentes. Nous allons montrer tous ces aspects aux enfants et leur faire découvrir la richesse du monde francophone dans le monde.
Quelle est ta plus grande fierté et difficulté en tant que volontaire ?
Alors, si je dois parler de souvenirs seulement depuis le VSI, donc les deux derniers mois, je vais tout simplement parler de la fête de Noël qui a eu lieu au moment où je suis arrivé. Je suis arrivé en décembre, une fête de Noël a été organisée à la MJC avec les enfants, pour les enfants. Cette journée a été marquée par des jeux en extérieur, des ateliers de maquillage, des chants, des danses, un bon repas à partager avec tous les enfants et une pièce de théâtre qu’on avait mise en place avec une histoire un peu rocambolesque avec des lutins qui volent les cadeaux.
En bref, c’était une belle journée avec les enfants, on pouvait voir les sourires se tracer sur leur visage. Tout le monde avait l’air d’être heureux, de passer un bon moment et nous, ça nous a rendu aussi heureux, donc c’était parfait.
La plus grande difficulté en ce moment, je pense qu’elle est un peu commune à beaucoup de personnes, c’est la difficulté financière pour mettre en place certains projets. J’avais pour volonté de me déplacer dans les lycées, dans les collèges pour mettre en place des activités avec les étudiants autour de la francophonie, surtout des ateliers oratoires ou des concours d’orthographe. Mais malheureusement, les déplacements sont coûteux et on les a un peu limités à l’extérieur et je me concentre beaucoup plus sur les activités à Sainte Raïssa qui se trouve à 5 minutes à pied de la MJC. Pour l’instant, c’est très focus primaire et pas trop vers les étudiants, et ça c’est un peu dommage.

Qu’as tu appris et transmis pendant ton expérience ?
J’ai appris beaucoup de choses, l’adaptation c’est le mot primordial parce que c’est très intéressant, je trouve, de travailler dans l’interculturalité, de travailler avec des personnes qui ne sont pas issues de la même culture que toi. Je trouve ça fort de voir que l’on travaille différemment mais que l’on atteint les mêmes objectifs ensemble, même si on n’a pas la même manière de penser les choses au niveau du travail et je trouve ça hyper enrichissant. Je pense que pour l’adaptation dans la vie professionnelle, c’est une force parce que l’on peut travailler avec tout le monde et sans souci. Je trouve aussi que le Cameroun nous apprend à faire face à des situations parfois difficiles, on aurait eu l’impression qu’elles étaient insurmontables avant de venir ici et finalement tout se franchit, si on arrive à travailler main dans la main. Nous allons plus relativiser sur des situations compliquées pour l’avenir, être plus patient et plus conciliant et ça, je trouve que c’est une force aussi pour la suite.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui envisage de faire un volontariat ?
Moi, je trouve qu’il ne faut pas se précipiter. Il faut faire très attention aux structures et aux missions auxquelles nous postulons car il faut être vigilant à tout ce qui est “volontourisme” et le “syndrome du sauveur blanc”. Il faut vraiment bien réfléchir à ce que l’on veut vraiment, ce que l’on peut apporter, les compétences que l’on a. Il y a de nombreuses missions que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux mais tout ça, malheureusement, c’est du vent. Une fois sur place, nous n’allons pas forcément apporter quelque chose. C’est pour cela qu’il faut vraiment faire des recherches en amont, discuter avec la structure qui est prête à nous accueillir. Il y a des sites aussi qui sont dédiés pour ça, comme France Volontaires, Coordination Sud, le Service Civique Français, ce sont des missions qui ont été cadrées légalement par la France et par les structures en question.
“Je trouve qu’il ne faut pas se précipiter. Il faut faire très attention aux structures et aux missions auxquelles nous postulons car il faut être vigilant à tout ce qui est “volontourisme” et le “syndrome du sauveur blanc”.
C’est super de s’engager mais il faut le faire de la bonne manière, tout simplement.
En tant que volontaire, comment contribues-tu concrètement à renforcer les droits, l’inclusion ou la représentation des femmes et filles dans ta mission ?
Lors de mes interventions dans les classes, je veille à ce que la prise de parole des enfants soit partagée entre les filles et les garçons. Le but est de mettre en place un environnement de confiance où la parole des filles est valorisée, notamment autour de certains sujets liés à la francophonie. Lors de la mise en place d’activités de loisirs, les groupes sont volontairement mixtes afin de créer une bonne alchimie entre les enfants et de ne pas favoriser la séparation. Enfin, le choix des activités se fait dans l’idée d’intéresser autant les filles que les garçons.
