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Au sommet du monde, Paul enseigne le français au Bhoutan

La Royal Academy, où Paul enseigne, est installée dans un ancien dzong (une forteresse typiquement bhoutanaise). © DR

À 45 ans, Paul Loyrette a choisi de vivre son volontariat perché entre ciel et montagnes. Depuis juin 2025, ce Parisien passionné de livres, d’opéra et de yoga, est volontaire de solidarité internationale à la Royal Academy of Bhutan, un pensionnat d’exception situé à 3 000 mètres d’altitude.

« J’étais impatient de découvrir les magnifiques paysages du Bhoutan. Je ne suis pas déçu ! », confie Paul avec enthousiasme. Titulaire d’un master en littérature comparée, il a pourtant déjà vu du pays, puisqu’il a enseigné aux quatre coins du monde, de l’Italie, à l’Ouzbékistan en passant par l’Autriche, le Royaume-Uni, la Chine, la Russie ou l’Inde. Mais ce passionné de lectures reste toujours animé par le même moteur : transmettre la langue française et s’enrichir du dialogue culturel. 

Enseigner le français dans le cadre d’une mission de volontariat international

C’est à la Royal Academy, une école comme les autres, qu’il a décidé de poser ses bagages. Installée dans un ancien dzong (une forteresse typiquement bhoutanaise), celle-ci accueille plus de 300 élèves venus de tout le pays, dans le cadre d’un programme éducatif inédit : le Bhutan Baccalaureate.  « Cette approche holistique vise à développer le potentiel et le bien-être de chaque élève, bien au-delà des simples notes », explique Paul, qui enseigne le français à des classes de 7e à 11e, tout en animant un ciné-club hebdomadaire et des cours de français pour ses collègues. Ses élèves, peu familiers à la culture francophone, découvrent avec curiosité que le français se parle aussi au Canada ou en Afrique. 

« La vie au pensionnat est rythmée par bien plus que les cours : sport le matin, « Ngondro » une forme de méditation après le petit-déjeuner, pièces de théâtre écrites et interprétées par les élèves, concerts, nuits des étoiles, conférences internationales etc. », explique notre volontaire. « Les professeurs valorisent une approche concrète et interdisciplinaire, basée sur les principes philosophiques du Bhoutan : projets de terrain, excursions, collaborations entre matières, loin du simple par cœur. Bref, une éducation vivante et ouverte. C’est passionnant de faire partie de ce programme », complète-t-il.

© DR

Enseignement du français et immersion culturelle

Au Bhoutan, la vie s’écoule autrement. « La nature est préservée, il n’y a ni bruit ni pollution. On se sent incroyablement serein. »  La capitale, Thimphu, accessible en deux heures, offre cafés et restaurants animés. Mais Paul savoure surtout la simplicité d’un quotidien centré sur l’essentiel : « Vivre dans les montagnes et dans le calme, c’est magique. Si j’appréhendais l’isolement au départ, au bout de cinq mois, je me réjouis de la simplicité qui m’entoure. Et puis, l’école dispose d’un café, d’une bibliothèque et on organise souvent des soirées avec les collègues. Au final, je m’intéresse de plus en plus à mon environnement – aux oiseaux, par exemple. Une particularité tout de même : il faut rester vigilant face aux ours ou aux léopards ! » s’amuse-t-il.

"Les professeurs valorisent une approche concrète et interdisciplinaire, basée sur les principes philosophiques du Bhoutan : projets de terrain, excursions, collaborations entre matières"

Paul Loyrette, volontaire de solidarité internationale

Au fil de sa mission, Paul découvre un Bhoutan à la fois moderne et profondément ancré dans ses traditions. Une vingtaine de langues régionales témoignent d’une diversité vivante « Beaucoup de mes élèves n’ont pas le dzongkha comme langue maternelle ». Il confie : « Ici, le thé au lait est salé, la cuisine simple, toujours accompagnée de riz. Pour moi, le concept de Bonheur national brut se traduit par un mode de vie modeste, sans excès, basé sur la sérénité et le respect ». 

Grandir en enseignant

À ses yeux, enseigner à l’étranger est la meilleure façon de découvrir un pays, ses cultures, ses traditions, ses langues, et de grandir soi-même. Depuis sa première expérience, il y a vingt ans, Paul a eu l’occasion de travailler non seulement dans l’enseignement, mais aussi dans les domaines de la culture et de la communication. Il réalise aujourd’hui que ce parcours l’a rendu bien plus ouvert d’esprit.

« Parfois, tout commence par une simple question. J’ai récemment demandé aux élèves si, pendant l’hiver, les gens faisaient du ski ici. Ils m’ont répondu que les montagnes étaient sacrées au Bhoutan. Par cette simple question, j’ai appris quelque chose d’important. »

Avec le soutien de l’ambassade de France en Inde et de l’Institut français en Inde, en collaboration avec La Guilde en tant que structure d’envoi, cette mission de VSI contribue à renforcer les liens diplomatiques et culturels.   Pour Paul, ce volontariat n’est pas une parenthèse, mais un mode de vie. « J’ai envie de continuer à voyager et à découvrir de nouvelles cultures. La vie est courte, il faut en profiter », conclut-il.

 Paul Loyrette, volontaire de solidarité internationale. © DR

Une archiviste en mission au Cameroun pour préserver la mémoire de la forêt

Pendant deux semaines, Mia Viel a animé des sessions de formation aux archives. © DR

Pendant deux semaines, Mia Viel, archiviste, a quitté son quotidien pour celui de la forêt camerounaise. Dans la réserve de faune de Santchou, elle a accompagné les équipes locales pour remettre de l’ordre dans des décennies de documents accumulés. Une mission courte mais décisive, entre adaptation culturelle, engagement professionnel et quête de sens.

Lorsqu’une amie lui envoie une petite annonce pour une mission de solidarité internationale au Cameroun, Mia Viel n’hésite pas longtemps. « Je me suis dit que c’était une occasion à ne pas laisser passer », raconte-t-elle. Archiviste depuis quatre ans, elle ne connaît alors ni le Cameroun, ni le volontariat d’échanges et de compétence (VEC), ni Planète Urgence, cette ONG qui œuvre à préserver les forêts et la biodiversité au travers d’actions de protection et de sensibilisation. Mais l’annonce (la réserve de faune de Santchou cherche un soutien pour gérer ses archives) répond à son goût de l’engagement, elle qui est depuis longtemps impliquée dans divers projets d’intérêt général.

Dans la réserve de Santchou, au cœur de la mémoire administrative

Nichée dans l’Ouest du Cameroun, la réserve de faune de Santchou (lire ci-dessous) protège un espace naturel unique, où cohabitent espèces rares et activités humaines. Et comme toute organisation administrative, elle produit des documents : rapports, inventaires, correspondances…

Mais ici, le classement reste encore à peaufiner. Sa mission : former l’équipe à structurer ces archives, papier comme numériques, pour que la bonne organisation des documents de la réserve permette d’aboutir à une gestion plus efficace. « L’objectif, c’était que les agents puissent retrouver facilement l’information et comprendre pourquoi on classe de telle manière ». Pendant deux semaines, elle anime des sessions de formation, inventorie, indexe et surtout transmet des méthodes adaptées au contexte local.

Le groupe formé pendant deux semaines aux techniques d’archivage par Mia Viel. © DR

Car l’administration camerounaise a ses propres codes. « Les techniques que j’applique en France ne pouvaient pas être reproduites telles quelles. Il fallait comprendre les règles du pays, sa loi sur les archives, son histoire », détaille-t-elle. Une adaptation d’autant plus passionnante que le Cameroun partage certains principes d’archivage avec la France : « Mon expertise n’était pas complètement décalée. Il fallait juste apprendre à naviguer autrement. »

Une leçon d’adaptation et d’humilité

Sur place, Mia découvre un quotidien qui est aussi fait de débrouille et de patience, avec des petites contraintes qui la forcent à revoir ses habitudes. « Par exemple, on a manqué de cartons d’archivage. En France, on aurait dit : là, ce n’est pas possible. Mais au Cameroun, on trouve toujours des solutions», s’amuse-t-elle.

Cette résilience, elle la partage avec les agents qu’elle forme. Ensemble, ils trient des piles de documents et échangent sur les bonnes pratiques : « Ça m’a appris à prendre du recul sur mon métier, à ne pas considérer mes méthodes comme universelles ».

L’expérience l’a aussi reconnectée à l’essence de son travail : donner du sens à la mémoire collective. Et au-delà du professionnel, l’humain prend le relais. « J’ai rencontré des personnes formidables, des collègues qui sont devenus des amis. On s’écrit encore aujourd’hui. »

"Les techniques que j’applique en France ne pouvaient pas être reproduites telles quelles. Il fallait comprendre les règles du pays, sa loi sur les archives, son histoire."

