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Francophonie : « Sreyyen est un trait d’union entre la France et le Cambodge »

Paul Rondin, directeur de la Cité internationale de la langue française, en compagnie de Sreyyen Huot, volontaire de solidarité internationale cambodgienne. © France Volontaires

À la Cité internationale de la langue française, l’engagement de Sreyyen Huot, volontaire de solidarité internationale cambodgienne, dépasse le cadre d’une expérience individuelle : sa présence est un moteur d’échanges, d’ouverture au monde et de rayonnement pour toute la structure. Paul Rondin, le directeur de l’établissement, nous a ouvert les portes de ce bâtiment d’exception avant de revenir pour nous sur les enjeux et les opportunités que représente le volontariat international d’échange et de solidarité. Rencontre.

Dix heures du matin à Villers-Cotterêts, le soleil illumine les façades magnifiquement restaurées du château niché aux abords de la forêt de Retz. Cette bâtisse majestueuse, déjà chère au cœur de François 1er, a marqué l’histoire de la langue française, notamment grâce à l’ordonnance de 1539 par laquelle le français est devenu la langue officielle du droit et de l’administration. Aujourd’hui, ce lieu emblématique abrite la Cité internationale de la langue française. A mi-chemin entre espace culturel et lieu de vie, il fait vivre un trésor immatériel partagé par 396 millions de personnes dans le monde : la langue française.

L’objectif du lieu ? Répondre aux enjeux culturels, sociaux et politiques portés par la langue française à l’échelle internationale, en privilégiant une approche créative et participative. Résolument ouverte sur le monde depuis son inauguration en 2023, la Cité a accueilli près de 500 professionnels en résidence. Écrivains, chercheurs, artistes y mènent des projets sur la langue française et présentent leurs créations dans les espaces de diffusion de la Cité. Côté public, la scénographie dynamique et les dispositifs numériques permettent de visiter l’immatérialité de la langue française, pour le bonheur des quelques 500 000 visiteurs qui ont déjà profité des 1200m2 de parcours de visite.

Au quotidien, près de trente personnes œuvrent chaque jour au déploiement des projets et au rayonnement de la Cité, parmi lesquels une recrue particulière : Sreyyen Huot, jeune cambodgienne en mission de volontariat de solidarité internationale, portée par La Guilde dans le cadre du programme Volontaires Unis pour la Francophonie. Paul Rondin, directeur des lieux, nous explique en quoi sa présence  est précieuse pour l’établissement.

Pourquoi avoir choisi d’accueillir une volontaire cambodgienne, et qu’est-ce que cela change, au quotidien, pour la Cité internationale de la langue française ?

Paul Rondin : Avant toute chose, il est important de rappeler que la Cité est un établissement récent, et que nous sommes en train d’inventer un modèle puisqu’il n’existe aucune structure de ce type dans le monde. Si le musée de la langue portugaise à São Paulo s’en rapproche en permettant de visiter l’immatérialité d’une langue, la Cité se démarque en étant un véritable lieu de vie, de travail et d’échange. Ce n’est pas un musée. 

L’accueil d’une volontaire internationale s’est donc imposé assez naturellement car nous avons identifié très rapidement la cohérence de cette démarche. Bien sûr, nous recrutons avant tout sur des compétences, pas sur une nationalité. Mais, dans ce cas précis, le fait qu’il s’agisse d’une volontaire cambodgienne renforçait encore le sens du projet puisque cette mission s’inscrit dans un contexte plus large. La Cité a accueilli une partie du Sommet de la Francophonie en France, et le suivant doit se tenir au Cambodge.  Il nous a semblé très fort, symboliquement, que la volontaire puisse incarner un lien entre ces deux sommets. Mais ce n’est pas qu’un symbole. Cela permet de travailler concrètement sur des projets communs, et Sreyyen est un trait d’union entre la France et le Cambodge, en amont du sommet.

Sreyyen, dans l’une des salles de la Cité internationale de la langue française © France Volontaires

Au-delà de cet aspect, la démarche reflète notre vision de la Francophonie. Il est important de rappeler que la France n’est qu’un pays parmi d’autres dans l’espace francophone. D’ailleurs, le nom même du lieu – qui mentionne le caractère international de la cité avant la notion de langue française, illustre cette dynamique internationale. Le fait que le prochain sommet se déroule au Cambodge est important, et notre travail consiste aussi à inscrire cette dynamique dans la durée. Ici, nous voulons faire vivre la francophonie au quotidien, de manière concrète, joyeuse et durable.

Qu’est-ce que le regard d’une volontaire venue du Cambodge change dans votre manière de travailler ou de penser vos projets ?

Au-delà des projets, la présence de Sreyyen a un impact direct sur les équipes puisqu’elle y est quotidiennement intégrée. Elle apporte un regard différent, soulève des questions que nous ne nous posons pas forcément. Rien n’est plus stimulant que les questions ! Ce volontariat est une forme de confrontation, toujours positive, qui fait avancer. Cette richesse interculturelle offerte par la présence de Sreyyen nous évite de nous enfermer dans une seule manière de faire, de laisser s’installer des habitudes.

Dans une structure encore récente, cet apport est particulièrement précieux. La Cité existe depuis peu et c’est précisément le moment où il faut éviter toute forme de sclérose. La pire chose qu’on puisse me dire ? « La Cité va pourvoir trouver son rythme de croisière ». La présence de Sreyyen nous permet de ne pas nous endormir et nous oblige à ajuster nos pratiques, à bouger, à trouver une cohérence dans cet environnement de cosmogonie.

« La Cité est en train d’inventer un modèle, puisqu’il n’existe aucune structure de ce type dans le monde »

Paul Rondin, directeur de l’établissement culturel

Quel rôle peut jouer une volontaire cambodgienne dans la préparation du prochain Sommet de la Francophonie, qui aura lieu à l'automne à Phnom Penh ?

Sreyyen est à la croisée de l’ensemble de nos projets internationaux. Concrètement, elle intervient sur des tâches opérationnelles, comme la préparation de démarches administratives mais aussi sur des missions plus stratégiques. Elle est en appui de différents services, sur des projets variés. Cela lui permet d’avoir une vision globale et de contribuer à plusieurs niveaux.

Elle joue également un rôle clé dans la préparation du Sommet de la Francophonie au Cambodge. Nous travaillons sur l’idée d’un miroir entre ce qui se fera au Cambodge et ce que nous organiserons ici, en France. Son analyse est précieuse pour nous orienter sur ce qui est pertinent, ce qui ne l’est pas, ce que nous devrions explorer.

Le parcours permanent de la Cité, interactif et ludique, offre une immersion au cœur de la langue française. © France Volontaires

Même si nous disposons de beaucoup de contact sur place, sa connaissance fine du contexte cambodgien est un atout majeur, presque un luxe ! Pouvoir, à tout moment, s’appuyer sur quelqu’un qui connaît le terrain, les acteurs, les références culturelles, c’est extrêmement précieux.

Trois mois après l’arrivée de Sreyyen, comment évaluez-vous l’impact de sa mission de VSI ?

Il est encore trop tôt pour établir une évaluation formalisée et nous n’avons pas encore défini de critères précis. Il a d’abord fallu nous organiser en interne. La jeunesse de la structure joue un rôle important. Les projets sont transversaux, impliquent plusieurs services, et il a fallu trouver la bonne place pour Sreyyen dans une organisation qui évolue encore beaucoup.

Une évaluation est toutefois prévue, dans les deux sens. Nous évaluerons sa mission, mais nous lui demanderons aussi de nous évaluer. Son regard est précieux, justement parce qu’elle découvre la structure.

Est-ce que cette première expérience vous donne envie de développer davantage l’accueil de volontaires internationaux dans les années à venir ?

Si le démarrage de la mission a révélé certaines difficultés, notamment sur le plan logistique, le bilan est déjà très positif. Spontanément, oui, nous souhaiterions renouveler l’expérience ! La présence d’un volontaire international est perçue comme un levier structurant. Cela permet un pas de côté, une ouverture permanente. C’est quelque chose dont nous avons besoin. Il faudra mieux préparer l’accueil, ajuster les missions, anticiper davantage. Mais le principe, lui, est très solide.

© France Volontaires

Le Collège international, un projet structurant en construction

Inauguré le 17 septembre 2025, le Collège international de Villers-Cotterêts répond à un besoin identifié à l’échelle mondiale : structurer une ressource commune pour accompagner la transmission du français. « Il manquait, quelque part dans le monde, une ressource technique internationale pour accompagner la transmission du français », souligne Paul Rondin.

