Luca Allegretti a rejoint le Pérou dans le cadre du programme EVER du Corps européen de solidarité. Dans les quartiers populaires du nord de Lima, ce jeune ingénieur en mécanique accompagne l’association Mano a Mano sur des projets mêlant amélioration urbaine, soutien éducatif et initiatives environnementales. Interview.
Ingénieur en mécanique de formation, Luca Allegretti a quitté un premier job dans l’industrie aéronautique pour s’engager dans des missions de volontariat international. Sa première expérience ? Un Service Civique international au Bénin en 2023, où il a évolué pendant un an dans une ONG dans le domaine de l’environnement. Dans la foulée, il a rejoint Lima, capitale du Pérou, dans le cadre du programme European Volunteering for Environnement and Resilience (EVER) (lire-ci-dessous).
Dans les quartiers populaires du nord de la ville, il appuie l’association Mano a Mano sur des projets mêlant amélioration urbaine, soutien éducatif et initiatives environnementales. Son engagement s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un volontariat international mobilisé face à la multiplication des crises climatiques, sociales et économiques qui fragilisent particulièrement certaines régions d’Amérique latine et d’Afrique subsaharienne. À travers EVER, l’objectif est de renforcer les capacités des structures locales et de soutenir des réponses concrètes, au plus près des communautés, en misant sur l’engagement des jeunes volontaires.
Comment passe-t-on d’une première expérience professionnelle dans l’aéronautique à un volontariat au Pérou ?
J’ai terminé mes études en 2022, puis j’ai travaillé un an dans une entreprise aéronautique en Belgique, comme ingénieur d’essais sur des composants. Assez rapidement, j’ai ressenti le besoin de partir à l’étranger pour m’engager dans des missions solidaires.
Je suis donc parti en service civique en 2023, au Bénin, où j’ai travaillé pendant un an dans une ONG locale à Porto-Novo sur des filières de recyclage de déchets plastiques et agricoles. Cette première expérience a été déterminante : c’est là que j’ai réellement découvert le volontariat.
Sur place, j’ai rencontré les équipes de France Volontaires et d’autres volontaires, ce qui m’a permis de mieux connaître les différents dispositifs existants. À mon retour en France, je me suis orienté vers le Corps européen de solidarité (lire ci-dessous).
Entre autres activités, Luca participe ponctuellement aux chantiers, en appui logistique : préparation des matériaux, organisation du travail, soutien aux équipes. © DR
Qu’est-ce qui t’a donné envie de repartir en volontariat après ton expérience au Bénin ?
Ce que je viens chercher dans ces missions, c’est avant tout le terrain et le contact humain. En entreprise, j’avais une mission intéressante sur le plan technique, mais il me manquait une dimension sociale.
Dans une association, le cadre est différent : les relations sont plus directes, plus humaines, et on peut rapidement prendre des responsabilités. On a aussi davantage de liberté pour proposer des idées et s’impliquer dans des projets variés.
Mon expérience au Bénin m’a aussi profondément marqué. Elle m’a ouvert à d’autres cultures et m’a donné envie de repartir. Cette fois-ci, j’ai choisi l’Amérique latine, une région que je souhaitais découvrir, mais dans une logique d’immersion, loin d’un simple voyage touristique.
Peux-tu présenter l’association Mano a Mano et les projets qu’elle développe à Lima ?
C’est une association structurée autour de quatre projets principaux : une bibliothèque, un programme de femmes constructrices, des projets de parcs et jardins, et un atelier d’artisanat.
La bibliothèque est au cœur du dispositif. Elle est implantée dans un quartier défavorisé et propose du soutien scolaire, un accès à la lecture et des activités éducatives. L’objectif est de pallier le manque de services publics dans la zone.
J’ai notamment participé à l’organisation des « vacances utiles », un programme estival qui propose aux enfants des activités complémentaires à leur scolarité. J’y ai animé des ateliers de mécanique, en expliquant par exemple le fonctionnement d’un moteur.
"Ce que je viens chercher dans ces missions, c’est avant tout le terrain et le contact humain. En entreprise, j’avais une mission intéressante sur le plan technique, mais il me manquait une dimension sociale"
Tu travailles particulièrement avec les “femmes constructrices”. En quoi consiste ce projet ?
C’est le projet sur lequel je suis le plus impliqué. Il s’agit d’un groupe de femmes formées à la construction, qui interviennent dans leur quartier pour améliorer les conditions de vie : construction d’escaliers, de murs de soutènement, aménagement de jardins ou de voies d’accès.
Le quartier est situé sur des collines en périphérie de Lima, dans une zone marquée par l’exode rural et des installations précaires. Les infrastructures sont souvent absentes ou instables.
