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LE MAG’

Des extraits foliaires pour renforcer la production nutritionnelle locale au Sénégal

18 Sep. 2026

Au Sénégal, Raphaël Avrillon et Céline Krattinger, deux ingénieurs agronomes en volontariat de solidarité internationale, participent au développement d’une production locale de compléments alimentaires à base d’extraits foliaires.

Participer au déploiement d’une ligne de production de compléments alimentaires à base d’extraits foliaires : c’est la mission de Raphaël Avrillon et Céline Krattinger, deux ingénieurs agronomes diplômés de Montpellier, actuellement en volontariat de solidarité internationale (VSI) au Sénégal. Envoyés par l’Association pour la promotion des extraits foliaires (l’APEF), avec un portage assuré par la Guilde, ils ont rejoint l’association Nebeday pour accompagner le développement de cette production locale. Les extraits foliaires sont des concentrés de nutriments (protéines, vitamines, minéraux) obtenus à partir du jus de feuilles de certaines plantes.

Originaire de la région marseillaise, Raphaël effectue son VSI au Sénégal depuis décembre 2025. Céline, originaire d’Annecy, l’a rejoint en mars 2026. Tous deux interviennent dans des domaines complémentaires pour accompagner le développement de cette nouvelle activité, de la culture de la luzerne à la transformation des extraits foliaires.

Les extraits foliaires : une solution nutritionnelle innovante

Bien que traditionnellement produits à base de luzerne, toute plante dont les feuilles contiennent au moins 20 % de protéines peut, en théorie, être utilisée pour produire des extraits foliaires. C’est le cas du moringa (ou nebéday en wolof), une plante iconique au Sénégal.

Le procédé de transformation suit plusieurs étapes. Les feuilles sont d’abord broyées pour casser les cellules et en extraire un maximum de nutriments sous forme de jus, avant que le broyat ne soit pressé pour séparer le jus des fibres. Celui-ci est ensuite chauffé, ce qui provoque sa coagulation. Les morceaux coagulés sont à nouveau pressés, puis séchés et enfin transformés en poudre.

Céline dans le cadre de sa mission au Sénégal. © DR

Riche en fer, en protéines ou en calcium, cette dernière est utilisée comme complément alimentaire. Les fibres résiduelles, quant à elles, peuvent être transformées en granulés pour nourrir le bétail.

L’APEF dispose d’un long historique de distribution de ces compléments au Sénégal. Leur richesse en fer, calcium et protéines en fait des produits adaptés aux personnes légèrement anémiées, aux femmes enceintes ou aux enfants.L’arrêt d’une usine de production en France a poussé l’association à repenser sa stratégie et à développer une production locale, en partenariat avec l’ONG Nebeday.

« Une expérience enrichissante et une superbe expérience professionnalisante qui vont m'ouvrir des portes à l’avenir »

Raphaël Avrillon, volontaire de solidarité internationale

Le projet a débuté par des tests de culture de luzerne, menés auprès du Centre environnemental pour la recherche et la formation en agroécologie à Popenguine, afin de valider la viabilité de cette production au Sénégal. Il s’appuie également sur un nouveau centre de production, récemment construit à Sindia. C’est dans ce cadre que Raphaël et Céline interviennent, chacun dans son domaine d’expertise.

Arrivé en décembre 2025, Raphaël s’est spécialisé en agroéconomie et cultures tropicales au cours de ses études. Fort d’un stage au Bénin, il est aujourd’hui responsable du suivi et du développement de deux fermes de luzerne situées à proximité. Selon lui, le climat sénégalais est particulièrement propice à cette culture : la plante peut y être récoltée jusqu’à 10 fois par an, soit deux fois plus qu’en Europe.

Il accompagne par ailleurs Nebeday dans l’obtention de sa certification bio. En effet, l’association soutient, à travers tout le Sénégal, des Groupements d’Intérêt Économiques (GIE) dans la mise en place de systèmes agroforestiers (SAF) sans produits de synthèse, et cherche à valoriser les productions de ses bénéficiaires.

L’expertise agroalimentaire au service du volontariat international

Arrivée en mars 2026, Céline est ingénieure chimiste spécialisée en agroalimentaire. Avec plus de trois ans d’expérience dans la fabrication d’arômes alimentaires, elle apporte son savoir-faire au projet sur plusieurs fronts. Elle participe notamment à la recherche de matériel et de machines pour mettre en place la première ligne d’extraction. Elle accompagne également techniquement l’unité de transformation nouvellement construite, notamment sur les aspects qualité, hygiène et sécurité, et travaille à la rédaction d’un manuel détaillant les procédures de séchage et de transformation des produits.

Nebeday, via sa marque Mame Nature, accompagne ses bénéficiaires dans la commercialisation de produits transformés (fruits séchés, « fruiandises », confitures, huiles végétales). Céline a également été sollicitée pour aider les productrices à formaliser des recettes, des listes d’ingrédients et des apports nutritionnels.

Comme Céline, Raphaël Avrillon met en oeuvre sa formation et son expérience dans le cadre du projet d’extraits foliaires © DR

Bien qu’issus de la même école, Raphaël et Céline ne sont pas arrivés au volontariat par les mêmes chemins.

Raphaël, dont le parcours universitaire le poussait à retourner en région tropicale, a connu plusieurs expériences (chef de culture, responsable d’une unité de restauration collective) en France avant de trouver ce VSI qui lui permet de mettre à profit ses connaissances. Si son arrivée au Sénégal a pu être difficile, notamment le temps de s’habituer à un environnement calme et de se construire un réseau social, il en tire déjà des bénéfices : « Une expérience enrichissante et une superbe expérience professionnalisante qui vont m’ouvrir des portes à l’avenir ». Il espère d’ailleurs prolonger son contrat en décembre 2026 pour continuer à s’investir dans le projet et en récolter les fruits.

« « Le volontariat reste une période ponctuée de quelques doutes, mais surtout d’énormément d’apprentissages »

Céline Krattinger, volontaire de solidarité internationale

Céline, de son côté, s’est lancée dans le volontariat pour redonner du sens à ses activités professionnelles. « Le volontariat reste une période ponctuée de quelques doutes, mais surtout d’énormément d’apprentissages » explique la jeune femme, qui, après plus de trois ans dans la même entreprise où elle avait l’impression de manquer de résultats concrets, cherchait à avoir un impact positif. Bien qu’elle n’ait pas encore de projet précis pour la suite (elle n’est arrivée que récemment) elle a déjà le sentiment d’avoir trouvé ce qu’elle cherchait.

Entre développement des cultures, mise au point des procédés de transformation et accompagnement des productrices, les missions de Céline et Raphaël vont continuer à évoluer au fil du projet. Une manière, pour eux, de poursuivre leur engagement tout en construisant la suite de leur parcours professionnel.

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