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23 jan. 26
Martinique
Outre-mer

Mathilde, volontaire dans la Caraïbe anglophone

Faire découvrir la culture créole des Antilles françaises, par exemple à travers des projections de films en créole

Originaire de Sainte-Anne en Martinique, Mathilde Trime a rejoint l’Alliance française de Castries, à Sainte-Lucie, grâce au programme Territoires Volontaires porté par la communauté d’agglomération de l’Espace Sud de la Martinique. Aujourd’hui, à mi-parcours, Mathilde nous partage son expérience de Volontariat de solidarité internationale (VSI) à Sainte-Lucie, une expérience qu’elle met en perspective avec son précédent service civique.

Peux-tu te présenter ?

Originaire de la Martinique, j’ai 25 ans. J’ai commencé mon VSI en mars 2025, le mois de septembre marque le sixième mois depuis le début de mon volontariat. Je commence déjà à être nostalgique car cela s’est très bien passé. J’aime beaucoup l’Alliance française de Sainte-Lucie, c’est devenu ma deuxième maison. J’avais fait mon stage de Master I à l’Alliance française de Castries, et après mon Master II  de relations internationales, me voilà de retour en tant que VSI.

Parlons de ta mission et ton parcours : quelles sont tes principales activités quotidiennes ?

L’intitulé de ma mission est « chargée de coopération caribéenne ». Dans l’idée, la mission a été conçue pour se répartir entre l’appui à l’Alliance française et le développement des relations de coopération, principalement culturelles, entre l’île de Sainte-Lucie, plus précisément l’Alliance française, et mon organisme d’envoi, l’Espace Sud de la Martinique.
Au quotidien, l’aspect culturel est un élément prépondérant de ma mission. Par exemple, j’ai accompagné la mobilité entrante et sortante d’artistes, tels que Yeswoo Dini. L’artiste guadeloupéen a pu se rendre à l’Alliance grâce à un projet de l’ambassade de France à Sainte-Lucie, où il a réalisé un portrait de l’athlète olympique Julian Alfred après ses prouesses aux Jeux olympiques de 2024.

Au cours de ma mission, j’ai également eu l’occasion de participer à l’organisation d’événements dans le cadre de la Fête de la musique.

Mathilde était en mission à Schoelcher ( Martinique) dans le cadre du projet #MIzikLab porté par l’Alliance française de Sainte Lucie, la Communauté d’agglomération de l’ Espace Sud de la Martinique, l’association Les Sirèz et leurs partenaires. MizikLab est un événement musical caribéen qui s’inscrit dans le sillage de la Fête de la Musique. La première phase s’est déroulée en Martinique, où Mathilde a participé à la sélection d’un jeune artiste martiniquais qui performera à Castries, le 21 juin prochain, lors de la Fête de la musique.

Lors de ces événements, l’aspect coopération régionale de la mission a bien été mis en avant, car nous avons pu faire venir une artiste martiniquaise et, parmi nos partenaires, « le Café Chaud » s’est déplacé avec un jeune saxophoniste originaire de la Martinique.

Par la suite, j’ai également été impliquée dans d’autres actions, comme l’organisation d’un « Rhum Tasting ». Dans l’optique de diffuser la francophonie dans toute sa diversité, j’ai aussi tenu à faire découvrir la culture créole des Antilles françaises à travers des projections de films en créole, la mise en place d’une soirée de cantiques de Noël en créole, ou « chanté Nwèl », avec l’intervention d’un groupe de Martinique, ainsi que d’autres animations culturelles visant à ramener un peu de la Martinique à Sainte-Lucie. L’un de mes objectifs personnels durant cette mission, c’est véritablement de faire connaître la culture de la Martinique. L’idéal serait d’avoir la possibilité de faire appel à des acteurs, promouvoir la francophonie dans sa diversité, tout en relevant le challenge de la question budgétaire d’une petite structure.

D’ailleurs avant la fin de ma mission, je souhaiterais mettre en place une exposition itinérante, en collaboration avec l’Espace Sud. Le projet est encore à l’étude et fait actuellement l’objet de pourparlers en vue de sa mise en place.

