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Madagascar : un incubateur social accompagne les femmes entrepreneures

6 Mar. 2026

A la fin de l’année 2026, l’incubateur se fixe l’objectif d’avoir accompagné 120 entrepreneurs, dont 70 % de femmes. © Madagascar Entreprise Développement (MED)

Dans le centre de Madagascar, le projet MAMOA a été lancé pour soutenir des femmes entrepreneures tout en agissant sur les freins sociaux et économiques qui limitent leur activité. Sur le terrain, ce dispositif mobilise notamment des équipes locales et des volontaires de solidarité internationale, comme Lucie. Interview.

Le projet MAMOA a été mis en œuvre dans trois régions du centre de Madagascar depuis décembre 2024. Parmi ses objectifs : renforcer les capacités de 40 structures d’accompagnement des femmes entrepreneures et proposer des formations ainsi qu’un appui social à plus de 1 500 entrepreneures.

Dans la région Haute Matsiatra, un incubateur social soutient les initiatives locales, et des actions de sensibilisation à l’entrepreneuriat sont menées dans les zones rurales. C’est ici que Lucie effectue sa mission de volontariat auprès de Madagascar Entreprise Développement (MED) depuis novembre 2025 et pour une durée de douze mois. A l’approche de la  Journée internationale des droits des femmes,  elle nous explique comment ce projet participe à l’émancipation économique des femmes de la région.

Quelle est la spécificité de ta mission à Madagascar ?

Ma mission se déroule dans la ville de Fianarantsoa, situé à environ 400 km de la capitale et atteignable en 12h de route.  Je travaille au sein d’un incubateur social qui a été créé dans le cadre du projet MAMOA, financé par l’Agence française de développement et mis en œuvre par l’IECD et Madagascar Entreprise Développement, son partenaire local. Ce projet se déploie sur trois régions différentes, dont la région Haute Matsiatra, dans laquelle se trouve Fianarantsoa.

Nous sommes une petite équipe de sept personnes, parmi lesquels des formateurs à l’entreprenariat et une travailleuse sociale qui gère la permanence sociale.

La particularité de cet incubateur est son volet social qui n’existe dans aucune autre région du projet. Le concept est de s’appuyer sur l’entrepreneuriat pour évoquer avec les femmes des thématiques sociales et, petit à petit, contribuer à lever les freins qu’elles peuvent rencontrer dans le cadre de leur activité.

Concrètement, comment se déroule cet accompagnement social ?

MED propose une formation à la fois sur des compétences techniques mais aussi sur des compétences non techniques, appelées compétences vie qui favorisent par exemple la confiance en soi, l’estime de soi, la prise de décision, la prise de parole en public, etc. Nous dispensons une formation complète sur six semaines, suivie d’une phase de suivi-accompagnement pendant un an, où les formateurs assurent des missions terrain et suivent l’évolution de chaque entrepreneur.

En parallèle de ce parcours de formation lié à l’entrepreneuriat, les bénéficiaires ont accès à une permanence sociale qui propose entre autres une cellule d’écoute. Des sessions de sensibilisation et des ateliers de réflexion sont également organisés régulièrement sur des thématiques spécifiques pertinentes par rapport aux besoins des entrepreneurs, en lien avec nos partenaires de l’écosystème local.

La logique d’intervention du projet repose sur l’articulation entre entrepreneuriat et social. Le social apporte une autre dimension à l’entrepreneuriat, et inversement.

Fianarantsoa, à environ 400 kilomètres au sud de la capitale Tananarive, abrite un incubateur social qui soutient les initiatives des entrepreneures locales. © HoneyGale / Wiki

Quel est le public de ce programme ?

On a des promotions constituées d’une quinzaine de personnes en moyenne. Comme c’est un projet de promotion de l’entrepreneuriat féminin, on a plus de 70 % de nos bénéficiaires qui sont des femmes. Au terme de l’année, en 2026, on aura formé et accompagné 120 entrepreneurs, dont 70 % de femmes.

"Les profils sont très variés. Les personnes que l’on accompagne ont déjà un pied dans l’entrepreneuriat. Au sein de l’incubateur, on accompagne celles qui ont déjà commencé et qui ont déjà une idée de ce que c’est qu’entreprendre."

Quels types de projets entrepreneuriaux accompagnez-vous ?

Il y a par exemplaire une de nos bénéficiaires qui fait du produit vaisselle, une autre qui produit des huiles essentielles et qui a développé son activité en faisant des massages. On a plusieurs entrepreneures qui travaillent sur la chaîne alimentaire en transformant des produits. Typiquement, elles peuvent faire des gâteaux à base de soja ou des jus naturels. Il y a aussi des activités de broderie ou de création de produits artisanaux typiques qu’on peut trouver à Madagascar.

Les profils sont très variés. Les personnes que l’on accompagne ont déjà un pied dans l’entrepreneuriat. Au sein de l’incubateur, on accompagne celles qui ont déjà commencé et qui ont déjà une idée de ce que c’est qu’entreprendre.

Et quel retour font les bénéficiaires par rapport à ces dispositifs ?

Le retour est plutôt positif. Lorsqu’on fait le suivi, on ressent une satisfaction par rapport à l’accompagnement, aux conseils donnés et aux activités que l’on développe pour les bénéficiaires.

Concrètement, on a une participation assez importante aux activités que l’on met en place. Cela confirme que cela répond à une demande et à un besoin d’être accompagnées à la fois sur l’aspect entrepreneurial et sur l’aspect social.

© 2Photos-Pots/Unsplash

Les partenaires du projet MAMOA

Le projet MAMOA a fait l’objet le 17 décembre 2024 d’une convention entre l’Agence française de développement (AFD) et le consortium d’ONG IECD-Initiative International. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme ITOVIA, piloté par l’Economic Development Board of Madagascar (l’agence nationale de promotion des investissements à Madagascar). Le programme est financé par une subvention de l’AFD à hauteur de 4,8 millions d’euros et a bénéficié en 2025 du soutien de l’Union européenne dans le cadre du programme ACTE.
Le volontariat de solidarité internationale de Lucie s’inscrit dans le cadre du programme Volontaires unis pour la Francophonie de France Volontaires.

La structure d'accueil

Créé en 1988 à l’initiative d’entrepreneurs et d’universitaires, l’Institut Européen de Coopération et de Développement (IECD) intervient d’abord à Madagascar et au Liban en 1989, puis au Cameroun en 1992, avant d’étendre progressivement ses actions à l’Afrique subsaharienne, au Proche-Orient, à l’Amérique latine et à l’Asie du Sud-Est. L’organisation agit principalement dans les domaines de l’éducation et de la formation professionnelle, qu’elle considère comme des leviers essentiels du développement économique et humain. Elle développe aussi des programmes d’appui à l’insertion des jeunes, notamment dans l’agriculture, l’hôtellerie-restauration, l’industrie ou la santé. Parallèlement, l’IECD soutient les petites entreprises et mène des actions en faveur de l’accès à l’éducation et aux soins pour les populations vulnérables. Sa mission est reconnue d’utilité publique depuis 2010.

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