Roxane, volontaire en mission culturelle à Madagascar
Concevoir, coordonner et développer la programmation culturelle de l’association
À Madagascar, Roxane, 27 ans, effectue une mission de Volontariat de solidarité internationale au sein de l’Alliance française de Morondava, dans le cadre du programme INTERREG VI Océan Indien porté par France Volontaires Réunion. En tant que chargée de développement culturel, elle contribue à la valorisation et à la transmission du patrimoine malgache, notamment à travers le Ndao Hitily ! Papango festival, dédié au cerf-volant traditionnel papango.
Porté par l’Alliance Française de Morondava avec le soutien de la Région Réunion et en partenariat avec Transition Science Océan Indien – Les Petits Débrouillards de La Réunion, le festival s’inscrit dans une démarche de coopération culturelle entre Madagascar et La Réunion. Après une semaine d’ateliers auprès des jeunes et des établissements scolaires, il a rassemblé environ 2 000 personnes le 6 juin 2026 autour d’animations, de spectacles et d’initiations scientifiques, artistiques et sportives.
La transmission du patrimoine culturel traditionnel constitue un enjeu de taille à Madagascar, à l’heure où certaines pratiques ancestrales tendent à s’effacer face à la mondialisation et à l’évolution des modes de vie. Le papango, cerf-volant traditionnel malgache, en est un exemple emblématique : un savoir-faire populaire, longtemps transmis de génération en génération, mais aujourd’hui menacé de disparition. Face à ce constat, plusieurs acteurs culturels se mobilisent pour faire redécouvrir ce patrimoine au plus grand nombre, tout en le faisant dialoguer avec la création contemporaine et les enjeux environnementaux actuels.
À travers son témoignage, Roxane revient sur cette expérience, son quotidien à Morondava et les missions qui composent son engagement en VSI.
Peux-tu nous parler de ton parcours avant de t’engager sur cette mission ?
Après avoir obtenu mon baccalauréat à La Réunion, j’ai poursuivi mes études à Paris. J’y ai obtenu un Master de recherche en Histoire culturelle et religieuse à Sorbonne Université, puis un Master professionnel en Administration culturelle à l’Université Paris-Saclay. En parallèle, j’ai eu l’occasion de vivre plusieurs expériences de mobilité et dans le volontariat, notamment un Erasmus en Angleterre, un Service Volontaire Européen en Pologne et un service civique dans une compagnie de théâtre à Paris. Après mes études, j’ai travaillé dans le domaine de la production et de l’administration dans le spectacle vivant à Paris et à La Réunion.
Pourquoi as-tu décidé de t’engager en tant que volontaire ?
Le volontariat représentait pour moi une manière de mettre mes compétences au service d’une structure, tout en continuant moi-même à apprendre et à progresser. Je voulais sortir de mon environnement habituel, découvrir une autre façon de travailler et me confronter à de nouvelles réalités professionnelles.
De plus, je souhaitais évoluer dans le domaine de la gestion de projets culturels. La fiche de mission proposée par l’Alliance Française de Morondava correspondait à mes attentes : elle offrait des missions très variées, me permettant d’intervenir sur l’ensemble des étapes d’un projet culturel, de sa conception jusqu’à son évaluation. Cette polyvalence représentait pour moi une véritable opportunité de développer de nouvelles compétences.
Cette mission constituait également une occasion d’intégrer le réseau des Alliances Françaises. Je souhaitais découvrir son fonctionnement, comprendre ses missions et rencontrer les professionnels qui font vivre ce réseau. Je voyais dans cette expérience une première porte d’entrée vers un réseau culturel international susceptible d’enrichir mon parcours professionnel.
Enfin, je souhaitais vivre une expérience à l’international. Après plusieurs années d’études dans l’Hexagone, durant lesquelles j’ai notamment eu l’occasion de voyager en Europe, j’ai pris conscience que je connaissais finalement assez peu les territoires et les cultures qui m’entouraient dans l’océan Indien. Partir vivre à Madagascar représentait donc une belle occasion de découvrir une île géographiquement proche de La Réunion, avec lequel nous partageons des liens historiques et culturels, mais qui possède aussi sa propre identité, son histoire, ses traditions et ses réalités.

En quoi consiste ton rôle de chargée de développement culturel au sein de l’Alliance Française de Morondava ?
En tant que chargée de développement culturel à l’Alliance Française de Morondava, mon rôle est de concevoir, coordonner et développer la programmation culturelle de l’association. J’assure le pilotage des projets de leur conception jusqu’à leur évaluation, en prenant en charge les aspects administratifs, logistiques et budgétaires d’événements tels que des spectacles, des projections, des ateliers, des conférences et des expositions. Une partie importante de mon travail consiste à créer et renforcer des partenariats les établissements scolaires, les associations et les entreprises, ainsi qu’à rechercher des financements pour soutenir la programmation culturelle.
De plus, bien que mon poste soit principalement consacré au développement culturel, j’ai été amenée à intervenir sur des projets transversaux et à soutenir les autres services de l’Alliance Française de Morondava. J’ai ainsi pu apporter un appui à l’équipe pédagogique, à la médiathèque et à la direction, participer à la réflexion sur le fonctionnement général et contribuer, plus largement, à la vie de l’association.
Qu’est-ce qui te motive le plus au quotidien dans cette mission ?
J’aime imaginer des projets culturels, les construire et les voir prendre forme. J’apprécie particulièrement la grande autonomie dont je bénéficie durant cette mission, ce qui me permet de développer mes idées avec une réelle liberté et assurer le suivi des projets à chaque étape.
Ce qui motive le plus c’est offrir au public un moment de découverte, de partage et parfois une parenthèse qui fait rêver. C’est aussi permettre aux artistes de disposer d’un espace pour créer, s’exprimer et rencontrer leur public. Créer ces moments d’échange, favoriser les rencontres et rendre la culture accessible au plus grand nombre sont les principales raisons qui me donnent envie de m’investir chaque jour dans cette mission.