Pensé comme un livrable du XIXe Sommet de la Francophonie, le dispositif s’adresse à un large éventail d’acteurs — enseignants, formateurs, traducteurs et interprètes — et s’organise en trois filières complémentaires. Coordonné par la Cité internationale de la langue française, il repose sur un partenariat entre plusieurs institutions de la Francophonie.

« Le projet est international par essence, puisqu’il est à l’œuvre dans tout le monde francophone. Il n’a pas vocation à être uniquement basé à la Cité. Nous pouvons accueillir des cohortes ici, mais aussi dans d’autres pays, comme à Djibouti. La Cité en est le coordinateur, pas l’unique hôte, ce qui n’aurait d’ailleurs pas beaucoup de sens !», insiste Paul Rondin.

Dans cette dynamique, Sreyyen  contribue à la préparation logistique et au déploiement du projet, tout en étant impliquée plus largement dans les actions internationales de la Cité. Sa position transversale, au contact de plusieurs équipes, en fait un appui opérationnel mais aussi un point de liaison entre les différents chantiers en cours.

Île Maurice : une volontaire explore des alternatives naturelles contre les termites

À l’île Maurice, Naomi Grimaud mène des expérimentations au croisement de la botanique et de l’entomologie. Sa mission : analyser les propriétés chimiques de feuilles de manguiers et tester leurs effets sur des termites arboricoles. Une mission de terrain et de laboratoire qui pourrait contribuer, à terme, au développement de biocides naturels, en alternative aux insecticides chimiques aujourd’hui largement utilisés dans les zones tropicales.

Actuellement en mission à l’île Maurice, Naomi Grimaud est engagée comme volontaire de solidarité internationale sur un projet porté par l’Observatoire régional de la lutte anti-termite (ORLAT), basé à La Réunion. Accueillie au Jardin botanique Sir Seewoosagur Ramgoolam de Pamplemousses, fondé au XVIIIe siècle, elle partage son temps entre collectes sur le terrain et expérimentations en laboratoire, en lien étroit avec la faculté d’agriculture de l’Université de Maurice. L’objectif est d’identifier d’éventuels effets répulsifs ou toxiques de certaines plantes, et de poser les bases scientifiques nécessaires au développement de solutions naturelles de lutte contre ces ravageurs, particulièrement présents dans les environnements tropicaux.

En quoi consiste ta mission au sein du Jardin botanique ?

Ma mission consiste à récolter des feuilles de différentes variétés de manguiers pour en extraire les composés chimiques, afin de les tester sur des termites arboricoles et d’observer leur comportement. Le but est de savoir si ces extraits ont un effet sur les termites, lequel, et de donner une base pour de futures recherches pour trouver s’il s’agit d’un composé chimique en particulier ou s’il s’agit d’une synergie de composés chimiques qui ont un effet sur les termites.

Les différentes espèces de feuilles de manguiers qui font l’objet de l’étude de Naomi. © Naomi Grimaud

Que signifie concrètement le développement d’un biocide naturel ?

Concrètement, développer un biocide naturel, c’est trouver une substance naturelle ou un composé actif présent dans la nature, et en faire un produit visant à éliminer ou contrôler un ravageur (insecte, microbe, champignon, etc.) grâce à un diluant inerte.

A quels enjeux environnementaux répond ce projet ?

D’un point de vue environnemental, ce projet est important puisque les insecticides chimiques actuels sont en réalité assez néfastes pour la biodiversité et pour nous- mêmes à cause de leurs effets secondaires, et que beaucoup d’insectes ravageurs commencent à développer une certaine résistance face à ces produits. Développer un biocide naturel permettra de mieux protéger notre biodiversité et offrir une alternative plus écologique, surtout avec l’interdiction montante des insecticides chimiques actuels.

"Beaucoup d’insectes ravageurs commencent à développer une certaine résistance face à ces produits. Développer un biocide naturel permettrait de mieux protéger notre biodiversité et offrir une alternative plus écologique"

À quoi ressemble une journée type sur ta mission ?

Il n’y a pas réellement de journée type, tout dépend des tâches que j’ai à faire. Parfois je n’ai que de la rédaction à faire, à d’autres moments j’ai des extractions à faire et/ou des récoltes sur plusieurs jours. Parfois, j’ai aidé à récolter les mangues au jardin pour identifier les différentes variétés présentes, ou participer à la rédaction d’un article sur la pharmacopée traditionnelle entre La Réunion et l’île Maurice.

Qu’est-ce que cette mission t’a appris sur la recherche appliquée et le travail de terrain ?

Ayant voulu faire de la recherche appliquée avant, cette mission m’a permis enfin de pouvoir avoir un pied dedans, et de réellement être dans le bain. J’avais déjà pu avoir une idée de la recherche appliquée grâce à mes profs de master, mais là, je peux facilement réaliser moi-même tout le processus, sans avoir à m’inquiéter de toute la partie financière et administrative, ce qui constitue quand même une très grosse partie. En ce qui concerne le travail de terrain, j’ai plusieurs fois eu l’occasion d’expérimenter cela pendant mon cursus universitaire, notamment grâce aux stages, mais c’est la première fois que je manipule des insectes vivants.

Que t’apporte cette expérience, au-delà des compétences techniques ?

Au-delà des compétences techniques, j’ai acquis une nouvelle expérience de vie. J’ai pu découvrir de nouveaux aspects de ma personnalité et également mieux me connaître lors des périodes de doute, où le moral était bas, et où la vie était dure avec l’éloignement de la famille. Même si Maurice est juste à côté de La Réunion, l’éloignement constitue quand même un pincement au cœur. Ça me permet également de faire plus de choses que je n’osais pas faire seule à La Réunion et d’être plus indépendante. Je trouve que c’est une occasion pour pouvoir me réinventer un peu et essayer de comprendre un peu plus qui je suis. J’ai également pu avoir un nouvel aperçu de la vie en communauté, ayant vécu à l’internat durant mes années prépa, et vivant en colocation ici à Maurice. D’un point de vue professionnel, j’ai pu découvrir réellement le monde du travail en tant que collègue et non stagiaire, et faire des rencontres avec des personnes très intéressantes et remplies de savoir. SI je devais résumer cette expérience en trois mots, je dirais : résilience, nouveauté et aventure.

Les partenaires du projet

Ce projet est cofinancé par la Région Réunion et l’Union européenne dans le cadre du programme INTERREG VI Océan Indien dont l’autorité de gestion est la Région Réunion. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme PROVEGTER, consacré à la protection du bâti tropical par les végétaux face aux termites. Dans ce contexte, elle collabore également à distance avec un second volontaire basé en Inde, impliqué sur ce même programme au sein du Centre for Plant Protection Studies de l’université agricole du Tamil Nadu.

Bio express

Naomi Grimaud, 25 ans, est originaire de Grand-Fond, dans les hauteurs de Saint-Leu, à La Réunion. Après un baccalauréat scientifique, elle suit deux années de classe préparatoire en physique-chimie, avant de poursuivre avec une licence 3 puis un master en chimie biodiversité. À l’issue de ses études, elle choisit de s’éloigner temporairement de ce domaine et s’engage en service civique avec Unis-Cité, dans le champ de l’environnement. Cette expérience, marquée par la diversité des missions, lui permet de développer un intérêt affirmé pour la médiation scientifique, notamment à travers des actions menées avec l’association Ékopéï.
Naomi Grimaud
Volontaire de solidarité internationale

En Bolivie, la lutherie baroque à la croisée des chemins

Le luthier Jean-Yves Tanguy a formé une dizaine de luthiers boliviens à la fabrication et à la réparation d’instruments. © Jean-Yves Tanguy

Dans la Chiquitanie, en Bolivie, un patrimoine musical unique continue de vivre, hérité des missions jésuites du XVIIIe siècle. Pendant deux semaines, le luthier français Jean-Yves Tanguy s’est immergé dans cet univers singulier pour former des artisans locaux dans le cadre d’une mission de volontariat d’échanges et de compétences.

Dans un atelier improvisé de Santa Cruz, quelques tables, des outils rudimentaires et des morceaux de bois : c’est ici que Jean-Yves Tanguy, luthier installé à Caen depuis plus de quarante ans, a posé ses valises au début du mois de mars dernier avec le violoniste et chef d’orchestre Julien Chauvin. Enjeu ? Poursuivre une histoire vieille de trois siècles. Celle du « baroque missionnaire », ce style né de la rencontre entre la tradition musicale européenne et les cultures indigènes dans la région de la Chiquitanie, à l’est de la Bolivie.