Mia Viel, volontaire d’échanges et de compétence

De retour en France, Mia ne veut pas s’arrêter là. Elle garde en tête les besoins exprimés par d’autres structures, notamment la faculté d’agronomie de Dschang, proche de Santchou. « Des étudiants sont venus assister à la formation et m’ont dit : il faut qu’on fasse pareil chez nous ». Depuis, elle prépare un nouveau projet avec l’association Archivistes sans frontières, qui l’avait déjà aidée à monter financièrement et logistiquement cette première mission.

Pour elle, les archives ne sont pas seulement un outil administratif, mais un levier d’accompagnement des politiques publiques. « On parle rarement de notre métier, alors qu’il est essentiel pour comprendre et protéger ce qui nous entoure », conclut-elle.

Écouter l'interview de Mia sur Archivistica

La réserve de faune de Santchou

Créée en 1947, la réserve de faune de Santchou s’étend sur près de 7 000 hectares dans la région de l’Ouest du Cameroun. Elle abrite une riche biodiversité : buffles, céphalophes, singes et nombreuses espèces d’oiseaux. Menacée par la déforestation et l’agriculture intensive, la réserve joue un rôle essentiel dans la préservation des écosystèmes forestiers. Ses équipes mènent aussi des actions de sensibilisation auprès des communautés locales et assurent la gestion administrative du site, indispensable à sa protection à long terme. Planète Urgence y mène depuis plusieurs mois des missions de volontariat, en appui à la gestion des ressources naturelles et au renforcement des capacités des équipes locales.

 © Wikimedia / GKNlend

Le volontariat d’échanges et de compétences (VEC)

Le volontariat d’échanges et de compétences (VEC) est un dispositif porté par France Volontaires et ses membres, notamment Planète Urgence. Il permet à des professionnels expérimentés de mettre leurs compétences au service d’organisations locales à l’étranger pendant des périodes allant de deux à quatre semaines. Ces missions contribuent au renforcement de capacités des structures partenaires et favorisent la réciprocité des savoirs entre professionnels des pays partenaires.

Bio express

Mia Viel a découvert sa vocation presque par hasard, en 2018, lors de ses études de lettres à Rennes à la lecture d’un essai feuilleté à la bibliothèque universitaire. L’année suivante, elle intègre le master archives de l’Université d’Angers, dont elle sort diplômée en 2021. Depuis l’été 2022, elle est archiviste itinérante dans un centre de gestion de la fonction publique territoriale, pour les collectivités territoriales qui la sollicitent. Curieuse et engagée, elle multiplie les projets associatifs et culturels. En 2025, elle part pour la première fois en mission de solidarité internationale, au Cameroun, dans le cadre d’un volontariat d’échanges et de compétence au sein de la réserve de faune de Santchou.
Mia Viel
Volontaire d'échanges et de compétence

« Tout comme on fait de la prose sans le savoir, on agit pour l’ESS sans le savoir ! »

C’est à Bordeaux, et pour la première fois en France, que s’est tenue la 7e édition du Forum mondial de l’économie sociale et solidaire (GSEF), temps fort international dédié aux pratiques économiques fondées sur la coopération, la solidarité et la durabilité. L’occasion pour France Volontaires de participer aux échanges, en partenariat avec ses membres et partenaires également mobilisés sur cet événement. Parmi eux, IFAID, dont les missions s’inscrivent pleinement dans les Objectifs de Développement Durable en accompagnant les acteurs qui s’engagent pour un monde plus juste et plus durable. À l’heure où les enjeux de solidarité, de transition écologique et de mobilisation des jeunes se rejoignent, France Volontaires a rencontré Ghislain Brégeot, directeur d’IFAID, qui répond à nos questions.

En amont du GSEF, France Volontaires et IFAID ont porté un vaste questionnaire auprès de 163 volontaires, qu’ils soient en mission ou rentrés récemment. L’objectif : comprendre les liens qui existent entre le volontariat international et l’ESS puisqu’à travers leurs missions, de nombreux volontaires internationaux contribuent déjà à cette dynamique, bien souvent sans en avoir conscience ! Quels étaient les principaux enjeux de cette étude ?

L’enjeu de la collaboration avec France Volontaires, c’était d’élargir le panel de volontaires auxquels cette étude était destinée. On avait l’idée de mener un travail sur « Volontariat et ESS » en prévision du GSEF. L’objectif pour nous ? Comprendre comment sont engagés les volontaires, et quelles missions ils effectuent en lien avec l’ESS. Il était important également de rappeler à ces jeunes que l’économie sociale et solidaire se définit, et n’est pas un concept franco-français mais que l’ESS est portée aussi par les Nations unies qui avait voté la résolution en avril 2023. On voulait observer les chainons manquants pour la bonne compréhension de l’ESS par les volontaires, quitte à enrichir la formation au départ, et les sensibiliser pour qu’ils repèrent si quelque chose se passe en termes d’ESS. Ce questionnaire était aussi une occasion de leur dire que l’ESS est un secteur qui embauche et qu’il peut y avoir des postes dans lesquels les valeurs du V.I.E.S se retrouvent. Le partenariat avec France Volontaires s’est imposé pour ouvrir ce questionnaire plus largement à l’ensemble des volontaires de la plateforme et ses membres.

 

Depuis 1986, IFAID forme, accompagne et conseille les professionnels des solidarités ainsi que de nombreux volontaires engagés dans des projets de développement sur les dispositifs de VSI et de congé de solidarité internationale au service de la dynamique régionale. Selon vous, comment le volontariat peut-il devenir un véritable levier pour renforcer les initiatives de l’économie sociale et solidaire, aussi bien localement qu’à l’international ?

Le volontariat international contribue depuis longtemps à une dynamique qui ne s’appelait pas encore ESS. Aujourd’hui, c’est la forme de l’économie sociale et solidaire qui est en train de se faire reconnaître et dans laquelle le volontariat joue toute sa place. Le premier enjeu pour nous, c’est de bien définir l’ESS pour ensuite communiquer en expliquant comment le volontariat y contribue. Car les volontaires ont toujours été au service des acteurs locaux pour renforcer les coopératives, les groupements, l’activité économique non lucrative. À titre d’exemple, j’ai entendu la représentante d’une association qui témoignait sur un des panels du GSEF. Elle expliquait qu’ils accueillent des volontaires sans que leur fiche de mission ne mentionne l’ESS alors même que l’activité de l’association est au cœur de l’économie sociale et solidaire. Tout comme on fait de la prose sans le savoir, on agit pour l’économie sociale et solidaire sans le savoir !

L’ESS repose sur des valeurs universelles de réciprocité, d’échange et de solidarité. Le dernier sondage de France Volontaires* met en lumière un fort intérêt des jeunes pour des formes d’engagement porteuses de sens mais vous constatez de votre côté une évolution de leurs préoccupations et de leurs attentes. Quelle stratégie IFAID met-il en œuvre pour accompagner cette génération dans la professionnalisation de leur engagement, notamment dans le champ de l’ESS et du volontariat international ?

Le contexte actuel fait que l’avenir est très flou, en particulier celui des jeunes. Et je ne parle pas des difficultés financières que rencontrent tous les acteurs du secteur associatif autant que celui de l’ESS. Donc il est vrai que les perspectives qui s’offrent aux jeunes dans ce contexte peuvent sembler peu enthousiasmantes. Mais je suis convaincu qu’il faut continuer à se former et à s’engager pour lutter contre la morosité et pour construire les bases solides d’un avenir meilleur ! C’est d’ailleurs sur cette conviction que s’est construit notre slogan « S’engager pour les solidarités de demain ». Je crois que si on s’engage aujourd’hui pour ne pas être dans ce monde de morosité, c’est un monde d’espoir qui se dessine et c’est aussi se tenir prêt quand il va falloir reconstruire le monde. S’enrichir d’une expérience solidaire construite aujourd’hui avec des personnes et des acteurs différents permet d’élargir sa vision du monde pour mieux comprendre les enjeux mondiaux.

*Sondage OpinionWay pour France Volontaires – décembres 2023

"Je suis convaincu qu’il faut continuer à se former et à s’engager pour lutter contre la morosité et pour construire les bases solides d’un avenir meilleur ! "

Ghislain Brégeot, driecteur Général d'IFAID

Diriez-vous que vous êtes fondamentalement optimiste ou que c’est un pari ?

Je suis effectivement optimiste, mais convaincu que c’est une réalité. Dans une période où tout s’effondre, notre histoire nous montre qu’arrive nécessairement un jour où tout doit se reconstruire. Autant le faire sur la base de d’expériences interculturelles riches, avec de nouveaux acteurs formés et tournés vers le monde pour bâtir un avenir fondé sur des valeurs de partage et de solidarité !

