Ophélie, volontaire en mission animation culturelle et sportive à Madagascar
Apporter un appui à l’animation culturelle et sportive au sein des écoles maternelles solidaires
Ophélie, 24 ans, est originaire de Saint-Pierre, à La Réunion. Elle a réalisé une mission dans le cadre d’un Service Civique international, au sein de l’association Aïna Enfance & Avenir à Madagascar, cofinancée par le Département de La Réunion dans le cadre du programme Territoires Volontaires avec France Volontaires La Réunion-Mayotte,
Peux-tu nous parler brièvement de ton parcours avant de t’engager dans cette mission ?
J’ai d’abord obtenu une licence en sciences sociales, puis un master en anthropologie sociale et culturelle des îles du Sud-Ouest de l’océan Indien. Mon parcours m’a amenée à m’intéresser aux questions de culture, d’identité et de transmission dans la zone indianocéanique.
À travers mes engagements associatifs et mes expériences de bénévolat, j’ai développé mon intérêt pour la sensibilisation des jeunes et la valorisation culturelle.
J’ai également été engagée auprès de la Mission Locale dans le cadre du dispositif de parrainage, où j’accompagnais des jeunes dans leur parcours.
Pourquoi as-tu choisi de t’engager dans une mission de volontariat à Madagascar ?
Je souhaitais avant tout m’engager dans une démarche de solidarité et mettre mes compétences et mon expérience au service d’une association et des actions qu’elle mène. Je ne voulais pas découvrir Madagascar dans une démarche touristique, mais pouvoir être réellement utile tout en découvrant le quotidien et les réalités du territoire.
Le choix de Madagascar était aussi lié à mon envie de découvrir davantage un autre territoire de l’océan Indien, avec lequel nous sommes géographiquement proches. J’ai également des origines malgaches, donc cette expérience représentait pour moi une occasion de découvrir concrètement ce territoire et de mieux comprendre une partie de mon histoire familiale.
C’était enfin une manière de confirmer mon projet d’avenir et de voir concrètement ce que pouvait représenter la coopération entre les îles de l’océan Indien.
Peux-tu nous présenter ta mission et nous expliquer ce que tu faisais au quotidien aux côtés des équipes d’Aïna, Enfance & Avenir ?
Ma mission consistait à apporter un appui à l’animation culturelle et sportive au sein des écoles maternelles solidaires d’Aïna Enfance & Avenir.
Au quotidien, j’accompagnais les équipes dans différentes activités éducatives et pédagogiques, notamment autour du sport, de la culture et de la créativité. J’ai également participé à la bibliothèque de rue, où j’intervenais auprès des enfants de quartiers prioritaires d’Antananarivo, en proposant des temps à la fois récréatifs et éducatifs.
J’ai aussi pu être force de proposition en concevant et en mettant en place mes propres ateliers autour des cultures de l’océan Indien.

Quels étaient les aspects de ta mission qui te motivaient ou te plaisaient le plus au quotidien ?
Ce qui me plaisait particulièrement, c’était d’être au contact des enfants et de pouvoir disposer d’une certaine autonomie dans la conception des ateliers.
J’avais la possibilité de proposer des activités en fonction de mes centres d’intérêt, tout en gardant comme objectif qu’elles aient un véritable intérêt pour les enfants. Cette liberté m’a permis d’expérimenter différentes manières de transmettre et d’adapter mes activités en fonction de leur âge, de leurs réactions et de leur curiosité.
Le Village Aïna, où j’intervenais le plus souvent, offrait également un cadre différent, plus éloigné du centre d’Antananarivo et davantage entouré par la nature. J’ai apprécié cet environnement, qui m’a permis de travailler dans un autre contexte et de m’adapter aux ressources disponibles sur place.
Qu’est-ce qui t’a le plus marquée dans ta découverte de Madagascar et d’Antananarivo ?
Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est de découvrir une réalité du quotidien différente de celle que je connaissais à La Réunion, avec à la fois certaines difficultés, mais aussi beaucoup de richesses humaines, culturelles et sociales.
J’ai notamment été marquée par la capacité à faire avec les moyens disponibles, cette forme de débrouillardise et d’adaptation que j’ai également pu retrouver dans certaines de mes expériences associatives à La Réunion. Cela m’a rappelé qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir beaucoup de moyens pour créer, transmettre ou mettre en place une action qui a du sens.
