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À Paris, Monica met la coopération culturelle au service du lien entre les peuples

Monica Leyva Bellido, volontaire de solidarité internationale à la Ville de Paris. © France Volontaires

Originaire du Pérou, Monica Leyva Bellido effectue une mission de Volontariat de solidarité internationale au sein de la Ville de Paris. Passionnée par le cinéma et la communication, elle participe au développement des relations culturelles internationales de la capitale et découvre, au fil des projets, une autre façon de concevoir l’action publique.

C’est par le cinéma que ton parcours s’est orienté vers la culture. Comment cette passion est-elle née ?

J’ai étudié la communication au Pérou. Au départ, je m’intéressais surtout au journalisme, mais très vite, j’ai compris que ce qui me passionnait vraiment, c’était le visuel et la création d’images. J’ai donc poursuivi avec des études de cinéma pendant trois ans.

Le secteur cinématographique au Pérou est encore fragile : il existe peu de structures et beaucoup de difficultés pour produire ou diffuser. Cela m’a donné envie d’explorer la communication institutionnelle et culturelle, un domaine qui permet d’agir plus directement pour soutenir les initiatives artistiques.

Par la suite, j’ai travaillé pour le ministère de l’Éducation et pour des universités, sur des projets nés pendant la pandémie – notamment un programme qui offrait des cours gratuits de musique à des enfants issus de milieux modestes. Cette expérience m’a confortée dans mon envie de lier éducation, culture et engagement public.

Pourquoi avoir choisi la France pour poursuivre ton parcours ?

J’ai toujours aimé la langue française. Je l’avais apprise de manière informelle, par curiosité, en dehors de l’école, car au Pérou on enseigne surtout l’anglais. Et puis la France est connue dans le monde entier pour son patrimoine culturel, ses festivals, son cinéma.

Je voulais comprendre comment un pays parvient à donner une place aussi importante à la culture, à la rendre accessible et à la soutenir institutionnellement. C’est pour cela que j’ai choisi de faire un master en activités culturelles et communication à l’Université Toulouse Capitole.

Pendant ce master, nous avons eu la chance de visiter des lieux culturels, de rencontrer leurs directeurs, d’échanger sur la gestion, les politiques publiques et les modes de financement.  J’ai aussi réalisé un stage dans le service culturel de la Région Occitanie, où j’ai participé à l’organisation des “Journées des Ateliers d’Artistes d’Occitanie 2023, un grand événement artistique.”

 

"Je voulais comprendre comment on parvient à donner une place aussi importante à la culture, à la rendre accessible et à la soutenir institutionnellement"

Comment as-tu découvert le volontariat international et ta mission à la Ville de Paris ?

Après mes études, je voulais prolonger cette dynamique d’apprentissage et d’ouverture internationale. Le Volontariat de solidarité internationale (VSI) m’a semblé être une excellente manière de mettre mes compétences au service d’un projet tout en continuant à me former.

Lorsque j’ai découvert la mission proposée à la Ville de Paris, j’ai tout de suite eu envie de postuler : elle correspondait parfaitement à mes aspirations. C’est une mission pluridisciplinaire, à la croisée de la culture, de la communication et de la coopération internationale.

En quoi consiste concrètement ta mission ?

Je travaille au sein de l’équipe chargée des relations culturelles internationales. Nous collaborons avec de nombreux acteurs : institutions étrangères, ambassades, artistes, associations culturelles, etc.

Mon rôle consiste à suivre et accompagner les projets : lecture des propositions, échanges avec les porteurs, participation à l’évaluation et à la mise en œuvre, puis suivi après les événements. Il s’agit d’un travail de fond, à la fois administratif et humain, qui demande d’être à l’écoute et de bien comprendre les logiques de coopération.

