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Une mission de volontariat d’expertise au service des forêts du bassin du Congo

© DR​

Ancien responsable de la formation continue dans l’enseignement agricole, Jean-Marie l’Haridon s’était engagé, en décembre 2024, en Volontariat d’échange et de compétences à Kinshasa dans le cadre du programme V-Forêts. Sa mission : former des acteurs d’ONG congolaises au montage de projets environnementaux et forestiers, en misant sur le transfert d’outils méthodologiques, l’adaptation aux réalités locales et l’échange entre pairs. Retour sur son expérience.

Jean‑Marie l’Haridon, ancien responsable d’un secteur de formation continue des enseignants d’un réseau de deux cents lycées agricoles, n’a rien perdu de son envie d’apprendre, de transmettre et de s’engager. Originaire de Bretagne, il a toujours considéré l’ouverture au monde comme une évidence.

Durant sa carrière, il organise ainsi des échanges interculturels pour les enseignants, convaincu que la compréhension du monde est un levier fondamental d’émancipation. À l’heure de la retraite, l’envie demeure : il souhaite continuer à agir, mais sur le terrain, à travers des projets concrets qui favorisent l’autonomisation des acteurs locaux.

C’est ainsi qu’il rejoint le Groupement Éducation sans Frontières (GREF), dont le mot d’ordre « Partager les savoirs, pour un avenir solidaire », résonne profondément avec ses convictions.

Une mission de volontariat international au cœur des défis forestiers du bassin du Congo

Envoyé à Kinshasa dans le courant, Jean‑Marie anime une formation destinée à une trentaine de membres d’ONG locales. Organisée par le Centre des Technologies Innovatrices pour le Développement Durable (CTIDD) son objectif est d’accompagner ces acteurs dans le montage de projets environnementaux et sociaux liés au domaine forestier.

Pendant plusieurs jours, il enseigne comment analyser de manière méthodique un problème des domaines forestiers, agricoles ou socio territoriaux, ou comment concevoir un projet agricole, communautaire ou de plaidoyer. Sa formation a également pour but de permettre d’identifier des partenaires (opérationnels ou bailleurs de fonds) et de communiquer de façon professionnelle, notamment grâce aux outils numériques.

Pendant plusieurs jours, Jean-Marie l’Haridon a entre autres enseigné comment analyser de manière méthodique un problème des domaines forestiers ou agricoles. © Toza Productions / Unsplash

Cette mission repose sur une préparation minutieuse, menée quelques mois en amont avec France Volontaires, le GREF et le CTIDD, qui coordonne la formation localement. Ensemble, ils adaptent les contenus aux réalités congolaises. La mission ne se cantonne pas à une semaine d’animation sur place : elle comporte aussi le suivi, la poursuite des échanges, autant que de besoin. « Dès les premiers échanges à Kinshasa, je me suis senti « de leur bord », partageant leurs préoccupations et leur volonté d’avancer », confie Jean-Marie.

Un choc culturel… finalement harmonieux

Avant son départ, Jean‑Marie se pose mille questions : ses références pédagogiques seront‑elles adaptées ? Pourra‑t‑il trouver la posture juste face à des participants expérimentés et exigeants ? Les projets auront‑ils une réelle chance d’aboutir ?

Ces doutes s’estompent dès les premiers échanges. Rapidement, il se sent « de leur bord », en phase avec leurs préoccupations et leur énergie militante.

S’il remarque des différences culturelles, notamment dans le style très animé des discussions en ateliers (parfois vives, souvent passionnées), celles‑ci lui apparaissent finalement comme une richesse. Ce climat de débat intense, mais respectueux, stimule en fin de compte l’apprentissage. D’autant que ces échanges vifs ne se font pas au détriment de la cohésion du groupe, et respectent des limites.

« Comme les bretons de mon enfance, les participants sont au moins bilingues : ils s’expriment entre eux de façon directe, choisissant les mots, avec leurs nuances. Pour tout dire, je ne me suis pas senti réellement dépaysé. J’étais curieux d’apprendre un peu de vocabulaire lingala et de pouvoir l’utiliser », conclue Jean-Marie. Des échanges qui se poursuivent après la formation, sur les croyances, le racisme, les traditions… dans une découverte mutuelle.

Le Volontariat d’échange et de compétences (VEC), un dispositif d’expertise de courte durée

Le Volontariat d’échanges et de compétences propose des missions de volontariat mettant le transfert d’expertise au centre du dispositif. Il a vocation à attirer des profils qui ne peuvent s’engager sur une longue durée, mais qui souhaitent pourtant s’investir dans la solidarité internationale.  Parmi les structures qui portent des missions de VEC, des membres de France Volontaires tels que AGIRabcd, le GREF ou la Délégation catholique pour la coopération (DCC) proposent des missions autour de la santé, du développement territorial, de l’éducation et de l’insertion professionnelle. Ces trois structures s’engagent dans le programme Volontaires pour la préservation de Forêts, en déployant neuf missions de VEC au Cameroun, au Gabon et en République démocratique du Congo.

De la Bibliotheca Alexandrina à l’INA : le parcours international d’un ancien volontaire

L’intérieur de la Bibliotheca Alexandrina à Alexandrie, en Égypte. © Azniv Stepanian / Wikimedia

Ancien volontaire à la Bibliotheca Alexandrina entre 2006 et 2008, Maxime Sanson a fait de l’international et du développement un fil conducteur de son parcours professionnel. De la coopération avec la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur à Alexandrie jusqu’à ses responsabilités à l’Institut national de l’audiovisuel puis dans le secteur privé, il revendique aujourd’hui encore l’apport déterminant de cette expérience fondatrice.

En retraçant son parcours, Maxime Sanson revient volontiers sur ses deux années en Égypte, au sein de la Bibliotheca Alexandrina, comme sur un temps structurant. Il y découvre un environnement de coopération riche, exigeant, et résolument tourné vers le partage des connaissances. « Nous étions intégrés au Planétarium Science Center, dans une logique de diagnostic local, de construction et de coordination de projets partagés avec les équipes égyptiennes et les partenaires français. Ce n’était pas seulement de l’animation scientifique : il s’agissait vraiment de renforcer des dynamiques existantes et répondre à des besoins identifiés avec les équipes », explique-t-il.

Alexandrie : une mission de volontariat culturel structurante

Cette mission, conduite dans le cadre d’un partenariat tripartite associant France Volontaires (alors AFVP), la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et le gouvernorat d’Alexandrie, l’amène à travailler très étroitement avec les équipes de la Bibliotheca et avec d’autres volontaires. Pendant deux ans, Maxime contribue avec son homologue Justine Bonne à coordonner une quinzaine de projets, impliquant de nombreuses institutions égyptiennes et françaises.

Parmi eux, la mise en place d’une Fête de la science ouverte au public à Alexandrie reste une expérience particulièrement marquante. « C’était un projet ambitieux, mobilisant de nombreux partenaires, avec des dizaines de stands et des animations scientifiques accessibles à toutes et tous. Il s’agissait de créer un rendez-vous pédagogique et convivial autour de la science, et l’adhésion du public a montré qu’il répondait à une vraie attente. L’événement s’est ensuite développé. »
À ses côtés, d’autres chantiers prennent forme : programmation de la finalisation du Musée d’histoire des Sciences, en coopération avec la Cité des sciences à Paris et le ministère français de la Recherche, développement d’un centre de ressources numériques pour capitaliser les actions de médiation ou encore des projets autour de l’archéologie en collaboration étroite avec le Centre d’études alexandrines (CEAlex).

Maxime Sanson (deuxième en partant de la gauche, en août 2006 à Alexandrie). © DR

Au-delà des réalisations, il insiste surtout sur l’apprentissage professionnel que représente une telle responsabilité. « On se retrouve très vite avec des projets importants à conduire, des échéances fortes, des partenaires multiples. Cela oblige à travailler efficacement, à gérer la pression, à tenir compte de points de vue différents et à construire collectivement. Dans un contexte culturel très différent de la France, c’est extrêmement formateur. Les Egyptiens m’ont tout appris ! »

Quand le volontariat international devient tremplin professionnel

À son retour en France, Maxime s’installe à Marseille. Comme beaucoup d’anciens volontaires, il doit expliquer, valoriser et traduire son expérience dans un cadre professionnel français. Il le fait avec détermination et cette période débouche rapidement sur une nouvelle étape structurante : son arrivée à l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

D’abord recruté au sein de la délégation Méditerranée pour piloter un projet européen de collecte et de valorisation d’archives audiovisuelles, il retrouve très naturellement une dimension internationale et partenariale.

