Une mission de volontariat au service du logement et de la transition énergétique
"Derrière les projets techniques, il y a avant tout des personnes, des parcours de vie et des besoins."
En début d’année 2024, Beker QUENUM quitte son Bénin natal pour s’installer dans l’hiver auvergnat, à Clermont-Ferrand. Titulaire d’un Master en Aménagement et Protection de l’Environnement, il est envoyé par la DCC pour réaliser une mission auprès de la structure Habitat et Humanisme Auvergne en tant que chargé et coordonnateur de projets. Engagé initialement pour un an, il renouvelle sa mission pour une seconde année. Rencontre.
Peux-tu te présenter en quelques mots et nous raconter ton parcours ?
Je m’appelle Beker QUENUM. Je viens du Bénin et je suis titulaire d’un Master en Aménagement et Protection de l’Environnement. Avant de partir en mission, j’ai travaillé quelques années sur la valorisation des biodéchets. Parallèlement, j’étais également assistant projet au sein de l’ONG Young Pioneers for Development, afin d’apporter ma contribution à différentes initiatives menées par des organisations engagées pour la protection de l’environnement et le développement durable.
Qu’est ce qui t’as donné envie de t’engager dans le social avec la structure Habitat & Humanisme ?
Après ma licence, j’ai rejoint l’ONG Young Pioneers for Development en 2020. C’est là que j’ai commencé à m’impliquer davantage dans des projets à impact social et environnemental et à découvrir concrètement le monde associatif.
Cependant, je ressentais le besoin de m’engager autrement et surtout d’apprendre davantage, à la fois sur le plan social et technique. C’est ce qui m’a motivé à partir en mission de volontariat international.
J’ai alors candidaté à la DCC, et c’est finalement elle qui m’a proposé une mission au sein d’Habitat et Humanisme Auvergne ainsi qu’au Corum Saint-Jean. Ce qui m’a attiré dans la mission proposée, c’est la vision portée par ces deux structures : une approche qui relie le logement, l’accompagnement social et la dignité des personnes. J’ai également trouvé très intéressant que la mission fasse le lien entre les enjeux sociaux et environnementaux et j’ai été très bien accompagné par la DCC.
En quoi consistait ta mission ?
Au Corum Saint-Jean, un foyer de jeunes travailleurs, j’ai mené différentes actions d’animation favorisant le lien social : soirées culturelles, découvertes interculturelles, événements sportifs ou encore des ateliers autour des ODD, etc.
Ces moments de convivialité ont été très importants pour créer des espaces de rencontre, de dialogue et de partage entre les résidents venant d’horizons différents. C’était aussi une belle manière de découvrir la richesse des parcours et des cultures de chacun.
Animation d’un atelier sur les ODD en binôme
“Derrière chaque rénovation, il y a surtout l’objectif d’améliorer le confort des habitants, de réduire leurs charges et d’accompagner des personnes en situation de fragilité”.
En parallèle, avec Habitat et Humanisme Auvergne, ma mission a progressivement évolué par rapport à ce qui était initialement prévu, et cela a rendu l’expérience encore plus enrichissante. J’y ai découvert le monde du logement social et celui de la transition énergétique. Cette dimension, à la fois technique et humaine, m’a particulièrement marqué : derrière chaque rénovation, il y a surtout l’objectif d’améliorer le confort des habitants, de réduire leurs charges et d’accompagner des personnes en situation de fragilité.
C’est cette dimension qui m’a donné envie de poursuivre l’aventure et de renouveler ma mission une seconde année au sein d’Habitat et Humanisme Auvergne.
Animation d’un atelier de la Fresque de la précarité énergétique à l’escale solidaire de Habitat Humanisme Auvergne
Quel est ton meilleur souvenir ?
Un de mes meilleurs souvenirs reste la première rénovation énergétique que nous avons réussi à réaliser.
Il s’agissait d’un petit T2 classé étiquette G (logement très mal isolé, qui consomme beaucoup d’énergie), situé sous les combles, où il faisait très chaud en été. La propriétaire solidaire était un peu découragée, car les premières entreprises qu’elle avait contactées lui avaient expliqué qu’il serait difficile d’atteindre une bonne performance énergétique. Elle nous en a parlé, nous lui avons proposé de l’accompagner… et elle a accepté de nous faire confiance.
Le résultat a été au rendez-vous : après les travaux, le logement est passé en étiquette B (logement isolée correctement, avec consommation d’énergie et impact climatique correct). Tout ceci sous la coordination de mon binôme, Philippe, auprès de qui j’ai énormément appris.
” Derrière les projets techniques, il y a avant tout des personnes, des parcours de vie et des besoins”
Le résident était très heureux de pouvoir réintégrer un logement beaucoup plus confortable. Ce moment m’a marqué, car il m’a fait comprendre que derrière les projets techniques, il y a avant tout des personnes, des parcours de vie et des besoins.
Quelles compétences as-tu acquises ?
Sur le plan professionnel, cette mission m’a permis de développer mes connaissances en rénovation énergétique, en gestion de projets et en travail d’équipe. Mais j’ai également acquis des compétences humaines très importantes : l’adaptabilité, l’écoute, l’autonomie et la capacité à travailler dans un environnement culturel différent.