C’est tout l’enjeu du Forum de montrer que la coopération peut exister de manière transversale, notamment pour les ONG. Nous sommes dans une période où l’aide publique au développement doit changer de forme et je crois que la dynamique autour de l’ESS peut être un moyen de modifier notre approche de l’aide au développement – cette fameuse relation Nord-Sud dans laquelle on a toujours impliqué les bénéficiaires en leur demandant de participer alors que visiblement ça n’a pas suffi.

Et justement, la dynamique proposée par l’économie sociale et solidaire, y compris en l’incluant dans les ODD, est une approche de transversalité, une approche multiscalaire entre le local et l’international. Tout l’enjeu consiste à tirer des expériences riches de ce qui se passe ailleurs pour l’investir chez nous. 

L’accueil de volontaires internationaux en France – selon le principe de réciprocité, contribue en ce sens à casser la dynamique Nord-Sud, et remettre de la transversalité dans les relations entre les pays. À condition que ce soit fait dans un esprit d’ouverture pour déconstruire un ensemble de facteurs. Il est important que tous les acteurs comprennent ce qu’implique cette réciprocité. Au-delà du simple fait d’accueillir, c’est tout un système qui doit évoluer.

On peut s’engager tout au long de sa vie, quel que soit son âge, son expérience et sa disponibilité dans la cadre d’un long parcours d’engagement. Comment faire en sorte que cet engagement se transforme en une dynamique durable, au service des territoires et de l’économie sociale et solidaire, une fois les volontaires de retour ?

On accompagne les volontaires à leur retour en leur présentant toute la dynamique ESS très importante à nos yeux. Notre objectif est de les accompagner de façon globale pour qu’ils comprennent ce qu’est le secteur vers lequel ils se dirigent. Certains veulent rester dans la solidarité internationale, et y trouvent d’ailleurs des postes, d’autres se tournent vers l’ESS et d’autres encore vers les collectivités. Notre mission est de faire ressortir les compétences acquises pendant le volontariat, et de les valoriser notamment dans le cadre de notre diplôme en VAE en coordination de projet de solidarités.

Et puis, on a tout un réseau dans l’ESS ou au sein des collectivités locales régionales, qui nous permet d’accompagner efficacement nos apprenants dans leur recherche d’emploi. On les valorise dès qu’il faut témoigner sur leur parcours d’engagement. Cette notion de parcours est très intéressante car je crois que c’est aussi une des forces des dispositifs de pouvoir passer du service civique au VSI, y compris en réciprocité, pour développer cette question de l’engagement au service de la professionnalisation.

Enfin, je peux dire qu’on est ravi quand on apprend qu’un ancien volontaire poursuit son engagement dans sa structure d’accueil, mais cette fois dans un poste salarié !

IFAID en bref

IFAID joue depuis près de 40 ans un rôle clé dans la formation et l’accompagnement des acteurs du développement, en France comme à l’international. À la croisée du volontariat, de l’économie sociale et solidaire et de la coopération internationale, IFAID forme chaque année des jeunes qui s’engagent sur le terrain, au plus près des besoins des territoires.

À Paris, Monica met la coopération culturelle au service du lien entre les peuples

Monica Leyva Bellido, volontaire de solidarité internationale à la Ville de Paris. © France Volontaires

Originaire du Pérou, Monica Leyva Bellido effectue une mission de Volontariat de solidarité internationale au sein de la Ville de Paris. Passionnée par le cinéma et la communication, elle participe au développement des relations culturelles internationales de la capitale et découvre, au fil des projets, une autre façon de concevoir l’action publique.

C’est par le cinéma que ton parcours s’est orienté vers la culture. Comment cette passion est-elle née ?

J’ai étudié la communication au Pérou. Au départ, je m’intéressais surtout au journalisme, mais très vite, j’ai compris que ce qui me passionnait vraiment, c’était le visuel et la création d’images. J’ai donc poursuivi avec des études de cinéma pendant trois ans.

Le secteur cinématographique au Pérou est encore fragile : il existe peu de structures et beaucoup de difficultés pour produire ou diffuser. Cela m’a donné envie d’explorer la communication institutionnelle et culturelle, un domaine qui permet d’agir plus directement pour soutenir les initiatives artistiques.

Par la suite, j’ai travaillé pour le ministère de l’Éducation et pour des universités, sur des projets nés pendant la pandémie – notamment un programme qui offrait des cours gratuits de musique à des enfants issus de milieux modestes. Cette expérience m’a confortée dans mon envie de lier éducation, culture et engagement public.

Pourquoi avoir choisi la France pour poursuivre ton parcours ?

J’ai toujours aimé la langue française. Je l’avais apprise de manière informelle, par curiosité, en dehors de l’école, car au Pérou on enseigne surtout l’anglais. Et puis la France est connue dans le monde entier pour son patrimoine culturel, ses festivals, son cinéma.

Je voulais comprendre comment un pays parvient à donner une place aussi importante à la culture, à la rendre accessible et à la soutenir institutionnellement. C’est pour cela que j’ai choisi de faire un master en activités culturelles et communication à l’Université Toulouse Capitole.

Pendant ce master, nous avons eu la chance de visiter des lieux culturels, de rencontrer leurs directeurs, d’échanger sur la gestion, les politiques publiques et les modes de financement.  J’ai aussi réalisé un stage dans le service culturel de la Région Occitanie, où j’ai participé à l’organisation des “Journées des Ateliers d’Artistes d’Occitanie 2023, un grand événement artistique.”

 

"Je voulais comprendre comment on parvient à donner une place aussi importante à la culture, à la rendre accessible et à la soutenir institutionnellement"

Comment as-tu découvert le volontariat international et ta mission à la Ville de Paris ?

Après mes études, je voulais prolonger cette dynamique d’apprentissage et d’ouverture internationale. Le Volontariat de solidarité internationale (VSI) m’a semblé être une excellente manière de mettre mes compétences au service d’un projet tout en continuant à me former.

Lorsque j’ai découvert la mission proposée à la Ville de Paris, j’ai tout de suite eu envie de postuler : elle correspondait parfaitement à mes aspirations. C’est une mission pluridisciplinaire, à la croisée de la culture, de la communication et de la coopération internationale.

En quoi consiste concrètement ta mission ?

Je travaille au sein de l’équipe chargée des relations culturelles internationales. Nous collaborons avec de nombreux acteurs : institutions étrangères, ambassades, artistes, associations culturelles, etc.

Mon rôle consiste à suivre et accompagner les projets : lecture des propositions, échanges avec les porteurs, participation à l’évaluation et à la mise en œuvre, puis suivi après les événements. Il s’agit d’un travail de fond, à la fois administratif et humain, qui demande d’être à l’écoute et de bien comprendre les logiques de coopération.

Récemment, à l’occasion de la Saison Brésil–France 2025, nous avons eu le plaisir d’organiser, avec la Ville de Rio de Janeiro, un concours d’affiches réunissant les étudiants de l’EPSAA (Paris) et de l’Université fédérale de Rio de Janeiro. Leurs créations ont mis en lumière l’amitié qui unit les deux villes et ont donné lieu à l’exposition Paris–Rio 2026, présentée sur les Berges de Seine. 

 

Qu’as-tu appris en travaillant dans une institution comme la Ville de Paris ?

En travaillant à la Délégation Générale aux Relations Internationales, j’ai pu découvrir comment la Ville de Paris met en œuvre sa politique internationale à travers ses pôles Diplomatie et Coopération. J’ai pu suivre et contribuer aux relations bilatérales avec d’autres villes, à l’implication de Paris dans les réseaux internationaux de collectivités, ainsi qu’au développement de projets de coopération décentralisée et d’initiatives de solidarité internationale.

Cette expérience m’a permis de mieux comprendre comment la Ville agit à l’international, bien au-delà du seul domaine culturel.

Et pour la suite ?

J’aimerais beaucoup poursuivre dans ce domaine, que ce soit en France ou à l’étranger, puis revenir au Pérou pour mettre à profit tout ce que j’ai appris ici, peut-être au sein du ministère de la Culture ou dans une ambassade, toujours autour de la coopération culturelle et internationale.

À Méckhé, le volontariat au service d’une ville plus propre et solidaire 

Grâce au projet financé par l’AFD, la commune de Méckhé a pu se doter d’une décharge permettant un traitement sécurisé des ordures ménagères.  © France Volontaires

Dans la commune sénégalaise de Méckhé, un partenariat avec la ville française de Saint-Dié-des-Vosges a permis la mise en œuvre d’un dispositif complet et sécurisé de collecte des déchets. Sur le terrain, Lucile Fischer, volontaire de solidarité internationale, veille à la réussite de ce projet structurant.