« Là encore, l’expérience acquise en Égypte a beaucoup compté. Il fallait coordonner des équipes, travailler avec des institutions étrangères, donner une cohérence dans le temps à un projet complexe. Cela faisait écho à ce que j’avais vécu à Alexandrie. »

Après plusieurs années à Marseille, il rejoint ensuite la direction internationale de l’INA à Paris, dans un contexte de diversification des ressources et de développement de nouvelles offres. Cette évolution lui permet de poursuivre son engagement dans la coopération culturelle tout en explorant davantage la dimension économique et stratégique des projets.

"On se retrouve très vite avec des projets importants à conduire, des échéances fortes, des partenaires multiples. Dans un contexte culturel très différent de la France, c’est extrêmement formateur"

Maxime Sanson, ancien volontaire de solidarité internationale entre 2006 et 2008

Afrique du Sud, nouvelles orientations et continuité du fil international

À l’INA, Maxime participe à de nombreux programmes internationaux, notamment en partenariat avec l’UNESCO ou des institutions étrangères multilatérales. Il garde un souvenir très fort de la coopération menée avec l’Afrique du Sud autour de la numérisation et de la transmission des archives du procès Mandela. « C’était une très belle coopération, à la fois technique et humaine avec une dimension diplomatique très présente. Cela a permis de préserver et valoriser un patrimoine essentiel et de renforcer des liens professionnels et personnels très forts. J’ai été honoré de pouvoir travailler avec des personnes d’exception. »

Par la suite, il choisit de compléter son profil en suivant un MBA International dans une école de commerce (EMLyon), puis rejoint un opérateur de santé dans des fonctions de développement international, avant de créer sa propre activité de conseil en développement et de recrutement. Là encore, une constante demeure : l’envie d’apprendre, de transmettre et de travailler dans des environnements ouverts.

La Fête de la science, organisée à Alexandrie durant sa mission, reste une expérience particulièrement marquante, avec des dizaines de stands et des animations scientifiques accessibles à toutes et tous. © DR

Aujourd’hui basé à Marseille, Maxime veut s’impliquer sur son territoire. Il renoue avec ses anciens contacts du temps de sa coopération en Égypte et poursuit les échanges avec d’autres acteurs aussi bien publics que privés. Il accompagne aujourd’hui Infinit ; start-up internationale en plein développement, sur son implantation dans la Région Sud.

Avec le recul, il voit dans son volontariat en Égypte un socle plutôt qu’une parenthèse. « Toute expérience à l’étranger est nécessairement formatrice et dans un contexte comme celui de la Bibliotheca Alexandrina, avec une forte dynamique de coopération et un niveau de responsabilité élevé, ce fut véritablement un accélérateur de maturité. »
Il en garde des liens, des amitiés, un réseau et surtout une conviction : l’international n’est pas seulement un horizon professionnel, c’est un cadre d’apprentissage permanent.

La renaissance d’une bibliothèque mythique, au cœur de la coopération internationale

Située sur les rives de la Méditerranée, la Bibliotheca Alexandrina est à la fois une bibliothèque et un grand centre culturel international. Inaugurée en 2002 dans le cadre d’un projet conduit par l’UNESCO et l’Égypte, elle se veut héritière de la prestigieuse bibliothèque antique. Dotée de la plus grande salle de lecture au monde à son ouverture et d’équipements scientifiques et culturels de pointe, elle réunit bibliothèques spécialisées, musées, instituts de recherche et planétarium. Trilingue (arabe, français, anglais), elle ambitionne de devenir un haut lieu de la francophonie en Méditerranée. En 2006, la Bibliotheca Alexandrina a renforcé ses liens avec la France à travers un accord de coopération avec la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, portant notamment sur la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel. C’est dans ce cadre que Maxime Sanson y a réalisé une mission de volontariat international de 2006 à 2008.

© Azniv Stepanian / Wikimedia

Des Jeux de Paris aux bancs de l’université : un nouveau départ pour un volontaire indien

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Entre Kolkata, Delhi, Pondichéry et Paris, le parcours de Sarthak Bhattacharya raconte l’histoire d’un jeune Indien porté par sa passion pour le sport et son engagement citoyen. Volontaire en Service civique lors des Jeux olympiques de Paris 2024, il poursuit aujourd’hui ses études à Toulouse. 

Quand on lui demande d’où il vient, il nous répond : « Kolkata de naissance, Pondichéry de cœur. » Car c’est entre les murs du Sri Aurobindo International Centre of Education (SAICE), où il a étudié dès l’âge de neuf ans, que s’est façonnée sa vision du monde. Une école où l’on apprend autant avec le corps qu’avec l’esprit, sans examens ni notes, au rythme d’une philosophie : l’éducation “intégrale”. C’est là, à travers les cours en français, le sport quotidien et l’apprentissage du dépassement de soi, que s’est éveillée sa passion — le sport, et plus encore, les Jeux Olympiques. Après une licence en sciences politiques et histoire, il rejoint en 2023 l’ONG Sharana à Pondichéry, engagée pour l’éducation et l’autonomisation des femmes. Une année d’immersion sociale qui lui ouvre une nouvelle porte : celle du volontariat international.  

Le rêve olympique d'un volontaire devenu réalité

« Travailler à Sharana a enrichi mes compétences relationnelles, m’a appris la compassion et à apprécier pleinement ce que j’ai. Cette expérience a nourri ma vision d’un profond sens de la mission et m’a apporté une véritable chaleur humaine dans ma manière d’aborder les autres», détaille-t-il. « Mais c’est surtout grâce à eux que j’ai pu participer aux Jeux olympiques, puisque c’est par leur intermédiaire que j’ai été mis en relation avec France Volontaires. Sans Sharana, je n’aurais jamais eu connaissance de cette opportunité aussi extraordinaire, qui a profondément marqué mon engagement et mon chemin personnel. »

« J’ai grandi en regardant les Jeux Olympiques », confie Sarthak. Fasciné par les athlètes, les drapeaux, l’effervescence, il voit dans le volontariat une occasion unique : découvrir un pays étranger, travailler dans un cadre international, rencontrer les sportifs qu’il admire depuis l’enfance. 

À Arcueil, en Île-de-France, il rejoint l’UCPA Sport Event, une organisation qui démocratise l’accès au sport. Ses missions y sont variées : recrutement des animateurs, organisation de grands événements, soutien logistique, préparation d’une fan zone géante au Château de Vincennes. Puis viennent les Jeux olympiques, affecté au Village des athlètes, il accueille et enregistre chaque jour membres du staff, volontaires et délégations du monde entier. « C’était intense, parfois il fallait se lever à 5h30 du matin, mais c’était  magique. » 

L’un de ses souvenirs les plus marquants tient en une rencontre inattendue. Un matin, encore un peu endormi, il aperçoit la star indienne du badminton, PV Sindhu, fraîchement victorieuse, qui lui demande de l’aide pour accéder à une entrée du Village. Pendant quinze minutes, il marche à ses côtés, porte son sac, échange quelques mots. 

