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28 août. 26
Guyane
Outre-mer

Jules : une année de volontariat en Guyane pour construire des ponts entre les acteurs

Mettre en relation les acteurs de la coopération et favoriser l’émergence de projets communs.

Après plusieurs années d’engagement dans les domaines du développement rural, de la recherche et de la vie associative au Bénin, Jules Mozert Kakpo a choisi de vivre une nouvelle aventure en Guyane. À 28 ans, il rejoint le réseau Guyacoop pour une mission de Volontariat de solidarité internationale de douze mois, dans le cadre du programme TEVO, avec pour objectif de renforcer les coopérations entre les acteurs du territoire et de contribuer à l’émergence de projets collectifs au service du développement local et international.

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous parler de ton parcours ?


Je suis agroéconomiste de formation, titulaire d’une licence professionnelle en agronomie, spécialité Économie rurale et gestion des exploitations agricoles, ainsi que d’un master professionnel en Agroéconomie, sociologie et vulgarisation rurales, obtenus à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin.

Mon parcours s’est construit autour de trois grands domaines : la production agricole, la recherche socio-économique et l’engagement communautaire. J’ai notamment développé des activités entrepreneuriales dans le secteur agricole, dirigé une ferme agropastorale de production écologique et accompagné des initiatives liées à la gestion durable des ressources naturelles.

J’ai également participé à plusieurs études et missions de terrain auprès de communautés rurales et vulnérables, en collaboration avec des organisations nationales et internationales, sur des thématiques telles que la nutrition, le développement rural, l’agroécologie ou encore les vulnérabilités socio-économiques.

Enfin, mon engagement associatif au sein de l’ONG Jeunes Volontaires pour l’Environnement Bénin (JVE-Bénin) m’a permis de conduire de nombreuses actions de sensibilisation, de renforcement des capacités et de mobilisation citoyenne autour des enjeux environnementaux, climatiques et du développement durable. Ces différentes expériences ont forgé ma volonté d’agir au service des territoires et des communautés.

Peux-tu nous présenter le réseau Guyacoop et expliquer ses principales missions et objectifs ?


Le Réseau Guyane Coopération Internationale (Réseau Guyacoop) est le Réseau Régional Multi-Acteurs de la Guyane. Il fait partie de la quinzaine de Réseaux-Régionaux Multi-Acteurs (RRMA) existant en France, fédérés au sein de la CIRRMA (Conférence Inter-Régionale des Réseaux Régionaux Multi-Acteurs). Guyacoop réunit tous les acteurs guyanais (collectivités, associations, entreprises, institutions) qui s’investissent dans la coopération aux niveaux régional et international. Avec le soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères (MEAE), sa mission est de transformer les initiatives de coopération existantes en une action collective coordonnée et durable, au bénéfice concret des populations. Le réseau agit comme catalyseur de l’internationalisation maîtrisée de la Guyane et s’appuie sur sa position de carrefour entre l’Europe, l’Amazonie, la Caraïbe et l’Amérique du Sud. Il compte aujourd’hui 13 membres, dont 5 collectivités (Mana, Macouria, Sinnamary, Maripasoula et Cayenne), et a pour président M. Albéric Benth, maire de Mana.

Son action se décline en plusieurs missions. Identifier d’abord les acteurs, grâce à une cartographie dynamique qui recense les domaines d’intervention, les partenaires et les projets (en cours ou finalisés) du territoire : elle donne une vue claire de qui fait quoi et fait apparaître les complémentarités. Mobiliser ensuite, par l’organisation de rencontres (Cafécoop, séminaires, groupes de travail Jeunesse & Mobilité et Environnement & Eau) qui rassemblent les acteurs, facilitent les échanges et permettent de porter des projets conjoints pour répondre aux problèmes clés de la Guyane. Informer aussi : les canaux de communication (site web, LinkedIn, Facebook, canal WhatsApp, YouTube) sont animés en continu, des newsletters bimestrielles sont diffusées et des webinaires sont organisés sur les dispositifs de financement (programme TEVO, CERV, dispositif franco-sénégalais), pour que chacun saisisse les opportunités au bon moment. Former enfin : un catalogue de formations à l’ingénierie de projet outille les acteurs et les rend plus compétitifs sur les dispositifs européens.