Sa mission : former une dizaine de luthiers boliviens à la fabrication et à la réparation d’instruments, dans le cadre d’un projet piloté par l’Asociación Pro Arte y Cultura (APAC), qui œuvre pour préserver ce patrimoine exceptionnel. « Je ne connaissais ni la Bolivie, ni la réalité de terrain. J’ai découvert un univers à part, avec des conditions de travail très éloignées de ce que l’on connaît en Europe », confie-t-il.

Des gestes anciens toujours vivants

Sur les établis, les instruments en cours de fabrication révèlent une pratique  ancienne. Les outils sont simples, parfois détournés de leur usage initial. Mais les gestes, eux, s’inscrivent dans une réelle continuité historique: « Les techniques, les bois, les façons de faire n’ont quasiment pas changé. On retrouve des modes de construction très anciens, parfois antérieurs même à ceux que nous utilisons aujourd’hui en Europe », observe Jean-Yves Tanguy.

La technique du moule, l’un des piliers de la lutherie européenne de Crémone (un artisanat réputé de cette région italienne depuis le XVIe siècle), arrivé en Bolivie à la fin du XXe, cohabite avec des méthodes plus anciennes, transmises localement. Un héritage hybride, que le luthier retrouve jusque dans les collections du musée de San Javier (l’une des missions jésuites de la région), où violons et autres instruments exposés ressemblent trait pour trait à ceux fabriqués aujourd’hui.

En Bolivie, la technique du moule, l’un des piliers de la lutherie européenne de Crémone, cohabite avec des méthodes plus anciennes. © Jean-Yves Tanguy

Pour Percy Añez Castedo, président de l’APAC, cette continuité est précieuse : « Les stagiaires de Jean-Yves sont sur la bonne voie, ils ont du talent, ils peuvent s’en sortir. La musique et ces savoir-faire offrent une véritable lueur d’espoir pour ces communautés parfois fragilisées. » Car derrière la transmission technique, se joue aussi un enjeu social. Dans des territoires marqués par de profondes inégalités, les projets culturels constituent parfois une alternative concrète : « Des questions comme les addictions ou certaines maladies sont des problèmes structurels ici. La musique permet d’ouvrir d’autres perspectives », souligne-t-il.

Transmettre et préserver l'héritage culturel

La mission s’est poursuivie à Urubichá, après plusieurs heures de piste quotidienne. Là encore, les conditions sont parfois un peu précaires : peu d’outillage, peu de matériaux, et surtout un manque de références techniques. Face à cela, Jean-Yves Tanguy a adapté son approche. Plutôt que d’imposer des standards européens, il a travaillé sur les réglages des instruments existants, pour améliorer leur qualité sonore et leur jouabilité.

« On a beaucoup échangé, mais sans pouvoir vraiment fabriquer selon les méthodes européennes. Alors on s’est concentrés sur ce qui pouvait être utile immédiatement aux musiciens », explique-t-il. L’un des points les plus frappants reste l’absence de fabrication et d’entretien des archets. « Les musiciens m’ont apporté des archets dans de très mauvais états d’usage. J’ai fait une dizaine de reméchages, et ça a permis de transmettre ce savoir-faire », raconte-t-il.

« Est-ce qu’on doit uniformiser les pratiques pour répondre aux standards internationaux, ou préserver cette lutherie telle qu’elle existe ici ? »

Jean-Yves Tanguy, luthier

Ces échanges ont aussi révélé des talents locaux prometteurs, comme celui de Sebastián Orelyai, dont les instruments « présentent une exigence et une qualité étonnantes ». Au fil des jours, une question s’impose à Jean-Yves Tanguy, sans qu’il ne trouve de réponse évidente : « Est-ce qu’on doit uniformiser les pratiques pour répondre aux standards internationaux, ou préserver cette lutherie telle qu’elle existe ici ? ».

Pour Percy Añez Castedo, la réponse tient peut-être dans cet équilibre : « Il y a une fusion entre l’indigène et l’européen, un métissage harmonieux. C’est cela que nous appelons aujourd’hui le baroque missionnaire. »

Les partenaires de la mission

Cette mission a été financée par l’ambassade de France en Bolivie (via le Fonds Équipe France) et portée sur place par le Groupement Éducation sans Frontières (GREF), membre de la plateforme France Volontaires.

Francophonie : un volontaire engagé à l’Institut français d’Égypte

Un concert organisé dans le cadre de la première « Nuit du ramadan », au Caire, avec des artistes francophones venant de plusieurs pays membres de l’OIF (Grèce, Liban, France, Égypte). © Institut français d’Égypte

Au terme du Mois de la francophonie en Égypte, marqué par une programmation riche et collective, Alexandre Godineau revient sur son engagement au Caire. Volontaire dans le cadre du programme « Volontaires unis pour la francophonie », il contribue à animer un réseau d’acteurs mobilisés pour dynamiser l’image et les usages de la langue française.

Alors que s’achève en Égypte le Mois de la francophonie 2026, le pays a vibré pendant plusieurs semaines au rythme d’une programmation dense. Conférences, projections, concours d’éloquence, hackathon sur l’intelligence artificielle, événements culturels ou encore rencontres professionnelles : plus de 25 rendez-vous ont été organisés dans plusieurs gouvernorats, mobilisant ambassades, institutions académiques et acteurs culturels.

Au cœur de cette dynamique, des volontaires internationaux contribuent à faire vivre la francophonie au quotidien. C’est le cas d’Alexandre Godineau, engagé au Caire dans le cadre du programme Volontaires unis pour la francophonie (V-Francophonie) de France Volontaires, et en mission à l’Institut français d’Égypte. Il revient sur son rôle, les enjeux de la francophonie dans le pays et les perspectives ouvertes par ce mois de mobilisation.

En quoi consiste votre mission francophonie en Égypte ?

Je suis chargé de la promotion de la francophonie, une mission assez transversale, qui recouvre différentes actions.

La première consiste à piloter et coordonner le GAF, le Groupe des ambassadeurs et ambassadrices francophones. Il s’agit du réseau des ambassades des pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie en Égypte. C’est d’ailleurs l’un des plus importants au monde, dans la mesure où l’Égypte constitue un centre diplomatique international majeur. Ce réseau regroupe environ une trentaine d’ambassades.

Nous organisons des réunions mensuelles afin de coordonner des actions communes de promotion de la francophonie, notamment à travers l’organisation d’événements, la communication et la mise en réseau des acteurs.

Cela implique un dialogue constant, à la fois avec les ambassades et entre elles, afin de créer des dynamiques collectives autour de la francophonie. Nous travaillons également avec de nombreuses institutions partenaires : l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), le ministère des Affaires étrangères égyptien, la Bibliotheca Alexandrina, ainsi qu’un large éventail d’acteurs académiques.

 

Alexandre Godineau est volontaire de solidarité internationale à l’Institut français du Caire, en charge de la promotion de la francophonie. © France Volontaires

Comment les établissements d’enseignement du français sont-ils associés ?

Les établissements du réseau d’enseignement français homologué, les établissements labellisés, mais aussi des instituts nationaux proposant le français comme langue vivante participent à des événements dans des domaines variés.

La programmation du Mois de la francophonie s’inscrit dans cette dynamique. Elle est le fruit de plusieurs mois de concertation et d’échanges entre ces différents partenaires, depuis mon arrivée en octobre.

Quelle est aujourd’hui la place du français en Égypte ?

On estime qu’il y a environ trois millions de locuteurs francophones en Égypte. Ce chiffre est significatif, même s’il reste relativement modeste au regard de la population totale.

Plus largement, le français – et les langues étrangères autres que l’anglais – peuvent être perçus comme élitistes dans le monde arabe. Le français, en particulier, est parfois associé à des générations plus anciennes, ce qui peut lui donner une image un peu datée.

Le français est une langue historiquement bien implantée en Égypte, en raison des liens anciens entre les deux pays, notamment depuis l’expédition de Napoléon. Cet héritage se retrouve encore aujourd’hui dans l’espace urbain, avec des noms de rues ou certains quartiers marqués par cette histoire.

Plus récemment, le français occupe également une place importante dans les politiques éducatives. L’ouverture prochaine du nouveau campus de l’Université Senghor, institution francophone qui accueille de nombreux étudiants africains, en est un exemple concret.