« C’était intense, parfois il fallait se lever à 5h30 du matin, mais c'était magique » 

Sarthak Bhattacharya, ex-volontaire en Service civique international

Le volontariat, c’est aussi des défis : le froid, la nourriture peu épicée, la rapidité du français parlé, l’éloignement. Mais il s’adapte, cuisine chez lui, apprend à repérer les restaurants abordables, améliore son français et découvre une facette inattendue de la culture française : le respect absolu du temps libre. « Ici, personne ne répond à ses mails le week-end. Ça m’a beaucoup impressionné ». Au fil des mois, il apprend à gérer son budget et découvre pour la premiere fois l’Europe : Italie, Espagne, Pays-Bas, Belgique… Mais au-delà des voyages, c’est un changement intérieur qu’il retient : 

« J’ai appris l’importance d’être ouvert. Avant, j’étais réservé, réticent à sortir de ma zone de confort. Aujourd’hui, je sais que chaque culture a quelque chose à m’apprendre. »  

De volontaire à étudiant en France

Fort de cette expérience, le retour en Inde est bref. Rapidement, il décide de poursuivre en France ses études, admis à Toulouse Business School, il démarre un master en Management. S’il s’est rapproché de Campus France Inde pour certaines démarches et formalités administratives, l’expérience du volontariat lui donne une longueur d’avance : il connaît déjà les démarches, la vie quotidienne en France, les codes culturels, les bons plans, et surtout, il parle français.  Aujourd’hui encore, il évoque les Jeux avec des étoiles dans les yeux. « France Volontaires et Sharana m’ont offert une opportunité unique. Une expérience que je garderai toute ma vie. » À terme, il souhaite se spécialiser en ressources humaines : « J’aime le recrutement, le contact humain. Le volontariat m’a donné confiance en mes capacités. » 

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Entre Buenos Aires et Paris : une année au cœur des coopérations urbaines

Pour Antonia Rubinstein, l’aménagement de la rue de Rivoli et sa piste cyclable ont beaucoup inspiré d’autres villes. © François-Xavier Chamoulaud / Unsplash

Paysagiste et urbaniste de formation, Antonia Rubinstein a été volontaire à la Ville de Paris de juillet 2024 à juillet 2025, au sein du pôle diplomatique. Six mois après la fin de sa mission, elle revient depuis l’Argentine sur cette expérience humaine.

Six mois après avoir quitté les couloirs de l’Hôtel de Ville, Antonia Rubinstein prend le temps du recul. Revenue en Argentine à l’été 2025, cette paysagiste et urbaniste formée à Buenos Aires a passé un an au sein de la Ville de Paris comme volontaire de solidarité internationale (VSI). Accueil de délégations, projets de coopération, missions de terrain au Cambodge, Jeux olympiques : elle raconte ce que cette immersion lui a appris, et comment cette expérience continue d’influencer son regard sur les politiques urbaines et les échanges entre collectivités.

Pourquoi avoir candidaté pour cette mission à la Ville de Paris ?

Je viens de Buenos Aires, où j’ai étudié le paysagisme et la planification urbaine. Le système universitaire est différent de celui de la France : j’ai fait une licence en cinq ans, mais on commence généralement à travailler dès la deuxième année.
Pendant mes études, j’ai travaillé deux ans à la Ville de Buenos Aires, dans le domaine de la mobilité urbaine, puis dans un centre de recherche sur les questions urbaines. Après avoir fini mon mémoire, j’ai exercé comme paysagiste indépendante, mais ce n’était pas ce que je préférais. J’étais un peu à un moment charnière : je ne savais pas trop comment poursuivre.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’offre de volontariat de la Ville de Paris. Je venais de reprendre le français et je me suis dit que ce serait une opportunité unique, à la fois professionnelle et personnelle. Au départ, c’était presque un rêve : je ne savais pas combien de personnes allaient candidater, ni vraiment ce qu’était France Volontaires. En revanche, je connaissais bien l’action de la Ville de Paris en matière d’urbanisme. Quand je travaillais à Buenos Aires, nous utilisions souvent Paris comme référence pour les transformations urbaines. Je me suis dit que travailler directement avec Paris serait exceptionnel.

Antonia Rubinstein, dans les locaux de la VIlle de Paris en juin 2025. © France Volontaires

Tu es arrivée au moment des Jeux olympiques de 2024, dans un moment très particulier pour Paris : comment l’as-tu vécu ?

Cela a été une expérience très intense, mais incroyable. Toute la Ville était mobilisée, il y avait une énergie collective très forte.
Nous étions réunis dans la même salle pendant l’été, ce qui m’a permis de rencontrer tout le monde très vite. Le rythme était dense, mais c’était comme une formation accélérée en un mois plutôt qu’en six !

Cela m’a aussi permis de ne pas me sentir seule à mon arrivée et de comprendre très rapidement comment fonctionne la Ville dans un moment exceptionnel.

Tu parlais d’exemples inspirants. Lesquels, précisément ?

Comme je travaillais sur la mobilité, j’ai beaucoup suivi ce qui a été fait à Paris après le Covid, par exemple l’aménagement de la rue de Rivoli et sa piste cyclable, qui ont beaucoup inspiré d’autres villes. À Buenos Aires, j’ai travaillé sur une grande piste cyclable sur l’avenue Libertador, on s’appuyait notamment sur l’exemple parisien, mais aussi celui de Copenhague.
Nous regardions également beaucoup la question de la végétalisation de l’espace public.

Être ici aujourd’hui permet de mieux comprendre l’histoire longue qui a rendu ces transformations possibles. Les transports publics, par exemple, sont perçus très différemment à Paris et à Buenos Aires. Et quand on veut transposer un modèle, on se heurte à des enjeux sociaux, politiques et culturels très différents. C’est très intéressant à observer.

« Ce qui était passionnant, c’est que les échanges n’allaient pas que dans un sens. On a par exemple observé des solutions architecturales très intéressantes à Phnom Penh pour s’adapter à la chaleur tropicale. Ce sont des pistes inspirantes pour Paris, face au changement climatique »

Antonia Rubinstein, volontaire à la Ville de Paris de juillet 2024 à juillet 2025

Sur quelles tâches concrètes as-tu travaillé à Paris ?

Je travaillais avec la chargée de mission « urbanisme, patrimoine et mobilité » au sein du pôle coopération de la Délégation aux relations internationales de la Ville de Paris, qui gère les coopérations avec les villes partenaires par thématique.
J’ai participé à la plupart des projets qu’elle pilotait. Certains étaient très longs et n’allaient pas aboutir dans le temps de ma mission, donc je restais plutôt en appui. D’autres étaient très opérationnels.

Nous avons notamment collaboré avec ONU-Habitat et la Ville de Nairobi sur l’installation d’un programme dédié au logement social, sur des réseaux de maires autour des questions de logement, mais aussi sur l’accueil de délégations étrangères : rencontres techniques, visites de terrain, échanges d’expertise pour comprendre ce qui a été fait à Paris et dans d’autres villes.

Si tu devais retenir une action emblématique, laquelle serait-ce ?

Le projet le plus marquant a été celui mené avec la Ville de Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Nous nous y sommes rendus récemment avec ma responsable et deux experts de la Ville de Paris et de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR). Une équipe locale a été recrutée sur place et nous avons pu la rencontrer, visiter les sites et vraiment entrer dans la réalité du terrain.

Le projet porte sur la rénovation du patrimoine bâti et des espaces publics du centre-ville de Phnom Penh, une ville marquée par une histoire urbaine très particulière liée au régime des Khmers rouges.
C’était très fort de passer des documents administratifs aux échanges concrets sur place.

 La coopération entre la Ville de Paris et celle de Phnom Penh, au Cambodge, a été l’une des expériences marquantes d’Antonia durant sa mission. © Pj Go / Unsplash

Concrètement, comment se passe la coopération entre Paris et Phnom Penh ?

Paris et Phnom Penh sont liées par un pacte d’amitié depuis près de 30 ans, ce qui a permis de développer de nombreux projets et échanges. Sur ce projet, nous avons fait des visites de terrain, partagé notre regard et des exemples parisiens, tout en restant dans un rôle stratégique. Nous étions avec un urbaniste et un architecte, qui apportaient une expertise technique.

Ce qui était passionnant, c’est que les échanges n’allaient pas que dans un sens.
Par exemple, l’architecte a observé des solutions architecturales très intéressantes à Phnom Penh pour s’adapter à la chaleur tropicale. Ce sont des pistes inspirantes pour Paris, face au changement climatique. C’est exactement ce que j’aime dans ces coopérations : sortir de l’idée que Paris enseigne aux autres et montrer que Paris peut aussi apprendre.

Comment ton expérience à Buenos Aires t’a-t-elle servi à Paris ?

Avoir travaillé dans une administration publique m’a beaucoup aidée, même si l’échelle est différente. À Buenos Aires, je travaillais dans un service très technique, mais nous participions aussi à des projets de coopération. Je sais ce que cela implique concrètement : la difficulté de concilier les ambitions d’un projet international avec les réalités locales, les contraintes quotidiennes, la vie des habitants.

Cela m’a donné beaucoup de recul ici : les projets peuvent être très beaux sur le papier, mais il faut toujours garder en tête les enjeux locaux et accepter qu’on ne peut pas tout comprendre quand on est loin.