Récemment, à l’occasion de la Saison Brésil–France 2025, nous avons eu le plaisir d’organiser, avec la Ville de Rio de Janeiro, un concours d’affiches réunissant les étudiants de l’EPSAA (Paris) et de l’Université fédérale de Rio de Janeiro. Leurs créations ont mis en lumière l’amitié qui unit les deux villes et ont donné lieu à l’exposition Paris–Rio 2026, présentée sur les Berges de Seine. 

 

Qu’as-tu appris en travaillant dans une institution comme la Ville de Paris ?

En travaillant à la Délégation Générale aux Relations Internationales, j’ai pu découvrir comment la Ville de Paris met en œuvre sa politique internationale à travers ses pôles Diplomatie et Coopération. J’ai pu suivre et contribuer aux relations bilatérales avec d’autres villes, à l’implication de Paris dans les réseaux internationaux de collectivités, ainsi qu’au développement de projets de coopération décentralisée et d’initiatives de solidarité internationale.

Cette expérience m’a permis de mieux comprendre comment la Ville agit à l’international, bien au-delà du seul domaine culturel.

Et pour la suite ?

J’aimerais beaucoup poursuivre dans ce domaine, que ce soit en France ou à l’étranger, puis revenir au Pérou pour mettre à profit tout ce que j’ai appris ici, peut-être au sein du ministère de la Culture ou dans une ambassade, toujours autour de la coopération culturelle et internationale.

À Méckhé, le volontariat au service d’une ville plus propre et solidaire 

Grâce au projet financé par l’AFD, la commune de Méckhé a pu se doter d’une décharge permettant un traitement sécurisé des ordures ménagères.  © France Volontaires

Dans la commune sénégalaise de Méckhé, un partenariat avec la ville française de Saint-Dié-des-Vosges a permis la mise en œuvre d’un dispositif complet et sécurisé de collecte des déchets. Sur le terrain, Lucile Fischer, volontaire de solidarité internationale, veille à la réussite de ce projet structurant.

Aux abords du marché central de Méckhé, les tas d’ordures qui s’amoncelaient autrefois laissent désormais place à des points de collecte organisés. Pour cette ville de 27.500 habitants du nord-ouest du Sénégal, confrontée à une forte augmentation de la quantité de déchets, la transformation est visible. « La commune est aujourd’hui objectivement plus propre. J’ai pu voir toutes les réalisations physiques : la construction de la décharge, les remorques en action, etc. », témoigne Lucile Fischer, une jeune alsacienne de 27 ans qui s’est engagée sur ce projet, envoyée sur place par Grand Est Solidarités et Coopérations pour le Développement (Gescod). Elle est la cinquième (et dernière) volontaire mobilisée sur cette opération depuis le lancement de cette dernière en 2019.

Un partenariat franco-sénégalais pour repenser la gestion des déchets

La coopération décentralisée sur ce sujet entre Méckhé et Saint-Dié-des-Vosges, qui vise à doter la ville d’un dispositif complet et sécurisé de gestion des déchets, prendra en effet fin à l’issue de l’année 2025. Le projet, financé avec l’aide de l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 814 753 €, comprend la construction d’infrastructures adaptées, le renforcement du service technique municipal, des formations à destination des agents et élus, ainsi que des campagnes de sensibilisation destinées à la population.

Mais, sur le terrain, le défi dépasse la seule logistique : « C’est un projet très structurant, où il n’y a pas seulement la mise en place de réalisations physiques. Il y a aussi tout un pan sur la sensibilisation et le changement des mentalités », précise Lucile.

Une séance de ramassage des déchets dans les rues de la ville. © France Volontaires

Car pour durer, la propreté d’une ville dépend avant tout de l’adhésion de ses habitants. À Méckhé, cette dynamique prend désormais racine. Des groupes bénévoles s’organisent pour nettoyer les quartiers, ramasser les déchets et entretenir les zones de dépôt. « Nous avons régulièrement des retours très positifs de la population, qui adhère complètement au dispositif et est même motivée à poursuivre les efforts » détaille la volontaire. Ces initiatives locales, portées par des collectifs spontanés, donnent au projet une dimension participative et communautaire précieuse dans ce type d’opération.

