Au Saint-Esprit, en Martinique, le volontariat de solidarité internationale porté par le Centre culturel de rencontre Les Coulisses est pleinement intégré au projet culturel de la Ville. Tandis que cette dernière accueille sa deuxième promotion de volontaires de solidarité internationale (VSI), Céline Baltide, coordinatrice du lieu, répond à nos questions.
Comment les volontaires s’insèrent-ils dans le projet culturel porté par la Ville du Saint-Esprit ?
La création du Centre culturel de rencontre Les Coulisses au Saint-Esprit, témoigne de la volonté de la Ville de faire de la culture un véritable levier de développement et d’attractivité du territoire à travers un soutien résolu à la création artistique et aux acteurs du secteur.
Engagé depuis 2021, le projet a permis de recevoir un nombre important de résidences d’artistes et de développer un véritable réseau de professionnels dédiés à l’accueil, à l’accompagnement et à la valorisation du travail artistique ainsi qu’à la circulation des œuvres et des acteurs. Ce processus de préfiguration a abouti à la création de l’établissement public autonome « Les Coulisses », en septembre 2024, puis à sa labellisation en tant que « Centre culturel de rencontre » (CCR) par le ministère de la Culture en juillet 2025.
L’établissement a ainsi rejoint un prestigieux réseau en France, en Europe et à l’international, qui partage ses objectifs de faire dialoguer patrimoine et création.
Le programme TEVO offre l’occasion de créer de la proximité, de favoriser la connaissance de l’autre et de permettre aux jeunes de partir véritablement à la rencontre d’un pays, de ses habitants et de sa culture.
Les volontaires de solidarité internationale accueillis au Saint-Esprit dans le cadre du programme Territoires Volontaires (TEVO) travaillent conjointement avec la Ville et le CCR Les Coulisses.
Dans cette dynamique, le CCR joue pleinement son rôle d’outil de rencontre et d’échange. Le programme TEVO offre ainsi l’occasion de créer de la proximité, de favoriser la connaissance de l’autre et de permettre aux jeunes de partir véritablement à la rencontre d’un pays, de ses habitants et de sa culture.
Les volontaires ne sont pas accueillis uniquement pour leurs compétences ou leur expérience, mais aussi parce que leur présence sur une longue période leur permet d’expérimenter concrètement la vie sur place. Cette immersion les amène à découvrir le territoire et les personnes qui y vivent, mais aussi à s’interroger, à se questionner et parfois à donner une nouvelle direction à leur vie. Cette dimension est particulièrement importante pour ces jeunes, âgés de 20 à 31 ans.
Quelles mobilités a-t-il déjà permis de réaliser ?
Depuis plusieurs années, la Ville du Saint-Esprit conduit une stratégie de développement culturel qui repose sur deux piliers : d’une part l’ancrage, en plaçant le territoire, ses histoires et sa population au cœur de la dynamique et de l’autre la projection résolue vers le monde et l’avenir. Cet investissement dans la création artistique pour accroître la visibilité et le rayonnement du territoire trouve aujourd’hui un véritable écho auprès de la population, qui s’approprie les projets menés et en est fière.
C’est dans cette perspective de permettre au territoire d’entrer en résonance avec le monde que la Ville s’investit dans divers dispositifs de mobilité et d’accueil tels que Erasmus+, TEVO ou encore Courants du monde.
La Ville a par exemple accueilli un agent bibliothécaire du CCRI John Smith de Ouidah dans le cadre du programme « Courants du Monde » du ministère de la Culture, pour une immersion d’un mois.
Quatre volontaires ont par ailleurs été accompagnés à ce jour par le biais de France Volontaires grâce au programme Territoires Volontaires. Ainsi Floriane Bonou et Merveil Bossou ont pris part pendant environ un an aux préfigurations CCR Les Coulisse tandis que Laury Granville et Olivier Césaire ont bénéficié d’une mobilité à Ouidah au Bénin, où ils ont œuvré aux côtés de Janvier Nougloï lors de l’ouverture de la Maison de la Culture.
Comment la Ville recrute-t-elle les jeunes volontaires entre la Martinique et le Bénin ?
Nous avons la chance de rencontrer des jeunes qui ont envie de partir et de découvrir d’autres territoires. Dès qu’une nouvelle offre leur est présentée, ils sont souvent les premiers à y répondre : la motivation et l’envie sont bien présentes. Ils savent que cette expérience leur apportera quelque chose, même s’ils ne parviennent pas encore à définir précisément l’aboutissement.
Le cadre proposé les rassure : ils sont accompagnés, préparés à leur départ et bénéficient d’un temps d’immersion leur permettant de découvrir la ville, le partenaire, la structure et ses activités ainsi que les objectifs et les attentes de leur mission. Ils deviennent de ce fait de véritables ambassadeurs du territoire et de la coopération engagée.
Ces expériences permettent ainsi de former des jeunes disposant de compétences interculturelles, qui auront davantage de facilités et de réflexes dans les futures actions de coopération
C’est notamment le cas d’une jeune qui partira prochainement en Jamaïque : après un premier échange plus de 6 mois auparavant, elle est restée attentive à l’ouverture de la mission afin de pouvoir candidater.
Pour un jeune Béninois, se projeter dans un départ aussi lointain peut toutefois susciter certaines appréhensions. Les premiers volontaires partis peuvent alors partager leur expérience et rassurer ceux qui souhaitent s’engager à leur tour. Inversement, les jeunes Martiniquais peuvent également témoigner de leur parcours à leur retour. Ces expériences permettent ainsi de former des jeunes =disposant de compétences interculturelles, qui auront davantage de facilités et de réflexes dans les futures actions de coopération. Nous espérons également qu’elles donneront aux jeunes l’envie d’explorer un monde qui est si vaste, de découvrir d’autres territoires et de tester plus facilement de nouveaux contextes.
La Ville accueille aujourd’hui Médessè Gbehandjoungbo et se prépare à recevoir prochainement une volontaire en VSI en provenance de la Jamaïque.
Quel rôle les volontaires jouent-ils dans la mise en œuvre et la réussite de ce projet ?
Les volontaires jouent un rôle opérationnel essentiel dans la mise en œuvre du projet, tout en contribuant à créer des liens durables entre les acteurs culturels béninois et martiniquais.
Floriane Bonou a travaillé sur les questions administratives dans le cadre de la préfiguration du Centre culturel de rencontre (lire son témoignage complet ici). Merveil Bossou est, quant à lui, intervenu principalement sur les questions de communication, notamment à travers la création de contenus et d’archives autour des résidences d’artistes, ainsi que la réalisation de supports de communication.
Parallèlement, Laury Granville (VSI) intervenait sur des missions d’administration, de communication et d’accompagnement de projets à Ouidah. Elle a notamment participé au lancement de la Maison de la culture, satellite du Centre culturel de rencontre international (CCRI) John Smith qui était alors en cours d’ouverture. Elle a aussi monté des ateliers d’initiation à l’informatique pour le public du CCRI.
Olivier Césaire, a assuré une mission principalement technique. Mais étant également musicien, il a animé des ateliers de solfège et accompagné le groupe de musique du CCRI afin que ses membres puissent améliorer leur pratique et organiser des concerts.