Cette expérience m’a aussi permis de dépasser certaines représentations que l’on peut avoir avant de partir et de mieux comprendre la diversité des réalités présentes à Madagascar, notamment à Antananarivo.
J’ai compris qu’il était important de ne pas regarder un territoire uniquement à travers ses difficultés, mais aussi de prendre le temps d’en découvrir les richesses, les savoir-faire, les cultures et surtout les personnes qui le font vivre.

As-tu pu créer des ponts entre La Réunion et Madagascar à travers ta mission ?
Au cours de ma mission, j’ai été force de proposition avec la volonté de promouvoir la diversité culturelle et de sensibiliser les enfants aux différentes cultures qui composent l’océan Indien. J’ai ainsi proposé des ateliers autour de différentes formes artistiques, comme la danse, le chant et le dessin, mais aussi à travers différents jeux.
À travers ces activités, je voulais leur permettre de découvrir « l’autre », ce voisin qui n’est finalement pas si loin que ça, et de mieux connaître les territoires qui les entourent. Pour moi, la culture est un véritable moyen de créer du lien et de favoriser la compréhension entre les peuples.
Dans cette continuité, j’ai également mis en place un échange entre une classe de La Réunion et une classe de l’une des structures de l’association à Madagascar. C’était une manière très concrète de créer ce pont entre les deux territoires et de montrer aux enfants qu’ils peuvent apprendre les uns des autres.
Quel souvenir de ta mission garderas-tu particulièrement en mémoire ?
Je pense notamment à un moment où les enfants se sont mis spontanément à chanter une chanson ou à jouer à un jeu que je leur avais appris quelques jours auparavant.
Quand on travaille avec des enfants, on peut proposer une activité, mais on ne sait pas forcément si elle va leur plaire ou s’ils vont s’en souvenir. Alors, quand on les voit, quelques jours plus tard, reprendre spontanément une chanson ou un jeu que l’on avait fait ensemble, sans les avoir poussés à le faire, on se dit : « Oui, ça fonctionne, ça leur plaît ! »
C’est ce genre de petits moments qui m’a vraiment marquée, parce qu’ils montrent que ce que l’on transmet peut rester et avoir du sens pour eux.
Qui était Ophélie en arrivant à Madagascar, et qui est Ophélie aujourd’hui ?
Je dirais qu’en arrivant à Madagascar, j’étais une Ophélie pleine de questionnements sur son parcours professionnel, avec forcément quelques appréhensions face à l’inconnu, mais aussi beaucoup de curiosité et l’envie de découvrir.
Aujourd’hui, je suis une Ophélie qui a davantage confiance en elle, notamment sur le plan professionnel. Les différents ateliers et projets que j’ai pu mettre en place, mais aussi les situations que j’ai pu rencontrer, m’ont permis de mieux mesurer mes capacités et de prendre davantage confiance dans mes idées et mes propositions.
J’ai également beaucoup développé ma capacité d’adaptation. Pour moi, l’inconnu est finalement un endroit que l’on n’a pas encore visité. Cette expérience m’a appris à ne pas avoir peur de ne pas tout maîtriser immédiatement, à poser des questions, à observer, à m’adapter et surtout à trouver ma place dans un nouvel environnement.
Je repars donc avec davantage de confiance, mais aussi avec une meilleure connaissance de moi-même, de mes capacités et de ma manière de travailler. Cette expérience m’a confortée dans l’idée que je peux m’adapter à de nouveaux contextes, prendre des initiatives et continuer à développer mes compétences.

En quoi cette mission a-t-elle changé ou fait évoluer ta façon de voir ton territoire, La Réunion ?
Cette expérience m’a permis de prendre davantage de recul sur mon propre territoire. Chaque territoire possède son histoire, ses réalités, ses problématiques, mais aussi ses forces, ses ressources et ses savoir-faire.
En découvrant Madagascar, j’ai été amenée à porter un autre regard sur certaines réalités de La Réunion. J’ai aussi pris conscience que chaque territoire possède ses propres ressources, savoir-faire et façons de répondre à ses problématiques.