Cette expérience m’a surtout appris à prendre du recul et à mieux comprendre les réalités sociales qui peuvent se cacher derrière des problématiques techniques.
Stand avec mon binôme pour les Journées de la rénovation à Le Roy Merlin Clermont
Quelle est la plus grande difficulté que tu as eu à traverser durant ta mission ? Comment l’as-tu surpassée ?
Je dirais que la plus grande difficulté a été… le climat !
Je suis arrivé en plein hiver après avoir quitté un pays où la température dépasse souvent les 30 degrés. Le changement a été assez brutal.
Pour me rendre à Habitat et Humanisme Auvergne, j’utilisais un vélo. Cela voulait dire pédaler par tous les temps : sous la pluie, le vent, la chaleur estivale et parfois sous la grêle. Une vraie immersion dans la météo clermontoise !
Et pour des raisons de sécurité, je devais aussi monter mon vélo électrique au premier étage tous les jours. Au final, c’est vite devenu mon petit réveil musculaire matinal… et je pense que cela a certainement contribué à améliorer ma masse musculaire pendant la mission !
Avec le temps, on s’adapte… et cela fait aussi partie de l’expérience.
En quoi cette expérience a impacté ta vision du monde et de toi-même ?
Cette expérience m’a permis de comprendre que les enjeux environnementaux sont profondément liés aux réalités sociales.
Quand un logement est mal isolé, ce sont souvent les personnes les plus fragiles qui en subissent les conséquences : factures élevées, inconfort thermique, difficultés à se chauffer correctement.
Améliorer la performance énergétique d’un logement, ce n’est donc pas seulement réduire les émissions ou consommer moins d’énergie : c’est aussi une question de dignité, de confort et de pouvoir d’achat.
Cette expérience m’a aussi montré l’importance d’organisations comme Habitat et Humanisme Auvergne, qui accompagnent concrètement les personnes en situation de fragilité.
Comme le dit cette citation :
« Le monde n’est pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui regardent sans rien faire. »
Cela renforce encore ma motivation à agir, à mon niveau, pour contribuer à un monde plus juste et plus durable.
Woldcleanup 2025 avec le Corum St Jean, Habitat Humanisme Auvergne et l’association Cecler
Est-ce que tu dirais que tu reviens au Bénin changé par rapport à ton toi d’il y a deux ans ?
Oui, clairement.
Cette expérience m’a fait grandir à la fois humainement et professionnellement. Elle m’a permis de découvrir d’autres réalités sociales, de travailler avec des personnes très engagées et de développer une vision plus globale des enjeux sociaux et environnementaux.
Je reviens avec plus de recul, mais aussi avec une motivation encore plus forte pour m’engager dans des projets utiles pour la société.
À la suite de la mission, quels sont tes projets d’avenir ?
Aujourd’hui, cette expérience constitue une base solide pour la suite de mon parcours, qu’il soit professionnel, associatif ou personnel.
De retour au Bénin, les responsables de notre association m’ont proposé de prendre la direction de notre ONG Young Pioneers for Development. Notre organisation est active depuis plusieurs années dans les domaines du développement durable et de l’entrepreneuriat des jeunes au Bénin. Nous avons notamment travaillé sur des projets liés à la conservation de la biodiversité.
Cependant, l’ONG a connu quelques années de ralentissement de ses activités, notamment en raison d’un manque de ressources.
Notre objectif aujourd’hui est de relancer les activités et de nous conformer aux nouvelles réglementations de l’État.
L’un de nos programmes phares de relance s’intitule « Territoires circulaires et innovation locale au Bénin », avec notamment un projet de diffusion de la Fresque de l’économie circulaire, un outil que j’ai découvert pendant mon séjour en France.
(N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux 😉)
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui envisage de faire du volontariat ?
Je lui dirais d’y aller avec un esprit ouvert et une vraie volonté d’apprendre.
Le volontariat n’est pas seulement une expérience professionnelle, c’est avant tout une expérience humaine très riche.
Il faut être prêt à sortir de sa zone de confort, à découvrir d’autres cultures et à se laisser transformer par les rencontres.
Quand je prends l’exemple de ma mission, il y avait bien sûr des périodes très actives, mais aussi des moments plus calmes où il n’y avait pas forcément de tâches majeures à accomplir. Ces moments étaient aussi précieux : ils permettaient d’échanger avec les bénévoles, les collègues, ou simplement de passer à l’Escale pour discuter et partager un moment ensemble. C’est souvent dans ces instants simples que l’on apprend le plus.
Il faut aussi garder en tête que personne ne détient la science infuse. Chaque structure a sa manière de fonctionner, ses procédures et sa culture. Le plus important est d’observer, d’apprendre, de collaborer avec les autres et de se remettre en question s’il le faut.
Et parfois, il faut simplement savoir lâcher prise et vivre le moment présent. La personne avec qui vous échangez n’attend pas forcément que vous lui apportiez une solution. Parfois, elle a juste besoin d’une oreille attentive, de quelqu’un qui prend le temps d’écouter. Dans nos sociétés où tout va très vite, on perd peu à peu cette capacité simple mais essentielle d’écouter vraiment l’autre.
Parce qu’au final, on part pour donner… mais on reçoit souvent encore plus.
Structure d’accueil : Habitat et Humanisme Auvergne




