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Dans les lycées agricoles, des volontaires venus d’ailleurs élargissent les horizons

18 Fév. 2026

© Tim Mossholder /Unsplash

Alors que s’ouvre le Salon de l’agriculture de Paris avec la Côte d’Ivoire comme invitée d’honneur, la coopération internationale s’invite aussi dans les établissements d’enseignement agricole. Venus d’Afrique de l’Ouest, d’Amérique latine ou d’Asie, de nombreux volontaires participent à des projets pédagogiques et techniques, apportant un regard neuf sur les pratiques agricoles, les méthodes de travail et les échanges interculturels.

« Il faut savoir que dans l’enseignement agricole, il y a une forte tradition de coopération internationale. » Ce constat, posé par Léa Woock, chargée d’ingénierie de projet à l’Institut Agro de Florac (Lozère), éclaire une réalité encore peu visible du grand public : l’international fait partie de l’ADN de nombreuses formations agricoles françaises. Historiquement tournés vers les échanges de pratiques, les établissements développent depuis quelques années une autre dynamique, avec l’accueil de jeunes volontaires internationaux au sein même des lycées.

Des fermes pédagogiques ouvertes sur le monde

Sur le terrain, cette ouverture prend des formes concrètes : appui à des exploitations pédagogiques, animation d’ateliers, participation à des projets expérimentaux, échanges avec les classes. Au lycée agricole d’Auch Beaulieu-Lavacant (Gers), Aboudou Salam Assebou, jeune volontaire togolais en Service Civique, s’est ainsi impliqué dans un projet original de huit mois qui s’est achevé à l’été 2025. «J’ai participé à la plantation et à la transformation de plantes à parfum, aromatiques et médicinales sur l’exploitation du lycée » explique-t-il.

Spécialiste de cette filière qui englobe la culture d’espèces destinées à des secteurs d’activité variés tels que la cosmétique, la parfumerie, les médicaments ou l’agroalimentaire, le jeune homme, titulaire d’une licence professionnelle en sciences agronomiques au Togo, avait déjà travaillé sur le sujet lors de son stage de fin de cycle dans son pays natal. « Au lycée, j’ai contribué à la mise en place de deux parcelles (grande culture et maraîchage). Une opportunité idéale pour approfondir mes connaissances sur les espèces françaises et sur les techniques agricoles utilisées en Europe », s’enthousiasme le jeune homme.

Aboudou Salam Assebou, jeune volontaire togolais, s’est impliqué dans un projet de plantation et de transformation de plantes à parfum, aromatiques et médicinales au lycée agricole d’Auch Beaulieu-Lavacant. © DR

Cet accueil de volontaires internationaux répond aussi à une logique de rééquilibrage des échanges. Les professionnels de l’enseignement agricole ont en effet voulu inverser la perspective, comme le détaille Thierry Poser, désormais animateur et enseignant en éducation socio-culturelle au lycée agricole de Toulouse-Auzeville : « C’est une réflexion qu’on avait à l’époque où j’étais au ministère de l’Agriculture. Longtemps, la coopération agricole a surtout fonctionné avec des Français partant à l’étranger pour y apporter leur savoir-faire. L’idée était de mettre en place une dynamique de réciprocité ».

"Ce sont des établissements qui se trouvent en milieu rural, dans des lieux parfois isolés, avec des lycéens qui n’ont pas toujours l’occasion de rencontrer des jeunes d’autres pays"

Léa Woock, chargée d’ingénierie de projet à l’Institut Agro de Florac

Réciprocité et changement de regard

Au-delà d’échanges techniques sur les pratiques agricoles, la présence de volontaires internationaux est donc aussi l’occasion de mettre en place des temps de dialogues. « Les jeunes burkinabè qu’on accueille ici en Haute-Garonne participent à un programme de formation au maraîchage, mais ils partagent par ailleurs des moments avec les lycéens autour des questions d’interculturalité. » La logique est identique en Lozère : « Ce sont des établissements qui se trouvent en milieu rural, dans des lieux parfois isolés, auprès de lycéens qui n’ont pas toujours l’occasion de rencontrer des jeunes d’autres pays », complète Léa Woock, depuis l’Institut Agro de Florac.