Sensibilisation et engagement citoyen à Méckhé

Le partenariat mise aussi sur la coordination avec les structures, comme Aquassistance (côté français) et la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED, côté sénégalais), pour assurer la pérennité du dispositif. « Il est nécessaire de collaborer avec les structures existantes, notamment au national, pour créer une synergie et pérenniser le projet », souligne Lucile Fischer. Cette approche globale vise à renforcer la municipalité dans la structuration de ses services, tout en consolidant la redevabilité envers ses habitants.

"Nous avons régulièrement des retours très positifs de la population, qui adhère complètement au dispositif."

Derrière la rigueur de la gestion technique, le volontariat porte aussi une dimension humaine forte. « C’est exigeant, mais très formateur et challengeant. J’ai appris à m’adapter, à travailler en équipe dans un contexte interculturel, à planifier et gérer plusieurs projets de développement », confie la jeune alsacienne. Une expérience qui transforme sa manière d’appréhender son rapport aux autres : « Humainement, je suis plus tolérante, je juge moins vite. J’ai remis en question certaines idées. Les échanges avec les Sénégalais, très ouverts et fiers de leur culture, m’ont enrichie. »

À Méckhé, dans le sillage des nouvelles pratiques de collecte, des infrastructures rénovées et des formations techniques, c’est toute une communauté qui réinvente sa relation à son environnement.

Bio express

Originaire d’Alsace, Lucile Fischer, 27 ans, est volontaire de solidarité internationale à Méckhé, dans la région de Thiès au Sénégal. Engagée avec Gescod, elle coordonne depuis onze mois un projet de gestion complète et sécurisée des déchets. Avant cette mission, elle avait déjà passé huit mois dans la même commune dans le cadre d’un service civique international sur la thématique de l’urbanisme. Se décrivant comme « curieuse, humaine, indépendante », Lucile s’inscrit dans une continuité familiale : sa mère avait été volontaire du progrès au Sénégal il y a quarante ans. Inspirée par cette histoire, elle a choisi à son tour de s’engager sur le terrain pour contribuer, à sa manière, au développement local de la commune.
Lucile Fischer
Volontaire de solidarité internationale

Jog Jëem : un documentaire pour raconter l’engagement des jeunes de la Gironde au Sénégal

Seydou Sidibé, en juillet dernier à son retour au Sénégal. Le documentaire Jog Jëem, qu’il a contribué à réaliser, sera projeté à Bordeaux le 28 octobre prochain . © France Volontaires Sénégal

À Bordeaux, l’association Keur Espoir et le volontaire sénégalais Seydou Sidibé ont donné vie à un documentaire sur la jeunesse engagée. Né d’une mission de service civique international, ce film collectif met en lumière les initiatives citoyennes portées par des jeunes en France et au Sénégal.

À la salle des fêtes du Grand Parc, à Bordeaux, l’écran s’allumera le 28 octobre prochain pour dévoiler un film pas comme les autres. Jog Jëem, ce documentaire à la réalisation « artisanale », selon les dires mêmes de ses créateurs, mais à l’ambition bien affirmée, raconte une jeunesse en action, en France comme au Sénégal. Aux manettes : Seydou Sidibé, 22 ans, venu de Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, pour un service civique international en France. À ses côtés, l’association bordelaise Keur Espoir, qui accueillait pour la première fois un volontaire de ce type.

