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Dans le paysage du Tri-national de la Sangha, où la pression agricole menace les écosystèmes forestiers, le projet Cacaoculture et Aires protégées a réuni chercheurs, institutions et acteurs de terrain autour d’un même objectif : concilier développement économique et préservation de la biodiversité. Aux côtés des experts, les volontaires du programme V-Forêts ont joué un rôle clé, illustrant comment le volontariat international peut devenir un levier de transition écologique dans le Bassin du Congo.
Les 3 et 4 mars 2026, à Douala (Cameroun), s’est tenu le séminaire de clôture du projet Cacaoculture et Aires Protégées (CAPRO_TNS)*, un programme de recherche appliquée dédié à la conciliation entre économie cacaoyère et conservation de la biodiversité dans le paysage du Trinational de la Sangha (TNS), à cheval entre le Cameroun, le Congo et la République centrafricaine.
Ce projet avait pour ambition d’identifier des solutions opérationnelles permettant de réduire la déforestation liée à la cacaoculture extensive tout en soutenant les moyens d’existence des producteurs. Trois volontaires du programme Volontaires pour la préservation des forêts (V-Forêts)* ont été mobilisés au sein de la Fondation pour le Tri-national de la Sangha, dont deux ont activement contribué à ce projet et ont participé au séminaire de clôture
Cacaoculture et conservation : des résultats scientifiques aux perspectives opérationnelles
Pendant deux jours, chercheurs, institutions publiques, partenaires techniques et financiers, secteur privé et organisations de la société civile ont échangé autour de l’état des lieux de la cacaoculture dans les aires protégées du TNS, des dynamiques de déforestation et de fragmentation des habitats ou des enjeux de gouvernance de la filière cacao. Ils ont également débattu des indicateurs socio-économiques, notamment en matière d’impacts sur les populations locales et les femmes ainsi que des modèles de durabilité (certification, conformité réglementaire, agroforesterie, traçabilité).
Les travaux menés dans les périphéries du parc national de Lobéké (Cameroun), du parc national Nouabalé-Ndoki (Congo) et des aires protégées de Dzanga-Sangha (RCA) ont permis de produire des données quantitatives, qualitatives et biophysiques essentielles pour orienter les politiques publiques et les pratiques des acteurs de la filière.
Pendant deux jours, chercheurs, institutions publiques, partenaires techniques et financiers, secteur privé et organisations de la société civile ont échangé autour de l’état des lieux de la cacaoculture dans les aires protégées. © DR
Parmi les résultats marquants, les analyses ont permis de quantifier une perte de couvert forestier estimée à plus de 500 km² entre 2015 et 2025, dont 94,6 % liée à l’expansion agricole, principalement la cacaoculture. Ces résultats permettent d’identifier les zones critiques d’empiètement sur les aires protégées et de mieux orienter les stratégies de gestion et de planification territoriale.
Le séminaire a également été l’occasion de présenter des recommandations stratégiques en vue d’un passage à l’échelle des solutions identifiées.
Le programme V-Forêts : le volontariat international d’échange et de solidarité au service des forêts
Dans cette dynamique, le programme V-Forêts permet le déploiement de volontaires internationaux d’échange et de solidarité dans plusieurs pays du Bassin du Congo. Il a ainsi joué un rôle opérationnel clé dans la mise en œuvre du projet à travers l’engagement de profils complémentaires. Le travail de dynamique paysagère de Rodrigue Da Silva cartographe en volontariat de solidarité internationale envoyé sur place par Planète Urgence, a ainsi permis de produire des cartes précises illustrant l’état de la déforestation et les interactions entre cacaoculture et aires protégées. Ces outils constituent aujourd’hui une base essentielle pour orienter les décisions stratégiques et territoriales.
De son côté, le Dr Blaise Ondoua, data analyst mobilisé via le Programme national de volontariat (PNV) du Cameroun, a mis en lumière les impacts de la cacaoculture sur les populations locales, notamment en matière de revenus et de genre à travers l’analyse des données, la réalisation d’une matrice SWOT de la filière cacao et la construction d’indicateurs socio-économiques. Blaise a été déployé en tant que Volontaire National par le Programme National de Volontariat (PNV) du Cameroun.
