© France Volontaires
À Avrankou, au sud-est du Bénin, Suzanne et Noémie accomplissent une mission de Volontariat de Solidarité Internationale (VSI) auprès des patients du centre Saint Camille de Lellis. Entre activités, écoute et accompagnement, elles contribuent au quotidien de personnes vivant avec des troubles psychiques, tout en vivant une expérience qui transforme profondément leur regard sur les autres et sur elles-mêmes.
Au Bénin, les personnes atteintes de maladies mentales sont encore souvent victimes de préjugés et de stigmatisation. Face à cette réalité, Grégoire Ahongbonon fonde en 1991 l’Association Saint-Camille de Lellis afin d’accompagner et de soigner les personnes souffrant de troubles psychiques en Afrique de l’Ouest.
Aujourd’hui, l’association gère plusieurs centres d’accueil et de soins en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Togo et au Bénin. À Avrankou, dans le sud-est du pays, elle ouvre en 2004 son premier centre béninois. Le site accueille aujourd’hui environ 150 patients et constitue l’un des principaux lieux de prise en charge psychiatrique du pays.
C’est dans ce contexte qu’en septembre 2025, Suzanne et Noémie sont arrivées à Avrankou dans le cadre d’une mission de Volontariat de solidarité internationale (VSI) avec Fidesco, en tant qu’animatrices sociales. Tandis que Noémie s’apprête à achever sa mission d’un an, Suzanne poursuit la seconde année de son engagement de deux ans.
Centre psychiatrique au Bénin : les patients de la Saint Camille
Le centre Saint-Camille accueille des personnes souffrant de troubles psychiques très variés : dépression, schizophrénie, bipolarité, déficiences intellectuelles ou encore addictions. Certaines arrivent accompagnées de leur famille, tandis que d’autres ont été retrouvées en situation d’errance. À leur admission, chaque patient bénéficie d’une évaluation médicale afin de déterminer la prise en charge la plus adaptée.
Selon leur état de santé, certains se voient prescrire un traitement à suivre sans hospitalisation, tandis que d’autres sont hospitalisés pour une durée variable, pouvant aller de quelques semaines à plusieurs années.
« Il n’y a pas de parcours type à la saint Camille. C'est un long parcours du combattant pour chacun de nos patients »
Suzanne, volontaire de solidarité internationale
Au-delà des soins médicaux, le centre propose un suivi global visant à favoriser la stabilisation des patients et leur réinsertion. Ceux qui sont en capacité de poursuivre leur parcours peuvent notamment intégrer le centre de réinsertion, où différentes formations professionnelles leur sont proposées. Pour les patients sans famille ni solution d’hébergement, l’accompagnement peut se prolonger au-delà des soins : certains anciens patients se voient proposer un emploi au sein de la Saint-Camille afin d’aider à leur tour les nouveaux arrivants. « Il n’y a pas de parcours type à la saint Camille. C’est un long parcours du combattant pour chacun de nos patients » explique Suzanne.
Fianarantsoa, à environ 400 kilomètres au sud de la capitale Tananarive, abrite un incubateur social qui soutient les initiatives des entrepreneures locales. © HoneyGale / Wiki
La mission d'animatrice sociale des volontaires internationales
Au quotidien, Suzanne et Noémie interviennent comme animatrices sociales auprès des patients du centre. Leur mission consiste à proposer des activités aux patients. Pour répondre aux capacités et aux besoins de chacun, elles veillent à diversifier les activités proposées. « Il faut qu’on arrive à s’ajuster à tous ces troubles très différents. Entre un patient qui a une déficience intellectuelle, et une personne dépressive, nous ne pouvons pas proposer la même chose », détaille Noémie.