Mathilde Trime (à droite) et Aurélie Gbeffa, directrice  de l’Alliance française de Sainte-Lucie

Quels ont été les principaux défis de ton quotidien sur place et comment les as-tu vécus ?

Le plus gros défi a été la Fête de la musique. Je n’étais pas très contente sur le moment, car beaucoup de détails ne correspondaient pas à ce que j’aurais souhaité. Malgré cela, j’ai réussi à prendre du recul, à passer à autre chose et à réfléchir à une meilleure organisation à partir de ce qui a été fait cette année. Je reste tout de même contente d’avoir pu travailler sur cet événement et d’avoir ramené un peu de la Martinique à Sainte-Lucie.
Une autre difficulté concerne la cherté du territoire. Trouver un logement bien placé et correct est rare. Il faut idéalement être située près de l’autoroute pour ne pas être limitée dans ses déplacements, mais ces logements sont très chers. La colocation peut alors être un bon compromis : cela permet de mieux gérer le coût de la vie et de ne pas être trop restreint en termes de niveau de vie, comparé à une recherche de logement seule.

Tu as eu une première expérience de volontariat, peux-tu nous en parler ?

J’ai fait mon premier volontariat de six mois au Bénin, en appui à la mise en place d’un projet d’équipement hydraulique. À l’époque de mon service civique, je n’avais que 21 ans. Avec le recul, je n’étais pas aussi sûre de moi, aussi responsable, ni aussi indépendante que je peux l’être aujourd’hui. Aujourd’hui, en tant que volontaire de solidarité internationale, j’ai plus de responsabilités et je trouve cela encore plus formateur.
Différence de taille lors de ma première mission : nous étions six volontaires en service civique. Trois étaient affectés à Porto-Novo, dans une ONG luttant contre les inégalités sociales et la pauvreté, tandis que l’autre partie était à Cotonou, sur un autre projet. La mission était très intéressante, mais mes camarades et moi-même avons été déçus d’arriver sur un projet en cours. Nous aurions souhaité, surtout moi, plus que les autres, participer aux premiers temps du projet, notamment au diagnostic et à la rencontre des acteurs, parties qui, pour moi, auraient été les plus intéressantes. Or, une fois arrivés, nous avons été intégrés à un projet déjà mis en place.
Le temps du service civique, contrairement à celui du VSI, n’est pas toujours propice à une immersion professionnelle complète, malheureusement.

Penses-tu qu’il faille proposer des projets plus longs pour les SCI ?

En dépit de mon expérience personnelle, je ne pense pas qu’il faille modifier la durée, surtout pour les plus jeunes. De mon point de vue, l’important, afin de garantir une expérience optimale, serait de bien structurer les partenariats avec les structures d’accueil et l’accompagnement des volontaires. À mon sens, pour se rapprocher d’une expérience optimale, il est important de bien baliser la mission avec la structure d’accueil et les volontaires.
Pour ce qui est de mon VSI, le fait d’avoir réalisé mon stage deux ans auparavant à Sainte-Lucie m’a permis d’appréhender mon départ avec plus de sérénité. Je connaissais l’Alliance Française de Sainte-Lucie, je savais où je mettais les pieds. Sur le plan personnel comme professionnel, il y a énormément de différences entre mon expérience de SCI et celle de VSI.

Mathilde et Nathalie Isaac Dahomay, directrice de l’Antenne Antilles de France Volontaires

Quelles différences entre ton expérience de SCI et ta mission actuelle de VSI ?

Sur le plan personnel comme professionnel, il y a énormément de différences entre mon expérience de SCI et celle de VSI. Pour moi, je dis bien pour moi, les responsabilités et les charges associées à la mission sont différentes, et heureusement. Parlons d’abord des responsabilités et des charges. Le VSI demande énormément d’investissement et de résilience, notamment pour proposer des choses, trouver des solutions et contourner des contraintes lorsque l’on souhaite mettre des projets en place.

En termes de durée, le VSI est plus intéressant. Je suis à Sainte-Lucie pour 12 mois, ce qui me permet d’avoir une expérience complète.