« Dès son arrivée, le feeling a été évident », se souvient Mélanie Siot, sa tutrice au sein de l’association. « Seydou est quelqu’un d’hyper dynamique, très créatif, avec une vraie énergie. Pour nous, c’était simple de l’intégrer et d’imaginer des projets ensemble. »

Une mission de volontariat qui se transforme en aventure collective

À l’origine, il ne s’agissait que de développer une mission de communication et quelques podcasts sur l’engagement citoyen. Mais très vite, l’enthousiasme de Seydou et la curiosité de l’équipe font basculer le projet. « On a rencontré des jeunes incroyables, des acteurs engagés des deux côtés de la Méditerranée… Alors on s’est dit : pourquoi pas un documentaire ? », raconte Mélanie.

Le film prend forme pas à pas. À Bordeaux, Seydou et l’équipe interviewent des jeunes des quartiers populaires, des associations locales, des élus comme le maire de Cenon. Le fil rouge : montrer qu’au-delà des clichés sur une jeunesse désabusée, des milliers de jeunes, en France comme au Sénégal, se retroussent les manches pour leurs communautés.

« Ce qu’on voulait montrer, c’est qu’il y a une vraie énergie dans la jeunesse », explique Mélanie Siot. « Qu’elle prenne la forme des études, de l’engagement social ou de la coopération entre villes, ça a du sens. Et c’est une histoire qu’on partage avec le Sénégal, qu’il faut raconter ensemble. »

Après être parti à la rencontre de nombreux jeunes girondins pendant ses six mois en France, Seydou Sidibé a interviewé, à son retour au Sénégal, des acteurs de la citoyenneté sénégalaise: Assane Alfred Ndiaye, fondateur de l’association Keur Espoir au Sénégal et Pape Sega Ndiaye, plus jeune conseiller municipal de la commune de Ouakam et entrepreneur engagé. © Keur Espoir Sénégal

De Guédiawaye à Bordeaux, l’itinéraire d’un volontaire international

Le projet n’aurait pas vu le jour sans Seydou Sidibé. Son parcours ne suit pas les sentiers balisés. À l’adolescence, il préfère les rythmes du hip-hop aux bancs de l’école. Il rejoint l’association de son quartier, Guédiawaye Hip-Hop, qui utilise les cultures urbaines pour accompagner des jeunes en difficulté. Peu à peu, l’art devient engagement : présentateur scénique, organisateur d’événements, chargé de communication… jusqu’au jour où son association lui propose de candidater pour une mission de service civique en France.

« Je ne m’attendais pas à être sélectionné », avoue Seydou. « Mais je n’ai pas hésité une seconde. C’était une opportunité de maximiser mes compétences et de grandir personnellement. »

À Bordeaux, il découvre un univers nouveau, parfois déroutant : le froid de l’hiver, le silence des rues, le poids du temps qui ne s’écoule pas comme au Sénégal. « Le premier mois, je me suis demandé si je n’allais pas rentrer », confie-t-il. « Mais ensuite, j’ai vécu les plus beaux moments de ma vie. »

Le volontariat agit comme un tremplin. Lui qui bégayait parfois prend confiance, s’exprime avec aisance jusque devant des élus. Il s’active sur le montage vidéo, la prise de son, renforce ses compétences en communication. « Je ne me suis jamais autant engagé que pendant mon séjour en France », dit-il aujourd’hui.

"Au Sénégal, il y a des jeunes qui ne travaillent pas, d’autres qui ne sont pas allés à l’école. Avec ce documentaire, je veux leur dire : il faut se lever, aller chercher les opportunités, ne pas rester dans l’inaction."

Seydou Sidibé, volontaire en service civique international

Un film participatif, miroir de la jeunesse

Avec Jog Jëem, Seydou et Keur Espoir cherchent à capturer un souffle collectif. Le documentaire multiplie les voix, du doctorant sénégalais en droit public installé à Bordeaux à la jeune élue de la mairie de Ouakam. « On voulait que ce soit un récit participatif », insiste Mélanie Siot. « Nous avons dit aux personnes rencontrées : “C’est vous les acteurs principaux du film.” »

Seydou, lui, y a vu une mission : « Au Sénégal, il y a des jeunes qui ne travaillent pas, d’autres qui ne sont pas allés à l’école. Avec ce documentaire, je veux leur dire : il faut se lever, aller chercher les opportunités, ne pas rester dans l’inaction. C’est possible de réussir. »

Au-delà du film, l’expérience a tissé des liens solides. Keur Espoir et Seydou travaillent encore ensemble, malgré son retour à Dakar en juillet. « Aujourd’hui, il est toujours en charge de notre communication. C’est une rencontre humaine et professionnelle qui se poursuit », explique Mélanie. « L’aventure continue ».