Les patients peuvent ainsi participer à des activités sportives, mais aussi à des ateliers artistiques et manuels, ou des à des groupes de paroles. Tous ne ne le font pas. Certains sont présents régulièrement, tandis que d’autres restent en retrait et ne prennent part à aucune animation. Pour Suzanne et Noémie, l’objectif n’est pas tant de constituer un petit groupe de participants fidèles que de parvenir à éveiller l’intérêt de chacun, même ponctuellement. Elles s’efforcent donc de renouveler les propositions et d’aller à leur rencontre pour les encourager à essayer. Ainsi, voir une personne qui ne participait jamais rejoindre une activité, même une seule fois, est déjà une victoire.
« On propose des activités, mais on est aussi là pour prendre du temps avec eux, les écouter, discuter. On essaie vraiment d'être cette oreille attentive pour qu'ils puissent exprimer leurs émotions et vider leur sac »
Noémie, volontaire de solidarité internationale
Mais leur mission ne se limite pas à l’animation. À travers ces activités, elles cherchent avant tout à créer du lien et à offrir aux patients des espaces où ils peuvent s’exprimer librement. Une grande partie de leur travail repose ainsi sur l’écoute. En prenant le temps de discuter avec les patients et d’être présentes à leurs côtés. « On propose des activités, mais on est aussi là pour prendre du temps avec eux, les écouter, discuter. On essaie vraiment d’être cette oreille attentive pour qu’ils puissent exprimer leurs émotions et vider leur sac. C’est une grande part de notre mission », confie Noémie.
Enfin, elles accompagnent une dizaine d’enfants accueillis au centre de réinsertion d’Avrankou. Entre aide aux devoirs, activités de loisirs, sorties et accompagnement dans leur orientation scolaire, elles endossent souvent auprès d’eux un véritable rôle de grandes sœurs : « Sur le papier, on est là pour faire de l’aide aux devoirs, mais on prend aussi le rôle de grande sœur » explique Noémie.
Au Bénin, un premier contact marquant avec la maladie psychiatrique
Si les deux jeunes femmes avaient déjà côtoyé des personnes en situation de handicap ou atteintes de démence avant leur départ, aucune des deux n’avait réellement été confrontée à la maladie psychiatrique. Leur arrivée à la Saint-Camille a donc été particulièrement marquante. « Quand on est arrivé, on était très impressionnées de voir ces personnes qui parlaient un peu dans le vide, qui nous agrippaient ou qui avaient des comportements parfois désinhibés », se souvient Noémie.
Les deux volontaires ont également dû s’adapter à un rapport au contact physique très différent de celui auquel elles étaient habituées.
Malgré le choc des premiers jours, cette immersion n’a jamais remis en cause leur engagement. En découvrant les parcours souvent marqués par le rejet, la violence ou la maltraitance vécus par certains patients avant leur arrivée au centre, leur envie de s’investir n’en a été que renforcée. Noémie confie ainsi qu’elle a eu « un profond désir de leur venir en aide. Je me disais : « Je n’ai pas beaucoup d’outils en main mais je vais quand même leur donner tout ce que j’ai”. J’avais vraiment ce désir, parce que je ressentais le manque d’amour des patients ».
La cour intérieur et la cuisine rénovée du centre d’Avrankou © Les Amis de la Saint-Camille
Si les deux jeunes femmes avaient déjà côtoyé des personnes en situation de handicap ou atteintes de démence avant leur départ, aucune des deux n’avait réellement été confrontée à la maladie psychiatrique. Leur arrivée à la Saint-Camille a donc été particulièrement marquante. « Quand on est arrivées, on était très impressionnées de voir ces personnes qui parlaient un peu dans le vide, qui nous agrippaient ou qui avaient des comportements parfois désinhibés », se souvient Noémie.
Les deux volontaires ont également dû s’adapter à un rapport au contact physique très différent de celui auquel elles étaient habituées.
Malgré le choc des premiers jours, cette immersion n’a jamais remis en cause leur engagement. En découvrant les parcours souvent marqués par le rejet, la violence ou la maltraitance vécus par certains patients avant leur arrivée au centre, leur envie de s’investir n’en a été que renforcée. Noémie confie ainsi qu’elle a eu « un profond désir de leur venir en aide. Je me disais : « Je n’ai pas beaucoup d’outils en main mais je vais quand même leur donner tout ce que j’ai”. J’avais vraiment ce désir, parce que je ressentais le manque d’amour des patients ».