Aux abords du marché central de Méckhé, les tas d’ordures qui s’amoncelaient autrefois laissent désormais place à des points de collecte organisés. Pour cette ville de 27.500 habitants du nord-ouest du Sénégal, confrontée à une forte augmentation de la quantité de déchets, la transformation est visible. « La commune est aujourd’hui objectivement plus propre. J’ai pu voir toutes les réalisations physiques : la construction de la décharge, les remorques en action, etc. », témoigne Lucile Fischer, une jeune alsacienne de 27 ans qui s’est engagée sur ce projet, envoyée sur place par Grand Est Solidarités et Coopérations pour le Développement (Gescod). Elle est la cinquième (et dernière) volontaire mobilisée sur cette opération depuis le lancement de cette dernière en 2019.

Un partenariat franco-sénégalais pour repenser la gestion des déchets

La coopération décentralisée sur ce sujet entre Méckhé et Saint-Dié-des-Vosges, qui vise à doter la ville d’un dispositif complet et sécurisé de gestion des déchets, prendra en effet fin à l’issue de l’année 2025. Le projet, financé avec l’aide de l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 814 753 €, comprend la construction d’infrastructures adaptées, le renforcement du service technique municipal, des formations à destination des agents et élus, ainsi que des campagnes de sensibilisation destinées à la population.

Mais, sur le terrain, le défi dépasse la seule logistique : « C’est un projet très structurant, où il n’y a pas seulement la mise en place de réalisations physiques. Il y a aussi tout un pan sur la sensibilisation et le changement des mentalités », précise Lucile.

Une séance de ramassage des déchets dans les rues de la ville. © France Volontaires

Car pour durer, la propreté d’une ville dépend avant tout de l’adhésion de ses habitants. À Méckhé, cette dynamique prend désormais racine. Des groupes bénévoles s’organisent pour nettoyer les quartiers, ramasser les déchets et entretenir les zones de dépôt. « Nous avons régulièrement des retours très positifs de la population, qui adhère complètement au dispositif et est même motivée à poursuivre les efforts » détaille la volontaire. Ces initiatives locales, portées par des collectifs spontanés, donnent au projet une dimension participative et communautaire précieuse dans ce type d’opération.

Sensibilisation et engagement citoyen à Méckhé

Le partenariat mise aussi sur la coordination avec les structures, comme Aquassistance (côté français) et la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED, côté sénégalais), pour assurer la pérennité du dispositif. « Il est nécessaire de collaborer avec les structures existantes, notamment au national, pour créer une synergie et pérenniser le projet », souligne Lucile Fischer. Cette approche globale vise à renforcer la municipalité dans la structuration de ses services, tout en consolidant la redevabilité envers ses habitants.

"Nous avons régulièrement des retours très positifs de la population, qui adhère complètement au dispositif."

Derrière la rigueur de la gestion technique, le volontariat porte aussi une dimension humaine forte. « C’est exigeant, mais très formateur et challengeant. J’ai appris à m’adapter, à travailler en équipe dans un contexte interculturel, à planifier et gérer plusieurs projets de développement », confie la jeune alsacienne. Une expérience qui transforme sa manière d’appréhender son rapport aux autres : « Humainement, je suis plus tolérante, je juge moins vite. J’ai remis en question certaines idées. Les échanges avec les Sénégalais, très ouverts et fiers de leur culture, m’ont enrichie. »

À Méckhé, dans le sillage des nouvelles pratiques de collecte, des infrastructures rénovées et des formations techniques, c’est toute une communauté qui réinvente sa relation à son environnement.

Bio express

Originaire d’Alsace, Lucile Fischer, 27 ans, est volontaire de solidarité internationale à Méckhé, dans la région de Thiès au Sénégal. Engagée avec Gescod, elle coordonne depuis onze mois un projet de gestion complète et sécurisée des déchets. Avant cette mission, elle avait déjà passé huit mois dans la même commune dans le cadre d’un service civique international sur la thématique de l’urbanisme. Se décrivant comme « curieuse, humaine, indépendante », Lucile s’inscrit dans une continuité familiale : sa mère avait été volontaire du progrès au Sénégal il y a quarante ans. Inspirée par cette histoire, elle a choisi à son tour de s’engager sur le terrain pour contribuer, à sa manière, au développement local de la commune.
Lucile Fischer
Volontaire de solidarité internationale

Jog Jëem : un documentaire pour raconter l’engagement des jeunes de la Gironde au Sénégal

Seydou Sidibé, en juillet dernier à son retour au Sénégal. Le documentaire Jog Jëem, qu’il a contribué à réaliser, sera projeté à Bordeaux le 28 octobre prochain . © France Volontaires Sénégal

À Bordeaux, l’association Keur Espoir et le volontaire sénégalais Seydou Sidibé ont donné vie à un documentaire sur la jeunesse engagée. Né d’une mission de service civique international, ce film collectif met en lumière les initiatives citoyennes portées par des jeunes en France et au Sénégal.

À la salle des fêtes du Grand Parc, à Bordeaux, l’écran s’allumera le 28 octobre prochain pour dévoiler un film pas comme les autres. Jog Jëem, ce documentaire à la réalisation « artisanale », selon les dires mêmes de ses créateurs, mais à l’ambition bien affirmée, raconte une jeunesse en action, en France comme au Sénégal. Aux manettes : Seydou Sidibé, 22 ans, venu de Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, pour un service civique international en France. À ses côtés, l’association bordelaise Keur Espoir, qui accueillait pour la première fois un volontaire de ce type.

« Dès son arrivée, le feeling a été évident », se souvient Mélanie Siot, sa tutrice au sein de l’association. « Seydou est quelqu’un d’hyper dynamique, très créatif, avec une vraie énergie. Pour nous, c’était simple de l’intégrer et d’imaginer des projets ensemble. »

Une mission de volontariat qui se transforme en aventure collective

À l’origine, il ne s’agissait que de développer une mission de communication et quelques podcasts sur l’engagement citoyen. Mais très vite, l’enthousiasme de Seydou et la curiosité de l’équipe font basculer le projet. « On a rencontré des jeunes incroyables, des acteurs engagés des deux côtés de la Méditerranée… Alors on s’est dit : pourquoi pas un documentaire ? », raconte Mélanie.

Le film prend forme pas à pas. À Bordeaux, Seydou et l’équipe interviewent des jeunes des quartiers populaires, des associations locales, des élus comme le maire de Cenon. Le fil rouge : montrer qu’au-delà des clichés sur une jeunesse désabusée, des milliers de jeunes, en France comme au Sénégal, se retroussent les manches pour leurs communautés.

« Ce qu’on voulait montrer, c’est qu’il y a une vraie énergie dans la jeunesse », explique Mélanie Siot. « Qu’elle prenne la forme des études, de l’engagement social ou de la coopération entre villes, ça a du sens. Et c’est une histoire qu’on partage avec le Sénégal, qu’il faut raconter ensemble. »

Après être parti à la rencontre de nombreux jeunes girondins pendant ses six mois en France, Seydou Sidibé a interviewé, à son retour au Sénégal, des acteurs de la citoyenneté sénégalaise: Assane Alfred Ndiaye, fondateur de l’association Keur Espoir au Sénégal et Pape Sega Ndiaye, plus jeune conseiller municipal de la commune de Ouakam et entrepreneur engagé. © Keur Espoir Sénégal

De Guédiawaye à Bordeaux, l’itinéraire d’un volontaire international

Le projet n’aurait pas vu le jour sans Seydou Sidibé. Son parcours ne suit pas les sentiers balisés. À l’adolescence, il préfère les rythmes du hip-hop aux bancs de l’école. Il rejoint l’association de son quartier, Guédiawaye Hip-Hop, qui utilise les cultures urbaines pour accompagner des jeunes en difficulté. Peu à peu, l’art devient engagement : présentateur scénique, organisateur d’événements, chargé de communication… jusqu’au jour où son association lui propose de candidater pour une mission de service civique en France.

« Je ne m’attendais pas à être sélectionné », avoue Seydou. « Mais je n’ai pas hésité une seconde. C’était une opportunité de maximiser mes compétences et de grandir personnellement. »

À Bordeaux, il découvre un univers nouveau, parfois déroutant : le froid de l’hiver, le silence des rues, le poids du temps qui ne s’écoule pas comme au Sénégal. « Le premier mois, je me suis demandé si je n’allais pas rentrer », confie-t-il. « Mais ensuite, j’ai vécu les plus beaux moments de ma vie. »

Le volontariat agit comme un tremplin. Lui qui bégayait parfois prend confiance, s’exprime avec aisance jusque devant des élus. Il s’active sur le montage vidéo, la prise de son, renforce ses compétences en communication. « Je ne me suis jamais autant engagé que pendant mon séjour en France », dit-il aujourd’hui.

"Au Sénégal, il y a des jeunes qui ne travaillent pas, d’autres qui ne sont pas allés à l’école. Avec ce documentaire, je veux leur dire : il faut se lever, aller chercher les opportunités, ne pas rester dans l’inaction."

