Sabine, volontaire pour appuyer des campagnes de dépistage au Cameroun
Apporter un appui à l’ONG Espoir Santé Afrique, engagée dans le dépistage des maladies cardiovasculaires

Cadre de la fonction publique territoriale au sein d’une collectivité de Guadeloupe, pleinement intégrée dans son environnement professionnel et personnel, Sabine Garnier fait le choix de prendre une année de disponibilité* pour s’engager au sein d’une ONG de médecins. Très loin de son domaine d’activité, ce choix est guidé par la conviction que les enjeux de santé, de réduction des inégalités et de solidarité internationale ne relèvent pas uniquement des soignants, mais de l’ensemble de la société civile. L’Objectif de Développement Durable n°3 « Bonne santé bien être » souligne en effet l’importance de l’engagement collectif, des partenariats et de l’action citoyenne pour améliorer durablement les conditions de vie et de santé des populations. Le volontariat de solidarité internationale apparaît ainsi comme un levier d’engagement concret en faveur des Objectifs de Développement Durable, en permettant une action directe et utile sur le terrain.
Accompagnée par les dispositifs portés par France Volontaires Antilles dans le cadre du programme Territoires Volontaires, en partenariat avec la ville de Baie-Mahault, Sabine GARNIER s’engage pour un an au sein de l’ONG Espoir Santé Afrique à Douala au Cameroun.
À deux semaines de son départ, Sabine Garnier se confie sur ses motivations, mais aussi les craintes liées à l’inconnu, à l’éloignement et au changement de cadre de vie tout en évoquant les défis à relever.
*Dans la fonction publique, être en disponibilité signifie être temporairement placé hors de son administration, à sa demande ou dans certains cas de droit, sans rémunération et sans exercer ses fonctions. La disponibilité permet notamment de réaliser un projet personnel ou professionnel, de s’engager dans une mission de volontariat, de suivre son conjoint, ou de faire face à certaines situations familiales, tout en gardant un lien avec la fonction publique.
Bonjour Sabine, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours professionnel en Guadeloupe ?

Je suis Sabine Garnier, j’ai 48 ans. Environnementaliste de formation, originaire de la Guadeloupe, je travaille au sein d’une collectivité territoriale de Guadeloupe, tout en intervenant également dans le domaine de la coopération internationale. Je suis aussi engagée dans la création et l’animation d’un réseau de porteurs de projets œuvrant en faveur de la coopération internationale vers l’Afrique, en particulier l’Afrique de l’Ouest et plus spécifiquement l’Afrique subsaharienne.
Comment as-tu connu l’ONG Espoir Santé Afrique et qu’est-ce qui a renforcé ta volonté de t’engager à leurs côtés ?
Je connaissais déjà l’association et je connaissais déjà le Cameroun. Auparavant j’ai travaillé sur des projets d’investissement sur le territoire, en lien avec des membres de la diaspora et des acteurs locaux du secteur entrepreneurial. Grâce au networking, j’ai pu rencontrer les fondateurs de l’ONG Espoir Santé Afrique directement en Guadeloupe. Par la suite, lors d’un voyage au Cameroun, j’ai eu l’opportunité de participer à l’une des missions déployées par l’ONG à Nanga Eboko au Cameroun.
Sur le plan personnel, j’étais déjà sensibilisée à cette problématique, traité par l’ONG puisqu’il s’agit d’un enjeu de santé publique qui me touche personnellement. En effet, des membres de ma famille, notamment mes parents et ma grand-mère, sont concernés par l’hypertension et le diabète.
En quoi cette mission de VSI est-elle importante pour toi ?
Pour moi, cette mission correspond à un véritable rêve. Elle fait écho à mon intérêt pour les cultures et l’anthropologie, mais aussi à mon engagement en faveur du panafricanisme. Je la perçois comme une belle articulation entre passion et travail.
Aujourd’hui, c’est une nouvelle page qui se tourne, me permettant de suivre pleinement mes aspirations. J’ai également été très intéressée par le volet logistique ainsi que par les questions d’investissement portées par la diaspora, sur lesquelles j’avais déjà travaillé auparavant.