De son côté, le jeune homme multiplie les projets : la création d’une maison de production, l’organisation d’un festival, et peut-être un retour en France en tant que volontaire de solidarité internationale. Son message est clair : « Les jeunes doivent être conscients que nous sommes les guerriers de notre génération, les ambassadeurs de demain. Engagez-vous, donnez tout ce que vous avez. »

L’histoire de Jog Jëem illustre ce que peut produire la réciprocité : un échange où chacun grandit, où la France et le Sénégal construisent un récit commun. Et dans ce récit, l’engagement des jeunes n’est pas un second rôle mais bien le cœur de l’intrigue.

À Bordeaux, fin octobre, les lumières de la salle s’éteindront. L’écran projettera les visages, les voix, les gestes de cette jeunesse en mouvement. Et peut-être que dans le silence attentif du public résonnera le mot wolof qui donne son titre au film. « Jog Jëem » : s’engager.

Bio express

Originaire de Guediawaye, près de Dakar, Seydou Sidibé a grandi au sein de l’association GHip-Hop, où il s’est formé aux cultures urbaines et à l’engagement citoyen. Animateur, présentateur et communicant, il effectue en 2024 un service civique international à Bordeaux avec Keur Espoir, dans le cadre du programme WECCEE de Cool'eurs du monde. Sa mission l’amène à créer des podcasts et un documentaire, Jog Jëem, sur l’engagement de la jeunesse. De retour au Sénégal, il développe une maison de production et de nouveaux projets culturels
Seydou Sidibé
Volontaire en service civique international

“Les volontaires étrangers donnent une dimension internationale à nos projets”

Rafik Mousli, directeur d’Une Terre Culturelle, dans les locaux de l’association à Marseille. © France Volontaires

À Marseille,  l’association Une Terre culturelle relie mobilité internationale et ancrage local et permet à des jeunes, souvent éloignés des dispositifs d’aide et d’accompagnement, de s’ouvrir à d’autres cultures ou de se confronter à de nouvelles réalités. Rafik Mousli, directeur de l’association nouvellement membre de France Volontaires, répond à nos 5 questions. 

Comment est née l’association Une Terre culturelle ?

L’histoire commence dans les années 1990 au centre social Saint-Mauront Bellevue, dans le quartier Felix-Pyat à Marseille, où des travailleurs sociaux ont développé un secteur dédié aux échanges internationaux de jeunes. Face aux difficultés rencontrées, certains participants et éducateurs ont décidé en 2002 de créer Une Terre culturelle pour préserver et renforcer ce réseau. L’idée était simple : permettre à des jeunes, notamment issus des quartiers populaires, de découvrir d’autres horizons grâce à la mobilité et à la rencontre interculturelle.
Très vite, nous avons élargi nos actions au volontariat. En 2007, nous avons obtenu l’agrément pour accueillir des volontaires en service civil (puis en service civique), et peu après pour le Service volontaire européen. Aujourd’hui, nous travaillons dans le cadre du Corps européen de solidarité, avec l’Office franco-allemand pour la jeunesse, et nous coordonnons des projets en région Provence-Alpes-Côte d’Azur et dans le bassin méditerranéen, notamment avec le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.

Pourquoi avoir fait du volontariat un axe fort de vos activités ?

