Victor, volontaire de solidarité internationale au cœur du West Bengal en Inde
"Apporter un accompagnement plus individualisé, basé sur des approches éducatives centrées sur l’égalité de genre, la considération de l’enfant et le développement personnel"
À Howrah, dans le tumulte du West Bengal, Tatan crie son nom dès qu’il l’aperçoit au loin. Pour Victor Guironnet, ces instants valent toutes les certitudes qu’il pensait avoir en quittant la France. Parti pour s’engager dans l’humanitaire, il a finalement trouvé, au sein de Don Bosco Ashalayam, sa manière d’agir : plus patiente, plus quotidienne, profondément humaine. Actuellement volontaire de solidarité internationale, il nous partage son expérience.
Peux-tu te présenter ?

Je suis né à Lyon, où j’ai effectué ma scolarité jusqu’à l’obtention d’une licence en Management et Sciences humaines à l’Université Lyon 3. Je me suis ensuite expatrié à Bordeaux pour réaliser un master en Communication stratégique à l’ISCOM. J’ai par la suite passé deux ans à Berlin. J’ai ensuite décidé de trouver une mission à l’étranger dans un contexte humanitaire, en me disant qu’enfin je trouverais des personnes qui souhaitent, elles aussi, améliorer le monde qui les entoure. Dans cette démarche, j’ai parcouru les offres d’emploi sur Coordination Sud, France Volontaires et d’autres sites internet similaires. À l’origine, mes recherches se portaient davantage sur des missions d’urgence humanitaire ; face à l’absence de réponses, mon manque d’expérience est devenu une évidence. J’ai donc élargi mes horizons vers le volontariat. Aujourd’hui, j’effectue mon Volontariat de solidarité internationale (VSI) en Inde.
Comment as-tu préparé ce voyage ?
Lorsque mon départ pour l’Inde a été confirmé, j’ai choisi de me préserver de trop d’influences extérieures. Pour ne pas être influencé par le regard des autres ou par des reportages, je me suis renseigné de manière mesurée, sans attentes particulières, simplement avec la curiosité de découvrir de nouvelles cultures et de nouveaux paysages. Fan de cuisine indienne, j’ai effectué les vaccins nécessaires, rempli ma valise en suivant les conseils du précédent volontaire, puis je suis monté dans l’avion.
La sortie de l’aéroport a été un premier choc : la chaleur humide, bien différente des climats que j’avais connus, et le bruit omniprésent. Rapidement, ce bruit devient un fond sonore auquel on ne prête plus attention. En arrivant, j’ai vite compris que l’Inde ne se définit pas par une seule culture. Elles diffèrent énormément selon les États. On s’adapte. On apprend à voir le monde autrement.
Parle-nous de ta structure d’accueil et de ta mission…
Envoyé par La Guilde, je suis engagé auprès de Don Bosco Ashalayam, à Howrah, au West Bengal. « Asha » signifie espoir en bengali et « layam » signifie foyer en sanskrit. Fondée il y a 40 ans pour accueillir les jeunes des rues, la structure a vu ses missions évoluer avec la société qui l’entoure. Aujourd’hui, l’association accompagne plus d’un millier d’enfants issus des rues et des bidonvilles à travers des classes de soutien afin de les réorienter vers l’école publique. En parallèle, environ 350 jeunes issus de foyers pauvres ou dysfonctionnels sont accueillis dans différents centres.
J’ai rejoint l’association à Howrah pour un VSI d’un an, qui prendra fin en avril 2026, en tant que coordinateur communication. Mes missions sont très variées : je fais le lien avec l’association française partenaire, j’encadre les autres bénévoles sur place, je m’occupe de la communication, je soutiens les projets d’Ashalayam, j’organise des événements et j’accompagne les jeunes au quotidien. Je travaille principalement avec les enfants. Nous essayons d’apporter un accompagnement plus individualisé, basé sur des approches éducatives centrées sur l’égalité de genre, la considération de l’enfant et le développement personnel des jeunes. Nous mettons en place des activités, assurons une présence régulière et échangeons fréquemment avec les membres de la direction pour faire évoluer nos pratiques.
Quels sont les moments qui te marquent le plus ?