L’Égypte, qui se positionne comme une puissance régionale, a donc intérêt à renforcer son ancrage dans l’espace francophone, notamment à l’échelle du continent africain. Cette dynamique se traduit par un engagement réel en faveur de la langue française. C’est en tout cas la perception que j’en ai sur le terrain.

"Le français occupe une place importante dans les politiques éducatives. L’ouverture prochaine du nouveau campus de l’Université Senghor, institution francophone qui accueille de nombreux étudiants africains, en est un exemple concret."

C’est ce qui explique l’intérêt d’organiser un Mois de la francophonie en Égypte ?

Effectivement, dans ce contexte, l’enjeu du Mois de la francophonie est de valoriser la francophonie au-delà de la seule dimension linguistique. Il s’agit de la présenter comme un espace de dialogue, mais aussi comme un espace d’opportunités.

La programmation met ainsi en avant les dimensions universitaire, académique et professionnelle de la francophonie. Un cycle de conférences a notamment été organisé pour valoriser les perspectives qu’elle offre, que ce soit en Afrique de l’Ouest, au Canada, en France, en Belgique ou en Suisse.

L’objectif est de proposer une vision renouvelée de la francophonie, en montrant qu’elle ne se limite pas à une langue liée à la France, mais qu’elle constitue un espace partagé par de nombreux pays.

Comment percevez-vous la dynamique de la francophonie dans le pays ?

Au-delà des politiques publiques, on observe l’existence d’un réseau d’acteurs très dense, au Caire mais aussi dans d’autres grandes villes comme Alexandrie ou Port-Saïd. Ces acteurs sont fortement mobilisés pour promouvoir la francophonie, ce qui est plutôt encourageant pour l’avenir.

La programmation du Mois de la francophonie en témoigne : elle se déploie dans plusieurs gouvernorats et comprend plus de 25 événements. Cela montre que la francophonie est bien vivante en Égypte, même si un travail de fond reste nécessaire pour moderniser son image et la rendre plus attractive auprès des jeunes générations.

Remise des prix après la finale du tournoi Esport entre joueurs et commentateurs francophones, le 17 mars dernier. © Institut français d’Égypte

De Sciences Po Lille au bassin du Congo pour faire entendre la voix des populations autochtones

© Edouard Tamba / Unsplash​

Dans le nord de la République du Congo, Laure Moncuit s’est engagée il y a quelques semaines dans le cadre du programme Volontaires pour la préservation des forêts (V-Forêts) de France Volontaires. Au sein de l’ONG Initiative Développement, elle accompagne plusieurs projets visant à renforcer la participation des populations autochtones aux dynamiques locales de développement.

À 25 ans, Laure Moncuit a choisi de quitter le siège d’Initiative Développement, à Poitiers, pour rejoindre le nord de la République du Congo. Dans cette région du Bassin du Congo où vivent de nombreuses communautés autochtones, son engagement s’inscrit dans un enjeu central : permettre à ces populations, longtemps marginalisées dans les politiques de développement, de faire entendre leur voix et de participer pleinement aux décisions qui concernent leurs territoires et leurs ressources.

Déployée dans le cadre du programme Volontaires pour la préservation des forêts (V-Forêts) de France Volontaires, sa mission l’a amenée à travailler au plus près des communautés locales, au croisement de la protection des forêts et de la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

D’étudiante à Lille aux forêts du Bassin du Congo en tant que volontaire

Diplômée d’un master Paix, Action humanitaire et Développement à Sciences Po Lille, Laure découvre l’univers des ONG à travers un stage au siège d’Initiative développement, à Poitiers. Elle y travaille sur la thématique « Climat, Énergie, Forêt » et se forme aux rouages de la gestion de projets, à la recherche de financements et à la coordination technique. Très vite pourtant, quelque chose lui manque : « Je trouvais frustrant de lire des rapports sans comprendre réellement comment les activités étaient mises en place », confie-t-elle.

Cette envie de passer de la théorie à la pratique la pousse vers le Volontariat de solidarité internationale. Lorsque l’opportunité de candidater au programme V-Forêts lui est proposée, elle n’hésite pas : même ONG, mêmes valeurs, mais sous un tout autre angle, avec de nouvelles perspectives.

 © DR

Basée à Ouesso, dans le Nord du pays à la frontière camerounaise, elle sillonne régulièrement la région. Les premières semaines sont intenses. Les coupures d’électricité, la faible connexion, les longues missions en zones enclavées… autant de défis qu’elle apprend rapidement à apprivoiser.  « Finalement, je n’étais jamais vraiment isolée » modère-t-elle. « On est toujours entouré de personnes qui sont prêtes à aider. »

Le terrain comme lieu d'apprentissage

Ce rapport humain, immédiat et direct, devient un moteur dans sa manière d’aborder le terrain et d’accompagner les équipes. En tant que « chargée d’appui autochtonie », Laure intervient sur trois projets phares d’Initiative Développement dans le Nord du Congo : Conservation inclusive de la biodiversité et des écosystèmes par les communautés locales (CIBEL), Nguenguissa, qui vise à renforcer le pouvoir d’agir des Baakas, un peuple autochtone de la région, et enfin Elongo, qui a pour vocation de contribuer à la structuration des organisations regroupant des populations vulnérables (femmes, jeunes, autochtones). Ces projets ont un point commun essentiel : améliorer la participation des communautés autochtones et bantoues au développement local.

Dans le district d’Enyellé, où 70 % de la population est autochtone, elle découvre des dynamiques sociales complexes. « L’enjeu est de travailler sur le vivre-ensemble pour permettre l’inclusion de tous dans les dynamiques locales », explique-t-elle. Elle appuie la planification, le suivi-évaluation, l’animation de formations et la production d’outils. Mais elle contribue aussi à enrichir l’expertise d’Initiative Développement sur l’autochtonie, un domaine encore peu exploré et pourtant central dans le contexte congolais.

Initiation au Makoundza, un jeu aquatique réservé aux femmes, lors de la Journée internationale des droits des femmes.  © DR

Laure insiste : l’impact du volontariat est avant tout collectif. Mais elle perçoit clairement sa contribution au renforcement des communautés accompagnées. Un exemple la marque particulièrement : l’appui à la création d’un Comité de gestion et de développement communautaire à Enyellé. « La participation de personnes autrefois exclues des processus de développement local montre que notre travail porte ses fruits », souligne-t-elle. Ces avancées concrètes rendent tangible le sens de son engagement.

Parmi les nombreux souvenirs de mission, l’un occupe une place à part. Lors de la Journée internationale des droits des femmes, des compétitions de sports traditionnels sont organisées par une association locale. Laure est invitée à participer au Makoundza, ce jeu aquatique réservé aux femmes, où la musique se crée par les mouvements de l’eau. « Je n’ai pas réussi à faire de la musique, seulement du bruit, ce qui a beaucoup fait rire. Mais partager ce moment dans la rivière, entourée de femmes bantoues et autochtones, reste l’un de mes plus beaux souvenirs au Congo. »

À ceux qui hésitent à s’engager, Laure envoie un message clair : « Le premier pas est le plus difficile, mais ceux d’après valent tellement le coup. Cette expérience m’a transformée. Je ne regretterai jamais de m’être lancée. »

Bassin du Congo : un patrimoine naturel et humain d’exception

Le bassin du Congo abrite l’un des plus vastes ensembles de forêts tropicales continues encore présents sur la planète : il constitue le deuxième plus grand massif de forêt humide au monde, juste derrière l’Amazonie.

Cet immense territoire se caractérise par une grande diversité de paysages : forêts denses, savanes, zones marécageuses, réseaux de rivières et forêts régulièrement inondées composent un écosystème d’une richesse remarquable. La région accueille près de 10 000 espèces de plantes tropicales, dont environ 30 % sont endémiques. Elle sert également d’habitat à de nombreuses espèces emblématiques et menacées, comme l’éléphant de forêt, les chimpanzés, les bonobos ou encore les gorilles des plaines et de montagne. Au total, plus de 400 espèces de mammifères, près de 1 000 espèces d’oiseaux et environ 700 espèces de poissons vivent dans cet espace naturel exceptionnel.

Mais le bassin du Congo n’est pas seulement un réservoir de biodiversité : il constitue aussi un territoire habité depuis des millénaires. Depuis plus de 50 000 ans, ses ressources assurent la subsistance de plus de 75 millions de personnes en leur fournissant nourriture, eau et abri. Près de 150 groupes ethniques différents y vivent aujourd’hui. Parmi eux figurent les Ba’Aka, souvent considérés comme les représentants les plus connus d’un mode de vie ancestral de chasseurs-cueilleurs, dont les pratiques et l’équilibre social restent profondément liés à la forêt.