Seydou Sidibé, volontaire en service civique international

Un film participatif, miroir de la jeunesse

Avec Jog Jëem, Seydou et Keur Espoir cherchent à capturer un souffle collectif. Le documentaire multiplie les voix, du doctorant sénégalais en droit public installé à Bordeaux à la jeune élue de la mairie de Ouakam. « On voulait que ce soit un récit participatif », insiste Mélanie Siot. « Nous avons dit aux personnes rencontrées : “C’est vous les acteurs principaux du film.” »

Seydou, lui, y a vu une mission : « Au Sénégal, il y a des jeunes qui ne travaillent pas, d’autres qui ne sont pas allés à l’école. Avec ce documentaire, je veux leur dire : il faut se lever, aller chercher les opportunités, ne pas rester dans l’inaction. C’est possible de réussir. »

Au-delà du film, l’expérience a tissé des liens solides. Keur Espoir et Seydou travaillent encore ensemble, malgré son retour à Dakar en juillet. « Aujourd’hui, il est toujours en charge de notre communication. C’est une rencontre humaine et professionnelle qui se poursuit », explique Mélanie. « L’aventure continue ».

De son côté, le jeune homme multiplie les projets : la création d’une maison de production, l’organisation d’un festival, et peut-être un retour en France en tant que volontaire de solidarité internationale. Son message est clair : « Les jeunes doivent être conscients que nous sommes les guerriers de notre génération, les ambassadeurs de demain. Engagez-vous, donnez tout ce que vous avez. »

L’histoire de Jog Jëem illustre ce que peut produire la réciprocité : un échange où chacun grandit, où la France et le Sénégal construisent un récit commun. Et dans ce récit, l’engagement des jeunes n’est pas un second rôle mais bien le cœur de l’intrigue.

À Bordeaux, fin octobre, les lumières de la salle s’éteindront. L’écran projettera les visages, les voix, les gestes de cette jeunesse en mouvement. Et peut-être que dans le silence attentif du public résonnera le mot wolof qui donne son titre au film. « Jog Jëem » : s’engager.

Bio express

Originaire de Guediawaye, près de Dakar, Seydou Sidibé a grandi au sein de l’association GHip-Hop, où il s’est formé aux cultures urbaines et à l’engagement citoyen. Animateur, présentateur et communicant, il effectue en 2024 un service civique international à Bordeaux avec Keur Espoir, dans le cadre du programme WECCEE de Cool'eurs du monde. Sa mission l’amène à créer des podcasts et un documentaire, Jog Jëem, sur l’engagement de la jeunesse. De retour au Sénégal, il développe une maison de production et de nouveaux projets culturels
Seydou Sidibé
Volontaire en service civique international

“Les volontaires étrangers donnent une dimension internationale à nos projets”

Rafik Mousli, directeur d’Une Terre Culturelle, dans les locaux de l’association à Marseille. © France Volontaires

À Marseille,  l’association Une Terre culturelle relie mobilité internationale et ancrage local et permet à des jeunes, souvent éloignés des dispositifs d’aide et d’accompagnement, de s’ouvrir à d’autres cultures ou de se confronter à de nouvelles réalités. Rafik Mousli, directeur de l’association nouvellement membre de France Volontaires, répond à nos 5 questions. 

Comment est née l’association Une Terre culturelle ?

L’histoire commence dans les années 1990 au centre social Saint-Mauront Bellevue, dans le quartier Felix-Pyat à Marseille, où des travailleurs sociaux ont développé un secteur dédié aux échanges internationaux de jeunes. Face aux difficultés rencontrées, certains participants et éducateurs ont décidé en 2002 de créer Une Terre culturelle pour préserver et renforcer ce réseau. L’idée était simple : permettre à des jeunes, notamment issus des quartiers populaires, de découvrir d’autres horizons grâce à la mobilité et à la rencontre interculturelle.
Très vite, nous avons élargi nos actions au volontariat. En 2007, nous avons obtenu l’agrément pour accueillir des volontaires en service civil (puis en service civique), et peu après pour le Service volontaire européen. Aujourd’hui, nous travaillons dans le cadre du Corps européen de solidarité, avec l’Office franco-allemand pour la jeunesse, et nous coordonnons des projets en région Provence-Alpes-Côte d’Azur et dans le bassin méditerranéen, notamment avec le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.

Pourquoi avoir fait du volontariat un axe fort de vos activités ?

Parce que le volontariat complète parfaitement notre démarche. Accueillir des volontaires étrangers à Marseille permet de donner une dimension internationale à des projets locaux. Ces jeunes apportent un regard neuf et partagent leur expérience de mobilité avec d’autres, notamment ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de voyager.
Notre objectif est de toucher les jeunes qui ont moins accès à ce type de dispositifs. Cela peut concerner ceux qui vivent dans des quartiers populaires, en zones rurales, ou simplement des jeunes qui n’ont pas encore découvert la diversité culturelle. Le volontariat devient alors un formidable outil d’apprentissage, qui aide à combattre les préjugés et à renforcer la citoyenneté.

La quatrième édition de Smarthe4Change, au printemps dernier, rencontre organisée autour de la thématique du choc interculturel. © Une Terre Culturelle

Avec quels types de partenaires travaillez-vous ?

Nos partenaires sont variés : associations de terrain, centres sociaux, clubs sportifs, structures culturelles… Les volontaires que nous accueillons ne sont pas seulement intégrés dans nos projets, mais aussi placés chez ces partenaires, où ils apportent un soutien précieux. Cela renforce les coopérations locales comme internationales.
Nous travaillons également en étroite collaboration avec France Volontaires depuis plus de dix ans. Leur expertise nous accompagne sur le plan administratif et institutionnel, en particulier pour les agréments ou la mise en place de projets à l’étranger. L’adhésion à France Volontaires s’est donc imposée naturellement, comme une manière de consolider un partenariat déjà solide.

Vous participez régulièrement à des événements grand public, comme le Delta Festival. Quel est l’intérêt pour vous ?

Ces rendez-vous sont des espaces de sensibilisation incontournables. Dans un festival comme le Delta, nous rencontrons des centaines de jeunes, parfois issus de milieux très différents. Certains découvrent pour la première fois les possibilités offertes par la mobilité européenne et internationale.
Nous intervenons aussi dans des fêtes de quartier, des événements organisés par les missions locales ou les centres sociaux, ainsi qu’à la Fête de l’Europe. Chaque fois, nous essayons de montrer la valeur ajoutée d’un projet de mobilité, à travers des témoignages, des vidéos ou la rencontre directe avec des volontaires.

Enfin, pouvez-vous nous parler de la Maison du volontariat ?

C’est un lieu de vie et d’accueil au sein de nos locaux, à Marseille, où résident plusieurs volontaires. Ils y partagent des espaces communs, organisent des activités et contribuent à l’animation du quartier. Cela peut aller d’une soirée cuisine à des expositions ou des projections de films, souvent ouvertes au voisinage.
La Maison accueille aussi des événements réguliers : la Journée mondiale de la diversité, les Journées du patrimoine, un village interculturel, ou encore l’initiative « Smarthe4change » (l’association est basée dans le quartier Sainte-Marthe), qui propose chaque mois des ateliers sur des thématiques citoyennes. C’est à la fois un espace d’accueil, de convivialité et de rayonnement culturel.

Une Terre Culturelle en bref

Créée en 2002 à Marseille, l’association loi 1901 trouve ses premières initiatives dès 1992 au Centre social Saint-Mauront Bellevue. Elle agit en faveur d’un développement humain durable, en s’appuyant sur l’apprentissage interculturel réciproque. Ses projets portent sur l’éducation à la citoyenneté, la solidarité, l’inclusion sociale et l’écologie. La rencontre et le dialogue entre cultures constituent pour elle des leviers essentiels afin de déconstruire les préjugés et de renforcer les liens entre individus.

De Bordeaux au Togo, un ingénieur raconte son Congé Solidaire

Les apprenants de l’association AGBO-ZEGUE durant leur formation. © Jean Dumesnil

En août 2025, Jean Dumesnil, salarié d’Ingérop, a quitté son bureau bordelais pour rejoindre Lomé, au Togo. Grâce au dispositif Congé Solidaire® de Planète Urgence, il a formé, pendant deux semaines, des acteurs locaux de l’ONG AGBO-ZEGUE aux techniques de suivi et d’évaluation de projets, illustrant les ponts qui peuvent exister entre le monde de l’entreprise et celui de la solidarité internationale. Témoignage, alors que s’ouvre le Mois du volontariat d’entreprise.

Quand il parle de son Congé Solidaire®, Jean Dumesnil est intarissable. Et pour cause : responsable du développement au sein de la société Ingérop, à Bordeaux, il est revenu totalement enthousiaste après avoir passé deux semaines au Togo en mission de solidarité internationale. Sa mission : concevoir et animer un module sur le suivi et l’évaluation de projets pour AGBO-ZEGUE, une ONG locale qui apporte un appui scientifique et technique pour la conservation des espèces menacées de disparition, des écosystèmes fragiles et des aires protégées. Avant même le départ, il avait consacré de longues heures à bâtir un programme adapté. Mais sur place, il a surtout appris à s’ajuster aux réalités et aux besoins exprimés par les participants, jusqu’à transformer leurs projets en études de cas. De cette expérience, il retient une aventure « extrêmement enrichissante », où pédagogie, esprit d’équipe et dimension humaine s’entremêlent.

