Pendant deux semaines, une douzaine de jeunes de diverses nationalités vivent sous tente à la Ferme Saint-Lazare, à Grigny (Essonne). Entre maraîchage biologique, jardin partagé et vie collective, ils prêtent main-forte à une exploitation agricole pas tout à fait comme les autres. Reportage au cœur d’un chantier international.
Au petit matin, le camp est encore silencieux. Sous les grands arbres de la Ferme Saint-Lazare, une dizaine de tentes grises sont dispersées à l’ombre. Dans quelques minutes, les volontaires émergeront les uns après les autres, encore un peu endormis. Pendant deux semaines, c’est ici, en plein cœur de Grigny, qu’ils vivent ensemble. Ils ont entre 14 et 17 ans et viennent de France, d’Espagne, d’Italie, de Belgique, de Slovaquie, de Turquie ou encore d’Argentine. Ils ne se connaissaient pas il y a quelques jours. Les voilà désormais réunis autour d’un même chantier.
À la Ferme Saint-Lazare de Grigny, un chantier international pour découvrir le maraîchage biologique
Mathieu Grissolange nous accueille avec un large sourire. Directeur de la Ferme Saint-Lazare, il connaît chaque recoin des 3 000 m² de maraîchage biologique qui s’étendent derrière les bâtiments. « Ici, on produit des légumes bio, mais ce n’est qu’une partie de notre mission. La ferme est aussi un outil pédagogique et un chantier d’insertion. On accueille chaque année des salariés en parcours d’insertion, des scolaires, des familles… et l’été, des groupes de volontaires qui viennent participer à cette aventure collective. »
Mathieu Grissolange, directeur de la ferme, en discussion avec les jeunes volontaires du chantier international. © France Volontaires
La visite commence, menée par les volontaires eux-mêmes, qui nous dirigent vers des serres débordant de tomates, de concombres ou de haricots. Hier, ils ont ramassé deux belles brouettes de pommes de terre, et participé à la confection de bacs en bois destinés aux cultures, aidés par les salariés de l’établissement.
Plus loin, des poules picorent pendant que des lapins gambadent dans leur enclot. Les jeunes viennent tour à tour donner des explications, passant facilement d’une langue à l’autre. Les conversations se font en anglais, en français, parfois en espagnol ou dans un cocasse mélange de tout cela. « L’un des deux cochons que vous voyez ici a ingurgité du plastique il y a quelques jours, il a dû être emmené chez le vétérinaire », détaille Artun, élève du lycée français d’Istanbul, qui surprend tout le monde par son français impeccable. Pau, arrivé d’Espagne après avoir grandi en Argentine, tente de nourrir un lapin avec un quartier de pomme. Mais l’animal, un brin apeuré, semble un peu craintif à son approche. « C’est un lapin victime de maltraitances qu’on a recueilli à la ferme », justifie Mathieu, « il a encore quelques réflexes de protection ». Le jeune espagnol finit par lui donner sa pitance. Lui est surtout venu participer à ce chantier car il apprécie le jardinage et le bricolage : « ça fait faire de l’activité physique, et puis les chantiers permettent de rencontrer des jeunes d’autres nationalités ».
Un argument que valide Pierrick, l’un des deux animateurs du chantier avec Lucie. « Le chantier, ce n’est pas seulement travailler. Les jeunes découvrent un territoire, apprennent à vivre ensemble, à cuisiner, à s’organiser. Tout est pensé pour qu’ils soient acteurs de leur séjour. »
À midi, d’ailleurs, on passe à la mise en pratique de cette enthousiasmante autogestion. Ici, pas de cantine. Les volontaires décident ensemble des menus, établissent le budget, font les courses et cuisinent à tour de rôle, souvent avec les légumes bio récoltés sur place. Aujourd’hui, ce sont deux volontaires italiennes qui sont aux fourneaux pour un succulent risotto au champignon. Pendant que les assiettes circulent, les discussions passent du football aux recettes de famille, des différences entre les systèmes scolaires aux prochaines visites prévues dans la région.
«La ferme accueille chaque année des salariés en parcours d'insertion, des scolaires, des familles... et l'été, des groupes de volontaires qui viennent participer à cette aventure collective. »
Mathieu Grissolange, directeur de la Ferme pédagogique Saint-Lazare de Grigny
« Cela fait partie du chantier, sourit Pierrick. Et ça permet à certains de découvrir ce que signifie cuisiner ou faire la vaisselle, car tous n’ont pas grandi dans les mêmes familles. Il y en a même un dans le groupe qui ne savait pas ce qu’était une éponge », lance-t-il rigolard, dans un clin d’œil envers le jeune volontaire concerné.
Jardin partagé de la Grande Borne : des jeunes volontaires au service du quartier
L’après-midi, les deux minibus prennent la direction de la Grande Borne, à quelques minutes seulement. Au milieu des immeubles colorés, dans ce quartier populaire de la ville, un jardin partagé de 250 m² reprend peu à peu vie. Créé en 2013 à l’initiative d’habitants, il avait été progressivement délaissé avant que la Ferme Saint-Lazare ne reprenne le projet en main. Les anciennes parcelles ont laissé place à des bacs en bois, une clôture a récemment été installée et d’autres aménagements, notamment l’arrivée de l’eau directement sur le site, sont prévus dans les prochains mois.
Dans le jardin partagé de la Grande Borne, à Grigny, où les jeunes volontaires participent à l’entretien des lieux. © DR
Les jeunes se répartissent spontanément en quatre équipes. Les uns désherbent, les autres repeignent les bacs, ramassent les déchets ou arrosent les plantations. Claire, jeune volontaire française s’active à la fontaine pour remplir les arrosoirs. Elle vient en voisine, puisqu’elle habite dans une autre ville d’Essonne, à quelques pas de là. Habituée des chantiers de volontaires, elle semble particulièrement à l’aise dans celui-ci : « Je voulais rencontrer des jeunes d’autres pays, et c’est sympa de comprendre comment fonctionne une ferme. Ici, on apprend en faisant. »
Très vite, trois enfants du quartier franchissent le portail, intrigués. Ils demandent s’ils peuvent aider. Quelques minutes plus tard, les voilà équipés d’arrosoirs presque aussi grands qu’eux, sous l’œil bienveillant de Lucie et Pierrick.
Mathieu observe la scène avec satisfaction. « Quand des gens du quartier viennent spontanément participer, on se dit que le jardin remplit déjà son rôle. Il devient un lieu où l’on se rencontre, où l’on échange et où chacun trouve sa place. »
Comme il fait très chaud, en ce début du mois d’août, la séance d’entretien du jardin est finalement écourtée. Les outils, gants, arrosoirs, et autres effets sont rangés, et les volontaires remontent dans les vans, fatigués mais souriants. Demain, ils reprendront le chantier, cuisineront ensemble, dormiront sous les arbres et continueront à faire vivre ce projet où le maraîchage n’est finalement qu’un point de départ. À la Ferme Saint-Lazare, on cultive bien des légumes, mais on y cultive aussi, chaque été, une autre manière de vivre ensemble.
La structure d'accueil
Implantée à Grigny (Essonne), la Ferme Saint-Lazare est une exploitation maraîchère biologique de 3000 m² à vocation pédagogique et sociale. Gérée par l’association Études & Chantiers Île-de-France, elle associe production agricole, sensibilisation à l’environnement et accompagnement de salariés en parcours d’insertion. Chaque année, elle accueille également des chantiers internationaux de volontaires qui participent à ses projets d’aménagement et de maraîchage. Études & Chantiers Île-de-France est membre du réseau Co-Travaux, lui-même adhérent au GIP France Volontaires.