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LE MAG’

De Sciences Po Lille au bassin du Congo pour faire entendre la voix des populations autochtones

19 Mar. 2026

© Edouard Tamba / Unsplash​

Dans le nord de la République du Congo, Laure Moncuit s’est engagée il y a quelques semaines dans le cadre du programme Volontaires pour la préservation des forêts (V-Forêts) de France Volontaires. Au sein de l’ONG Initiative Développement, elle accompagne plusieurs projets visant à renforcer la participation des populations autochtones aux dynamiques locales de développement.

À 25 ans, Laure Moncuit a choisi de quitter le siège d’Initiative Développement, à Poitiers, pour rejoindre le nord de la République du Congo. Dans cette région du Bassin du Congo où vivent de nombreuses communautés autochtones, son engagement s’inscrit dans un enjeu central : permettre à ces populations, longtemps marginalisées dans les politiques de développement, de faire entendre leur voix et de participer pleinement aux décisions qui concernent leurs territoires et leurs ressources.

Déployée dans le cadre du programme Volontaires pour la préservation des forêts (V-Forêts) de France Volontaires, sa mission l’a amenée à travailler au plus près des communautés locales, au croisement de la protection des forêts et de la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

D’étudiante à Lille aux forêts du Bassin du Congo en tant que volontaire

Diplômée d’un master Paix, Action humanitaire et Développement à Sciences Po Lille, Laure découvre l’univers des ONG à travers un stage au siège d’Initiative développement, à Poitiers. Elle y travaille sur la thématique « Climat, Énergie, Forêt » et se forme aux rouages de la gestion de projets, à la recherche de financements et à la coordination technique. Très vite pourtant, quelque chose lui manque : « Je trouvais frustrant de lire des rapports sans comprendre réellement comment les activités étaient mises en place », confie-t-elle.

Cette envie de passer de la théorie à la pratique la pousse vers le Volontariat de solidarité internationale. Lorsque l’opportunité de candidater au programme V-Forêts lui est proposée, elle n’hésite pas : même ONG, mêmes valeurs, mais sous un tout autre angle, avec de nouvelles perspectives.

 © DR

Basée à Ouesso, dans le Nord du pays à la frontière camerounaise, elle sillonne régulièrement la région. Les premières semaines sont intenses. Les coupures d’électricité, la faible connexion, les longues missions en zones enclavées… autant de défis qu’elle apprend rapidement à apprivoiser.  « Finalement, je n’étais jamais vraiment isolée » modère-t-elle. « On est toujours entouré de personnes qui sont prêtes à aider. »

Le terrain comme lieu d'apprentissage

Ce rapport humain, immédiat et direct, devient un moteur dans sa manière d’aborder le terrain et d’accompagner les équipes. En tant que « chargée d’appui autochtonie », Laure intervient sur trois projets phares d’Initiative Développement dans le Nord du Congo : Conservation inclusive de la biodiversité et des écosystèmes par les communautés locales (CIBEL), Nguenguissa, qui vise à renforcer le pouvoir d’agir des Baakas, un peuple autochtone de la région, et enfin Elongo, qui a pour vocation de contribuer à la structuration des organisations regroupant des populations vulnérables (femmes, jeunes, autochtones). Ces projets ont un point commun essentiel : améliorer la participation des communautés autochtones et bantoues au développement local.

Dans le district d’Enyellé, où 70 % de la population est autochtone, elle découvre des dynamiques sociales complexes. « L’enjeu est de travailler sur le vivre-ensemble pour permettre l’inclusion de tous dans les dynamiques locales », explique-t-elle. Elle appuie la planification, le suivi-évaluation, l’animation de formations et la production d’outils. Mais elle contribue aussi à enrichir l’expertise d’Initiative Développement sur l’autochtonie, un domaine encore peu exploré et pourtant central dans le contexte congolais.

Initiation au Makoundza, un jeu aquatique réservé aux femmes, lors de la Journée internationale des droits des femmes.  © DR

Laure insiste : l’impact du volontariat est avant tout collectif. Mais elle perçoit clairement sa contribution au renforcement des communautés accompagnées. Un exemple la marque particulièrement : l’appui à la création d’un Comité de gestion et de développement communautaire à Enyellé. « La participation de personnes autrefois exclues des processus de développement local montre que notre travail porte ses fruits », souligne-t-elle. Ces avancées concrètes rendent tangible le sens de son engagement.

Parmi les nombreux souvenirs de mission, l’un occupe une place à part. Lors de la Journée internationale des droits des femmes, des compétitions de sports traditionnels sont organisées par une association locale. Laure est invitée à participer au Makoundza, ce jeu aquatique réservé aux femmes, où la musique se crée par les mouvements de l’eau. « Je n’ai pas réussi à faire de la musique, seulement du bruit, ce qui a beaucoup fait rire. Mais partager ce moment dans la rivière, entourée de femmes bantoues et autochtones, reste l’un de mes plus beaux souvenirs au Congo. »

À ceux qui hésitent à s’engager, Laure envoie un message clair : « Le premier pas est le plus difficile, mais ceux d’après valent tellement le coup. Cette expérience m’a transformée. Je ne regretterai jamais de m’être lancée. »

Bassin du Congo : un patrimoine naturel et humain d’exception

Le bassin du Congo abrite l’un des plus vastes ensembles de forêts tropicales continues encore présents sur la planète : il constitue le deuxième plus grand massif de forêt humide au monde, juste derrière l’Amazonie.

Cet immense territoire se caractérise par une grande diversité de paysages : forêts denses, savanes, zones marécageuses, réseaux de rivières et forêts régulièrement inondées composent un écosystème d’une richesse remarquable. La région accueille près de 10 000 espèces de plantes tropicales, dont environ 30 % sont endémiques. Elle sert également d’habitat à de nombreuses espèces emblématiques et menacées, comme l’éléphant de forêt, les chimpanzés, les bonobos ou encore les gorilles des plaines et de montagne. Au total, plus de 400 espèces de mammifères, près de 1 000 espèces d’oiseaux et environ 700 espèces de poissons vivent dans cet espace naturel exceptionnel.

Mais le bassin du Congo n’est pas seulement un réservoir de biodiversité : il constitue aussi un territoire habité depuis des millénaires. Depuis plus de 50 000 ans, ses ressources assurent la subsistance de plus de 75 millions de personnes en leur fournissant nourriture, eau et abri. Près de 150 groupes ethniques différents y vivent aujourd’hui. Parmi eux figurent les Ba’Aka, souvent considérés comme les représentants les plus connus d’un mode de vie ancestral de chasseurs-cueilleurs, dont les pratiques et l’équilibre social restent profondément liés à la forêt.

Source : wwf.fr

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