Parce que le volontariat complète parfaitement notre démarche. Accueillir des volontaires étrangers à Marseille permet de donner une dimension internationale à des projets locaux. Ces jeunes apportent un regard neuf et partagent leur expérience de mobilité avec d’autres, notamment ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de voyager.
Notre objectif est de toucher les jeunes qui ont moins accès à ce type de dispositifs. Cela peut concerner ceux qui vivent dans des quartiers populaires, en zones rurales, ou simplement des jeunes qui n’ont pas encore découvert la diversité culturelle. Le volontariat devient alors un formidable outil d’apprentissage, qui aide à combattre les préjugés et à renforcer la citoyenneté.

La quatrième édition de Smarthe4Change, au printemps dernier, rencontre organisée autour de la thématique du choc interculturel. © Une Terre Culturelle

Avec quels types de partenaires travaillez-vous ?

Nos partenaires sont variés : associations de terrain, centres sociaux, clubs sportifs, structures culturelles… Les volontaires que nous accueillons ne sont pas seulement intégrés dans nos projets, mais aussi placés chez ces partenaires, où ils apportent un soutien précieux. Cela renforce les coopérations locales comme internationales.
Nous travaillons également en étroite collaboration avec France Volontaires depuis plus de dix ans. Leur expertise nous accompagne sur le plan administratif et institutionnel, en particulier pour les agréments ou la mise en place de projets à l’étranger. L’adhésion à France Volontaires s’est donc imposée naturellement, comme une manière de consolider un partenariat déjà solide.

Vous participez régulièrement à des événements grand public, comme le Delta Festival. Quel est l’intérêt pour vous ?

Ces rendez-vous sont des espaces de sensibilisation incontournables. Dans un festival comme le Delta, nous rencontrons des centaines de jeunes, parfois issus de milieux très différents. Certains découvrent pour la première fois les possibilités offertes par la mobilité européenne et internationale.
Nous intervenons aussi dans des fêtes de quartier, des événements organisés par les missions locales ou les centres sociaux, ainsi qu’à la Fête de l’Europe. Chaque fois, nous essayons de montrer la valeur ajoutée d’un projet de mobilité, à travers des témoignages, des vidéos ou la rencontre directe avec des volontaires.

Enfin, pouvez-vous nous parler de la Maison du volontariat ?

C’est un lieu de vie et d’accueil au sein de nos locaux, à Marseille, où résident plusieurs volontaires. Ils y partagent des espaces communs, organisent des activités et contribuent à l’animation du quartier. Cela peut aller d’une soirée cuisine à des expositions ou des projections de films, souvent ouvertes au voisinage.
La Maison accueille aussi des événements réguliers : la Journée mondiale de la diversité, les Journées du patrimoine, un village interculturel, ou encore l’initiative « Smarthe4change » (l’association est basée dans le quartier Sainte-Marthe), qui propose chaque mois des ateliers sur des thématiques citoyennes. C’est à la fois un espace d’accueil, de convivialité et de rayonnement culturel.

Une Terre Culturelle en bref

Créée en 2002 à Marseille, l’association loi 1901 trouve ses premières initiatives dès 1992 au Centre social Saint-Mauront Bellevue. Elle agit en faveur d’un développement humain durable, en s’appuyant sur l’apprentissage interculturel réciproque. Ses projets portent sur l’éducation à la citoyenneté, la solidarité, l’inclusion sociale et l’écologie. La rencontre et le dialogue entre cultures constituent pour elle des leviers essentiels afin de déconstruire les préjugés et de renforcer les liens entre individus.

De Bordeaux au Togo, un ingénieur raconte son Congé Solidaire

Les apprenants de l’association AGBO-ZEGUE durant leur formation. © Jean Dumesnil

En août 2025, Jean Dumesnil, salarié d’Ingérop, a quitté son bureau bordelais pour rejoindre Lomé, au Togo. Grâce au dispositif Congé Solidaire® de Planète Urgence, il a formé, pendant deux semaines, des acteurs locaux de l’ONG AGBO-ZEGUE aux techniques de suivi et d’évaluation de projets, illustrant les ponts qui peuvent exister entre le monde de l’entreprise et celui de la solidarité internationale. Témoignage, alors que s’ouvre le Mois du volontariat d’entreprise.