Qu’est-ce que cette mission t’a apporté, tant sur le plan personnel et dans ton parcours ?
Sur le plan professionnel, j’ai développé des compétences en gestion de projets, en recherche de financements et de partenaires et en adaptation à des contextes où les moyens sont parfois limités. Travailler à Morondava m’a également appris à composer avec un contexte où les moyens humains, matériels et financiers peuvent être limités. Il faut parfois revoir ses ambitions, trouver des solutions alternatives, être créatif et s’adapter rapidement aux imprévus.
Sur le plan personnel, cette expérience m’a surtout appris à m’adapter. Vivre et travailler dans un environnement interculturel implique de sortir de ses habitudes, d’accepter de ne pas toujours avoir les mêmes repères et d’apprendre à comprendre d’autres façons de communiquer, de travailler et d’aborder les situations. J’ai découvert une autre manière de vivre, avec des rythmes, des habitudes et des contraintes différentes de celles que j’avais pu connaître.
Peux-tu nous présenter le projet Ndao Hitily ?
Ndao Hitily ! Papango festival, qui signifie « Allons voler ! Festival de Cerf-Volant », est un festival consacré au papango, cerf-volant traditionnel de Madagascar. Ce projet est né d’une volonté de faire redécouvrir cet élément du patrimoine culturel, qui tend aujourd’hui à disparaître, tout en créant un événement festif, familial et ouvert à tous.
Ndao Hitily ! Papango festival s’inscrit dans le cadre de la coopération culturelle entre Madagascar et La Réunion, avec le soutien de la Région Réunion et en partenariat avec Transition Science Océan Indien – Les Petits Débrouillards de La Réunion.
Ndao Hitily ! Papango festival poursuivait plusieurs objectifs : rendre la culture accessible au plus grand nombre, valoriser le patrimoine du papango, soutenir les artistes, encourager la pratique artistique et sportive chez les jeunes, sensibiliser le public aux enjeux environnementaux et renforcer les liens de coopération entre Madagascar et La Réunion.

Durant une semaine, nous avons organisé des ateliers à l’Alliance Française de Morondava et auprès de plusieurs établissements scolaires pour apprendre aux jeunes à fabriquer leur propre cerf-volant. Ces ateliers étaient l’occasion de transmettre un savoir-faire traditionnel tout en développant la créativité, le travail en équipe et la participation des jeunes.
Le point d’orgue du festival s’est tenu le 6 juin 2026. Tout au long de la journée, le public a pu participer à de nombreuses animations gratuites : démonstrations et envols de cerfs-volants, ateliers artistiques, initiations sportives et culturelles, animations scientifiques autour de la protection du littoral et du projet PALM financé par la Région Réunion, des spectacles en plein air et concert.
Les ateliers et spectacles ont rencontré un fort engouement et la journée du festival a rassemblé environ 2 000 personnes. Ndao Hitily ! Papango festival a permis de créer un moment de partage entre les générations, de mettre en valeur une pratique traditionnelle tout en la faisant dialoguer avec la création contemporaine, les pratiques artistiques, le sport et les sciences. Le projet a également permis de fédérer de nombreux partenaires autour d’une même initiative et de renforcer les échanges entre Madagascar et La Réunion.
Avec l’équipe de l’Alliance Française de Morondava, nous sommes très heureux d’avoir porté ce projet, qui reflète pleinement les valeurs que nous souhaitons défendre : la coopération, la transmission, l’accès à la culture, la découverte et l’ouverture aux autres.

Comment décrirais-tu Morondava et le mode de vie malgache à quelqu’un qui ne connaît pas la région ?
Morondava est une ville à taille humaine, où il est facile de prendre ses repères. Le rythme de vie, la proximité avec la mer, et un environnement sécurisant en font un lieu agréable à vivre. L’activité principale est de regarder le magnifique coucher de soleil. Le fait qu’il s’agisse d’une petite ville favorise également les rencontres : on croise régulièrement les mêmes personnes et les liens se créent naturellement.

Tu as fait le choix de renouveler ta mission. Quelles sont les raisons qui t’ont amenée à poursuivre cette aventure ?
Ma première année VSI a été consacrée à construire, créer et structurer : imaginer de nouveaux projets, développer un réseau de partenaires, rechercher des financements et structurer la programmation culturelle.
J’ai souhaité renouveler ma mission car je voulais pouvoir aller au-delà de cette première étape de construction et profiter du travail qui a été réalisé au cours de cette année. Maintenant que des projets sont mis en place, que des partenariats ont été créés et que des financements ont pu être mobilisés, j’ai envie de travailler à leur pérennisation et à leur développement sur le long terme. Une deuxième année me permet aussi de prendre davantage de recul sur les actions mises en place, d’évaluer ce qui fonctionne, de les améliorer et, surtout, de faire en sorte qu’elles puissent continuer à vivre au-delà de ma mission.
Mais aussi, j’ai encore beaucoup de choses à découvrir. J’ai envie d’apprendre davantage sur les croyances malgaches, les traditions et les réalités qui façonnent le pays, mais aussi de découvrir ses paysages et ses différentes régions. Et surtout, j’ai envie de continuer à rencontrer des personnes, à créer des liens et à vivre de nouvelles expériences.
Peux-tu résumer ton expérience en 3 mots ?
Valeurs
Sourires
Imagination