1. Quand l’ingénierie rencontre la solidarité

« J’ai intégré Ingérop en juin 2020. J’occupe une fonction de responsable du développement au sein du groupe. Concrètement, il s’agit d’aller chercher de nouveaux clients dans les secteurs du bâtiment, de l’énergie et de l’industrie.

Mon parcours est un peu atypique : j’ai d’abord travaillé comme technicien électricien, puis j’ai poursuivi avec des études en école de commerce. Tout cela pour dire que mon métier a toujours été lié au travail en équipe, en mode projet. C’est ce qui m’a beaucoup animé dans la mission au Togo, puisqu’il s’agissait d’aider une ONG locale à travers un module de formation sur le suivi et l’évaluation de projets.

C’est un sujet qui résonnait fortement avec moi : non seulement je devais délivrer la formation, mais j’ai aussi créé l’intégralité du contenu avant de partir. Deux semaines de cours, entièrement construits autour de ce module de suivi-évaluation. Une préparation très prenante, mais déjà une belle aventure en soi. »

2. L’âge, un faux obstacle

« Quand j’ai candidaté je n’étais pas sûr d’avoir le profil. Pour moi, le Congé Solidaire, c’était surtout un truc de jeunes, et comme j’ai 51 ans, je ne pensais pas avoir ma chance. Cela n’a pas été le cas puisque j’ai été reçu, et mes diverses expériences professionnelles ont été bénéfiques à la mission.

Avec le recul, je crois même que mon âge a joué en ma faveur : il m’a permis d’aborder la mission avec sérénité, d’avoir du recul sur les situations rencontrées et d’apporter une expertise acquise au fil des années. Sur place, je n’ai jamais ressenti la moindre barrière générationnelle. Au contraire, les échanges avec les volontaires ont été très stimulants, chacun apportant sa manière de voir et d’agir. Cette complémentarité est une vraie richesse. Aujourd’hui, je suis convaincu qu’il n’y a pas d’âge pour vivre un Congé Solidaire, seulement l’envie sincère de partager et d’apprendre. »

"J’ai transformé certains modules en études de cas, par exemple sur la vulnérabilité des systèmes cotonniers face au changement climatique "

Jean Dumesnil, volontaire en mission de Congé Solidaire au Togo

3. Sur le terrain : transformer les cours en expériences concrètes

« Une fois sur place, j’avais prévu un support qui tenait la route, mais qui n’aurait peut-être pas été totalement opérationnel. Alors, dès les premiers jours, j’ai choisi d’impliquer les participants. Je leur ai proposé de me partager leurs projets concrets, en cours ou à venir, afin d’en faire des cas pratiques. Deux participants, par exemple, ont parlé de projets auxquels ils travaillaient, et j’ai réadapté mes cours en fonction. Au final, près de 60 % du contenu a été réécrit sur place pour répondre à leurs besoins réels.

Cela m’a demandé du travail supplémentaire, mais c’était passionnant. Le fait d’adapter les cours aux projets locaux les a rendus bien plus impactants et utiles pour eux. J’ai transformé certains modules en études de cas, par exemple sur la vulnérabilité des systèmes cotonniers face au changement climatique, ou encore sur la création de points d’accès à l’eau potable pour les communautés locales. Deux projets très différents, mais qui ont servi de fil conducteur pour travailler sur les méthodes de suivi-évaluation.

À la fin de la mission, nous avons organisé un bilan pédagogique. Planète Urgence demande toujours d’évaluer l’impact de la formation et d’identifier ce qui peut être amélioré pour la suite. Le dernier jour, les participants ont tenu à me remercier avec un chant de clôture très émouvant. Pour moi, c’était la preuve que ces deux semaines avaient été une réussite, autant pour eux que pour moi.

L’expérience a aussi été valorisée : une capsule vidéo a été réalisée et diffusée sur YouTube, et nous avons pris une photo de groupe avec tous les participants. »

 © DR

4. Un dispositif qui engage l’entreprise et les salariés

« Concernant le dispositif Congé Solidaire®, il faut savoir qu’Ingérop lance chaque année, en mars, un appel à candidatures auprès des salariés. Ceux qui souhaitent s’investir remplissent un dossier en ligne. Ensuite, une présélection est faite, puis les candidats « pitchent » devant un petit comité pour expliquer leurs motivations et le choix de leur mission. Chaque année, entre cinq et sept personnes sont retenues.

C’est une démarche très vertueuse : l’entreprise met ses salariés à disposition pour des missions solidaires, Planète Urgence s’assure du sérieux et de la sécurité des ONG partenaires, et au final tout le monde y gagne. L’entreprise soutient financièrement la mission, notamment sur les frais de déplacement, et le salarié pose ses congés pour la durée de la mission. Moi, par exemple, j’ai posé deux semaines, et tout le temps de préparation et de restitution a été fait en plus, sur mon temps personnel.

Au retour, on nous demande aussi de témoigner. C’est essentiel pour montrer l’intérêt de ce type d’engagement, ce que cela apporte aux ONG, mais aussi ce que cela change dans notre métier. »

5. Un retour d’expérience qui inspire et fédère

« C’est vrai que cela a suscité beaucoup d’intérêt en interne : j’ai eu énormément de retours de collègues, de Bordeaux, Toulouse, Nantes ou Rennes, qui voulaient comprendre comment cela s’était passé. On m’a posé des questions sur la méthodologie, les difficultés rencontrées, l’organisation… Cela a vraiment éveillé des envies.

Ce que j’ai constaté aussi, c’est que les valeurs que j’ai mises en pratique sur place – communication, apprentissage, cohésion d’équipe, vision partagée – sont exactement celles dont nous avons besoin dans l’entreprise. Finalement, les compétences développées dans une mission de Congé Solidaire® résonnent directement avec le quotidien professionnel.

Pour moi, cette mission a confirmé l’importance de travailler en équipe, de transmettre et de donner du sens à ce que l’on fait. C’était une aventure humaine et professionnelle extrêmement enrichissante, et je suis prêt à repartir. »

Le Mois du volontariat d’entreprise par Planète Urgence

Depuis quatre ans, chaque année au mois d’octobre, l’ONG Planète Urgence valorise le volontariat d’entreprise en mettant en avant le Congé Solidaire®, un dispositif d’engagement efficace au service de la solidarité internationale. Créé il y a 20 ans par l’association Planète Urgence, ce dispositif de volontariat financé par les entreprises, permet aux salariés de s’engager sur une mission de courte durée (2 semaines) sur leur temps de congés, en France ou à l’international. Association du groupe SOS, Planète Urgence est une ONG de solidarité internationale et d’aide au développement reconnue d’utilité publique. À travers ses dispositifs de volontariat et de renforcement de compétences, ses actions de sensibilisation et ses projets de préservation des forêts, elle entend permettre à chacune et chacun d’être davantage acteur de son développement et de celui de sa communauté. Planète Urgence agit en direct via ses équipes de terrain dans les trois grands bassins forestiers tropicaux mondiaux – l’Amazonie, le bassin du Congo, le bassin du Bornéo Mékong – là où la déforestation est la plus vive, la biodiversité la plus exceptionnelle et les vulnérabilités humaines les plus fortes. Elle s’appuie également sur la mobilisation et l’engagement des citoyens, et notamment des salariés via le Congé Solidaire.

Jean Dumesnil © DR 

Volontaire dans un archipel tunisien, Maël rebondit après un décrochage scolaire

Un pêcheur de retour au port sur l’île de Kerkennah © Skander Zarrad / Wikimédia Commons

À 19 ans, Maël Mezzour a trouvé dans le service civique international une façon de rebondir après un parcours scolaire hésitant. Parti en mission sur l’archipel de Kerkennah, en Tunisie, il raconte comment ce volontariat dans la préservation des écosystèmes lui a permis de redonner du sens à son engagement, de reprendre confiance et d’envisager l’avenir autrement.

À l’approche de ses 19 ans, Maël Mezzour a choisi de mettre entre parenthèses ses études pour partir en mission de service civique en Tunisie, sur l’archipel de Kerkennah. Né d’une mère française et d’un père marocain, il a grandi entre Arles et Marseille. Après le bac, le moment de choisir une voie sur Parcoursup est problématique pour lui. Il tente d’abord une prépa littéraire au lycée militaire d’Aix-en-Provence, mais l’expérience tourne court : au bout d’une semaine, il quitte un univers qui n’est pas le sien. Cap ensuite sur une licence d’anthropologie, sans plus de succès.