Bio express

Formée à la planification et au design du paysage à l’Université de Buenos Aires, Antonia Rubinstein a développé très tôt une approche croisant action publique, recherche appliquée et terrain. Elle a travaillé au sein de l’administration de la Ville de Buenos Aires sur des politiques de mobilité durable, de genre et d’accessibilité, avant de rejoindre un centre de recherche en études urbaines, où elle a contribué à des projets mêlant diagnostics territoriaux, cartographie et production d’analyses. Lauréate d’une bourse nationale de recherche, elle a mené des travaux sur les usages et les perceptions des infrastructures de mobilité dans l’espace public. En 2024-2025, elle a effectué un volontariat de solidarité internationale à la Ville de Paris, au sein de la Délégation générale aux relations internationales, avant de poursuivre son parcours entre expertise urbaine et projets de paysage.
Antonia Rubinstein
Volontaire de solidarité internationale

Basile Ouedraogo : « Le volontariat a été pour moi un déclic »

Basile lors de sa mission de volontariat au Laboratoire d’innovations sociales (LABIS) de Dakar. © DR

Ancien volontaire burkinabè passé par le Sénégal et la France, Basile Ouédraogo a progressivement fait du volontariat non seulement une expérience personnelle, mais également un terrain d’apprentissage professionnel. Il a récemment mis fin à sa mission pour reprendre des études, avec l’ambition de consolider ses compétences et de continuer à agir au service des jeunes et de la solidarité internationale.

Du Burkina au Sénégal, puis jusqu’à Nantes, Basile Ouédraogo a construit sa vie autour d’un fil conducteur clair : le volontariat comme levier d’engagement citoyen et de transformation personnelle. Son parcours débute au Burkina Faso, avec une mission au sein du Service National de Volontariat. C’est là qu’il entend parler, pour la première fois, du Service civique de réciprocité. En 2018, il candidate et rejoint France Volontaires à Nantes comme ambassadeur de réciprocité. L’expérience dure neuf mois et marque profondément sa trajectoire. « Cette mission m’a donné envie de continuer. Ça a vraiment été un déclic pour moi dans le volontariat. La mobilité, ce n’était pas juste partir et revenir : ça m’a ouvert et ça m’a donné envie de créer des ponts entre les jeunes », explique-t-il.

De retour au Burkina, il poursuit son engagement avant de repartir, cette fois comme Volontaire de solidarité internationale (VSI) au Sénégal avec Solidarité Laïque. Retardée par la crise sanitaire, sa prise de poste se concrétise finalement fin 2020. Il prend alors la responsabilité du pôle Engagement citoyen au Laboratoire d’Innovations sociales (LabIS) de Dakar, un espace citoyen qui soutient les initiatives des jeunes pour refonrcer leur employabilité.  

Au Sénégal, une mission de volontariat structurante dans le domaine de la citoyenneté

Au Sénégal, Basile vit une expérience décisive. Il contribue à structurer une équipe, à nouer des partenariats, à développer des projets concrets. « C’est une mission que je considère comme remarquable, parce qu’il y a eu beaucoup de réalisations concrètes. J’ai participé aux démarches avec les institutions, aux conventions avec les collectivités, à la mise à disposition d’un espace pour accueillir le laboratoire. Ensuite, on a équipé le lieu, lancé des appels à projets, accompagné des jeunes, et on a vraiment vu des impacts réels », raconte-t-il

Pour lui, ces années sont autant un apprentissage qu’une façon de renforcer ses convictions : être volontaire peut conduire à devenir acteur de l’écosystème. « Passer de volontaire à acteur du développement du volontariat, pour moi c’est très important. J’ai envie de contribuer à donner la chance à d’autres jeunes de vivre des parcours comme celui que j’ai eu », confie-t-il.

Son engagement est d’ailleurs récompensé : lors de la Journée internationale des volontaires 2023, il reçoit ainsi un certificat du ministre de la Jeunesse, de l’Entrepreneuriat et de l’Emploi du Sénégal, qui reconnaît la qualité de son investissement dans ce secteur.

Accompagner à son tour les volontaires internationaux

Après cette mission au Sénégal, Basile revient brièvement au Burkina Faso… avant de repartir en France dans le cadre d’un nouveau VSI, cette fois en réciprocité, toujours aux côtés de Solidarité Laïque et des CEMÉA Pays de la Loire, une structure qui forme les jeunes aux fonctions d’animation ou à l’encadrement de la petite enfance. Il change de position : « Je voulais revenir, mais cette fois pas seulement comme volontaire. Je voulais être dans une posture d’acteur, quelqu’un qui accompagne les autres volontaires, du départ jusqu’au retour », explique-t-il.

Il coordonne alors des dispositifs de mobilité, accompagne des jeunes internationaux, soutient les structures d’accueil et consolide des partenariats. Il parle de tout cela avec calme et assurance : « Le volontariat m’a nourri, il m’a donné des compétences, un réseau, une confiance. Maintenant, je veux contribuer à consolider ces parcours, surtout dans un contexte où les budgets se resserrent. Il faut continuer à créer des ponts et montrer que ces expériences sont crédibles et utiles. »

« Le volontariat m’a nourri, il m’a donné des compétences, un réseau, une confiance. »

Basile Ouedraogo, ancien volontaire en mission au Sénégal et en France.

Reprendre des études pour consolider son expérience de volontariat international

Après ces années d’engagement sur le terrain, Basile a récemment ouvert un nouveau chapitre : il a mis fin à sa mission pour reprendre des études en France. Il vient d’intégrer l’École 3A, qui entend « démontrer le lien naturel entre commerce et développement, avec près de 40 années d’expertise dans les domaines de la solidarité, de l’économie « autrement », et du développement à l’international ». Alternant en master en coopération internationale et aide humanitaire, son objectif est clair : « Me mettre à jour, développer mes compétences et consolider toutes les expériences que j’ai eues pendant ces sept dernières années », explique-t-il. Il aborde ce virage avec sérénité, fort du réseau qu’il a construit et des acteurs rencontrés au fil de ses missions : « Le fait d’avoir été VSI en France et à l’international m’a permis de créer des liens solides. Aujourd’hui, je sais que je peux m’appuyer sur ces partenaires pour réussir cette transition ». Son ambition, elle, reste claire : continuer à travailler dans la solidarité internationale, renforcer les dispositifs de mobilité et contribuer à structurer des parcours qui, comme le sien, transforment durablement celles et ceux qui s’y engagent.

 

Basile Ouedraogo lors de sa première expérience en Service Civique © DR 

Noël en terre lointaine : regards croisés entre Accra et Paris

L’un a posé ses valises à Accra, l’autre découvre Paris sous les lumières de décembre. À l’approche des fêtes, Philippe Féray, volontaire français au Ghana, et Marie-Gertrude Koulou, volontaire ivoirienne en France, racontent leurs premiers pas dans un pays inconnu, entre surprises culturelles et nouvelles habitudes à inventer loin de chez soi.

Passer Noël loin de sa famille n’a rien d’anodin, surtout lorsqu’il s’agit des premières semaines dans un nouveau pays. Cette année, Philippe Féray et Marie-Gertrude Koulou vivent les fêtes de fin d’année à contre-courant de leurs repères habituels. Lui vient d’arriver au Ghana, où décembre rime avec chaleur, festivals et effervescence urbaine. Elle débute sa mission de Service Civique en France, à Paris, où l’hiver, les vitrines illuminées et les traditions de Noël lui offrent un décor inédit.

À travers leurs regards croisés, se racontent le décalage des premières fois et la curiosité de découvrir un nouvel environnement. Une manière très concrète, aussi, de dire ce que signifie s’engager en volontariat, au moment où les autres se retrouvent.

Marie-Gertrude à la découverte de la Tour Eiffel.

C’est comment de passer les fêtes loin de chez soi à Noël ?

Philippe, au Ghana : Les fêtes de fin d’année sont un moment de festivités important, et le sentiment de distance et d’éloignement de la famille occupe toujours un petit coin de sa pensée. Cependant, les appels téléphoniques ou vidéo et la possibilité de jouer à des jeux vidéo en partageant son écran me permettent de réaliser des activités avec les amis et la famille en France.
Même si c’est mon premier Noël au Ghana, c’est le cinquième sans la famille (trois au Japon, un en vacances en Colombie l’année dernière alors que j’étais volontaire en Équateur), du coup je commence à être habitué.
Je vais aussi profiter de ces jours fériés afin de me reposer des premières semaines de travail intenses, et envoyer quelques e-mails administratifs afin de préparer l’année 2026 dans les meilleures conditions !

