Passer au contenu principal

Francophonie : « Sreyyen est un trait d’union entre la France et le Cambodge »

28 Avr. 2026

Paul Rondin, directeur de la Cité internationale de la langue française, en compagnie de Sreyyen Huot, volontaire de solidarité internationale cambodgienne. © France Volontaires

À la Cité internationale de la langue française, l’engagement de Sreyyen Huot, volontaire de solidarité internationale cambodgienne, dépasse le cadre d’une expérience individuelle : sa présence est un moteur d’échanges, d’ouverture au monde et de rayonnement pour toute la structure. Paul Rondin, le directeur de l’établissement, nous a ouvert les portes de ce bâtiment d’exception avant de revenir pour nous sur les enjeux et les opportunités que représente le volontariat international d’échange et de solidarité. Rencontre.

Dix heures du matin à Villers-Cotterêts, le soleil illumine les façades magnifiquement restaurées du château niché aux abords de la forêt de Retz. Cette bâtisse majestueuse, déjà chère au cœur de François 1er, a marqué l’histoire de la langue française, notamment grâce à l’ordonnance de 1539 par laquelle le français est devenu la langue officielle du droit et de l’administration. Aujourd’hui, ce lieu emblématique abrite la Cité internationale de la langue française. A mi-chemin entre espace culturel et lieu de vie, il fait vivre un trésor immatériel partagé par 396 millions de personnes dans le monde : la langue française.

L’objectif du lieu ? Répondre aux enjeux culturels, sociaux et politiques portés par la langue française à l’échelle internationale, en privilégiant une approche créative et participative. Résolument ouverte sur le monde depuis son inauguration en 2023, la Cité a accueilli près de 500 professionnels en résidence. Écrivains, chercheurs, artistes y mènent des projets sur la langue française et présentent leurs créations dans les espaces de diffusion de la Cité. Côté public, la scénographie dynamique et les dispositifs numériques permettent de visiter l’immatérialité de la langue française, pour le bonheur des quelques 500 000 visiteurs qui ont déjà profité des 1200m2 de parcours de visite.

Au quotidien, près de trente personnes œuvrent chaque jour au déploiement des projets et au rayonnement de la Cité, parmi lesquels une recrue particulière : Sreyyen Huot, jeune cambodgienne en mission de volontariat de solidarité internationale, portée par La Guilde dans le cadre du programme Volontaires Unis pour la Francophonie. Paul Rondin, directeur des lieux, nous explique en quoi sa présence  est précieuse pour l’établissement.

Pourquoi avoir choisi d’accueillir une volontaire cambodgienne, et qu’est-ce que cela change, au quotidien, pour la Cité internationale de la langue française ?

Paul Rondin : Avant toute chose, il est important de rappeler que la Cité est un établissement récent, et que nous sommes en train d’inventer un modèle puisqu’il n’existe aucune structure de ce type dans le monde. Si le musée de la langue portugaise à São Paulo s’en rapproche en permettant de visiter l’immatérialité d’une langue, la Cité se démarque en étant un véritable lieu de vie, de travail et d’échange. Ce n’est pas un musée. 

L’accueil d’une volontaire internationale s’est donc imposé assez naturellement car nous avons identifié très rapidement la cohérence de cette démarche. Bien sûr, nous recrutons avant tout sur des compétences, pas sur une nationalité. Mais, dans ce cas précis, le fait qu’il s’agisse d’une volontaire cambodgienne renforçait encore le sens du projet puisque cette mission s’inscrit dans un contexte plus large. La Cité a accueilli une partie du Sommet de la Francophonie en France, et le suivant doit se tenir au Cambodge.  Il nous a semblé très fort, symboliquement, que la volontaire puisse incarner un lien entre ces deux sommets. Mais ce n’est pas qu’un symbole. Cela permet de travailler concrètement sur des projets communs, et Sreyyen est un trait d’union entre la France et le Cambodge, en amont du sommet.

Sreyyen, dans l’une des salles de la Cité internationale de la langue française © France Volontaires

Au-delà de cet aspect, la démarche reflète notre vision de la Francophonie. Il est important de rappeler que la France n’est qu’un pays parmi d’autres dans l’espace francophone. D’ailleurs, le nom même du lieu – qui mentionne le caractère international de la cité avant la notion de langue française, illustre cette dynamique internationale. Le fait que le prochain sommet se déroule au Cambodge est important, et notre travail consiste aussi à inscrire cette dynamique dans la durée. Ici, nous voulons faire vivre la francophonie au quotidien, de manière concrète, joyeuse et durable.

Qu’est-ce que le regard d’une volontaire venue du Cambodge change dans votre manière de travailler ou de penser vos projets ?

