Le jardin botanique de Pamplemousses, sur l’île Maurice, et ses 37 hectares de biodiversité tropicale. © Naomi Grimaud
À l’île Maurice, Naomi Grimaud mène des expérimentations au croisement de la botanique et de l’entomologie. Sa mission : analyser les propriétés chimiques de feuilles de manguiers et tester leurs effets sur des termites arboricoles. Une mission de terrain et de laboratoire qui pourrait contribuer, à terme, au développement de biocides naturels, en alternative aux insecticides chimiques aujourd’hui largement utilisés dans les zones tropicales.
Actuellement en mission à l’île Maurice, Naomi Grimaud est engagée comme volontaire de solidarité internationale sur un projet porté par l’Observatoire régional de la lutte anti-termite (ORLAT), basé à La Réunion. Accueillie au Jardin botanique Sir Seewoosagur Ramgoolam de Pamplemousses, fondé au XVIIIe siècle, elle partage son temps entre collectes sur le terrain et expérimentations en laboratoire, en lien étroit avec la faculté d’agriculture de l’Université de Maurice. L’objectif est d’identifier d’éventuels effets répulsifs ou toxiques de certaines plantes, et de poser les bases scientifiques nécessaires au développement de solutions naturelles de lutte contre ces ravageurs, particulièrement présents dans les environnements tropicaux.
En quoi consiste ta mission au sein du Jardin botanique ?
Ma mission consiste à récolter des feuilles de différentes variétés de manguiers pour en extraire les composés chimiques, afin de les tester sur des termites arboricoles et d’observer leur comportement. Le but est de savoir si ces extraits ont un effet sur les termites, lequel, et de donner une base pour de futures recherches pour trouver s’il s’agit d’un composé chimique en particulier ou s’il s’agit d’une synergie de composés chimiques qui ont un effet sur les termites.
Les différentes espèces de feuilles de manguiers qui font l’objet de l’étude de Naomi. © Naomi Grimaud
Que signifie concrètement le développement d’un biocide naturel ?
Concrètement, développer un biocide naturel, c’est trouver une substance naturelle ou un composé actif présent dans la nature, et en faire un produit visant à éliminer ou contrôler un ravageur (insecte, microbe, champignon, etc.) grâce à un diluant inerte.
A quels enjeux environnementaux répond ce projet ?
D’un point de vue environnemental, ce projet est important puisque les insecticides chimiques actuels sont en réalité assez néfastes pour la biodiversité et pour nous- mêmes à cause de leurs effets secondaires, et que beaucoup d’insectes ravageurs commencent à développer une certaine résistance face à ces produits. Développer un biocide naturel permettra de mieux protéger notre biodiversité et offrir une alternative plus écologique, surtout avec l’interdiction montante des insecticides chimiques actuels.
"Beaucoup d’insectes ravageurs commencent à développer une certaine résistance face à ces produits. Développer un biocide naturel permettrait de mieux protéger notre biodiversité et offrir une alternative plus écologique"
À quoi ressemble une journée type sur ta mission ?
Il n’y a pas réellement de journée type, tout dépend des tâches que j’ai à faire. Parfois je n’ai que de la rédaction à faire, à d’autres moments j’ai des extractions à faire et/ou des récoltes sur plusieurs jours. Parfois, j’ai aidé à récolter les mangues au jardin pour identifier les différentes variétés présentes, ou participer à la rédaction d’un article sur la pharmacopée traditionnelle entre La Réunion et l’île Maurice.
Qu’est-ce que cette mission t’a appris sur la recherche appliquée et le travail de terrain ?
Ayant voulu faire de la recherche appliquée avant, cette mission m’a permis enfin de pouvoir avoir un pied dedans, et de réellement être dans le bain. J’avais déjà pu avoir une idée de la recherche appliquée grâce à mes profs de master, mais là, je peux facilement réaliser moi-même tout le processus, sans avoir à m’inquiéter de toute la partie financière et administrative, ce qui constitue quand même une très grosse partie. En ce qui concerne le travail de terrain, j’ai plusieurs fois eu l’occasion d’expérimenter cela pendant mon cursus universitaire, notamment grâce aux stages, mais c’est la première fois que je manipule des insectes vivants.
Que t’apporte cette expérience, au-delà des compétences techniques ?
Au-delà des compétences techniques, j’ai acquis une nouvelle expérience de vie. J’ai pu découvrir de nouveaux aspects de ma personnalité et également mieux me connaître lors des périodes de doute, où le moral était bas, et où la vie était dure avec l’éloignement de la famille. Même si Maurice est juste à côté de La Réunion, l’éloignement constitue quand même un pincement au cœur. Ça me permet également de faire plus de choses que je n’osais pas faire seule à La Réunion et d’être plus indépendante. Je trouve que c’est une occasion pour pouvoir me réinventer un peu et essayer de comprendre un peu plus qui je suis. J’ai également pu avoir un nouvel aperçu de la vie en communauté, ayant vécu à l’internat durant mes années prépa, et vivant en colocation ici à Maurice. D’un point de vue professionnel, j’ai pu découvrir réellement le monde du travail en tant que collègue et non stagiaire, et faire des rencontres avec des personnes très intéressantes et remplies de savoir. SI je devais résumer cette expérience en trois mots, je dirais : résilience, nouveauté et aventure.
Les partenaires du projet
Ce projet est cofinancé par la Région Réunion et l’Union européenne dans le cadre du programme INTERREG VI Océan Indien dont l’autorité de gestion est la Région Réunion. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme PROVEGTER, consacré à la protection du bâti tropical par les végétaux face aux termites. Dans ce contexte, elle collabore également à distance avec un second volontaire basé en Inde, impliqué sur ce même programme au sein du Centre for Plant Protection Studies de l’université agricole du Tamil Nadu.
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