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Enfin, Yaovi Venunye Asazoo, expert en fundraising et gestion de projets a apporté une contribution déterminante sur un levier souvent moins visible mais essentiel : la durabilité financière des actions de conservation. Yaovi a été déployé en tant que volontaire d’échanges et de compétences (VEC), portée par AGIRabcd, structure agréée et membre de France Volontaires.
Ces volontaires ont contribué aux travaux scientifiques et techniques présentés lors du séminaire, notamment sur l’analyse des données et la cartographie. Leur engagement illustre la valeur ajoutée du volontariat comme levier d’expertise, de transfert de compétences et d’innovation au service des territoires forestiers.
Une mission de volontariat pour structurer les financements pour agir durablement
Au sein de la Fondation pour le Tri-national de la Sangha, la mission de Yaovi s’est inscrite dans un enjeu stratégique majeur : renforcer la capacité de l’organisation à mobiliser des ressources financières durables pour soutenir ses actions dans la région.
Son intervention a permis de franchir un cap important dans la structuration du fundraising au sein de la fondation, avec la mise en place d’un fichier structuré de donateurs potentiels et d’outils de suivi des partenaires et l’élaboration de modèles standardisés de propositions de financement, facilitant la réponse aux appels à projets. Il a par ailleurs contribué à la conception et à l’animation de sessions de formation pour les équipes, couvrant le fundraising, le marketing associatif, le business development et la gestion de projets et participé à la cconstruction et au dépôt de projets auprès de bailleurs internationaux. Enfin, il a œuvré au développement de partenariats stratégiques avec des acteurs du développement et de la conservation.
"Les analyses ont permis de quantifier une perte de couvert forestier estimée à plus de 500 km² entre 2015 et 2025, dont 94,6 % liée à l’expansion agricole, principalement la cacaoculture"
Au-delà des outils produits, la mission a permis d’ancrer une véritable culture de la mobilisation de ressources au sein de la fondation, en renforçant l’appropriation par les équipes et en structurant des pratiques durables. Elle a également contribué à améliorer sa visibilité, grâce à la production de contenus techniques et stratégiques de qualité, renforçant la crédibilité de ses actions auprès des partenaires.
Le volontariat, acteur des transitions écologiques
L’expérience du volontariat au sein du projet Cacaoculture et Aires Protégées a permis de faire évoluer la perception de son rôle. « Au départ, le volontaire était perçu comme un appui ponctuel.En pratique, le volontariat s’est inscrit comme un acteur pleinement intégré à l’équipe, apportant non seulement des compétences techniques mais également une dynamique nouvelle dans les méthodes de travail », explique ainsi Romain Kana, acteur du projet. « L’expérience a permis de reconsidérer le volontariat non pas comme un simple soutien technique, mais comme un levier stratégique de renforcement des capacités, d’innovation et de coopération internationale. »
Au-delà des contributions techniques, le volontariat se révèle être un catalyseur, capable de relier expertise, action de terrain et dynamiques humaines. La clôture du projet marque la fin d’un cycle de recherche, mais ouvre une nouvelle phase : celle de la mise en œuvre opérationnelle et de la consolidation des alliances.
Dans un contexte où la pression sur les forêts du Bassin du Congo s’intensifie, l’articulation entre recherche scientifique, action de terrain et volontariat apparaît plus que jamais comme un levier stratégique pour concilier développement économique, inclusion sociale et préservation de la biodiversité.
* Financé par l’Union européenne dans le cadre du programme RESSAC et supervisé par la Fondation pour le Tri-national de la Sangha.
Le programme V-Forêts
À travers le programme V-Forêts, France Volontaires réaffirme son engagement en faveur d’un volontariat professionnel et structurant, au service des territoires. Le programme Volontaires pour la préservation des forêts est un programme mis en œuvre par France Volontaires, en partenariat avec le One Forest Youth Initiative et financé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français.