Marie-Gertrude, en France : Je dois reconnaître qu’il m’arrive parfois de me sentir un peu seule, car les fêtes me rappellent naturellement ma famille, avec qui je les passe d’ordinaire entourée de mes frères, sœurs et parents. Leur présence me manque, c’est vrai, mais cette année a aussi quelque chose de particulier et d’unique : vivre Noël ailleurs, découvrir d’autres façons de célébrer et ressentir autrement cette période si spéciale.

Des différences entre ton pays d’accueil et ton pays d'origine ?

Philippe : La chaleur ! Commencer sa mission en Afrique en décembre implique un changement de température de plus de 20 degrés. L’acclimatation est plutôt rude et la climatisation est souvent utilisée !
En revanche j’ai pu plus facilement m’habituer à la cuisine ghanéenne, étant un fan de plats épicés (jollof, green pepper sauce et autres plats relevés). J’ai pu échanger avec d’autres volontaires qui ont eu plus de mal à s’habituer.
La circulation à Accra est assez chaotique, surtout en ce mois de décembre festif, il faut faire preuve de beaucoup de patience et relativiser, prendre son temps. Les Ghanéens sont chaleureux et amicaux, ils n’hésitent pas à venir en aide aux personnes ayant des problèmes, et sont toujours ravis de rencontrer des volontaires aidant au développement des associations, organismes et entreprises basés au Ghana.

Marie-Gertrude : Je trouve que les Français fêtent plus Noël que nous : la magie de Noël est très présente à Paris. À Abidjan, les fêtes se préparent de façon plus classique, et tout tourne principalement autour des cadeaux pour les enfants.
En revanche l’aspect religieux est probablement plus présent chez nous. La Côte d’Ivoire est un pays principalement chrétien, et la Nativité du Christ est très importante. Du coup, à Noël mais aussi lors des célébrations du jour de l’An, beaucoup de gens vont à la messe à l’église.

"Les Ghanéens sont chaleureux et amicaux, ils n’hésitent pas à venir en aide aux personnes ayant des problèmes, et sont toujours ravis de rencontrer des volontaires"

Philippe Féray, volontaire de solidarité internationale au Ghana

Un truc qui te manque ?

Philippe : Étant franco-portugais, ma famille a pour habitude de voyager au Portugal pour les fêtes afin de visiter ma grand-mère et mes cousins. Le repas familial avec les différents plats et desserts va me manquer cette année ! Contrairement à la plupart des volontaires qui mentionneront le fromage, moi c’est plutôt le pain d’épices de Noël qui me manquera beaucoup !

Marie-Gerturde : Hormis ma famille évidemment, je crois que ce sont des habitudes alimentaires. Parce que chez nous, traditionnellement pour les fêtes, on a l’habitude de manger de la sauce arachide avec du poulet accompagné de riz ou de foutou (de la banane plantain écrasée). On le trouve vraiment pratiquement dans toutes les familles, c’est cette recette-là qu’on voit sur les tables. Et cette année je ne pourrais pas en manger donc les fêtes auront forcément une saveur différente.

D’un point de vue personnel, comment tu vis les fêtes de fin d’année ?

Philippe : J’ai tendance à être plus casanier en période de fin d’année, mais le mois de décembre est très festif au Ghana en raison du climat chaud attirant beaucoup de touristes et au regroupement familial de nombreux Afro-Américains désirant passer les fêtes de fin d’année en famille.

De nombreux festivals de musique comme Afrofuture (28/29 décembre) et le Bhim festival (24 décembre) permettent de connaître de nouveaux artistes, DJs et groupes de musique provenant de toute l’Afrique. Pour les plus fêtards, beaucoup de soirées seront organisées sur les plages d’Accra comme le Tidal Rave Festival. Enfin, des événements à thématique culturelle tels que l’Eco Kids festival (20 décembre) et le Takoradi Ankos Masquerade Festival (street parade et costumes) (25/26 décembre) permettent de s’immerger dans la culture ghanéenne. J’espère pouvoir découvrir certains de ces événements et faire de ce mois de décembre un moment inoubliable !

Marie-Gerturde : Il y a quelque chose de cool que je découvre ici à Paris, ce sont les lumières de Noël. On n’a pas ça en Côte d’Ivoire, c’est aussi le signe que les gens ici sont plus enthousiastes, qu’ils attendent Noël avec impatience. Dans le foot, on dit « Paris est magique » et c’est vrai aussi dans la vie de tous les jours pendant les fêtes, entre les éclairages sur les Champs-Élysées, sur la place de la République ou aux Galeries Lafayette, où j’ai pu admirer les vitrines de Noël. Et tout est très beau avec les sapins partout.

"Dans le foot, on dit « Paris est magique » et c’est vrai aussi dans la vie de tous les jours pendant les fêtes, entre les éclairages et les sapins partout"

Marie-Gertrude Koulou, volontaire de solidarité internationale au Ghana

Des souhaits pour l’année qui arrive ?

Philippe : J’espère continuer sur la dynamique de début de VSI pour l’année 2026 avec une ambiance de travail parfaite et une mission vraiment intéressante. J’aimerais aussi voyager afin de rencontrer d’autres volontaires sur le terrain en approfondissant ma connaissance du Ghana ! J’espère pouvoir utiliser certains jours de congé afin de découvrir la beauté du continent africain! J’ai pu rejoindre un groupe de volley-ball mélangeant expatriés, ghanéens et étudiants du lycée français d’Accra qui organise régulièrement des compétitions, pourquoi pas remporter le tournoi ?

Marie-Gerturde : Ces trois premiers mois m’ont laissé un léger sentiment d’inachevé : j’aurais aimé faire davantage de rencontres, profiter encore plus de Paris et oser sortir un peu plus de ma zone de confort. Mais je vois surtout cela comme une belle marge devant moi : j’espère que les prochains mois seront l’occasion de multiplier les découvertes et les opportunités.
En revanche, au niveau de ma mission, tout se passe très bien. Je suis très bien entourée, par mon tuteur comme par mes collègues et les autres services, et à tous points de vue, c’est vraiment une expérience très positive.

Philippe, lors d’une de ses missions de volontaire précédentes en Amérique latine.

L’engagement d’une volontaire au cœur d’un corridor de biodiversité en Guinée

© DR​

En Guinée, Marion Cassinot est volontaire de solidarité internationale au sein de l’association Climate Chance. Elle coordonne un projet de corridor de biodiversité reliant plusieurs aires protégées majeures du Fouta-Djalon, en lien étroit avec les institutions guinéennes et les communautés locales. Dans ce témoignage, elle raconte une expérience de volontariat faite d’adaptation, de coopération et de transformation personnelle.

Au cœur du massif du Fouta-Djalon, en Guinée, un projet structurant redessine les contours de la protection de la biodiversité. Porté par l’association Climate Chance, le « corridor de biodiversité » vise à relier plusieurs aires protégées majeures, dont les parcs nationaux de Badiar et du Moyen-Bafing, au Nord du pays, afin de restaurer des continuités écologiques essentielles à la circulation de la faune et à la préservation des écosystèmes.

Inscrit dans une coalition internationale co-présidée notamment par la Guinée et la France, ce projet entend aussi expérimenter des modèles de financement durables, associant étroitement les communautés locales. C’est dans ce cadre exigeant, entre coordination institutionnelle et travail de terrain, que Marion s’est engagée comme volontaire de solidarité internationale (VSI). Son témoignage raconte, de l’intérieur, ce que signifie participer à la construction d’un tel projet. Témoignage.

La Guinée n’attire pas mais elle retient… C’est une phrase que j’ai souvent entendue depuis mon arrivée.

Au début, je ne la comprenais pas vraiment. Et puis, avec les semaines, les mois, les rencontres… elle a commencé à prendre tout son sens.

Quand j’ai débarqué en Guinée pour la première fois, comme beaucoup, je me suis retrouvée un peu perdue : pas de repères, des codes différents, un environnement sensoriel totalement nouveau. Il faut réapprendre des choses aussi simples que se déplacer, faire ses courses, trouver ce qui nous rassure (comme du vrai café !). On se pose mille questions :
– Où faire du sport ?
– Quels seront mes loisirs ?
– Où rencontrer des gens ?
– Comment gérer la distance avec mes proches tout en construisant une nouvelle vie ici ?