Carlencio Oussou, jeune béninois en mission de Service Civique international au sein de l’établissement illustre le propos : « À mon arrivée, j’ai eu un choc culturel, évidemment. Les dynamiques de travail sont très différentes, il y a beaucoup d’échanges numériques par exemple et la planification des tâches n’est pas la même… cela m’a permis d’appréhender de nouvelles façons de travailler, mais aussi de découvrir des outils d’animation que je pourrai réutiliser à mon retour au Bénin ».

 © Land O Lakes / Unsplash

À l’inverse, les lycéens français s’ouvrent à d’autres problématiques. « La présence de volontaires permet de découvrir ce qui se fait ailleurs et donc de changer un peu son schéma mental. Cela peut être utile par exemple sur des questions relatives aux pratiques liées au changement climatique, ou sur des techniques agricoles spécifiques. Les volontaires internationaux apportent effectivement un regard nouveau par rapport à cela », insiste Léa Woock.

Même si tout n’est pas toujours facile. Car accueillir un Service Civique international, ce ne sont pas les mêmes enjeux qu’accueillir un Service Civique français : « Quand un jeune vient d’un autre continent, il est important de lui permettre de discuter avec ses pairs qui sont dans d’autres lycées agricoles sur le territoire français. C’est ce qu’on essaie de mettre en œuvre avec la création d’un réseau au niveau national. Donc on travaille là-dessus : on fait des webinaires et des formations pour faire du commun, partager des expériences autour de l’accueil de volontaires internationaux, etc. » détaille Léa Woock, qui tient à rappeler que ces coopérations s’appuient sur des dispositifs structurés et une collaboration entre les différents acteurs du secteur : établissements d’enseignement agricoles, services de l’État, réseau d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (ECSI), etc.

" Les résultats de cette coopération sont très probants : à leur retour chez eux, nos volontaires s’insèrent facilement dans le milieu agricole local, dans des exploitations, dans des cabinets d'expertise ou dans des centres de formation"

Thierry Poser, enseignant  au lycée agricole de Toulouse-Auzeville 

Compétences techniques, méthodes de travail, capacité d’animation, expérience interculturelle : voilà autant d’acquis qui seront réinvestis ensuite par les volontaires dans les projets professionnels et le développement agricole de leurs pays d’origine. « Je souhaite poursuivre mes études en agronomie tout en m’investissant activement dans le développement rural au Togo, notamment à travers des projets inspirés des pratiques observées en France » indique Aboudou Salam Assebou, tandis que Thierry Poser surenchérit : « Les résultats de cette coopération sont très probants : à leur retour au Burkina Faso, nos volontaires s’insèrent facilement dans le milieu agricole local, dans des exploitations, dans des cabinets d’expertise, dans des centres de formation agricole, etc. »

À l’heure où le monde de l’agriculture est traversé par de nombreux débats liés aux défis globaux à venir, la présence de volontaires internationaux dans les lycées agricoles dessine une autre forme de mondialisation, à la fois concrète, pédagogique et ancrée dans les territoires.

Le Salon international de l’agriculture 2026

Du 21 février au 1ᵉʳ mars 2026, le Salon international de l’agriculture revient au Paris Expo – Porte de Versailles, pour sa 62ᵉ édition, sous le signe d’une agriculture en mouvement. Cette année, le pays invité d’honneur est la Côte d’Ivoire, mise à l’honneur pour le dynamisme de ses filières et son rôle pivot dans l’agriculture ouest-africaine, avec une délégation conduite par le ministre de l’Agriculture ivoirien.

L’événement s’organise autour de quatre grands univers : élevage et filières animales (sans bovins, absents en raison de la dermatose nodulaire contagieuse), cultures et filières végétales, services et métiers agricoles, ainsi que produits et saveurs de France et du monde, avec quelque 3 500 animaux attendus et plus de 1 100 exposants présents.

Lire les témoignages de volontaires internationaux dans les lycées agricoles français

-> Florentin et Chadate, volontaires dans le domaine horticole.

Florentin et Chadate, volontaires togolais au campus agricole de La Bretonnière

-> Kodjo Moïse, volontaire à l’Institut Agro Campus de Florac

Kodjo Moïse, volontaire togolais à l’Institut Agro Campus de Florac

-> Johanna, volontaire en aqua-écologie au lycée des métiers agricoles (LMA) du Haut Anjou

Johanna, volontaire béninoise en réciprocité en aqua-écologie dans un lycée agricole

-> Cherifatou, volontaire au campus agricole de St Gaudens

Cherifatou, volontaire togolaise au campus agricole de St Gaudens

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