Ce projet répond aussi à mes valeurs humanistes et les nourrit. Il fait écho à mon désir d’agir davantage en tant que citoyenne engagée, au service de la solidarité internationale, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation, que l’on soit issu de la diaspora ou non.
Enfin, ce qui me motive avant tout, c’est de pouvoir contribuer, à mon échelle, à la construction de cette solidarité internationale et à la promotion de la paix. La rencontre avec d’autres cultures et d’autres personnes à l’échelle mondiale constitue, selon moi, un levier essentiel pour y parvenir.
Peux-tu nous présenter le projet Espoir Santé Afrique, ta mission et vos objectifs au Cameroun ?
Il s’agit d’un projet mené en partenariat avec la ville de Baie-Mahault, dont l’ambition est de développer des coopérations décentralisées entre les territoires des Antilles françaises et l’Afrique. Ma mission consiste à apporter un appui à l’ONG Espoir Santé Afrique, engagée dans le dépistage des maladies cardiovasculaires à travers des actions de médecine préventive et curative.
Mon rôle sera de contribuer au développement des activités de l’ONG lors des campagnes de dépistage menées dans les villages, via des dispensaires mobiles, en complément des actions conduites au centre de santé de Douala, qui constituera le centre névralgique de ma mission.
Il s’agira également de sensibiliser le grand public à travers des actions de communication, d’événementiel et de terrain, aussi bien à Douala que lors des campagnes de dépistage.

En lien avec la collectivité territoriale de Baie-Mahault, nous travaillerons sur la problématique des déserts médicaux, l’échange d’expériences, ainsi que le retour d’expérience et l’analyse d’indicateurs de santé publique liés aux maladies cardiovasculaires.
Enfin, dans une perspective d’élargissement, il est envisagé de créer des liens avec les États limitrophes confrontés aux mêmes problématiques de santé. Le projet, par nature reproductible dans des territoires faisant face à des enjeux médicaux similaires, suscite déjà un intérêt croissant et ouvre la possibilité d’une extension aux pays voisins du Cameroun, notamment dans les zones reculées et les déserts médicaux.
Quelle sera concrètement ta mission au sein de l’ONG pendant cette année ?
En résumé ma mission sera un appui logistique, la recherche de partenaires et un travail sur la pérennisation du projet afin qu’il s’inscrive au-delà de la durée de ma mission.
Quels sont les résultats concrets que tu espères atteindre à la fin de cette mission de VSI ?
Pour moi, la mission serait réussie si, à son issue, j’ai contribué à mobiliser davantage de ressources et à accroître la visibilité d’Espoir Santé Afrique. Cela passerait par un renforcement de la communication afin de développer la notoriété de l’ONG et d’attirer plus de donateurs et de mécènes, capables de soutenir durablement les campagnes menées sur le territoire camerounais, en Guadeloupe, mais également dans les pays limitrophes. Une mission aboutie se traduirait aussi par l’obtention de moyens supplémentaires pour renforcer le pôle de médecine curative et le pôle mère-enfant, notamment à travers l’achat de médicaments et l’équipement des dispensaires.
Un autre défi important concerne la réussite des campagnes, notamment sur le plan de la communication. Atteindre une forte visibilité, avec par exemple un objectif de 100 000 vues sur le site internet, représenterait un véritable indicateur de succès pour la mission.
Quels sont les principaux défis que tu anticipes dans cette mission ?
L’un des principaux défis réside dans ma capacité à coordonner les différents acteurs et partenaires, en appui aux équipes déjà en place. Il s’agira pour moi de m’insérer au sein d’une équipe projet, en tenant compte de méthodes de travail et d’approches culturelles parfois différentes.
La coordination constituera un véritable défi durant mon VSI, l’équipe étant répartie à l’échelle internationale, entre la Guadeloupe, le Cameroun, l’Europe et les États-Unis. Il sera donc essentiel de mettre en place des modes de fonctionnement adaptés afin d’assurer une collaboration efficace, en dépit de notre géolocalisation.