En janvier 2025, un mois passé au Maroc avec son père lui permet de souffler et de réfléchir. À son retour, il prend une décision : partir en volontariat. Voyager, s’engager dans un projet concret, donner du sens à sa vie dans cette période incertaine. En avril, il rejoint l’association Kantara, qui agit pour la préservation de l’environnement à Kerkennah. Une manière de se recentrer, mais aussi de se confronter à une autre réalité, loin des hésitations de ses années lycée.

Pourquoi avoir choisi de partir en mission de volontariat international en Tunisie?

Je ne voulais pas rester sans rien faire trop longtemps pendant ma pause d’études. J’avais besoin de bouger, de ne pas juste passer du temps à attendre. J’avais aussi envie de voyager seul, de vivre une vraie expérience à moi, et le Service civique international me permettait ça. En plus, il y avait une indemnité́, donc je pouvais le faire sans trop stresser pour l’argent.

C’était aussi l’occasion de découvrir un domaine qui m’attirait, celui de la nature, pour tester et voir si ça me plaisait vraiment. Et puis, vivre dans un pays maghrébin, c’était quelque chose que j’avais toujours eu envie de faire, pas juste y passer des vacances comme j’en avais l’habitude, mais m’y installer un minimum, m’imprégner du quotidien.

Maël est accueilli par Kantara, une association locale qui vise à préserver l’environnement de Kerkennah et à développer une conscience écologique auprès de la population, surtout les jeunes © France Volontaires

Ta mission est de participer à la préservation des écosystèmes marins : peux-tu nous en parler plus concrètement ?

Ma mission a la particularité d’être assez large, dans le sens où je n’ai pas une seule tâche fixe qui m’est attribuée, mais j’ai plutôt pour mission de participer à la vie de la structure et à la dynamique de préservation des écosystèmes marins sur l’archipel. Mon organisme d’accueil principal, c’est Kantara, une association locale qui vise à préserver l’environnement de Kerkennah et à développer une conscience écologique auprès de la population, surtout les jeunes. Par exemple, on a récemment organisé un camping d’été pour enfants, où nous, les jeunes volontaires, étions en soutien de l’organisation.

À côté de ça, je suis aussi impliqué avec l’association Kraten, qui s’occupe de la cogestion de l’aire marine et côtière protégée des îlots Nord de Kerkennah. Leur but, c’est la préservation de l’écosystème et le soutien aux communautés locales. Avec eux, je participe à des actions de sensibilisation, mais aussi parfois à des activités de recherche scientifique en lien avec le milieu marin.

C’est donc une mission très variée, avec des activités qui changent beaucoup. Ça peut être un peu déroutant au début, mais personnellement, c’est justement ce côté polyvalent qui m’a plu dès le départ.

Peux-tu nous parler de ton expérience de vie en Tunisie ?

Dès les premiers instants, j’ai apprécié le mode de vie en Tunisie. Il m’a semblé bien plus humain, notamment parce qu’il est beaucoup moins planifié et plus spontané.

Mais ce qui rend l’expérience vraiment unique, ce sont les Tunisiens eux-mêmes. Leur accueil est chaleureux, ils ouvrent les bras et n’hésitent jamais à aider en cas de besoin. Ce qui est frappant, c’est cette facilité à engager la conversation, à parler de tout et de rien, même avec des inconnus. Les barrières sociales sont bien moins marquées, et ça crée un sentiment de proximité et de partage très agréable.

© Yesmine Z. / Wikimedia

A quelles difficultés as-tu fait face ?

Ce qui a été le plus difficile pour moi au début, c’était d’accepter que je n’allais pas tout faire parfaitement dès le départ. J’avais cette pression de vouloir être à la hauteur de l’opportunité qu’on m’avait donnée, comme s’il fallait absolument que tout soit impeccable.Puis, j’ai réalisé que ce n’était pas ce qu’on attendait de moi. Ce qu’on me demandait vraiment, c’était d’être volontaire, engagé, et, d’être de bonne humeur si possible.

Dans le même esprit, un autre défi a été d’apprendre à dire “non” parfois. Quand on a envie d’aider tout le monde, c’est difficile de refuser. Mais on se rend vite compte qu’on ne peut pas tout faire, et qu’il faut apprendre à gérer son temps et poser des limites pour rester efficace et ne pas s’épuiser.

Qu’est-ce qui t’as rendu fier ?

C’est une question compliquée, parce qu’en mission, on ne prend pas vraiment le temps de réfléchir à ça, on est surtout dans l’instant présent. Mais si je prends un peu de recul, je dirais que ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir pris la décision de partir et de tout recommencer le plus tôt possible. Ce n’est pas forcément une décision « logique », surtout quand on pense à ce que la société nous pousse à faire : finir ses études, obtenir son diplôme, assurer un certain confort, une stabilité, avant éventuellement de penser à faire ce genre de mission.

Mais moi, je ne voulais pas me lancer dans des années d’études pour peut-être finir par réaliser que ce n’était pas fait pour moi. Je savais que j’étais perdu, et je sentais que continuer dans cette voie-là n’allait rien arranger. Donc oui, je suis fier, dans un sens, d’avoir su m’écouter, de ne pas m’être obstiné dans un parcours qui ne m’aurait probablement pas rendu heureux.

J’ai eu la chance d’avoir des parents très compréhensifs et surtout, d’avoir eu cette opportunité du service civique international qui est tombée au bon moment. Dans un autre contexte, avec moins de soutien ou sans cette possibilité, je ne sais pas si j’aurais pu prendre cette décision-là

« Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir pris la décision de partir et de tout recommencer le plus tôt possible. Ce n’est pas forcément une décision « logique », surtout quand on pense à ce que la société nous pousse à faire : finir ses études, obtenir son diplôme, assurer un certain confort »

Quelles compétences as-tu pu développer ?

Je dirais que j’ai d’abord développé des compétences assez concrètes, comme le nettoyage de vélos et un peu de bricolage. Ensuite, il y a aussi tout ce qui touche à l’organisation : gérer de grands groupes, que ce soit pour des sorties ou des événements avec les enfants, faire en sorte que chacun participe et passe un bon moment.

Et puis, de manière plus générale, j’ai appris à être polyvalent. À répondre à un besoin, même quand ce n’était pas forcément un domaine dans lequel je me sentais à l’aise au départ. J’ai compris que l’essentiel, c’est de faire de son mieux, d’être utile, et de ne pas avoir peur de se lancer pour aider.

À mon retour, j’aimerais continuer dans le domaine de l’environnement. J’ai été accepté dans plusieurs BTS Gestion et Protection de l’Environnement, c’est la formation qui m’attire le plus en ce moment. Maintenant, j’attends de voir quels établissements pourront me prendre en octobre.

Quel conseil donnerais-tu à un ami qui hésite à partir en mission ?

Si tu hésites, prends un moment pour réfléchir à ce que tu veux apprendre et vivre. Le Service Civique à l’international c’est une opportunité de te rendre utile, de te découvrir autrement, de rencontrer des personnes de tous horizons, et de te confronter à des réalités que tu ne verrais peut-être pas autrement. Tu n’as rien à perdre, mais beaucoup à gagner !

© France Volontaires

Le volontariat, une alternative pour les jeunes en décrochage scolaire

En France, le taux de décrochage scolaire — c’est-à-dire le pourcentage de jeunes de 18 à 24 ans qui quittent le système éducatif sans diplôme ni formation — est d’environ 7,6 %. Cela représente environ 100 000 jeunes chaque année concernés, sans qualification officiellement reconnue.  Lorsqu’arrive le moment de s’inscrire dans l’enseignement supérieur via Parcoursup, beaucoup d’entre eux se retrouvent en difficulté : dossier peu valorisé, absence de repères clairs, réorientation mal perçue. Certaines formations restent inaccessibles pour les bacheliers non linéaires ou pour ceux dont les notes ne correspondent pas aux attentes.

Que faire si l’on ne poursuit pas immédiatement d’études ?  Le volontariat, et notamment le service civique interntional, apparaît comme une voie possible : ouvert dès 18 ans, sans condition de diplôme, il permet de s’engager pour 6 à 12 mois, dans des missions très variées, tout en étant indemnisé. Une façon de reconquérir de la confiance de soi, de développer des compétences, et parfois de créer un pont vers de nouvelles orientations professionnelles.

Une Maison des Arts pour sceller trente ans de coopération Nantes–Rufisque

La toute nouvelle Maison des Arts de Rufisque, au Sénégal © lequotidien.sn

Depuis plus de trente ans, les villes de Nantes et de Rufisque (Sénégal) construisent une coopération décentralisée fondée sur la réciprocité, l’échange de savoirs et l’engagement citoyen. Au cœur de ce partenariat : la jeunesse, la culture et l’éducation populaire. Julianne Meheust et Marie-Claire Thiakane, volontaires en mission croisée, incarnent cette dynamique durable, renforcée en 2025 par l’inauguration de la Maison des Arts de Rufisque.