Source : wwf.fr

En mission à Paris, une enseignante cambodgienne fait vivre la francophonie entre les deux pays

Le dispositif dont bénéficie Darika vise à renforcer les compétences linguistiques, pédagogiques et interculturelles de ces enseignants à travers une expérience de terrain dans des structures éducatives françaises. © France Volontaires

Dans les bureaux de l’association Solidarité Laïque, à Paris, Darika Soeurn, enseignante de français langue étrangère au Cambodge, effectue depuis l’automne une mission de volontariat de solidarité internationale. Celle-ci s’inscrit dans le cadre d’un programme visant à renforcer les liens éducatifs entre les deux pays, alors que le Sommet de la Francophonie 2026 aura lieu à Phnom Penh en novembre prochain.

Dans les locaux de Solidarité Laïque, dans le 13e arrondissement de Paris, Darika Soeurn s’installe derrière son ordinateur. Sur son bureau, quelques feuilles annotées, un carnet où elle note de nouvelles expressions françaises, et une tasse de café rappellent le rythme ordinaire d’une journée de travail. Concentrée, elle relit un document avant d’échanger avec un collègue sur un projet en cours.

Depuis l’automne 2025, cette enseignante cambodgienne de français langue étrangère a quitté sa province de Kampong Cham (à une centaine de kilomètres de la capitale) pour une mission de volontariat d’un an en France. Comme quatre autres professeurs Cambodgiens qui ont été affectés dans divers structures associatives à Lille, Rouen, Caen et Paris, elle participe à un programme qui vise à la promotion de la pratique du français, à l’approche du Sommet de la Francophonie qui se tiendra en novembre 2026 dans son pays d’origine, à Phnom Penh.

Le volontariat pour observer et apprendre de nouvelles pratiques éducatives

Ce dispositif vise en effet à renforcer les compétences linguistiques, pédagogiques et interculturelles de ces enseignants à travers une expérience de terrain dans des structures éducatives françaises.

À Paris, Darika a rejoint l’équipe de Solidarité Laïque, où elle travaille sur des projets liés à l’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale : « Concrètement, je participe à des projets liés à la citoyenneté et à la mobilité internationale, notamment avec des partenaires au Cambodge », explique-t-elle. « Mon rôle est aussi de faire le lien entre les équipes ici et les partenaires là-bas pour construire des missions qui répondent aux besoins des structures d’accueil. »

Au fil des semaines, la volontaire découvre un univers professionnel différent de celui qu’elle connaissait dans son pays. Dans son bureau, elle travaille avec plusieurs collègues impliqués dans la coordination de projets éducatifs, le volontariat ou encore la conception d’outils pédagogiques

Darika Soeurn dans les bureaux de Solidarité Laïque, à Paris, où elle effectue une mission de solidarité internatonale d’une durée d’un an depuis l’automne 2025. © France Volontaires

Une partie de son travail consiste à comprendre comment se construisent les projets menés par l’association. « Honnêtement, c’est un peu comme reprendre des études », sourit-elle. « Les méthodes de travail sont différentes de celles que je connaissais au Cambodge. Mais cela me permet de mieux comprendre comment fonctionnent les programmes de volontariat, du côté de l’accueil comme de l’envoi. »

Au quotidien, les échanges avec l’équipe jouent un rôle essentiel. « J’ai été accueillie dans une ambiance très chaleureuse. Mes collègues m’encouragent beaucoup et me montrent comment organiser un projet ou accompagner des jeunes dans leurs initiatives. »

Cette immersion lui permet également de découvrir concrètement les pratiques de l’éducation populaire en France. Elle a ainsi participé à une formation au BAFA, le brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur, et visité un centre de loisirs. « Pour moi, c’était très inspirant », raconte-t-elle. « J’ai pu voir différentes activités proposées aux enfants et la manière dont les animateurs travaillent avec eux. Cela me donne des idées de projets que je pourrais imaginer chez moi au Cambodge. »

Le volontariat au service de la francophonie

Au-delà de l’apprentissage professionnel, la mission est aussi une expérience personnelle forte. Arrivée en France depuis quelques mois seulement, Darika découvre progressivement la vie quotidienne et la culture du pays. Dans les locaux de l’association, des affiches et des photos de projets éducatifs tapissent les murs. Entre deux réunions, elle note soigneusement de nouvelles expressions françaises dans son carnet.

« Chaque jour, j’apprends de nouveaux mots ou de nouvelles façons de dire les choses », confie-t-elle. Les moments partagés avec ses collègues ont également marqué ses premiers mois en France. « Au début, tout était nouveau pour moi. Par exemple, j’ai découvert les fêtes de Noël ici. Nous avons mangé de la raclette ensemble. Ce sont des moments qui m’ont permis de mieux comprendre la culture française. »

"J’ai pu voir différentes activités proposées aux enfants et la manière dont les animateurs travaillent avec eux. Cela me donne des idées de projets que je pourrais imaginer chez moi au Cambodge."

Darika Soeurn, volontaire de solidarité internationale

Elle a aussi profité de quelques déplacements liés à sa mission pour découvrir d’autres régions. Lors d’une formation en Bretagne, elle a pu retrouver une ancienne volontaire et passer les fêtes de fin d’année à Rennes, avant de visiter Saint-Malo. Si le Cambodge lui manque parfois, la jeune enseignante insiste surtout sur l’importance des liens qu’elle a tissés depuis son arrivée : « Ici, je ne suis pas seule. J’ai des collègues et des amis qui m’entourent beaucoup. »

Dans quelques mois, Darika rentrera au Cambodge. L’occasion de transmettre à ses élèves et collègues enseignants ce qu’elle aura appris en France. « Cette expérience me donne envie d’imaginer des projets similaires dans mon village », conclut-elle.

Darika Soeurn est originaire de la province de Kampong Cham, à une centaine de kilomètres à l’est de Phnom Penh, la capitale. © Ryan Chan / Unsplash

Le projet Promotion du français dans la perspective du Sommet de la Francophonie 2026

Lancé à l’automne dernier à l’initiative de l’Ambassade pour une durée de deux ans, il est mis en œuvre par France Volontaires Cambodge, en collaboration avec le ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports du Cambodge.

 

 

Volontaire dans la Caraïbe, Florence aide à structurer les partenariats et les projets régionaux

L’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO) est une organisation intergouvernementale qui œuvre au renforcement de l’intégration régionale dans la zone. © Rick Jamison / Unsplash

Au sein de l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO), Florence Messoah contribue à structurer et rendre plus lisible l’écosystème de coopération, notamment à travers la création d’une plateforme de données dédiée aux partenaires. Une mission qui lui permet aussi de participer, au quotidien, aux dynamiques de coopération et d’intégration régionale dans la zone.

Après un premier volontariat en Service Civique à l’international au sein de l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO) entre 2023 et 2024, Florence Messoah, 25 ans, a choisi de repartir en 2025, cette fois-ci en s’engageant en tant que volontaire de solidarité internationale (VSI) au sein de la même organisation. Dans la continuité de son Service Civique, sa mission consiste à créer une base de données afin de rendre plus lisible tout l’écosystème du département de la coopération et de la mobilisation des ressources externes de l’institution.

Appuyer, coordonner, faire le lien

Ainsi, lors de son Service Civique, Florence a commencé par rassembler l’ensemble des données. Elle a ainsi identifié et recensé les partenaires, les projets et les financements. Son VSI lui a ensuite permis de mieux comprendre sa fonction au sein du projet Aujourd’hui, le projet arrive à son aboutissement : « On passe de l’Excel à la réalité », s’amuse-t-elle, alors que le projet a été officiellement lancé le 8 janvier dernier. C’est désormais une plateforme opérationnelle prenant la forme d’un outil pilote amené à évoluer, à être alimenter en permanence.

En dehors de cette mission, Florence intervient aussi en appui des autres unités, notamment lorsqu’il faut rechercher de nouveaux partenariats ou identifier des opportunités de coopération. Elle contribue également à l’écriture de certains accords ainsi qu’à la logistique pour l’organisation d’événements, comme lors d’une conférence régionale réunissant différents acteurs de la Caraïbe autour de thématiques environnementales, sociales et de développement durable. Elle fait aussi le lien avec les autres unités de l’OECO, en participant à des réunions avec des partenaires extérieurs et en jouant un rôle d’intermédiaire entre ces partenaires et les unités techniques, notamment lorsque d’autres États sollicitent l’institution pour la mise à disposition de fonds. Enfin, elle participe à la rédaction de notes d’information et de briefs pour la direction générale de l’OECO, comme lors de l’Assemblée générale des Nations unies.

