Pour Antonia Rubinstein, l’aménagement de la rue de Rivoli et sa piste cyclable ont beaucoup inspiré d’autres villes. © François-Xavier Chamoulaud / Unsplash
Paysagiste et urbaniste de formation, Antonia Rubinstein a été volontaire à la Ville de Paris de juillet 2024 à juillet 2025, au sein du pôle diplomatique. Six mois après la fin de sa mission, elle revient depuis l’Argentine sur cette expérience humaine.
Six mois après avoir quitté les couloirs de l’Hôtel de Ville, Antonia Rubinstein prend le temps du recul. Revenue en Argentine à l’été 2025, cette paysagiste et urbaniste formée à Buenos Aires a passé un an au sein de la Ville de Paris comme volontaire de solidarité internationale (VSI). Accueil de délégations, projets de coopération, missions de terrain au Cambodge, Jeux olympiques : elle raconte ce que cette immersion lui a appris, et comment cette expérience continue d’influencer son regard sur les politiques urbaines et les échanges entre collectivités.
Pourquoi avoir candidaté pour cette mission à la Ville de Paris ?
Je viens de Buenos Aires, où j’ai étudié le paysagisme et la planification urbaine. Le système universitaire est différent de celui de la France : j’ai fait une licence en cinq ans, mais on commence généralement à travailler dès la deuxième année.
Pendant mes études, j’ai travaillé deux ans à la Ville de Buenos Aires, dans le domaine de la mobilité urbaine, puis dans un centre de recherche sur les questions urbaines. Après avoir fini mon mémoire, j’ai exercé comme paysagiste indépendante, mais ce n’était pas ce que je préférais. J’étais un peu à un moment charnière : je ne savais pas trop comment poursuivre.
C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’offre de volontariat de la Ville de Paris. Je venais de reprendre le français et je me suis dit que ce serait une opportunité unique, à la fois professionnelle et personnelle. Au départ, c’était presque un rêve : je ne savais pas combien de personnes allaient candidater, ni vraiment ce qu’était France Volontaires. En revanche, je connaissais bien l’action de la Ville de Paris en matière d’urbanisme. Quand je travaillais à Buenos Aires, nous utilisions souvent Paris comme référence pour les transformations urbaines. Je me suis dit que travailler directement avec Paris serait exceptionnel.
Antonia Rubinstein, dans les locaux de la VIlle de Paris en juin 2025. © France Volontaires
Tu es arrivée au moment des Jeux olympiques de 2024, dans un moment très particulier pour Paris : comment l’as-tu vécu ?
Cela a été une expérience très intense, mais incroyable. Toute la Ville était mobilisée, il y avait une énergie collective très forte.
Nous étions réunis dans la même salle pendant l’été, ce qui m’a permis de rencontrer tout le monde très vite. Le rythme était dense, mais c’était comme une formation accélérée en un mois plutôt qu’en six !
Cela m’a aussi permis de ne pas me sentir seule à mon arrivée et de comprendre très rapidement comment fonctionne la Ville dans un moment exceptionnel.
Tu parlais d’exemples inspirants. Lesquels, précisément ?
Comme je travaillais sur la mobilité, j’ai beaucoup suivi ce qui a été fait à Paris après le Covid, par exemple l’aménagement de la rue de Rivoli et sa piste cyclable, qui ont beaucoup inspiré d’autres villes. À Buenos Aires, j’ai travaillé sur une grande piste cyclable sur l’avenue Libertador, on s’appuyait notamment sur l’exemple parisien, mais aussi celui de Copenhague.
Nous regardions également beaucoup la question de la végétalisation de l’espace public.
Être ici aujourd’hui permet de mieux comprendre l’histoire longue qui a rendu ces transformations possibles. Les transports publics, par exemple, sont perçus très différemment à Paris et à Buenos Aires. Et quand on veut transposer un modèle, on se heurte à des enjeux sociaux, politiques et culturels très différents. C’est très intéressant à observer.
« Ce qui était passionnant, c’est que les échanges n’allaient pas que dans un sens. On a par exemple observé des solutions architecturales très intéressantes à Phnom Penh pour s’adapter à la chaleur tropicale. Ce sont des pistes inspirantes pour Paris, face au changement climatique »
Antonia Rubinstein, volontaire à la Ville de Paris de juillet 2024 à juillet 2025
Sur quelles tâches concrètes as-tu travaillé à Paris ?
Je travaillais avec la chargée de mission « urbanisme, patrimoine et mobilité » au sein du pôle coopération de la Délégation aux relations internationales de la Ville de Paris, qui gère les coopérations avec les villes partenaires par thématique.
J’ai participé à la plupart des projets qu’elle pilotait. Certains étaient très longs et n’allaient pas aboutir dans le temps de ma mission, donc je restais plutôt en appui. D’autres étaient très opérationnels.
Nous avons notamment collaboré avec ONU-Habitat et la Ville de Nairobi sur l’installation d’un programme dédié au logement social, sur des réseaux de maires autour des questions de logement, mais aussi sur l’accueil de délégations étrangères : rencontres techniques, visites de terrain, échanges d’expertise pour comprendre ce qui a été fait à Paris et dans d’autres villes.
Si tu devais retenir une action emblématique, laquelle serait-ce ?
Le projet le plus marquant a été celui mené avec la Ville de Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Nous nous y sommes rendus récemment avec ma responsable et deux experts de la Ville de Paris et de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR). Une équipe locale a été recrutée sur place et nous avons pu la rencontrer, visiter les sites et vraiment entrer dans la réalité du terrain.
Le projet porte sur la rénovation du patrimoine bâti et des espaces publics du centre-ville de Phnom Penh, une ville marquée par une histoire urbaine très particulière liée au régime des Khmers rouges.
C’était très fort de passer des documents administratifs aux échanges concrets sur place.
La coopération entre la Ville de Paris et celle de Phnom Penh, au Cambodge, a été l’une des expériences marquantes d’Antonia durant sa mission. © Pj Go / Unsplash
Concrètement, comment se passe la coopération entre Paris et Phnom Penh ?
Paris et Phnom Penh sont liées par un pacte d’amitié depuis près de 30 ans, ce qui a permis de développer de nombreux projets et échanges. Sur ce projet, nous avons fait des visites de terrain, partagé notre regard et des exemples parisiens, tout en restant dans un rôle stratégique. Nous étions avec un urbaniste et un architecte, qui apportaient une expertise technique.
Ce qui était passionnant, c’est que les échanges n’allaient pas que dans un sens.
Par exemple, l’architecte a observé des solutions architecturales très intéressantes à Phnom Penh pour s’adapter à la chaleur tropicale. Ce sont des pistes inspirantes pour Paris, face au changement climatique. C’est exactement ce que j’aime dans ces coopérations : sortir de l’idée que Paris enseigne aux autres et montrer que Paris peut aussi apprendre.
Comment ton expérience à Buenos Aires t’a-t-elle servi à Paris ?
Avoir travaillé dans une administration publique m’a beaucoup aidée, même si l’échelle est différente. À Buenos Aires, je travaillais dans un service très technique, mais nous participions aussi à des projets de coopération. Je sais ce que cela implique concrètement : la difficulté de concilier les ambitions d’un projet international avec les réalités locales, les contraintes quotidiennes, la vie des habitants.
Cela m’a donné beaucoup de recul ici : les projets peuvent être très beaux sur le papier, mais il faut toujours garder en tête les enjeux locaux et accepter qu’on ne peut pas tout comprendre quand on est loin.
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