Quand il parle de son Congé Solidaire®, Jean Dumesnil est intarissable. Et pour cause : responsable du développement au sein de la société Ingérop, à Bordeaux, il est revenu totalement enthousiaste après avoir passé deux semaines au Togo en mission de solidarité internationale. Sa mission : concevoir et animer un module sur le suivi et l’évaluation de projets pour AGBO-ZEGUE, une ONG locale qui apporte un appui scientifique et technique pour la conservation des espèces menacées de disparition, des écosystèmes fragiles et des aires protégées. Avant même le départ, il avait consacré de longues heures à bâtir un programme adapté. Mais sur place, il a surtout appris à s’ajuster aux réalités et aux besoins exprimés par les participants, jusqu’à transformer leurs projets en études de cas. De cette expérience, il retient une aventure « extrêmement enrichissante », où pédagogie, esprit d’équipe et dimension humaine s’entremêlent.

1. Quand l’ingénierie rencontre la solidarité

« J’ai intégré Ingérop en juin 2020. J’occupe une fonction de responsable du développement au sein du groupe. Concrètement, il s’agit d’aller chercher de nouveaux clients dans les secteurs du bâtiment, de l’énergie et de l’industrie.

Mon parcours est un peu atypique : j’ai d’abord travaillé comme technicien électricien, puis j’ai poursuivi avec des études en école de commerce. Tout cela pour dire que mon métier a toujours été lié au travail en équipe, en mode projet. C’est ce qui m’a beaucoup animé dans la mission au Togo, puisqu’il s’agissait d’aider une ONG locale à travers un module de formation sur le suivi et l’évaluation de projets.

C’est un sujet qui résonnait fortement avec moi : non seulement je devais délivrer la formation, mais j’ai aussi créé l’intégralité du contenu avant de partir. Deux semaines de cours, entièrement construits autour de ce module de suivi-évaluation. Une préparation très prenante, mais déjà une belle aventure en soi. »

2. L’âge, un faux obstacle

« Quand j’ai candidaté je n’étais pas sûr d’avoir le profil. Pour moi, le Congé Solidaire, c’était surtout un truc de jeunes, et comme j’ai 51 ans, je ne pensais pas avoir ma chance. Cela n’a pas été le cas puisque j’ai été reçu, et mes diverses expériences professionnelles ont été bénéfiques à la mission.

Avec le recul, je crois même que mon âge a joué en ma faveur : il m’a permis d’aborder la mission avec sérénité, d’avoir du recul sur les situations rencontrées et d’apporter une expertise acquise au fil des années. Sur place, je n’ai jamais ressenti la moindre barrière générationnelle. Au contraire, les échanges avec les volontaires ont été très stimulants, chacun apportant sa manière de voir et d’agir. Cette complémentarité est une vraie richesse. Aujourd’hui, je suis convaincu qu’il n’y a pas d’âge pour vivre un Congé Solidaire, seulement l’envie sincère de partager et d’apprendre. »

"J’ai transformé certains modules en études de cas, par exemple sur la vulnérabilité des systèmes cotonniers face au changement climatique "

Jean Dumesnil, volontaire en mission de Congé Solidaire au Togo

3. Sur le terrain : transformer les cours en expériences concrètes

« Une fois sur place, j’avais prévu un support qui tenait la route, mais qui n’aurait peut-être pas été totalement opérationnel. Alors, dès les premiers jours, j’ai choisi d’impliquer les participants. Je leur ai proposé de me partager leurs projets concrets, en cours ou à venir, afin d’en faire des cas pratiques. Deux participants, par exemple, ont parlé de projets auxquels ils travaillaient, et j’ai réadapté mes cours en fonction. Au final, près de 60 % du contenu a été réécrit sur place pour répondre à leurs besoins réels.