Florence Messoah, Naomi Lacides Jeanlys, également volontaire de solidarité internationale et Mendy Kilo, chargé de coopération de la Région Guadeloupe à l’OECO. © DR

Pour Florence, les grands enjeux de la coopération dans la Caraïbe sont très concrets et se ressentent directement sur les territoires : « Les politiques migratoires des États-Unis ont des impacts en chaîne sur les personnes autour de moi, par exemple : elles freinent les mobilités, compliquent les rapprochements familiaux et réduisent certaines possibilités d’évolution ».

Les grands enjeux de la coopération caribéenne

Autre problématique : les sargasses. « Il existe une multitude de projets autour de cette algue toxique », explique Florence, « mais jusqu’à présent, il manque encore une solution vraiment opérationnelle, faute de données suffisamment consolidées et, souvent, de financements adaptés pour aller au bout de démarches viables. » Enfin, elle évoque aussi l’enjeu clé de la connectivité entre les territoires : « Il y a peu de liaisons directes entre les îles et, quand elles existent, elles restent trop chères, ce qui limite les échanges et la coopération au quotidien »

Dans ce contexte, elle estime important que toutes les îles francophones « prennent le train en marche» et soient pleinement présentes dans les dynamiques régionales.

« Il faut mieux mettre en lumière les projets qui se construisent ici, rendre visible ce que la coopération produit concrètement et intégrer davantage la population à cette dynamique »

Florence Messoah, volontaire de solidarité internationale

Plus tard, Florence aimerait justement travailler sur les politiques d’intégration régionale : « Malheureusement, l’OECO reste encore peu connue sur nos territoires » constate Florence. « En général, les gens ne connaissent pas bien l’organisation, ou alors ils ne comprennent pas ce que la Guadeloupe et la Martinique font. » C’est l’une des raisons pour lesquelles elle aimerait justement travailler sur les politiques d’intégration régionale, en particulier sur une présence accrue de la Guadeloupe et de la Martinique, avec une participation qui se traduise par des résultats tangibles, visibles et mesurables. Florence insiste : « C’est un point essentiel. Il faut mieux mettre en lumière les projets qui s’y construisent, rendre visible ce que la coopération produit concrètement et intégrer davantage la population à cette dynamique. Et cela commence simplement par l’informer, pour que chacun puisse comprendre les enjeux, les opportunités et les retombées possibles au niveau local. »

En ce sens, le parcours de Florence s’inscrit pleinement dans la logique du projet VIES Caraïbes : créer des ponts concrets entre les territoires, renforcer les coopérations existantes et donner une place active aux jeunes dans ces dynamiques régionales.

 

Le parcours académique de Florence Messoah a débuté avec une double licence en droit et langues étrangères appliquées, du droit européen, une spécialisation transfrontalière et territoriale, puis un master. Elle a ensuite réalisé un stage au secrétariat conjoint Interreg Caraïbe, avant un stage de fin d’études en tant que chargée de projet européen à la Région Occitanie.© DR 

L’OECO, qu’est-ce que c’est ?

L’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO) est une organisation intergouvernementale qui œuvre au renforcement de l’intégration régionale dans la zone. Ce principe d’intégration repose sur la coopération entre pays proches géographiquement ou partageant des réalités économiques, culturelles ou environnementales communes, afin de répondre ensemble à certains défis. Il peut s’agir, par exemple, de faciliter les échanges, de mutualiser des ressources ou de coordonner des politiques publiques.

L’OECO rassemble aujourd’hui douze États et territoires de la région. Parmi eux, sept pays dits « protocolaires » — Antigua-et-Barbuda, la Dominique, la Grenade, Montserrat, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie et Saint-Vincent-et-les-Grenadines — bénéficient d’un dispositif de libre circulation. Leurs citoyens peuvent voyager et s’installer dans les autres États membres en présentant simplement une pièce d’identité valide, comme un passeport ou une carte nationale.

Madagascar : un incubateur social accompagne les femmes entrepreneures

A la fin de l’année 2026, l’incubateur se fixe l’objectif d’avoir accompagné 120 entrepreneurs, dont 70 % de femmes. © Madagascar Entreprise Développement (MED)

Dans le centre de Madagascar, le projet MAMOA a été lancé pour soutenir des femmes entrepreneures tout en agissant sur les freins sociaux et économiques qui limitent leur activité. Sur le terrain, ce dispositif mobilise notamment des équipes locales et des volontaires de solidarité internationale, comme Lucie. Interview.

Le projet MAMOA a été mis en œuvre dans trois régions du centre de Madagascar depuis décembre 2024. Parmi ses objectifs : renforcer les capacités de 40 structures d’accompagnement des femmes entrepreneures et proposer des formations ainsi qu’un appui social à plus de 1 500 entrepreneures.

Dans la région Haute Matsiatra, un incubateur social soutient les initiatives locales, et des actions de sensibilisation à l’entrepreneuriat sont menées dans les zones rurales. C’est ici que Lucie effectue sa mission de volontariat auprès de Madagascar Entreprise Développement (MED) depuis novembre 2025 et pour une durée de douze mois. A l’approche de la  Journée internationale des droits des femmes,  elle nous explique comment ce projet participe à l’émancipation économique des femmes de la région.

Quelle est la spécificité de ta mission à Madagascar ?

Ma mission se déroule dans la ville de Fianarantsoa, situé à environ 400 km de la capitale et atteignable en 12h de route.  Je travaille au sein d’un incubateur social qui a été créé dans le cadre du projet MAMOA, financé par l’Agence française de développement et mis en œuvre par l’IECD et Madagascar Entreprise Développement, son partenaire local. Ce projet se déploie sur trois régions différentes, dont la région Haute Matsiatra, dans laquelle se trouve Fianarantsoa.

Nous sommes une petite équipe de sept personnes, parmi lesquels des formateurs à l’entreprenariat et une travailleuse sociale qui gère la permanence sociale.

La particularité de cet incubateur est son volet social qui n’existe dans aucune autre région du projet. Le concept est de s’appuyer sur l’entrepreneuriat pour évoquer avec les femmes des thématiques sociales et, petit à petit, contribuer à lever les freins qu’elles peuvent rencontrer dans le cadre de leur activité.

Concrètement, comment se déroule cet accompagnement social ?

MED propose une formation à la fois sur des compétences techniques mais aussi sur des compétences non techniques, appelées compétences vie qui favorisent par exemple la confiance en soi, l’estime de soi, la prise de décision, la prise de parole en public, etc. Nous dispensons une formation complète sur six semaines, suivie d’une phase de suivi-accompagnement pendant un an, où les formateurs assurent des missions terrain et suivent l’évolution de chaque entrepreneur.

En parallèle de ce parcours de formation lié à l’entrepreneuriat, les bénéficiaires ont accès à une permanence sociale qui propose entre autres une cellule d’écoute. Des sessions de sensibilisation et des ateliers de réflexion sont également organisés régulièrement sur des thématiques spécifiques pertinentes par rapport aux besoins des entrepreneurs, en lien avec nos partenaires de l’écosystème local.

La logique d’intervention du projet repose sur l’articulation entre entrepreneuriat et social. Le social apporte une autre dimension à l’entrepreneuriat, et inversement.

Fianarantsoa, à environ 400 kilomètres au sud de la capitale Tananarive, abrite un incubateur social qui soutient les initiatives des entrepreneures locales. © HoneyGale / Wiki

Quel est le public de ce programme ?

On a des promotions constituées d’une quinzaine de personnes en moyenne. Comme c’est un projet de promotion de l’entrepreneuriat féminin, on a plus de 70 % de nos bénéficiaires qui sont des femmes. Au terme de l’année, en 2026, on aura formé et accompagné 120 entrepreneurs, dont 70 % de femmes.

"Les profils sont très variés. Les personnes que l’on accompagne ont déjà un pied dans l’entrepreneuriat. Au sein de l’incubateur, on accompagne celles qui ont déjà commencé et qui ont déjà une idée de ce que c’est qu’entreprendre."

Quels types de projets entrepreneuriaux accompagnez-vous ?