Être Réunionnaise a d’ailleurs été un véritable atout pendant cette expérience. Le fait de venir du même bassin de l’océan Indien m’a permis de retrouver certaines références communes et de créer des liens, tout en découvrant des différences culturelles et des façons de faire différentes.
Cette expérience m’a également amenée à réfléchir davantage à la place de La Réunion dans cet espace régional. Nous appartenons aujourd’hui à des États différents, avec des histoires et des réalités qui nous sont propres, mais nos histoires se sont croisées et continuent d’influencer nos identités.
Aujourd’hui, je vois davantage la coopération comme un échange. Il ne s’agit pas simplement d’apporter quelque chose à un autre territoire, mais aussi de savoir écouter, apprendre des autres, partager nos expériences et construire ensemble. Cela renforce mon envie de contribuer à des projets qui favorisent les échanges entre les îles de l’océan Indien.
Tu as également eu l’occasion de participer au défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées : dans quel cadre as-tu participé à cet événement et qu’as-tu ressenti ?
J’ai candidaté par l’intermédiaire de France Volontaires et j’ai eu la chance de faire partie des 13 volontaires en Service Civique sélectionnés pour participer au défilé du 14 juillet.
Nous avons été intégrés à l’animation finale, avec le port des drapeaux des différents pays invités ainsi que du drapeau français.
Le défilé a été l’aboutissement de deux semaines très intenses, rythmées par les rencontres, les entraînements et les découvertes. C’était une grande opportunité pour moi, mais aussi une expérience très symbolique, puisque j’ai eu le sentiment de représenter une jeunesse engagée dans la solidarité, aussi bien au niveau national qu’international.


Si tu devais résumer cette expérience de volontariat en trois mots, lesquels choisirais-tu ?
Adaptabilité, Richesse et Rencontres.
Adaptabilité, parce que j’ai appris à m’adapter à un nouvel environnement, à de nouvelles habitudes et à une autre manière de mettre en œuvre mes compétences.
Richesse, parce que cette expérience m’a énormément apporté, aussi bien humainement que culturellement.
Rencontres, parce que ce sont finalement les personnes rencontrées, les échanges et les liens créés qui donnent toute sa valeur à une expérience de volontariat.
Que dirais-tu aujourd’hui à un jeune qui hésite à partir vivre une expérience de volontariat à l’étranger ?
Je lui dirais : fonce !
Une expérience de volontariat à l’étranger est une véritable opportunité pour un jeune. Elle permet de sortir de son cadre habituel, de rencontrer des personnes différentes et surtout d’apprendre énormément sur les autres, mais aussi sur soi-même.
On peut avoir des appréhensions avant de partir, et c’est normal. Mais lorsqu’une opportunité se présente, il faut aussi savoir la saisir. Le volontariat permet d’être accompagné et encadré tout en découvrant un autre système, une autre manière de travailler et une autre culture.
Je dirais aussi qu’il ne faut pas avoir peur de ne pas tout savoir faire. On part justement pour apprendre. Cette expérience peut parfois être difficile, parce qu’il faut s’adapter, sortir de ses habitudes et accepter de ne pas toujours comprendre immédiatement. Mais ce sont aussi ces situations qui nous font grandir et qui nous permettent de développer notre autonomie et notre confiance.
Et surtout, La Réunion sera toujours là à notre retour. On ne perd pas son territoire en partant découvrir le monde. Au contraire, on peut revenir avec un autre regard, de nouvelles expériences et de nouvelles idées que l’on pourra ensuite mettre au service de son propre territoire.
Pour moi, le volontariat, c’est finalement une expérience où chacun peut apporter quelque chose à l’autre. C’est cette idée de solidarité, d’échange et d’apprentissage mutuel qui me paraît la plus importante.
Quels sont tes projets pour la suite ?
J’aimerais poursuivre dans une mission de Volontariat de Solidarité Internationale (VSI), afin de continuer à développer mes compétences, mon réseau et mon expérience de terrain.
Je m’intéresse également aux questions d’insertion professionnelle et j’envisage de me former davantage dans ce domaine.
En parallèle, je continue d’affiner mon projet autour de la coopération afin, à terme, de mettre toutes ces expériences au service de projets culturels et sociaux à La Réunion et plus largement dans l’océan Indien.