Il y a aussi une différence entre le volontariat en groupe et le volontariat seul. Partir en groupe était rassurant, notamment au Bénin, loin de la Martinique. Même si, culturellement, il existe des similitudes entre les deux territoires. Au sein de notre groupe de SCI français, nous avons très vite réussi à créer une petite ambiance grâce à notre proximité. Quand l’un avait un coup de mou, une baisse de moral, un autre pouvait être une béquille. Chaque personne a vécu une expérience unique et l’exprimera différemment, mais je pense que c’était une chance d’être partis ensemble pour le SCI.


À la différence du SCI, le VSI, je suis partie seule. Néanmoins, le fait d’avoir réalisé mon stage deux ans auparavant à Sainte-Lucie m’a permis d’appréhender mon départ avec plus de sérénité. Je connaissais l’Alliance Française de Sainte-Lucie, je savais où je mettais les pieds. Enfin, le fait d’être dans les Caraïbes, proche de ma famille, a également contribué à ce que je m’engage avec plus de sérénité que lors de ma première expérience sur un continent étranger.

Qu’est-ce qui t’a motivée à partir en mission ?

À l’issue de mon master, en septembre 2024, après avoir passé ma soutenance, il me fallait trouver un emploi. J’étais toutefois un peu dans l’autocensure et je me disais qu’il me fallait d’autres expériences, que l’alternance ne suffisait pas, et qu’il me fallait encore acquérir de l’expérience avant un CDI. Le CDI me faisait peur, je n’avais pas envie d’être cloisonnée.
J’avais commencé à regarder des missions de VSI dans l’océan Indien, puis j’ai contacté l’Espace Sud, la structure qui m’avait envoyée en SCI au Bénin, pour leur annoncer la fin de mon master. Ils m’ont alors reparlé de missions à l’international, et notamment du VSI.
Même si mon entourage était un peu dubitatif face au montant de l’indemnité, et me conseillait, vu mon âge, de travailler et de trouver un travail avec un « vrai » salaire… j’ai choisi de m’écouter et je me suis lancée. C’est pour cela qu’il faut être sûre de soi, sûre de son choix ; sinon, les réflexions de la famille et de l’entourage peuvent nous faire douter. Moi, je me suis dit : « Si ce n’est pas maintenant, ce ne sera pas plus tard. » En définitive, cette expérience me permet de sortir de ma zone de confort tout en restant proche de chez moi.

Qu’est-ce que tu as appris jusqu’ici, professionnellement et humainement ?

Sur le plan professionnel, j’ai appris à organiser des événements et à répondre à des demandes de subventions, ce qui constitue une véritable plus-value pour la suite de mon parcours.
Je regrette de ne pas pratiquer davantage l’anglais au quotidien et j’ai parfois l’impression de stagner. J’ai sûrement progressé, mais le fait de travailler à l’Alliance Française, où l’usage du français est très présent, fait que le quotidien reste majoritairement francophone, ce qui limite la pratique de la langue.
Sur le plan personnel comme professionnel, je pense avoir acquis une meilleure gestion budgétaire. Cette expérience m’a appris à mieux gérer un budget restreint et à cadrer les dépenses, dans un territoire où le coût de la vie est élevé. J’ai encore des lacunes, mais cela m’oblige à me creuser la tête pour savoir comment organiser des événements avec peu de budget. Je dois sans cesse être inventive et trouver des solutions.

Ta mission à l’Alliance Française de Sainte-Lucie a-t-elle contribué à faire évoluer ton intérêt pour la culture et tes perspectives professionnelles ?

Après mon VSI, je souhaite me spécialiser dans la culture. Je pense reprendre un master dans les industries créatives.
En étant à l’Alliance française de Sainte-Lucie, j’ai développé un intérêt plus marqué pour la culture. C’était déjà quelque chose qui animait mon quotidien, mais en travaillant dans une structure qui défend et promeut l’art, que ce soit le 7e art avec les jeudis ciné ou les expositions d’artistes, j’ai commencé à développer un intérêt spécifique pour la culture. Je me dis : pourquoi ne pas poursuivre dans cette voie et me spécialiser dans le domaine ?