Les premiers jours passent entre l’installation, la découverte du quartier, les premiers trajets en taxi, les premières rencontres. C’est une phase d’émerveillement, où tout est fascinant mais aussi déstabilisant. Puis vient le moment où l’on réalise : je suis ici pour un temps long, j’ai besoin de me trouver de nouvelles habitudes.

Le travail commence, et avec lui une interrogation : serai-je prise au sérieux en tant que femme, jeune, blanche, dans un contexte professionnel très différent du mien ?
Avec du recul, ces peurs étaient infondées. Les Guinéens et les Guinéennes sont d’une chaleur et d’une bienveillance incroyables. Travailler ici a été, dès les premiers jours, un vrai plaisir.

J’ai surtout eu la chance d’être bien entourée. Souleymane, mon collègue du début, m’a guidée dans les premières semaines : où boire un café, où petit-déjeuner, comment se repérer… Anne-Marie, de France Volontaires, a été une ressource précieuse, toujours disponible. La famille de mon compagnon guinéen (lui, resté en France) a également joué un rôle important dans mes premiers pas ici.

J’ai aussi rencontré le cercle des expatriés de Conakry, ceux qui connaissent les codes, les réalités du pays, les bons plans. Rassurant… mais j’avais aussi besoin de trouver quelqu’un qui, comme moi, venait d’arriver. Quelqu’un avec qui partager ce sentiment d’être un « bébé Guinée ».

Moi qui suis habituellement très indépendante, je me suis surprise à ressentir de la peur et de l’appréhension à faire des choses seule. Dès lors, j’ai décidé d’aller chercher cette indépendance, petit à petit, avec patience et bienveillance envers moi-même.

Aujourd’hui, cela fait un an et deux mois que je suis en Guinée, et je peux le dire : je n’ai jamais été aussi épanouie. Les premières peurs se sont transformées en forces. J’ai apprivoisé ce pays fait de débrouille, de réseaux et d’imprévus. J’ai appris à me décentrer, à adopter d’autres manières de penser, de vivre, de voir le monde.

C’est peut-être ça, la plus grande richesse du volontariat : avoir peur, mais avoir le courage d’y aller quand même. S’ouvrir, apprendre, se transformer.

J’ai également la chance d’être volontaire dans un domaine qui me tient particulièrement à cœur : la protection de l’environnement et de la biodiversité.

Depuis mon arrivée, je suis chargée du projet « Corridor de biodiversité » pour l’association française Climate Chance. L’idée : relier deux parcs nationaux, Badiar et Moyen-Bafing, dans la région naturelle du Fouta-Djalon, pour permettre aux grands mammifères de circuler librement, réduire les conflits humain-faune et soutenir les communautés locales dans des initiatives de développement durable.

C’est un projet exigeant, passionnant, qui m’a plongée au cœur d’un écosystème institutionnel et humain dense. Je coordonne un consortium d’acteurs guinéens et internationaux, j’échange avec nos bailleurs, je travaille avec le ministère de l’Environnement et du Développement durable. J’ai acquis de nombreuses compétences dont je suis réellement fière.

Mais le plus marquant, cela reste les missions sur le terrain.

En juin, j’ai passé dix jours dans le Fouta-Djalon avec plusieurs partenaires. Dix jours à parcourir des pistes caillouteuses, à travers montagnes et vallées. Dix jours à géoréférencer des zones clés, à dialoguer avec les communautés, à valider des limites, à finaliser des cartographies.

Ces moments m’ont profondément transformée. Ils m’ont rappelé que rien ne se construit sans les habitants, leur confiance, leur vision.

Et puis il y a Alpha Oumar Barry, mon collègue basé à Labé. Son énergie et sa motivation font de notre duo une force. Grâce à lui, je vois concrètement ce que signifie un volontariat réussi : une complémentarité, un apprentissage réciproque, un engagement partagé.

Après plus d’un an ici, je suis convaincue d’une chose : le volontariat est un pont. Un pont entre les cultures, les visions, les manières d’agir. Un pont pour construire ensemble un avenir plus harmonieux et durable.

Et finalement… je crois que oui : la Guinée n’attire peut-être pas au premier regard.
Mais qu’est-ce qu’elle retient !

Un corridor de biodiversité, c'est quoi ?

Un corridor de biodiversité, ou corridor écologique, désigne un ensemble d’espaces permettant aux espèces animales et végétales de circuler entre différents réservoirs de biodiversité, comme des forêts, des parcs nationaux ou des zones humides. Ces connexions sont essentielles pour se nourrir, se reproduire, s’adapter aux changements environnementaux et assurer la pérennité des écosystèmes. Les corridors peuvent prendre des formes variées : haies, bandes végétalisées le long des cours d’eau,  îlots-relais tels que mares, bosquets ou zones refuges, mosaïque de milieux complémentaires. Ils n’impliquent pas nécessairement une continuité physique stricte et peuvent être adaptés aux réalités locales. Dans certains cas, l’isolement d’un espace naturel reste pertinent pour préserver la biodiversité, notamment afin de limiter la propagation d’espèces invasives ou de maladies.

Bio express

Avant de s’engager comme volontaire de solidarité internationale en Guinée, Marion a notamment été chargée de mission à Nantes au sein de Coopération Atlantique Guinée 44, où elle a coordonné des projets de partenariats avec des collectivités, des actions d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale, ainsi que des événements de plaidoyer. Elle a également travaillé au Portugal comme animatrice interculturelle et linguistique, puis dans l’accompagnement socio-éducatif de mineurs non accompagnés en France. Elle est titulaire d’un master 2 en ingénierie de projets européens et internationaux à l’Université de Nantes.
Marion Cassinot
Volontaire de solidarité internationale

Deux anciens volontaires signent un livre sur l’impact du volontariat

Comment le volontariat marque-t-il un parcours, même bien après la mission ? C’est la question au cœur de Volontaires et ONG, ouvrage publié en 2025 par Denys Lamarzelle et Jean-Paul Maïer. En s’appuyant sur des témoignages et des retours d’expérience, les auteurs s’interrogent sur les implications de cet engagement. Interview croisée.

Paru en mai 2025, le livre « Volontaires et ONG – Expériences, défis et bénéfices d’un engagement international », s’appuie sur des enquêtes, des témoignages et des entretiens pour analyser ce que le volontariat change dans une vie : acquisition de compétences, évolution professionnelle, rencontre interculturelle, mais aussi défis quotidiens et questions sensibles souvent passées sous silence.

Signé par Denys Lamarzelle et Jean-Paul Maïer, eux-mêmes anciens volontaires dans les années 1980, l’ouvrage s’adresse autant aux jeunes qui s’interrogent sur l’impact d’une mission qu’aux anciens volontaires en quête de recul sur leur engagement. Il offre également aux acteurs de la solidarité internationale un outil pour mieux comprendre les parcours et les attentes de celles et ceux qui choisissent de partir.

À l’approche de la Journée internationale des volontaires (JIV) du 5 décembre, et alors que l’ONU a proclamé 2026 comme Année internationale des volontaires au service du développement durable, cette réflexion sur la place du volontariat dans nos sociétés prend une résonance particulière et invite à renforcer la reconnaissance et l’accompagnement de cet engagement citoyen.

Pouvez-vous revenir sur la naissance de ce livre ?

Jean-Paul Maier: Denys Lamarzelle et moi nous sommes retrouvés un jour à discuter avec les équipes de France Volontaires, et nous avions évoqué une question qui nous tient beaucoup à cœur : comment le volontariat nous avait transformés à notre retour en France. C’est à partir de cette discussion, en février 2022, que nous avons eu l’idée de travailler ensemble sur ce sujet.

Denys Lamarzelle : En tant qu’ancien volontaire, il m’arrivait parfois de tenir des stands avec France Volontaires dans des salons étudiants. Beaucoup de jeunes me demandaient : « C’est sympa votre truc, mais à quoi ça va me servir ? » Ils comprenaient l’intérêt d’une césure au Canada ou en Australie pour aller cueillir des pommes, faire du surf ou voir du pays, mais moins celui d’un volontariat d’un ou deux ans en Afrique ou en Amérique latine.