Le réseau soutient également les porteurs de projets et met leurs initiatives en avant, par des podcasts et des fiches acteurs diffusés sur ses canaux, et en soutenant des événements comme l’Idéathon du WaveClub. Au fond, Guyacoop sert de point d’appui : il aide la Guyane à structurer ses coopérations et à construire des partenariats durables.

En quoi consiste ton rôle d’animateur de réseau ? Quelles sont tes principales activités au quotidien ?


En tant que chargé de l’animation et de la structuration du réseau, j’interviens sur l’ensemble de ses missions. Mon rôle consiste avant tout à mettre en relation les acteurs de la coopération, à développer des partenariats et à structurer le réseau afin de favoriser l’émergence de projets communs.

Réunion d’équipe Guyacoop

À ce titre, j’ai construit une base de données des acteurs du territoire et conçu une cartographie dynamique et évolutive de la coopération. J’ai organisé plusieurs rencontres, notamment les Cafécoop, initié et animé deux groupes de travail (« Jeunesse & Mobilité » et « Environnement & Eau »), ainsi que des webinaires consacrés aux dispositifs de financement (TEVO, CERV et dispositif franco-sénégalais).

J’ai également lancé plusieurs démarches de collaboration, dont une rencontre entre des collectivités guyanaises et sénégalaises, et développé des partenariats à l’échelle locale — avec l’Université de Guyane, le pôle Jeunesse, Éducation populaire et Vie associative (JEPVA) de la Direction de la Culture, de la Jeunesse et des Sports (DCJS) de la Préfecture de Guyane, ou encore la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) — comme à l’international, notamment avec l’Ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone, la Direction de la coopération décentralisée du Sénégal, le Mouvement du Nid Martinique, WaveClub, Mouv’Outremer, le FONJEP et l’OFAJ.

Formation sur la protection des mineurs organisée par Le mouvement Nid Martinique
en collaboration avecle réseau Guyacoop

Par ailleurs, j’ai élaboré le catalogue de formations du réseau, participé à l’organisation du séminaire territorial sur la mobilité des jeunes en Guyane, rédigé des comptes rendus d’activités et de séminaires ainsi que le rapport semestriel du réseau. J’ai également contribué au montage de dossiers de subvention et à la réponse à plusieurs appels à projets.

Enfin, j’anime régulièrement des réunions de présentation afin de faire connaître le réseau auprès des acteurs du territoire et d’en assurer la représentation.

Qu’est-ce qui t’a motivé à t’engager dans cette mission ?


J’avais envie de vivre une nouvelle expérience et de relever de nouveaux défis. Après avoir passé plusieurs années dans le secteur agricole au Bénin, je souhaitais me lancer dans une nouvelle aventure et me challenger dans un environnement différent.

Mon objectif était de sortir de ma zone de confort, de découvrir un domaine dans lequel je n’avais pas d’expertise, à savoir la coopération internationale, et d’évoluer dans un contexte interculturel.

La Guyane, véritable carrefour de cultures avec plus d’une vingtaine de communautés présentes sur son territoire, représentait un cadre idéal pour cela. Je voulais également rencontrer de nouvelles personnes, découvrir d’autres façons de penser et de travailler, et développer mon réseau.

Dans le cadre de ta mission, travailles-tu sur des initiatives ou des collaborations entre la Guyane et le Bénin ? 


Oui, j’y travaille. Au cours du mois de juillet, j’ai travaillé sur une initiative de collaboration entre le Bénin et la Guyane. L’Idéathon, organisé par le WaveClub en partenariat avec le Réseau Guyacoop et plusieurs autres acteurs, visait à identifier, parmi des projets portés par des entrepreneurs de Guyane, de Martinique et de Guadeloupe, celui présentant le plus fort potentiel au regard des opportunités de coopération avec le Bénin.

Le porteur du projet lauréat bénéficie d’un séjour au Bénin afin de découvrir le pays, de s’immerger dans l’écosystème entrepreneurial local et d’affiner son idée avant son éventuel déploiement.

La candidate guyanaise n’a finalement pas été retenue. Toutefois, des échanges se poursuivent afin d’examiner dans quelle mesure son projet, jugé particulièrement prometteur, pourrait être développé ou adapté dans le cadre d’une future coopération.