En quoi ce départ est-il différent de tes précédents voyages ou engagements en Afrique?
Lors de mes premières en Afrique subsaharienne, je partais seule. Il s’agissait alors d’un rêve nourri par mes lectures et mes références autour du panafricanisme. Je m’étais engagée en tant que bénévole dans différentes structures, notamment au Cameroun et au Kenya, avec le désir profond d’aller en terre mère et de donner une dimension concrète à cet idéal.
Aujourd’hui, je pars avec une autre casquette : celle d’une professionnelle, volontaire de solidarité internationale, apportant son expertise, son expérience et le réseau construit au fil de mon parcours et du networking.
L’objectif est également différent. J’aspire à être une forme de sentinelle, à montrer qu’il est possible de sortir de sa zone de confort, d’être utile, tout en apprenant sur place, tant au niveau des pratiques professionnelles que sur le plan culturel.
La différence réside aussi dans le fait que je pense pouvoir apporter ma pierre à l’édifice, tout en apprenant de l’équipe projet sur place et en découvrant le maillage territorial grâce à l’appui des structures d’accueil. Elle s’inscrit ainsi dans une démarche gagnant-gagnant, à la fois pour le volontaire et pour les structures d’accueil.
Qu’espères-tu apprendre sur le plan professionnel et personnel pendant cette mission?
Cette mission représente aussi un nouveau défi professionnel pour moi. Étant de formation environnementaliste, j’ai encore beaucoup à apprendre.
En termes de connaissances, cette mission représente pour moi une véritable opportunité de montée en compétences dans le domaine de la santé publique. C’est un secteur qui m’intéresse particulièrement et dans lequel j’envisage une reconversion, car il correspond à ce que je considère comme mon premier amour. À terme, j’aimerais pouvoir travailler en Guadeloupe dans ce domaine.
J’espère ainsi acquérir davantage de compétences et d’outils, avoir plus de cordes à mon arc grâce à cette expérience de volontariat. Je suis également convaincue que j’apprendrai beaucoup sur le plan culturel
Penses-tu que le volontariat de solidarité internationale peut être envisagé à tout âge ?
Honnêtement, lorsque la proposition m’a été faite pour la première fois, il y a un an, j’ai été surprise. Lorsqu’on pense au volontariat, on l’associe souvent aux jeunes, en oubliant qu’il n’existe pas de limite d’âge. On pense également aux conséquences financières et aux contraintes liées à certaines étapes de la vie : le conjoint, les enfants, les responsabilités.
Par ailleurs, partir à l’étranger ne se fait pas du jour au lendemain et nécessite une réelle organisation en amont.
C’est là l’un des défis à relever : être en capacité, en dépit d’une différence de revenus, d’aller plus loin et de faire avancer, à son niveau, les problématiques qui nous tiennent à cœur, sans se soucier excessivement des finances, grâce au soutien du dispositif.
Il faut savoir qu’une indemnité est prévue, ainsi que des prises en charge permettant de vivre décemment, avec une logistique assurée, notamment pour l’hébergement et le transport. Le dispositif Territoires Volontaires permet ainsi de lever de nombreuses appréhensions.
Il reste néanmoins un enjeu de communication à renforcer afin de montrer que le volontariat senior est possible et qu’il mérite d’être davantage promu. En tant que professionnel, partir pour une année est envisageable selon ses capacités et ses possibilités : c’est un défi, mais un défi accessible.
À quelques semaines du départ, comment te sens-tu ?
À l’approche du départ, mon état d’esprit est partagé. J’ai tendance à me mettre un peu de pression : même si c’est un pays que je connais, cela reste un défi à relever. C’est un nouvel environnement et, bien que j’en aie déjà une certaine connaissance, je sais que je ne connais pas tout et j’ai surtout envie de découvrir davantage.
Ma principale appréhension est de parvenir à m’intégrer au sein de la population locale sans être enfermée dans des clichés, en particulier celui de « l’Européenne », et de réussir à instaurer un dialogue interculturel ouvert et respectueux.