Le livre commence par évoquer les résultats d’une enquête que vous avez menée auprès d’anciens volontaires : qu’en est-il ressorti ?

D.L. : Nous avons mené un retour d’expérience (RETEX), avec un panel représentatif d’environ 40 anciens volontaires, interrogés par questionnaire et, pour certains, en entretien approfondi. Il s’agissait notamment d’un groupe constitué d’anciens volontaires du Progrès (note : l’ancien nom de France Volontaires) des années 1980 au Niger qui se réunissent régulièrement en Bretagne, à Carhaix, mais aussi d’autres anciens volontaires ayant vécu des missions en Afrique, en Asie, etc. Leurs réponses nous ont permis d’analyser ce que le volontariat avait changé dans leur vie, aussi bien sur le plan professionnel, social que personnel.

Ils ont en particulier identifié trois apports majeurs. La rencontre interculturelle d’abord, car le volontariat est une expérience marquante et incomparable. Les compétences professionnelles, ensuite, qui sont souvent décisives : prise de responsabilité, management, organisation, gestion financière. Enfin, l’engagement tout au long de la vie : beaucoup poursuivent ensuite un engagement associatif ou professionnel, et 10 à 20 % en font carrément leur métier dans des ONG ou organisations internationales.

« Beaucoup d’anciens volontaires poursuivent un engagement associatif ou professionnel, et 10 à 20 % en font leur métier dans des organisations internationales »

Denys Lamarzelle, co-auteur de l'ouvrage

Au-delà de l’enquête, la seconde partie du livre repose sur des témoignages. Comment avez-vous choisi vos « grands témoins » ?

J.-P. M.: Après la première partie, nous voulions approfondir certains thèmes : la vie quotidienne, les questions sensibles, la spiritualité, et d’autres sujets transversaux dont on parle rarement dans le volontariat. Nous avons donc décidé de donner la parole à plusieurs « grands témoins » sur ces questions.

D. : Lors des entretiens de la première partie, des points délicats sont apparus : situations pour lesquelles nous, anciens volontaires, n’étions pas toujours préparés. En discutant avec des volontaires qui étaient partis plus récemment que nous, dans les dernières années, nous avons constaté que les mêmes questions revenaient encore aujourd’hui. C’est là que nous nous sommes dit qu’il fallait creuser.

Nous avons identifié plusieurs sujets tabous : la sexualité, la corruption, la politique, la religion, la vie quotidienne des volontaires, et enfin les relations avec les délégués et encadrants.

Nous avons alors cherché des personnes capables d’apporter un éclairage solide sur chacun de ces thèmes. Nous leur avons donné carte blanche pour écrire, sans contrainte, comme un « guide » informel destiné à aider les futurs jeunes volontaires à mieux comprendre ces réalités parfois sensibles. Leur donner des clés face à ces situations.

Quel bilan tirez-vous de tout ce travail ?

J.-P. M.  : Cela nous a permis de relire nos propres expériences et de découvrir ce que d’autres avaient vécu à leur retour, leurs transformations. Nous ne voulions pas prendre la place des organismes d’envoi, mais leur apporter un éclairage, répondre à cette question simple : « Qu’est-ce que cela apporte, réellement, de partir en volontariat ? ». 

D. : C’était aussi un moyen de répondre enfin aux étudiants que j’ai rencontrés en salon, ceux qui disaient : « C’est sympa, mais qu’est-ce que ça m’apporte ? ». Avec ce livre, la réponse est claire !

  • « Volontaires et ONG – Expériences, défis et bénéfices d’un engagement international », aux éditions Territorial, 186 pages (16 mai 2025), 19€ (e-book) et 24€ (papier)

Jean-Paul Maïer lors d’une mission réalisée en 2012 / Denys Lamarzelle, volontaire du progrès en 1978.

La Journée internationale des volontaires 2025

Le 5 décembre prochain aura lieu la Journée internationale des volontaires (JIV). Elle est l’occasion pour les Nations unies de mettre en lumière le rôle joué par les volontaires pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD). Inscrits dans l’Agenda 2030, les 17 ODD forment un ensemble de secteurs à transformer ou faire évoluer pour permettre la construction d’un monde prospère, juste et... durable !

Pisciculture paysanne : une autre voie pour le développement rural en Afrique 

Des parcelles d’alevinage à Ambalalava, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Tananarive (Madagascar).  © APDRA

Longtemps négligée dans les politiques agricoles, l’exploitation des étangs occupe aujourd’hui une place nouvelle dans les stratégies de développement rural en Afrique. En s’appuyant sur une technicité accessible, sur des dynamiques sociales solides et sur l’appui de volontaires internationaux, la pisciculture paysanne s’impose comme un modèle économique viable. Une filière en construction, encore fragile, mais porteuse d’une transformation durable.

Dans de nombreux pays tropicaux humides, les étangs et zones marécageuses ont longtemps été considérés comme improductifs. Aujourd’hui, ces espaces deviennent des sites d’aménagement où les agriculteurs transforment l’eau stagnante en ressource économique. Pour Delphine Lethimonnier, directrice de l’Association Pisciculture et Développement Rural en Afrique tropicale humide (APDRA), ce basculement repose sur un constat simple : « On identifie un potentiel important sur des surfaces non valorisées, avec la possibilité pour les agriculteurs de développer eux-mêmes des étangs productifs. »
Cette pratique agricole émergente n’a pas l’ancienneté des grandes cultures vivrières. Elle implique un apprentissage long, tant sur la gestion de l’eau que sur la reproduction des espèces, mais ouvre un champ de diversification précieux pour les exploitations modestes.

Comprendre la logique de la pisciculture paysanne

La démarche défendue par l’ONG consiste à accompagner les producteurs dans la maîtrise technique des étangs, du choix des espèces à la fertilisation organique issue des élevages de bétail voisins. Contrairement à la pisciculture intensive, elle repose sur des intrants limités, une faible dépendance aux aliments achetés et une gestion de l’eau adaptée aux cycles agricoles. « Ce n’est pas le même métier que la pêche. Nous travaillons d’abord avec des agriculteurs qui diversifient leur activité », insiste Delphine Lethimonnier. L’objectif n’est pas l’autoconsommation mais une production commercialisée, calibrée pour répondre aux marchés locaux, souvent demandeurs de poissons abordables.

 © APDRA

Cette forme d’aquaculture nécessite une recherche permanente. Chaque territoire présente des contraintes hydrologiques, sociales ou environnementales différentes. Que ce soit au Bénin, à Madagascar ou en Guinée, l’APDRA teste ainsi des systèmes adaptés aux crues, aux sols instables ou aux variations de température. Dans certaines zones, les aménagements doivent même être conçus pour limiter les débordements liés aux pluies intenses.

Des volontaires internationaux pour soutenir la pisciculture paysanne

Les zones d’intervention sont choisies pour leur capacité à maintenir un niveau d’eau suffisant, mais aussi pour l’intérêt économique qu’un tel modèle peut représenter pour des familles rurales souvent fragiles. La pisciculture paysanne exige des travaux d’aménagement parfois importants, entièrement pris en charge par les producteurs. La logique sociale joue également un rôle central. Les étangs se développent souvent à l’échelle de hameaux ou de petits groupements d’entraide, où les travaux sont mutualisés. Ces réseaux facilitent la circulation des savoirs, la diffusion des pratiques et, dans certains cas, l’émergence spontanée de nouveaux producteurs.

« Ce n’est pas le même métier que la pêche. Nous travaillons d’abord avec des agriculteurs qui diversifient leur activité »

Delphine Lethimonnier, directrice d’APDRA Agriculture paysanne

Au sein de cette dynamique, les volontaires internationaux se sont imposés comme des acteurs essentiels. Leurs missions combinent suivi-évaluation, organisation des données, compréhension des dynamiques villageoises et appui aux animateurs locaux. « Nous avons commencé à collaborer avec les volontaires du Progrès [note : l’ancien nom de France Volontaires] il y a des années de cela maintenant, car ils avaient souvent une réflexion différente de la nôtre et nous aidaient dans l’accompagnement stratégique », notre Delphine. La coopération se poursuit encore aujourd’hui.

