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Au cœur de la forêt, dans les pas de David, volontaire au service de l’art

24 Juil. 2026

David Velela pose avec l’une des œuvres de Vent des Forêts, où plus de 150 créations contemporaines jalonnent les sentiers forestiers. Son Service Civique international lui a permis de découvrir les coulisses de ce projet unique en France. © France Volontaires

Dans la Meuse, Vent des Forêts fait dialoguer depuis près de trente ans création contemporaine et monde rural. Pendant une journée, on a suivi David Velela, volontaire congolais en Service Civique international auprès de l’association. Artiste lui-même, il y découvre les coulisses de la création, entre partage avec les artistes en résidence et entretien des sentiers forestiers.

Il est à peine neuf heures lorsque l’on pousse la porte du petit café associatif de Lahaymeix. À première vue, rien ne laisse imaginer que ce bourg meusien de quelques dizaines d’habitants accueille l’un des projets artistiques les plus singuliers de France. Ici, depuis 1997, six communes agricoles et forestières portent ensemble Vent des Forêts, un centre d’art contemporain d’intérêt national. Chaque année, des artistes venus du monde entier sont invités à s’y installer en résidence pour créer des œuvres pensées pour être exposées dans la forêt, en dialogue avec le paysage et les habitants de la région. Notre guide du jour s’appelle David Velela : artiste et volontaire en Service Civique international, il doit nous escorter en cette belle journée de juillet des ateliers jusqu’aux sentiers forestiers qui courent sur 45 kilomètres autour du village.

Première étape à deux pas du café, où un ancien bâtiment agricole poursuit sa métamorphose. Les volumes impressionnent, avec ses plafonds qui culminent à plusieurs mètres et la lumière qui entre généreusement par les larges baies vitrées. L’atelier, déjà largement opérationnel, offrira bientôt aux artistes en résidence un espace de travail à la hauteur de leurs ambitions. C’est ici que David va passer la matinée.

Dans le nouvel atelier de Vent des Forêts à Lahaymeix, David Velela prépare le matériel nécessaire à l’installation des œuvres. Cet ancien bâtiment agricole, en cours de réhabilitation, offrira bientôt aux artistes en résidence des conditions de travail adaptées à leurs projets © France Volontaires

Arrivé de République du Congo dans le cadre d’un Service Civique international, le jeune homme est poète, dessinateur, danseur… et désormais volontaire en Service Civique international au sein de Vent des Forêts. Depuis son arrivée, il découvre les multiples facettes du fonctionnement de l’association : production, communication, médiation culturelle. Une immersion qui lui permet d’appréhender l’ensemble de la chaîne de création d’un projet artistique.  « Je suis artiste, je dessine et je danse, j’aime tout ce qui gravite autour de l’art. Cette mission me permet de le voir non seulement dans sa forme mais aussi dans son fonctionnement, et la manière dont les structures culturelles françaises travaillent avec les artistes », explique-t-il.

Vent des Forêts : quand l'art contemporain s'invite dans la forêt

Ce matin-là, David prête main-forte à l’artiste Germain Marguillard en résidence depuis plusieurs semaines dans les lieux. Son installation, Spirare Folia, est en cours de finalisation pour l’inauguration qui doit avoir lieu quelques jours plus tard, le samedi 11 juillet.

Sur les grandes tables reposent des bas-reliefs en grès noir, délicatement ornés de motifs végétaux. Ils seront bientôt fixés au sommet de longs manches en bois calciné. L’ensemble évoque les flabellums, ces grands éventails liturgiques utilisés dans l’Egypte antique ou au Moyen Âge. Une manière de faire un lien entre le spirituel et le vivant, tandis que les empreintes de fougères, de ginkgo, de plantain ou de châtaignier rappellent l’importance du monde végétal.