Comment les volontaires accompagnent les patients au quotidien
Pour les deux volontaires, il est parfois difficile de mesurer concrètement l’impact de leur travail. Les retours des patients sont rares, mais lorsqu’ils surviennent, ils constituent une véritable source de motivation. L’un d’eux, Venance, leur a par exemple confié que, sans leur présence, il aurait probablement déjà fugué plusieurs fois. Pour elles, ces moments donnent tout leur sens à la mission : « Même si on n’a pas aidé les 150 patients, si au moins on a pu en aider deux ou trois, c’est l’essentiel » note Noémie.
Sans parler d’amélioration au sens médical du terme, les deux volontaires ont le sentiment de contribuer au bien-être des patients. « Je ne sais pas si on peut parler d’amélioration, résume Suzanne, mais je pense qu’on participe à leur bien-être et à leur réinsertion d’une certaine manière, parce qu’on les aide aussi à se projeter. »
« Au fil du temps, je pense que nous voyons davantage les changements chez nous que chez les patients. Cette mission nous a profondément bouleversées » s’émeut Noémie.
Une mission de volontariat international qui invite à la réflexion intérieure
Cette année passée à Avrankou a profondément transformé les deux jeunes volontaires : « J’étais dans mon petit monde d’étudiante et cette expérience m’a confrontée à une grande réalité de la vie. Ça m’a ouvert l’esprit sur ce qu’il y avait dans le monde », constate Noémie.
La mission les a régulièrement confrontées à leurs propres limites : difficultés de compréhension, barrières linguistiques, adaptation permanente à un nouvel environnement ou encore nécessité de mettre leur ego de côté. Toutes deux soulignent également l’impact qu’a eu le fait de vivre en tant qu’étrangères dans un autre pays. Une expérience qui leur permettra, selon elles, de mieux comprendre à l’avenir les personnes amenées à quitter leurs repères pour s’installer ailleurs. Suzanne estime qu’à son retour en France, elle aura ainsi « une meilleure compréhension de ce que peuvent ressentir les personnes qui arrivent dans un nouveau pays. »
« On a pris du temps pour réfléchir à nous-mêmes, à notre avenir, sans penser à ce que la société attend d'une personne de notre âge. C'est déstabilisant au début, mais c'est vraiment formateur de se retrouver face à soi-même »
Noémie, volontaire de solidarité internationale
« On a pris du temps pour réfléchir à nous-mêmes, à notre avenir, sans penser à ce que la société attend d’une personne de notre âge. C’est déstabilisant au début, mais c’est vraiment formateur de se retrouver face à soi-même », explique Noémie.
Cette expérience a également renforcé leur volonté de continuer à s’engager auprès de personnes en situation de vulnérabilité. Pour Noémie, elle a confirmé son désir de travailler auprès des personnes en situation de handicap dans son futur métier de psychomotricienne.
Lorsqu’on leur demande de ne retenir qu’un seul souvenir de mission, Suzanne et Noémie peinent à choisir. Pour Noémie, ce sont avant tout les élans de générosité des patients qui resteront gravés dans sa mémoire. Elle raconte notamment qu’après qu’une de ses tongs ait été accidentellement cassée lors d’une soirée dansante, un patient, pourtant très démuni, lui a offert dès le lendemain une paire neuve achetée avec ses propres moyens. Un geste simple, mais qui l’a profondément touchée.
Elle se souvient également d’un patient qui, interrogé sur sa famille, lui a répondu : « C’est vous, ma famille. » Une phrase qui lui a fait prendre conscience de l’importance qu’elles peuvent avoir dans la vie de certains patients, et résume presque à elle seule, le sens de leur mission.