Aurélie Lutz, en mission à Gagnoa, en Côte d’Ivoire, d’aout 2024 à septembre dernier, résume ainsi la diversité de son rôle de volontaire de solidarité internationale (VSI) : « Mes missions étaient très diversifiées : organisation des activités sur le terrain, suivi-évaluation, valorisation des actions menées, mais aussi appui au chef de projet pour la réflexion stratégique. » Plus qu’un simple soutien technique, cette présence permet de documenter finement les systèmes de production, d’enregistrer les évolutions saisonnières et de nourrir les choix méthodologiques de l’ONG.

Vers un modèle économique viable pour la pisciculture

L’immersion est souvent totale. « Je travaillais et vivais uniquement avec des locaux », explique celle qui a passé plus de 15 ans de carrière dans une coopérative agricole en France. Une dimension qui facilite la compréhension des pratiques, des hiérarchies sociales et des contraintes économiques quotidiennes. Ce regard extérieur, mais intégré, contribue à ajuster les outils d’accompagnement, à repérer les obstacles et à renforcer la cohérence des interventions.

La viabilité économique de la pisciculture paysanne repose sur une production destinée aux marchés proches, où la demande reste forte. Face aux poissons importés principalement d’Asie, et souvent moins chers, les étangs paysans ne peuvent tenir que si leurs coûts d’exploitation restent très faibles. C’est précisément l’avantage d’un système fondé sur la la main-d’œuvre familiale et une gestion de l’eau adaptée aux rythmes agricoles. Selon Delphine, l’enjeu est de maintenir un système accessible : « Le ticket d’entrée doit être abordable, et la rémunération réelle doit être pour les producteurs. »

La suite dépendra de la capacité des producteurs à s’organiser, de la continuité des appuis techniques locaux et de la stabilité des marchés. Aurélie, dont c’était la troisième mission entant que volontaire avec l’APDRA, résume bien cette ouverture : « Il faut partir avec un grand esprit d’ouverture, et ne pas vouloir tout changer d’un coup. »

 © ADPRA

Bio express

À 44 ans, Aurélie Lutz s’est engagée dans un volontariat d’un peu plus d’un an à Gagnoa, en Côte d’Ivoire. D’août 2024 à septembre 2025, elle y a réalisé une mission de volontariat international en tant que coordinatrice technique, envoyée sur place par La Guilde, sa structure d’envoi, et accueillie sur place par l’ONG APDRA. Aurélie y a mis ses quinze années d’expérience professionnelle dans l’agriculture au service du développement de la pisciculture paysanne. C’était sa troisième mission avec l’APDRA.
Aurélie Lutz
Volontaire de solidarité internationale

Dans le plus grand bidonville de Manille, Manon accompagne les jeunes femmes vers l’autonomie

Manon (à gauche), avec une famille du quartier de Tondo, dans la banlieue de Manille © DR

Depuis plus d’un an et demi, Manon, volontaire de solidarité internationale au sein de LP4Y, vit au cœur du bidonville de Tondo, à Manille. À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, elle raconte son engagement auprès de jeunes femmes confrontées à la précarité, la pression sociale, la maternité précoce et l’exclusion. Une mission qui vise à rompre le cycle de la pauvreté en leur offrant compétences, confiance et perspectives d’avenir.

Chaque année, le 25 novembre est l’occasion de commémorer la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, instaurée par l’ONU en hommage aux sœurs Mirabal, militantes politiques assassinées en 1960 par la dictature dominicaine. Depuis 1999, cette journée vise à sensibiliser l’opinion publique et à mobiliser les gouvernements, les ONG et les citoyens autour d’un combat essentiel : celui de l’élimination de toutes les formes de violences faites aux femmes, qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles, sociales ou économiques.

Depuis février 2024, Manon Issifou, 26 ans, est volontaire de solidarité internationale (VSI) au sein de l’ONG LP4Y – Life Project 4 Youth, qui œuvre pour l’insertion professionnelle des jeunes exclus. Originaire de Strasbourg et diplômée en économie et gestion, elle est en mission à Tondo, l’un des plus grands bidonvilles de Manille, aux Philippines, où elle accompagne des jeunes femmes de 18 à 25 ans confrontées à des formes multiples de violences : précarité extrême, pression sociale, maternité précoce, absence d’accès à l’éducation ou à l’emploi. Son rôle consiste à leur transmettre des compétences professionnelles, mais aussi à conduire des actions de sensibilisation au sein des communautés pour rompre le cycle de pauvreté et les mécanismes d’exclusion qui touchent particulièrement les femmes. Interview.

Qui sont les femmes qu’accompagne LP4Y ?

La plupart ont entre 17 et 25 ans. Beaucoup n’ont pas pu poursuivre d’études, certaines ont arrêté dès le collège ou le lycée, d’autres ne sont jamais allées à l’école. Des jeunes femmes exclues du système éducatif ou éloignées de l’emploi pour diverses raisons : maternité précoce, responsabilités familiales, pression sociale, absence de ressources…
Nous accompagnons aussi de nombreuses jeunes mères, parfois devenues parents à 14, 15 ou 16 ans, ainsi que des mères célibataires.
Toutes vivent dans des environnements extrêmement précaires où nous allons à leur rencontre.

Comment aidez-vous ces jeunes femmes en difficulté ?

Elles rejoignent une formation de six mois, durant laquelle elles acquièrent une expérience professionnelle pour apprendre à gérer une micro-activité, on leur apporte des notions de marketing et communication, en ressources humaines, en finance, etc.

Ma mission consiste également à organiser des formations et ateliers destinés à sensibiliser la communauté sur des sujets liés à la santé, au bien-être social ou à la vie sexuelle. Nous travaillons également avec des entreprises partenaires, qui interviennent sur des thématiques professionnelles comme la rédaction de CV ou de lettres de motivation.
Dernièrement, nous avons par exemple mené un atelier sur la grossesse adolescente, afin d’informer les jeunes femmes des quartiers les plus défavorisés sur les risques qu’elle implique et de contribuer ainsi à rompre le cycle de pauvreté.

© DR

Comment évaluez-vous l’impact de vos actions sur le terrain ?

La formation au sein du Training & Development Center dure six mois. Après cette période, nous restons en contact avec les jeunes femmes : elles participent à des événements, témoignent, coachent d’autres jeunes et continuent à travailler sur leurs projets.
Par ailleurs, LP4Y agit en faveur de l’inclusion des jeunes en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient depuis 2009. Au total, plus de 10 000 jeunes ont été accompagnés dans ces régions. À Tondo, dans le centre où je me trouve, 92 % des jeunes femmes ayant suivi la formation l’année dernière ont pu s’insérer sur le marché du travail à l’issue du programme.

"C’est une joie immense d’aider certaines jeunes femmes à découvrir leur potentiel et à prendre confiance. Je crois sincèrement qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir"

Qu’est-ce que cette mission de volontaire internationale t’a apporté personnellement, en tant que femme ?

Elle m’a profondément marquée. J’ai vraiment pris conscience que chaque jeune a du potentiel, et que l’environnement d’où l’on vient ne définit pas qui l’on est. Beaucoup de femmes que nous accompagnons ont grandi dans des contextes très difficiles et n’ont jamais eu accès aux ressources nécessaires. Pourtant, dès lors qu’une personne est motivée et que l’on met à sa disposition les outils pour se développer, elle peut réussir.

J’ai aussi compris que chacun a un rôle à jouer (entreprises, ONG, citoyens…) dans le développement des jeunes. C’est une conviction que j’ai intégrée à titre personnel.
Cette mission m’a fait découvrir une véritable passion pour l’insertion professionnelle. C’est une joie immense d’aider certaines jeunes femmes à découvrir leur potentiel et à prendre confiance. Je crois sincèrement qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.

 © DR

La structure d'accueil

Life Project 4 Youth Alliance est une fédération de dix-sept organisations dans quatorze pays dont la mission est le développement de solutions innovantes pour l'inclusion professionnelle et sociale des jeunes (15-24 ans) issus de l'extrême pauvreté et victimes d'exclusion. LP4Y soutient et défend l'inclusion décente de milliers de jeunes et de leurs familles dans 57 programmes, 19 centres de formation et de développement, six académies Little Angel, six villages verts, deux LP4Y Labs en Asie du Sud-Est, en Asie du Sud, au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique. LP4Y est un membre fondateur du réseau Youth 4 Change et du réseau Youth Inclusion. Il jouit d'un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations unies.