Germain Marguillard met au point les systèmes d’accroche de son installation Spirare Folia. David participe aux préparatifs, au plus près du travail de l’artiste. © France Volontaires

David manipule les pièces avec précaution. Avec Germain, il teste les systèmes d’accroche, vérifie les mesures, ajuste les fixations. Les gestes sont précis, les échanges sobres mais dans une totale bonne humeur. Pour David, ces rencontres sont aussi l’occasion de progresser lui-même dans sa connaissance du métier : « Depuis que je suis arrivé j’ai croisé six artistes différents en résidence : ils me donnent beaucoup de conseils de « grand frère », et me permettent de voir le monde de l’art autrement ».

Cette proximité avec les artistes fait partie intégrante de l’expérience proposée par Vent des Forêts. Les résidences durent plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Le temps nécessaire pour que les œuvres s’imprègnent du territoire… et que le territoire s’approprie les œuvres.

"Depuis que je suis arrivé, j’ai croisé six artistes différents en résidence : ils me donnent beaucoup de conseils de « grand frère », et me permettent de voir le monde de l’art autrement"

David Velela, volontaire en Service Civique international

Une forêt devenue galerie à ciel ouvert

L’après-midi, changement de décor. On part avec David sur l’un des sept parcours balisés qui sillonnent les 5 000 hectares de forêts communales et domaniales. Plus de 250 œuvres ont été créées depuis la naissance du projet. Aujourd’hui, 150 restent visibles tout au long des 45 kilomètres de sentiers librement accessibles.

Le volontaire connaît désormais parfaitement le “Court Circuit”, la plus courte boucle du parcours. Au fil de la marche, il remplace un balisage, taille quelques branches qui gênent le passage, vérifie l’état des installations. Derrière chaque œuvre se cache aussi un travail discret d’entretien, indispensable pour garantir une visite agréable. « On pense souvent que l’exposition est terminée une fois l’œuvre installée. En réalité, elle continue à vivre tous les jours » rappelle le volontaire.

Parcourir les sentiers de Vent des Forêts fait partie du quotidien de David . Le volontaire veille à leur entretien et contribue à rendre les œuvres accessibles au public. © France Volontaires

Le sentier serpente entre les arbres. Les sculptures apparaissent sans prévenir, parfois monumentales, parfois presque invisibles, comme si elles avaient toujours appartenu à la forêt. David s’arrête régulièrement devant certaines d’entre elles. Il observe les matériaux, les textures, la façon dont la mousse, la pluie ou les saisons transforment progressivement les créations. « C’est d’autant plus intéressant pour moi que l’expérience sera totalement reproductible au Congo», s’enthousiasme-t-il. « Avant que je vienne ici, un photographe de Brazzaville m’avait dit qu’il envisageait d’exposer des photos dans la forêt et voulait que je sois commissaire de son exposition ».

La dimension de médiation fait aussi pleinement partie de sa mission. Depuis son arrivée, David participe ainsi à l’accueil des visiteurs et accompagne des groupes scolaires sur les sentiers. Une expérience qui complète son immersion dans les activités de l’association.  Le retour vers Lahaymeix offre un dernier regard sur les œuvres, qui disparaissent progressivement entre les arbres.

Pour David, cette parenthèse dans la Meuse dépasse largement le simple volontariat. Entre création artistique, transmission et découverte d’un territoire rural, son quotidien nourrit aussi sa propre pratique d’artiste. À Vent des Forêts, il est venu donner de son temps. Il repartira surtout avec une autre manière de regarder l’art.

 © France Volontaires

La structure d'accueil : Vent des Forêts

Installé au cœur de la Meuse, Vent des Forêts est bien plus qu’un centre d’art contemporain : c’est un projet de territoire porté depuis 1997 par six villages ruraux. Chaque année, des artistes venus du monde entier y créent des œuvres en pleine nature, en lien étroit avec les habitants, les artisans et les entreprises locales. Plus de 120 bénévoles, amateurs d’art, agriculteurs ou artisans retraités, participent toute l’année à l’accueil des artistes, à l’installation des œuvres et à la vie de l’association, faisant de Vent des Forêts une aventure profondément collective.

 © France Volontaires

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