Au-delà de leur contribution immédiate aux activités du CCRI, les volontaires participent à la création de liens durables entre les deux territoires. Ils deviennent ainsi de véritables facilitateurs pour les autres actions menées par le Centre culturel de rencontre Les Coulisses dans le cadre de cette coopération.
Le CCR Les Coulisses est toujours en contact avec ses anciens volontaires. Merveil a notamment noué des liens et développé des collaborations avec des artistes martiniquais. Lorsque le Centre culturel de rencontre Les Coulisses permet la mobilité d’artistes en résidence au Bénin, il sait qu’ils pourront, si nécessaire, compter sur Merveil qui reste proche de la structure. Floriane et Merveil représentent également des points d’ancrage locaux lors de nos déplacements au Bénin.
Ces deux volontaires ont permis de tisser des liens localement et de les inscrire durablement sur le territoire béninois. Tout comme Laury et Olivier en Martinique. Les artistes béninois comme martiniquais sont généralement heureux de retrouver de jeunes professionnels de leur pays déjà intégrés au réseau culturel localement Le volontariat soutenu par le programme TEVO permet d’approfondir cette coopération en mobilisant de jeunes professionnels directement sur le terrain.


Qu’est ce que cette coopération apporte-t-elle concrètement à la Ville ?
Cette coopération a permis de fluidifier les démarches liées aux déplacements d’un territoire à l’autre, notamment les formalités administratives, les demandes de visa et le transport des personnes dans un contexte international. Elle nous a également aidés à mieux cadrer et organiser les ressources nécessaires à l’accueil de professionnels étrangers en Martinique. Lorsqu’un jeune arrive en VSI, nous pouvons observer concrètement ses besoins et adapter notre accompagnement. Cette expérience nous permet ensuite de mieux accueillir les artistes internationaux. Il s’agit principalement de compétences relationnelles et de pratiques d’accueil, autrement dit de soft skills, mais celles-ci sont réellement appréciées et ressenties par les personnes accueillies.
À plus long terme, quelle place le volontariat pourrait-il occuper dans le développement du CCR Les Coulisses et dans la stratégie de coopération internationale de la Ville ?
Pour le CCR Les Coulisses, le volontariat est un véritable outil de coopération qui a déjà fait ses preuves. Il favorise la rencontre et permet de prendre le temps de découvrir l’autre, de connaître sa culture et de mieux comprendre son territoire. Le CCR prend d’ailleurs le mot « rencontre » très au sérieux : il souhaite que les artistes comme les volontaires rencontrent véritablement le territoire et ses habitants. Il ne s’agit pas seulement de réaliser une action ponctuelle, mais de prendre le temps de faire connaissance.

À plus long terme, le volontariat est un dispositif que le CCR Les Coulisses et la Ville souhaitent pérenniser. Après les échanges développés avec le Bénin, nous souhaitons aujourd’hui approfondir notre coopération avec la Caraïbe, notamment avec la Jamaïque. Un échange bilatéral avec l’Alliance Française de Kingston, reposant sur un accueil croisé de volontaires dans le cadre du programme TEVO, est ainsi en cours.
L’objectif n’est donc pas de multiplier les actions sans lendemain, mais de tisser des liens à long terme. Lorsque de nouveaux projets doivent être développés sur un territoire, le CCR peut ainsi compter sur des relais et des personnes-ressources qui le connaissent, comprennent ses attentes et peuvent lui apporter des réponses précises. Le volontariat a donc vocation à rester au cœur de son action et de son ADN, afin de développer non seulement une coopération fondée sur des projets, mais aussi une véritable coopération relationnelle.
Photo de couverture : Floriane Bonou (au centre), accompagnée de Yaissa Bolivar, directrice de la culture de la ville du Saint-Esprit.






