Il y a par exemplaire une de nos bénéficiaires qui fait du produit vaisselle, une autre qui produit des huiles essentielles et qui a développé son activité en faisant des massages. On a plusieurs entrepreneures qui travaillent sur la chaîne alimentaire en transformant des produits. Typiquement, elles peuvent faire des gâteaux à base de soja ou des jus naturels. Il y a aussi des activités de broderie ou de création de produits artisanaux typiques qu’on peut trouver à Madagascar.

Les profils sont très variés. Les personnes que l’on accompagne ont déjà un pied dans l’entrepreneuriat. Au sein de l’incubateur, on accompagne celles qui ont déjà commencé et qui ont déjà une idée de ce que c’est qu’entreprendre.

Et quel retour font les bénéficiaires par rapport à ces dispositifs ?

Le retour est plutôt positif. Lorsqu’on fait le suivi, on ressent une satisfaction par rapport à l’accompagnement, aux conseils donnés et aux activités que l’on développe pour les bénéficiaires.

Concrètement, on a une participation assez importante aux activités que l’on met en place. Cela confirme que cela répond à une demande et à un besoin d’être accompagnées à la fois sur l’aspect entrepreneurial et sur l’aspect social.

© 2Photos-Pots/Unsplash

Les partenaires du projet MAMOA

Le projet MAMOA a fait l’objet le 17 décembre 2024 d’une convention entre l’Agence française de développement (AFD) et le consortium d’ONG IECD-Initiative International. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme ITOVIA, piloté par l’Economic Development Board of Madagascar (l’agence nationale de promotion des investissements à Madagascar). Le programme est financé par une subvention de l’AFD à hauteur de 4,8 millions d’euros et a bénéficié en 2025 du soutien de l’Union européenne dans le cadre du programme ACTE.

Le volontariat de solidarité internationale de Lucie s’inscrit dans le cadre du programme Volontaires unis pour la Francophonie de France Volontaires,  financé par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et mis en œuvre en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). C’est l’association la Guilde qui porte cette mission. 

La structure d'accueil

Créé en 1988 à l’initiative d’entrepreneurs et d’universitaires, l’Institut Européen de Coopération et de Développement (IECD) intervient d’abord à Madagascar et au Liban en 1989, puis au Cameroun en 1992, avant d’étendre progressivement ses actions à l’Afrique subsaharienne, au Proche-Orient, à l’Amérique latine et à l’Asie du Sud-Est. L’organisation agit principalement dans les domaines de l’éducation et de la formation professionnelle, qu’elle considère comme des leviers essentiels du développement économique et humain. Elle développe aussi des programmes d’appui à l’insertion des jeunes, notamment dans l’agriculture, l’hôtellerie-restauration, l’industrie ou la santé. Parallèlement, l’IECD soutient les petites entreprises et mène des actions en faveur de l’accès à l’éducation et aux soins pour les populations vulnérables. Sa mission est reconnue d’utilité publique depuis 2010.

En Amazonie équatorienne, une volontaire au service d’un projet agroécologique autochtone

© France Volontaires

À Campo Cocha, en Amazonie équatorienne, un jardin pas comme les autres prend forme. Porté par les femmes de la communauté et soutenu par plusieurs partenaires, ce projet de “chakra circulaire” mêle agroécologie, sécurité alimentaire et valorisation des ressources locales. Une initiative de terrain appuyée par les volontaires de solidarité internationale du programme V-Amazonie.

Tena, porte d’entrée de l’Amazonie équatorienne, abrite la communauté de Campo Cocha. C’est ici que se développe un projet de chakra : un jardin traditionnel des peuples kichwas d’Amazonie mêlant sécurité alimentaire, protection de l’environnement et dynamiques communautaires. Cet espace est en effet cultivé en agroécologie, fondé sur la diversité des espèces, les savoirs ancestraux et une gestion fine des équilibres forestiers. À la fois lieu de production alimentaire, de transmission culturelle et de préservation de la biodiversité, il constitue un modèle agricole résilient face aux dérèglements climatiques.

C’est autour de ce projet d’une surface de trois hectares, et soutenu par le Fonds Équipe France, que s’est tenue une visite de terrain à Tena par l’ambassade de France et des représentants de France Volontaires, en décembre 2025.

Un projet agroécologique au cœur de l’Amazonie équatorienne

Au cœur de cette initiative se trouve l’association des femmes de Campo Cocha, Cuya Warmis, les « femmes de la calebasse » en kichwa, en référence à un symbole de fertilité et de transmission. Lors de cette visite, ces mamitas, terme d’usage local désignant les femmes aînées de la communauté, ont présenté avec fierté la partie de la chakra dont chacune a la charge et la manière dont elles en assurent le bon fonctionnement, en s’appuyant sur la transmission de savoirs issus de leur culture. Cette chakra circulaire vise également à développer des activités productives innovantes, comme la culture de champignons amazoniens ou l’élevage de chontacuros, les larves comestibles du palmier chonta riches en protéines.

Maria Gabriela Zurita Benavides (Université Ikiam), son équipe, et les femmes de l’association Cuya Warmis détaillent le projet en présence d’Esteban Lasso, directeur pays de World Vision Équateur, Margot Rhazzane, attachée de coopération technique à l’Ambassade de France en Équateur, et Élise Lambin, VSI coordinatrice Équateur du programme V-Amazonie. © France Volontaires

Mylène Potrel, volontaire de solidarité internationale au sein de Green Sanctuaries, a été envoyée sur place dans le cadre du programme V-Amazonie par la Délégation Catholique pour la Coopération (DCC). Ingénieure en biologie industrielle, elle souhaitait s’engager dans une expérience ancrée dans le terrain et l’action collective : « J’avais envie de quelque chose de plus concret, de plus opérationnel, mais toujours lié à l’environnement. »

Une volontaire, véritable maillon entre les acteurs et le territoire

Au sein de la communauté de Campo Cocha, elle accompagne les initiatives portées par l’association des femmes autour de la chakra circulaire, tout en travaillant sur la valorisation des productions locales : « Une partie des plantes sert à nourrir la communauté, et l’autre pourrait permettre de générer des revenus. Mon rôle, c’est de réfléchir à comment transformer ces matières premières pour leur donner de la valeur ajoutée, par exemple créer du chocolat ou travailler des produits avec des plantes locales peu connues. »

Mylène participe également à la protection de la forêt primaire attenante au territoire communautaire : « Je suis un peu les yeux de Green Sanctuaries sur le terrain », s’amuse-t-elle. Comme les équipes sont à distance, elle est là pour comprendre comment les projets fonctionnent concrètement, comment vit la communauté, quelles sont les contraintes du quotidien.

Mylène Portel (en bas à gauche), volontaire de solidarité internationale, accompagnée par les femmes de Cuya Warmis, de Campo Cocha © France Volontaires

À travers cette mission, le volontariat de solidarité internationale apparaît comme un levier au service de coopérations territorialisées fondées sur l’ancrage local, la réciprocité et la co-construction.

En Équateur, 25 % des missions de volontariat français se déroulent dans les territoires de l’Amazonie équatorienne, contribuant à la préservation de l’environnement, du patrimoine culturel et naturel, ainsi qu’à la promotion du développement durable.

Le volontariat international comme levier de coopération dans le domaine de l'environnement

Particulièrement dans le cadre du programme V-Amazonie, il permet de soutenir des initiatives portées par les communautés amazoniennes et de faciliter les échanges entre acteurs locaux, nationaux et internationaux. France Volontaires accompagne ainsi des missions conçues à partir des besoins exprimés par les partenaires.

Pour Mylène, cette posture se traduit par une attention constante aux réalités du terrain : « Être sur place, ça permet de voir les problèmes concrets, comme l’accès à l’eau par exemple, et d’adapter les projets en conséquence. »

Cette visite de terrain a ainsi mis en lumière non seulement un projet structurant de la communauté de Campo Cocha, mais aussi la place singulière du volontariat dans ces dynamiques de coopération, à la croisée des acteurs, des savoirs et des engagements.

Les partenaires du projet

Le projet repose sur une coopération entre l’ONG Green Sanctuaries, qui assure l’appui technique et environnemental avec l’Université équatorienne Ikiam (partenaire scientifique) et l’ONG World Vision Ecuador, en charge de l’accompagnement communautaire et des formations. Dans ce cadre, France Volontaires soutient Green Sanctuaries à travers le programme V-Amazonie, en permettant l’accueil d’une Volontaire de Solidarité Internationale qui contribue aux différents projets de l’organisation, notamment celui-ci.