Les relations avec les jeunes, sans hésiter. Tatan qui crie mon nom dès qu’il me voit arriver. Pael qui m’a offert une carte pour la journée des enseignants en me disant : « Même si tu ne nous donnes pas de cours, tu nous apprends beaucoup. » Ce sont ces moments simples qui donnent du sens à tout le reste.
Se confronter à d’autres cultures permet de découvrir un autre prisme de la vie, une autre manière d’être et d’interagir. On prend conscience des forces de sa propre culture, mais aussi de ses excès.
Au West Bengal, on entend souvent le mot « Chalo » : on fait, du mieux qu’on peut, sans trop s’inquiéter. Trop d’organisation pourrait presque nuire au résultat final. En suivant ce principe et en y ajoutant un peu d’encadrement grâce à l’expérience acquise, on parvient à un chaos légèrement organisé qui réunit le meilleur des deux mondes.
Y a-t-il un projet en particulier dont tu es fier ?
Il y a bien un projet qui me tient particulièrement à cœur et que j’ai piloté de A à Z, j’ai pris l’initiative de contacter le service RSE d’un hôpital, le Neotia Hospital. afin de mettre en place des visites médicales au bénéfice des enfants issus des écoles de rue. La première édition a permis d’accueillir une centaine d’enfants. Chacun a bénéficié d’un bilan de santé complet, suivi de la remise de médicaments adaptés lorsque cela était nécessaire.
Parmi les histoires marquantes, celle d’une jeune fille très brillante souffrant d’une importante déficience auditive. Grâce à ce partenariat, elle a pu être appareillée gratuitement, un coût qui aurait été impossible à assumer autrement. Au-delà de cette première action, l’objectif est d’inscrire cette collaboration dans la durée. Le lien créé entre l’équipe d’Ashalayam et l’hôpital devrait permettre d’assurer un suivi médical plus régulier pour ces jeunes, qui n’ont généralement pas accès aux soins faute de moyens financiers.
Comment cette expérience de volontariat te forge-t-elle ?

J’apprends à rebondir. Il y a des moments décourageants, mais j’essaie alors de me concentrer sur le positif et sur les marges de manœuvre que nous avons pour accompagner les jeunes avec des valeurs saines. Plus largement, je préfère parler de mon expérience au West Bengal plutôt que de l’Inde dans son ensemble. J’ai visité suffisamment d’États pour constater les différences régionales et la singularité des Bengalis. Pour moi, le West Bengal est accueillant, bruyant et profondément bienveillant. Cette expérience m’a appris que je pouvais m’adapter à un confort bien moindre sans que cela ne m’affecte. Elle m’a également confirmé que je souhaite m’engager durablement dans l’humanitaire ou le social.
J’aime dire que « l’étranger » n’existe pas. Il s’agit simplement d’un autre soi que l’on ne connaît pas encore. Le monde serait meilleur si nous prenions le temps de nous rencontrer.
Et la suite ?
Le volontariat reste central dans mon parcours. Pour moi, tout le monde devrait vivre une mission à l’étranger : on comprendrait que l’étranger n’existe pas. Le monde serait meilleur si nous nous rencontrions davantage. Je souhaite poursuivre vers des missions humanitaires d’urgence. Si mon bagage ne suffit pas, je prendrai le temps de me former, notamment dans les métiers du soin, afin d’augmenter mon impact auprès des autres.
Je ne suis peut-être pas le meilleur pour donner des nouvelles régulièrement, mais je serai toujours là pour les jeunes et les amitiés que j’ai forgées pendant cette mission. Ils sont comme des petits frères et des petites sœurs. Je reviendrai sûrement les voir lorsqu’ils auront grandi, en espérant qu’ils soient fiers de ce qu’ils seront devenus.