L’objectif du projet est double : améliorer l’environnement urbain et offrir aux femmes une activité rémunératrice et structurée.
Concrètement, quel est ton rôle au sein de ce projet ?
Je travaille principalement sur la maintenance des équipements utilisés sur les chantiers, notamment une pelleteuse ancienne. Mon rôle consiste à formaliser les procédures de maintenance pour prolonger la durée de vie du matériel : fiches techniques, suivi des interventions, maintenance préventive.
En parallèle, je participe ponctuellement aux chantiers, en appui logistique : préparation des matériaux, organisation du travail, soutien aux équipes. Je collabore aussi avec des architectes, souvent stagiaires, qui conçoivent les projets en amont. Les femmes constructrices assurent ensuite la mise en œuvre sur le terrain.
L’association mène aussi des actions autour de l’environnement et de l’artisanat. Peux-tu nous en dire plus ?
L’association développe également des espaces verts dans ces quartiers très minéraux. L’idée est de recréer de la biodiversité et d’améliorer le cadre de vie. Un parcours a été aménagé, reliant une douzaine de parcs réalisés par l’association, afin de valoriser ces réalisations auprès des visiteurs.
Un autre projet concerne la transformation de fibres de bananier en objets artisanaux. Les fibres sont récupérées, séchées, puis travaillées pour fabriquer différents produits Ces objets sont vendus sur des marchés, notamment dans des quartiers plus aisés de Lima. Les revenus sont en grande partie reversés aux femmes qui les produisent.
J’interviens surtout sur la phase de commercialisation, en participant à la vente sur les marchés.
Luca travaille principalement sur la maintenance des équipements utilisés sur les chantiers, notamment la pelleteuse ancienne. Son rôle consiste à formaliser les procédures de maintenance pour prolonger la durée de vie du matériel © DR
Quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’action de l’association ?
L’association est bien implantée localement, avec une présence ancienne. On perçoit clairement l’impact de ses actions sur le terrain. Sur les chantiers, les habitants viennent souvent échanger avec nous. Ils expriment leur satisfaction de voir leur quartier évoluer.
Ce qui m’a marqué, c’est le contraste très fort entre les quartiers défavorisés où nous intervenons et les zones plus aisées de Lima. Cela permet de mesurer concrètement l’utilité des projets, même s’ils restent à une échelle locale.
Comment les volontaires sont-ils intégrés au sein de l’équipe locale ?
L’association a l’habitude d’accueillir des volontaires. Leur intégration est bien structurée : ils interviennent en appui de l’équipe locale, en fonction de leurs compétences. Par exemple, je travaille principalement avec l’équipe technique, tandis que d’autres volontaires interviennent sur le volet social.
Il y a une volonté claire de ne pas rendre les volontaires indispensables, notamment en limitant leur contact direct avec les bénéficiaires. Cela permet d’assurer la continuité des actions après leur départ.
Comment rejoindre le Corps européen de solidarité ?
Avant de rejoindre le Pérou, Lucas a dû suivre le parcours de formation du Corps européen de solidarité. La première étape consiste en une formation en ligne de 25 à 30 heures consacrée à l’engagement associatif, à l’interculturalité ou encore à la gestion de projet. Une fois ce module validé, les candidats sont placés sur liste d’attente pour une formation en présentiel.
Dans son cas, près d’un an s’est écoulé entre le début des démarches et son départ effectif en mission. La formation en présentiel, organisée par l’institut Bioforce, spécialisé dans les métiers de la solidarité internationale, permet ensuite aux volontaires de consolider leurs connaissances et de rencontrer d’autres jeunes engagés. C’est également à cette étape qu’ils accèdent aux offres de mission du programme EVER.
EVER, un programme de volontariat face aux crises environnementales et sociales
Lancé en janvier 2025 pour une durée de trois ans, le programme European Volunteering for Environment and Resilience (EVER) mobilise le volontariat international pour soutenir les organisations locales confrontées aux conséquences des crises climatiques et sociales. Déployé au Cameroun, au Congo, au Pérou, en Colombie, au Guatemala et en Uruguay, le programme réunit plusieurs partenaires de mise en œuvre : ADICE, MPDL, Mano a Mano, VASE et El Abrojo.
Soutenu par le Corps européen de solidarité, EVER vise à renforcer les capacités des structures locales tout en proposant aux jeunes volontaires un cadre d’engagement formateur et sécurisé. Dix-huit missions de volontariat humanitaire sont prévues d’ici 2028, dont trois sont déjà déployées en 2025. Outre Luca au Pérou, une mission au Congo accompagne des acteurs locaux engagés dans la préservation des forêts.