Mais, je me sens confiante. Je sais que la mission se déroulera dans de bonnes conditions, grâce à l’équipe sur place ainsi qu’à l’encadrement assuré par France Volontaires.
Que dirais-tu à des professionnels qui hésitent à s’engager dans un volontariat à l’international
In fine, j’aurai peut-être davantage de conseils à donner. Aujourd’hui, au moment où je parle, je suis en plein déménagement et j’ai mis ma maison en location. Tout cela montre à quel point ce type de projet se prépare en amont. Il faut des économies, anticiper la question du logement, s’organiser pour les impôts ou bénéficier d’un soutien, bref, il faut une vraie capacité d’anticipation.
Enfin, je dirais qu’il faut aussi réaliser ses rêves, ne pas se fixer de limites, de ne pas rester dans la procrastination et de chercher à s’épanouir dans ce que l’on fait. Bien sûr, il y a des risques, mais le soutien de sa famille et de ses proches est très important pour pouvoir relever le défi que représente une mission à l’international.
Mot de la fin ?
Si vous souhaitez faire des dons à l’association Espoir Santé Afrique, ou si vous êtes mécène, n’hésitez pas à nous contacter. J’espère qu’il y aura davantage de volontaires au départ de la Guadeloupe, des personnes avec des compétences et des profils similaires au mien, notamment des cadres et des ingénieurs, qui puissent eux aussi apporter leur pierre à l’édifice dans cette construction de la coopération décentralisée. C’est mon rêve.
J’en appelle également à la solidarité de tout un chacun, en particulier des donateurs, des partenaires financiers et des institutions, afin que ce projet puisse pleinement réussir.
ODD 3 « Bonne santé et bien-être »

L’Objectif de Développement Durable n° 3, intitulé « Bonne santé et bien-être », vise à permettre à tous de vivre en bonne santé et de promouvoir le bien-être à tout âge, en particulier en améliorant l’accès aux soins et en renforçant la prévention des maladies. Cet objectif comprend plusieurs cibles importantes, comme la réduction de la mortalité maternelle, l’élimination des décès évitables chez les enfants de moins de cinq ans, la lutte contre les maladies transmissibles et non transmissibles, et la réalisation d’une couverture sanitaire universelle avec des services de santé essentiels accessibles à tous.
La mission de volontariat de solidarité internationale de Sabien Garnier participe à son échelle à l’atteinte de l’Objectif de Développement Durable n° 3, en contribuant au renforcement de la prévention, à l’amélioration de l’accès aux soins et à la réduction des inégalités de santé dans les territoires concernés.
L’ONG Espoir Santé Afrique
L’association « Espoir Santé Afrique » a été créée en 2018 à Pointe-à-Pitre. Elle regroupe un ensemble de médecins, de pharmaciens, d’experts en santé publique, d’universitaires ainsi que des membres des diasporas africaines issus de la société civile. Tous sont bénévoles et engagés dans une démarche commune visant à améliorer la prise en charge des patients et l’accès aux soins sur le continent africain.
Tous les membres sont bénévoles et engagés dans une démarche collective visant à améliorer la prise en charge des patients et l’accès aux soins sur le continent africain. Espoir Santé Afrique inscrit ainsi son action dans la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable, notamment l’ODD 3 relatif à la santé et au bien-être et l’ODD 10 consacré à la réduction des inégalités. En ciblant les déserts médicaux, le projet contribue à réduire les inégalités sociales et économiques en matière d’accès aux soins.
Par ailleurs, l’action de l’association participe également au renforcement des liens entre la Guadeloupe et le Cameroun, en particulier avec la ville de Baie-Mahault. Cette collectivité s’est inscrite dans le programme Territoires volontaires, ce qui a permis à Espoir Santé Afrique d’accueillir une volontaire au sein de ses locaux au Cameroun. Cette collaboration constitue un premier jalon en vue de la mise en place d’une éventuelle coopération décentralisée.
L’objectif principal est d’instaurer un accès aux services de santé aux communautés les plus éloignées. Assurément, ce projet pourrait également avoir des répercussions significatives en Guadeloupe, territoire souffrant également d’un manque d’accès au soin.