Au-delà des projets, la présence de Sreyyen a un impact direct sur les équipes puisqu’elle y est quotidiennement intégrée. Elle apporte un regard différent, soulève des questions que nous ne nous posons pas forcément. Rien n’est plus stimulant que les questions ! Ce volontariat est une forme de confrontation, toujours positive, qui fait avancer. Cette richesse interculturelle offerte par la présence de Sreyyen nous évite de nous enfermer dans une seule manière de faire, de laisser s’installer des habitudes.

Dans une structure encore récente, cet apport est particulièrement précieux. La Cité existe depuis peu et c’est précisément le moment où il faut éviter toute forme de sclérose. La pire chose qu’on puisse me dire ? « La Cité va pourvoir trouver son rythme de croisière ». La présence de Sreyyen nous permet de ne pas nous endormir et nous oblige à ajuster nos pratiques, à bouger, à trouver une cohérence dans cet environnement de cosmogonie.

« La Cité est en train d’inventer un modèle, puisqu’il n’existe aucune structure de ce type dans le monde »

Paul Rondin, directeur de l’établissement culturel

Quel rôle peut jouer une volontaire cambodgienne dans la préparation du prochain Sommet de la Francophonie, qui aura lieu à l'automne à Phnom Penh ?

Sreyyen est à la croisée de l’ensemble de nos projets internationaux. Concrètement, elle intervient sur des tâches opérationnelles, comme la préparation de démarches administratives mais aussi sur des missions plus stratégiques. Elle est en appui de différents services, sur des projets variés. Cela lui permet d’avoir une vision globale et de contribuer à plusieurs niveaux.

Elle joue également un rôle clé dans la préparation du Sommet de la Francophonie au Cambodge. Nous travaillons sur l’idée d’un miroir entre ce qui se fera au Cambodge et ce que nous organiserons ici, en France. Son analyse est précieuse pour nous orienter sur ce qui est pertinent, ce qui ne l’est pas, ce que nous devrions explorer.

Le parcours permanent de la Cité, interactif et ludique, offre une immersion au cœur de la langue française. © France Volontaires

Même si nous disposons de beaucoup de contact sur place, sa connaissance fine du contexte cambodgien est un atout majeur, presque un luxe ! Pouvoir, à tout moment, s’appuyer sur quelqu’un qui connaît le terrain, les acteurs, les références culturelles, c’est extrêmement précieux.

Trois mois après l’arrivée de Sreyyen, comment évaluez-vous l’impact de sa mission de VSI ?

Il est encore trop tôt pour établir une évaluation formalisée et nous n’avons pas encore défini de critères précis. Il a d’abord fallu nous organiser en interne. La jeunesse de la structure joue un rôle important. Les projets sont transversaux, impliquent plusieurs services, et il a fallu trouver la bonne place pour Sreyyen dans une organisation qui évolue encore beaucoup.

Une évaluation est toutefois prévue, dans les deux sens. Nous évaluerons sa mission, mais nous lui demanderons aussi de nous évaluer. Son regard est précieux, justement parce qu’elle découvre la structure.

Est-ce que cette première expérience vous donne envie de développer davantage l’accueil de volontaires internationaux dans les années à venir ?

Si le démarrage de la mission a révélé certaines difficultés, notamment sur le plan logistique, le bilan est déjà très positif. Spontanément, oui, nous souhaiterions renouveler l’expérience ! La présence d’un volontaire international est perçue comme un levier structurant. Cela permet un pas de côté, une ouverture permanente. C’est quelque chose dont nous avons besoin. Il faudra mieux préparer l’accueil, ajuster les missions, anticiper davantage. Mais le principe, lui, est très solide.

© France Volontaires

Le Collège international, un projet structurant en construction

Inauguré le 17 septembre 2025, le Collège international de Villers-Cotterêts répond à un besoin identifié à l’échelle mondiale : structurer une ressource commune pour accompagner la transmission du français. « Il manquait, quelque part dans le monde, une ressource technique internationale pour accompagner la transmission du français », souligne Paul Rondin.

Pensé comme un livrable du XIXe Sommet de la Francophonie, le dispositif s’adresse à un large éventail d’acteurs — enseignants, formateurs, traducteurs et interprètes — et s’organise en trois filières complémentaires. Coordonné par la Cité internationale de la langue française, il repose sur un partenariat entre plusieurs institutions de la Francophonie.

« Le projet est international par essence, puisqu’il est à l’œuvre dans tout le monde francophone. Il n’a pas vocation à être uniquement basé à la Cité. Nous pouvons accueillir des cohortes ici, mais aussi dans d’autres pays, comme à Djibouti. La Cité en est le coordinateur, pas l’unique hôte, ce qui n’aurait d’ailleurs pas beaucoup de sens !», insiste Paul Rondin.

Dans cette dynamique, Sreyyen  contribue à la préparation logistique et au déploiement du projet, tout en étant impliquée plus largement dans les actions internationales de la Cité. Sa position transversale, au contact de plusieurs équipes, en fait un appui opérationnel mais aussi un point de liaison entre les différents chantiers en cours.

Les derniers articles
du Mag’