À 23 ans, Mathéo a mis entre parenthèses son master d’urbanisme pour vivre une année de césure au Pérou. En volontariat dans un village amazonien, le jeune étudiant a aussi pris part à la célèbre fête de la Candelaria de Puno, au cœur des Andes.
Originaire de la Mayenne, Mathéo choisit de suspendre son cursus en urbanisme à Montpellier pour une année de césure qui se transforme en véritable aventure humaine. Son objectif : participer à la construction d’un musée à Puerto Miguel, un village reculé de l’Amazonie péruvienne, où il est accueilli par ses habitants, descendants du peuple autochtone Kukama. Mais son expérience ne se limite pas à cette mission : il traverse le Pérou du nord au sud pour rejoindre une troupe de danse traditionnelle lors de la fête de la Candelaria de Puno.
Volontariat international : construire un musée avec une communauté d’Amazonie
La mission de Mathéo, en Service Civique international avec l’association AKUU, a de quoi surprendre : participer à la construction d’un musée dédié à la culture indigène Kukama, aux côtés des 300 habitants du village de Puerto Miguel, situé au bord du fleuve Ucayali.
Accessible uniquement en petite embarcation depuis Nauta, à deux heures de route d’Iquitos, grande agglomération de l’Amazonie péruvienne, ce village accueille l’association et ses volontaires pour la co-construction du musée. Le territoire est marqué par l’instabilité du fleuve, capable de changer brutalement de lit, comme cela s’est produit il y a dix ans, mais aussi par l’effacement progressif de la culture Kukama, dont la langue et les traditions se perdent peu à peu. « Un des objectifs du musée que nous construisons est de valoriser la culture Kukama, de la faire vivre avec ses représentants », explique Mathéo.
Sreyyen, dans l’une des salles de la Cité internationale de la langue française © France Volontaires
L’arrivée dans ce village de 300 habitants, où tout le monde se connaît, constitue un défi. « C’est l’intégration qui a été le plus difficile », confie-t-il. Entre la langue espagnole, l’accent local, les expressions spécifiques et la nécessité de trouver sa place dans un cercle social déjà constitué, les premières semaines exigent patience et adaptation. Deux mois plus tard, après avoir partagé le quotidien des habitants et compris les codes de la communauté, Mathéo se sent pleinement intégré et entouré de nouveaux amis.
À Puno, immersion dans la fête de la Candelaria, patrimoine culturel du Pérou
Si la construction du musée constitue le cœur de sa mission, la fête de la Candelaria à Puno, en février, marque également son séjour. Initialement venu en touriste pour découvrir cette ville située au bord du lac Titicaca, à 4 000 mètres d’altitude dans les Andes du sud du pays, Mathéo doit faire preuve de débrouillardise pour se loger à l’approche de l’événement, l’un des plus importants du Pérou, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Grâce au contact d’une danseuse, Alicia, également chargée de mission chez France Volontaires Pérou, il est accueilli par Massiel, directrice d’une troupe de Caporales, danse folklorique emblématique de la région. Celle-ci lui offre non seulement un toit, mais aussi l’opportunité de participer à la fête de la Candelaria (lire ci-dessous), qui rassemble pendant près de deux semaines plusieurs milliers de danseurs issus de plus de 200 troupes.
« Un des objectifs du musée que nous construisons est de valoriser la culture Kukama, de la faire vivre avec ses représentants »
Mathéo, en Service Civique international au Pérou
Pour Mathéo, l’enjeu est de taille : apprendre en une seule après-midi les pas de la chorégraphie qui doit être présentée dans le stade universitaire. « C’était stressant, plus que mes partiels à l’université », raconte-t-il en évoquant l’émotion ressentie lorsqu’il pénètre dans le grand stade universitaire de Puno, entouré de centaines de danseurs, d’orchestres et d’une foule enthousiaste.
L’expérience est marquée par la bienveillance de l’équipe, qui lui rappelle que l’essentiel consiste à « donner de sa lumière et de sa joie au public ». Mathéo garde en mémoire la diversité et la splendeur des costumes, l’énergie des rues et les sonorités des fanfares. « C’est une expérience très forte », résume-t-il encore aujourd’hui, expliquant que les images du défilé continuent de l’accompagner plusieurs jours après les festivités.
Comment le volontariat international influence son parcours professionnel
Mathéo retrouve également Alicia lors de la célébration. Tous deux dansent à tour de rôle, s’accompagnant et s’encourageant dans les rues de Puno. Alicia souligne l’accueil chaleureux que le public a réservé au jeune volontaire, appréciant sa motivation, son implication et son élégance dans son costume brodé d’or.
Alors que sa mission en Amazonie touche bientôt à sa fin, Mathéo rentre en France pour achever son master. Son projet s’oriente vers la Bretagne, au sein d’un bureau d’études ou d’une collectivité territoriale, avec un intérêt marqué pour l’urbanisme participatif. Pour lui, le contact humain et le travail de terrain restent essentiels. Mais l’Amérique latine conserve une place particulière dans ses projets : « Si j’ai une opportunité de repartir au Pérou ou dans la région pour un projet de territoire intéressant, je repars sans hésitation. »
Le parcours permanent de la Cité, interactif et ludique, offre une immersion au cœur de la langue française. © France Volontaires
La fête religieuse de la Virgen María de la Candelaria
La fête religieuse de la Virgen María de la Candelaria est une occasion idéale pour découvrir le ressenti des habitants de Puno, et plus largement celui des Péruviens. Cette festivité reflète le syncrétisme religieux entre la cosmovision andine — fondée sur une relation millénaire d’adoration et de gratitude envers le lac et le territoire, exprimée à travers la musique, la danse et l’allégresse — et la religion catholique, à travers le culte de la Vierge et la foi qui permet de ne pas perdre espoir, même face aux difficultés.
Ces pèlerins danseurs défient l’altitude, les climats extrêmes, la fatigue et l’attente afin de donner le meilleur d’eux-mêmes et de faire partie d’une troupe de danseurs qui les accompagne et les intègre. Ainsi, le volontariat international permet de préparer les volontaires à ces échanges interculturels profonds, où l’apprentissage passe par l’émotion, l’affection et la vie en communauté. Ce n’est pas du tourisme, ni une posture d’observateur extérieur : on devient partie prenante de quelque chose de grand, d’important et de profondément collectif.