Dans les lycées agricoles, des volontaires venus d’ailleurs élargissent les horizons

© Tim Mossholder /Unsplash

Alors que s’ouvre le Salon de l’agriculture de Paris avec la Côte d’Ivoire comme invitée d’honneur, la coopération internationale s’invite aussi dans les établissements d’enseignement agricole. Venus d’Afrique de l’Ouest, d’Amérique latine ou d’Asie, de nombreux volontaires participent à des projets pédagogiques et techniques, apportant un regard neuf sur les pratiques agricoles, les méthodes de travail et les échanges interculturels.

« Il faut savoir que dans l’enseignement agricole, il y a une forte tradition de coopération internationale. » Ce constat, posé par Léa Woock, chargée d’ingénierie de projet à l’Institut Agro de Florac (Lozère), éclaire une réalité encore peu visible du grand public : l’international fait partie de l’ADN de nombreuses formations agricoles françaises. Historiquement tournés vers les échanges de pratiques, les établissements développent depuis quelques années une autre dynamique, avec l’accueil de jeunes volontaires internationaux au sein même des lycées.

Des fermes pédagogiques ouvertes sur le monde

Sur le terrain, cette ouverture prend des formes concrètes : appui à des exploitations pédagogiques, animation d’ateliers, participation à des projets expérimentaux, échanges avec les classes. Au lycée agricole d’Auch Beaulieu-Lavacant (Gers), Aboudou Salam Assebou, jeune volontaire togolais en Service Civique, s’est ainsi impliqué dans un projet original de huit mois qui s’est achevé à l’été 2025. «J’ai participé à la plantation et à la transformation de plantes à parfum, aromatiques et médicinales sur l’exploitation du lycée » explique-t-il.

Spécialiste de cette filière qui englobe la culture d’espèces destinées à des secteurs d’activité variés tels que la cosmétique, la parfumerie, les médicaments ou l’agroalimentaire, le jeune homme, titulaire d’une licence professionnelle en sciences agronomiques au Togo, avait déjà travaillé sur le sujet lors de son stage de fin de cycle dans son pays natal. « Au lycée, j’ai contribué à la mise en place de deux parcelles (grande culture et maraîchage). Une opportunité idéale pour approfondir mes connaissances sur les espèces françaises et sur les techniques agricoles utilisées en Europe », s’enthousiasme le jeune homme.

Aboudou Salam Assebou, jeune volontaire togolais, s’est impliqué dans un projet de plantation et de transformation de plantes à parfum, aromatiques et médicinales au lycée agricole d’Auch Beaulieu-Lavacant. © DR

Cet accueil de volontaires internationaux répond aussi à une logique de rééquilibrage des échanges. Les professionnels de l’enseignement agricole ont en effet voulu inverser la perspective, comme le détaille Thierry Poser, désormais animateur et enseignant en éducation socio-culturelle au lycée agricole de Toulouse-Auzeville : « C’est une réflexion qu’on avait à l’époque où j’étais au ministère de l’Agriculture. Longtemps, la coopération agricole a surtout fonctionné avec des Français partant à l’étranger pour y apporter leur savoir-faire. L’idée était de mettre en place une dynamique de réciprocité ».

"Ce sont des établissements qui se trouvent en milieu rural, dans des lieux parfois isolés, avec des lycéens qui n’ont pas toujours l’occasion de rencontrer des jeunes d’autres pays"

Léa Woock, chargée d’ingénierie de projet à l’Institut Agro de Florac

Réciprocité et changement de regard

Au-delà d’échanges techniques sur les pratiques agricoles, la présence de volontaires internationaux est donc aussi l’occasion de mettre en place des temps de dialogues. « Les jeunes burkinabè qu’on accueille ici en Haute-Garonne participent à un programme de formation au maraîchage, mais ils partagent par ailleurs des moments avec les lycéens autour des questions d’interculturalité. » La logique est identique en Lozère : « Ce sont des établissements qui se trouvent en milieu rural, dans des lieux parfois isolés, auprès de lycéens qui n’ont pas toujours l’occasion de rencontrer des jeunes d’autres pays », complète Léa Woock, depuis l’Institut Agro de Florac.

Carlencio Oussou, jeune béninois en mission de Service Civique international au sein de l’établissement illustre le propos : « À mon arrivée, j’ai eu un choc culturel, évidemment. Les dynamiques de travail sont très différentes, il y a beaucoup d’échanges numériques par exemple et la planification des tâches n’est pas la même… cela m’a permis d’appréhender de nouvelles façons de travailler, mais aussi de découvrir des outils d’animation que je pourrai réutiliser à mon retour au Bénin ».

 © Land O Lakes / Unsplash

À l’inverse, les lycéens français s’ouvrent à d’autres problématiques. « La présence de volontaires permet de découvrir ce qui se fait ailleurs et donc de changer un peu son schéma mental. Cela peut être utile par exemple sur des questions relatives aux pratiques liées au changement climatique, ou sur des techniques agricoles spécifiques. Les volontaires internationaux apportent effectivement un regard nouveau par rapport à cela », insiste Léa Woock.

Même si tout n’est pas toujours facile. Car accueillir un Service Civique international, ce ne sont pas les mêmes enjeux qu’accueillir un Service Civique français : « Quand un jeune vient d’un autre continent, il est important de lui permettre de discuter avec ses pairs qui sont dans d’autres lycées agricoles sur le territoire français. C’est ce qu’on essaie de mettre en œuvre avec la création d’un réseau au niveau national. Donc on travaille là-dessus : on fait des webinaires et des formations pour faire du commun, partager des expériences autour de l’accueil de volontaires internationaux, etc. » détaille Léa Woock, qui tient à rappeler que ces coopérations s’appuient sur des dispositifs structurés et une collaboration entre les différents acteurs du secteur : établissements d’enseignement agricoles, services de l’État, réseau d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (ECSI), etc.

" Les résultats de cette coopération sont très probants : à leur retour chez eux, nos volontaires s’insèrent facilement dans le milieu agricole local, dans des exploitations, dans des cabinets d'expertise ou dans des centres de formation"

Thierry Poser, enseignant  au lycée agricole de Toulouse-Auzeville 

Compétences techniques, méthodes de travail, capacité d’animation, expérience interculturelle : voilà autant d’acquis qui seront réinvestis ensuite par les volontaires dans les projets professionnels et le développement agricole de leurs pays d’origine. « Je souhaite poursuivre mes études en agronomie tout en m’investissant activement dans le développement rural au Togo, notamment à travers des projets inspirés des pratiques observées en France » indique Aboudou Salam Assebou, tandis que Thierry Poser surenchérit : « Les résultats de cette coopération sont très probants : à leur retour au Burkina Faso, nos volontaires s’insèrent facilement dans le milieu agricole local, dans des exploitations, dans des cabinets d’expertise, dans des centres de formation agricole, etc. »

À l’heure où le monde de l’agriculture est traversé par de nombreux débats liés aux défis globaux à venir, la présence de volontaires internationaux dans les lycées agricoles dessine une autre forme de mondialisation, à la fois concrète, pédagogique et ancrée dans les territoires.

Le Salon international de l’agriculture 2026

Du 21 février au 1ᵉʳ mars 2026, le Salon international de l’agriculture revient au Paris Expo – Porte de Versailles, pour sa 62ᵉ édition, sous le signe d’une agriculture en mouvement. Cette année, le pays invité d’honneur est la Côte d’Ivoire, mise à l’honneur pour le dynamisme de ses filières et son rôle pivot dans l’agriculture ouest-africaine, avec une délégation conduite par le ministre de l’Agriculture ivoirien.

L’événement s’organise autour de quatre grands univers : élevage et filières animales (sans bovins, absents en raison de la dermatose nodulaire contagieuse), cultures et filières végétales, services et métiers agricoles, ainsi que produits et saveurs de France et du monde, avec quelque 3 500 animaux attendus et plus de 1 100 exposants présents.

Lire les témoignages de volontaires internationaux dans les lycées agricoles français

-> Florentin et Chadate, volontaires dans le domaine horticole.

Florentin et Chadate, volontaires togolais au campus agricole de La Bretonnière

-> Kodjo Moïse, volontaire à l’Institut Agro Campus de Florac

Kodjo Moïse, volontaire togolais à l’Institut Agro Campus de Florac

-> Johanna, volontaire en aqua-écologie au lycée des métiers agricoles (LMA) du Haut Anjou

Johanna, volontaire béninoise en réciprocité en aqua-écologie dans un lycée agricole

-> Cherifatou, volontaire au campus agricole de St Gaudens

Cherifatou, volontaire togolaise au campus agricole de St Gaudens