C’est une coopération parmi les plus anciennes entre une ville française et une collectivité d’Afrique de l’Ouest. Depuis 1992, Nantes et Rufisque, ville portuaire de la banlieue de Dakar, tissent des liens autour de projets concrets dans les domaines de l’éducation, de la culture, de l’environnement ou encore de la jeunesse. En plus de trente ans, ce partenariat décentralisé a permis la mise en œuvre de nombreuses actions de terrain, allant de l’appui à l’éducation à la formation des jeunes professionnels, en passant par des échanges culturels, des projets artistiques ou des chantiers de solidarité.

Parmi les réalisations les plus emblématiques : le jumelage des CEMÉA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) des deux territoires, des résidences d’artistes entre Nantes et Rufisque, ou encore la structuration d’une politique locale de gestion des déchets à Rufisque, avec un appui technique nantais. En juin 2025, un nouveau jalon est posé avec l’inauguration de la Maison des Arts de Rufisque, un espace dédié à la création, à la formation et à la valorisation des talents locaux, cofinancé par les deux municipalités et fruit d’un long processus de concertation entre acteurs culturels, associatifs et institutionnels.

C’est dans ce contexte que deux jeunes femmes s’engagent en volontariat de solidarité internationale croisé, avec le soutien de Solidarité Laïque : Julianne, Nantaise, effectue sa mission à Rufisque, tandis que Marie-Claire, originaire de Rufisque, est accueillie à Nantes. Toutes deux portent des projets complémentaires liés à la coopération, à la structuration du tissu associatif et à la valorisation de l’expression artistique. Leur témoignage illustre ce que peut produire, au quotidien, une coopération décentralisée fondée sur la réciprocité et la co-construction.

Quelle est votre mission à chacune ?

Marie-Claire : Je suis chargée d’appui à la coopération décentralisée Rufisque-Nantes. Je réalise notamment une cartographie des acteurs associatifs de la région impliqués dans cette coopération. Je dois évaluer leurs besoins et leurs attentes, et mettre en place des cadres d’échange entre eux et la ville de Nantes. Je suis un peu le « trait d’union » entre les deux. Au sein des CEMÉA, je mène des animations interculturelles et des activités de sensibilisation et de plaidoyer sur les enjeux écologiques, notamment autour de la justice climatique.
Ces activités s’inscrivent dans la continuité de mon expérience associative à Rufisque, où j’ai travaillé dans la gestion de projets durables.

Julianne : Ma mission est avant tout centrée sur le projet de la Maison des Arts de Rufisque. Après son inauguration officielle, un moment fort de ma mission, je participe maintenant à la rédaction du projet d’établissement. Je m’appuie pour cela sur une cartographie des acteurs culturels associatifs de Rufisque. C’est aussi ce qui fait le lien entre nos deux missions. Une fois le projet validé, nous pourrons nous pencher sur les questions de gouvernance, de fonctionnement et de gestion de la Maison des Arts.
Au niveau des CEMÉA, je joue aussi un rôle de pont : je tente de créer du lien entre les acteurs culturels, artistiques et associatifs pour que leurs actions convergent vers des initiatives collectives, notamment autour de la Maison des Arts, plutôt que de rester isolées et éparpillées.

Marie-Claire Thiakane et Julianne Meheust © France Volontaires

Pourquoi s’engager dans le volontariat international ?

M.-C. : C’est une chance pour moi de découvrir un autre pays, une autre ville, de m’ouvrir au monde, mais aussi de comprendre un peu plus le fonctionnement de cette coopération dont j’avais déjà entendu parler au cours de mes expériences passées. Je voulais m’engager pleinement dedans

J. : Lors de mon premier volontariat, j’avais déjà noué des contacts avec le milieu culturel. La façon dont l’écosystème culturel sénégalais fonctionne, « tous ensemble », avec une direction commune, me plait énormément. Et puis, je voulais rester au Sénégal et commencer à m’engager dans le domaine culturel. Le principe de réciprocité m’a aussi beaucoup attirée.

M.-C. : C’est vrai que la réciprocité est très importante dans cette mission et dans la coopération. Cela permet de mutualiser nos compétences et de rompre avec une posture descendante héritée du passé, où seuls des volontaires du Nord étaient envoyés. Les jeunes des pays partenaires ont, eux aussi, des savoir-faire et des expériences à partager.

"La réciprocité est très importante dans cette mission et dans la coopération. Cela permet de mutualiser nos compétences et de rompre avec une posture descendante héritée du passé"

Marie-Claire Thiakane, volontaire de solidarité internationale

Une première impression à partager sur votre arrivée dans votre pays d’accueil ? Quelque chose qui vous a surprises ?

M.-C. : J’avais beaucoup d’appréhensions, notamment concernant le racisme en France et l’accueil que je recevrais, en comparaison avec la culture de la teranga au Sénégal, où l’hospitalité est très ancrée. Mais j’ai été agréablement surprise. L’accueil à Nantes a été chaleureux, et la ville est aussi belle qu’impressionnante

J.: Moi, c’est plus sur Rufisque. Je suis très contente d’être en dehors de Dakar, c’est vraiment une autre culture. Les gens sont très francs, on apprend beaucoup sur soi, notamment à ne pas tout prendre personnellement. Je trouve que ce sont un peu les « Corses du Sénégal ».

Des difficultés rencontrées ?

J. : Étant originaire de la campagne, c’est surtout la pollution de l’air qui me dérange. J’ai toujours un peu de mal à m’y habituer.

M.-C. : Le froid, surtout au début ! Une anecdote me revient : deux jours après mon arrivée, en décembre, je n’étais pas encore habituée à porter des chaussures fermées. En voyant le soleil le matin, j’ai mis des sandales, pensant que ça irait… J’ai vraiment souffert du froid en allant aux CEMÉA. Une fois arrivée, ma référente Isabelle a été très surprise, et elle est immédiatement partie chez elle pour me ramener une paire de chaussures plus adaptées, bien que j’en avais chez moi. Ce geste m’a profondément marquée, c’était très humain.

"Lors de mon premier volontariat, j’avais déjà noué des contacts avec le milieu culturel. La façon dont l’écosystème culturel sénégalais fonctionne, « tous ensemble », avec une direction commune, me plaît énormément"

Julianne Meheust, volontaire de solidarité internationale

Qu’est-ce que vous apporte cette expérience de volontariat international ?

M.-C. : Au regard de ce que cela m’apporte en termes d’apprentissage, de formation, de compétences acquises, je serais prête à me réengager dans le volontariat ou à poursuivre mon engagement dans les domaines de la jeunesse, de la culture ou de l’environnement.
J’ai par exemple initié un projet de podcast intitulé La voix des jeunes pour le climat, dans le cadre du programme Jeunes explorateurs porté par la Mission jeunesse de la Ville de Nantes. Ce podcast donne la parole à des jeunes de Rufisque, Sfax (Tunisie) et Nantes, qui partagent leurs points de vue sur les inégalités climatiques et la justice environnementale. Cette expérience m’a beaucoup marquée et m’a donné envie de poursuivre ce projet, et de le faire plus souvent avec des publics jeunes.

J. : Le volontariat m’ouvre un vaste réseau grâce à ma mission impliquant des acteurs associatifs et institutionnels. Cela m’a permis de comprendre en très peu de temps comment cet écosystème sénégalais fonctionne.
Le volontariat permet aussi de rencontrer de nombreux autres volontaires, de pays et d’âges différents, qui partagent une ouverture d’esprit et des aspirations similaires.

La coopération entre les villes de Nantes et Rufisque : une longue histoire

Initiée en 1992 par feu Mbaye Jacques Diop (alors maire de Rufisque) et Jean-Marc Ayrault (alors maire de Nantes), la coopération entre les deux villes repose sur de multiples leviers culturels et politiques : échanges de jeunes Sénégalais et Français, projets communs entre associations, rencontres entre acteurs culturels, notamment dans le domaine du cinéma, et cofinancements, comme pour la Maison des Arts.

Bio express

Depuis décembre 2024, Julianne, Nantaise et Franco-Allemande, réalise son deuxième volontariat de solidarité internationale auprès de la ville de Rufisque et des CEMÉA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) de Rufisque, après une première mission au Sénégal avec l’association SOS Sahel. Marie-Claire, originaire de Rufisque, effectue quant à elle son premier volontariat auprès de la ville de Nantes et des CEMÉA Pays de la Loire / antenne de Nantes, après des études dans le domaine des industries culturelles et créatives.
Julianne Meheust et Marie-Claire Thiakane
Volontaires de solidarité internationale

La Maison des Arts de Rufisque vient compléter l’offre d’équipements culturels de la région, au côté du Grand Théâtre national de Dakar. © France Volontaires