Quels objectifs personnels et professionnels souhaites-tu atteindre d’ici la fin de ta mission ?


Sur le plan personnel, j’aimerais développer mon réseau professionnel, approfondir ma connaissance du territoire guyanais et apprendre les bases du créole guyanais.
Sur le plan de la mission, mes principaux objectifs sont de positionner le réseau sur au moins deux programmes de financement européens et de contribuer à la signature d’une dizaine de conventions de partenariat d’ici la fin de mon volontariat.

Comment vis-tu le travail dans un contexte interculturel ? Quels en sont, selon toi, les atouts et les défis ?


Je vis très bien le travail dans un contexte interculturel. Déjà, pendant ma formation en agronomie, j’ai été amené à m’intégrer dans des communautés rurales aux us, coutumes, langues et habitudes très différents des miens. Plus tard, au cours de mon parcours professionnel, notamment au sein de l’ONG JVE, j’ai participé à des ateliers de travail avec des volontaires et d’autres partenaires internationaux.

J’avais donc déjà quelques repères sur le sujet, ce qui a facilité ma collaboration avec les acteurs guyanais. Mes principaux atouts dans ce contexte sont l’écoute, l’ouverture d’esprit, le sens des responsabilités et la tolérance.

Le principal défi réside dans le décalage, souvent fréquent, entre ce qui est dit et ce qui est perçu : les interprétations peuvent parfois être très éloignées des intentions initiales.

Baby foot entre acteurs internationaux du réseau Guyacoop

Qu’est ce que cette mission t’apporte, d’un point de vue professionnel et personnel ?


Cette mission m’ouvre de nouvelles perspectives professionnelles. Grâce aux activités que je mène et aux initiatives que je porte, j’ai développé des compétences et adopté une posture qui me donnent davantage de légitimité dans les domaines de la coopération internationale et de l’animation de réseaux multi-acteurs. À mon arrivée, je connaissais peu ces mécanismes ; aujourd’hui, je suis capable de concevoir un webinaire sur les financements européens, de monter des partenariats et de faire vivre un réseau d’acteurs.

Sur le plan personnel, j’ai gagné en prise d’initiative, en autonomie, en gestion de projet et en capacité d’apprentissage. J’ai également pris conscience de certaines limites qui freinaient ma progression, et je travaille aujourd’hui à en réduire les effets, tant dans ma vie professionnelle que personnelle.

Quel est le moment le plus marquant de ta mission jusqu’à présent ?


Chaque nouvelle découverte m’a fasciné : le Carnaval guyanais, les pistes de randonnée, les parcs, les spectacles… autant de très bons souvenirs.


Carnaval Guyanais 2026

Le moment le plus marquant reste néanmoins le séminaire sur la mobilité des jeunes en Guyane. Pour la première fois, j’ai pris place au sein d’un panel, aux côtés de représentants institutionnels et d’autres acteurs engagés. L’exercice m’a paru stressant, mais il m’a permis d’affronter une vieille crainte : prendre la parole devant un large public.

J’en ressors plus confiant, et cette expérience m’encourage à continuer de travailler ma capacité à communiquer clairement, sans me laisser impressionner par la taille de l’auditoire.

Panel du séminaire territorial mobilité des jeunes en Guyane

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui envisage de s’engager dans une mission de volontariat international ?


Mon conseil : soyez ouverts d’esprit et mettez à profit cette expérience pour expérimenter de nouvelles façons de travailler, prendre des initiatives et acquérir de nouvelles compétences, tout en restant en accord avec les objectifs de votre mission.

Surtout, prenez le risque d’avoir tort, acceptez les critiques, mettez votre ego de côté et apprenez.

Ouvrez-vous aux autres sans idées préconçues. Acceptez de recevoir, mais aussi de donner tout ce que vous pouvez, dans la mesure du possible.

Découvrez Jules en vidéo 


Structure d’accueil : Guyacoop

Le Réseau Guyane Coopération Internationale (Guyacoop) est le Réseau Régional Multi-Acteurs de la Guyane. Il fédère les acteurs du territoire engagés dans la coopération internationale afin de favoriser les partenariats, le partage d’expériences et le développement de projets communs. À travers ses actions de mise en réseau, d’information, de formation et d’accompagnement, Guyacoop contribue au rayonnement et à l’ouverture internationale de la Guyane.