Cela m’a demandé du travail supplémentaire, mais c’était passionnant. Le fait d’adapter les cours aux projets locaux les a rendus bien plus impactants et utiles pour eux. J’ai transformé certains modules en études de cas, par exemple sur la vulnérabilité des systèmes cotonniers face au changement climatique, ou encore sur la création de points d’accès à l’eau potable pour les communautés locales. Deux projets très différents, mais qui ont servi de fil conducteur pour travailler sur les méthodes de suivi-évaluation.

À la fin de la mission, nous avons organisé un bilan pédagogique. Planète Urgence demande toujours d’évaluer l’impact de la formation et d’identifier ce qui peut être amélioré pour la suite. Le dernier jour, les participants ont tenu à me remercier avec un chant de clôture très émouvant. Pour moi, c’était la preuve que ces deux semaines avaient été une réussite, autant pour eux que pour moi.

L’expérience a aussi été valorisée : une capsule vidéo a été réalisée et diffusée sur YouTube, et nous avons pris une photo de groupe avec tous les participants. »

 © DR

4. Un dispositif qui engage l’entreprise et les salariés

« Concernant le dispositif Congé Solidaire®, il faut savoir qu’Ingérop lance chaque année, en mars, un appel à candidatures auprès des salariés. Ceux qui souhaitent s’investir remplissent un dossier en ligne. Ensuite, une présélection est faite, puis les candidats « pitchent » devant un petit comité pour expliquer leurs motivations et le choix de leur mission. Chaque année, entre cinq et sept personnes sont retenues.

C’est une démarche très vertueuse : l’entreprise met ses salariés à disposition pour des missions solidaires, Planète Urgence s’assure du sérieux et de la sécurité des ONG partenaires, et au final tout le monde y gagne. L’entreprise soutient financièrement la mission, notamment sur les frais de déplacement, et le salarié pose ses congés pour la durée de la mission. Moi, par exemple, j’ai posé deux semaines, et tout le temps de préparation et de restitution a été fait en plus, sur mon temps personnel.

Au retour, on nous demande aussi de témoigner. C’est essentiel pour montrer l’intérêt de ce type d’engagement, ce que cela apporte aux ONG, mais aussi ce que cela change dans notre métier. »

5. Un retour d’expérience qui inspire et fédère

« C’est vrai que cela a suscité beaucoup d’intérêt en interne : j’ai eu énormément de retours de collègues, de Bordeaux, Toulouse, Nantes ou Rennes, qui voulaient comprendre comment cela s’était passé. On m’a posé des questions sur la méthodologie, les difficultés rencontrées, l’organisation… Cela a vraiment éveillé des envies.

Ce que j’ai constaté aussi, c’est que les valeurs que j’ai mises en pratique sur place – communication, apprentissage, cohésion d’équipe, vision partagée – sont exactement celles dont nous avons besoin dans l’entreprise. Finalement, les compétences développées dans une mission de Congé Solidaire® résonnent directement avec le quotidien professionnel.

Pour moi, cette mission a confirmé l’importance de travailler en équipe, de transmettre et de donner du sens à ce que l’on fait. C’était une aventure humaine et professionnelle extrêmement enrichissante, et je suis prêt à repartir. »

Le Mois du volontariat d’entreprise par Planète Urgence

Depuis quatre ans, chaque année au mois d’octobre, l’ONG Planète Urgence valorise le volontariat d’entreprise en mettant en avant le Congé Solidaire®, un dispositif d’engagement efficace au service de la solidarité internationale. Créé il y a 20 ans par l’association Planète Urgence, ce dispositif de volontariat financé par les entreprises, permet aux salariés de s’engager sur une mission de courte durée (2 semaines) sur leur temps de congés, en France ou à l’international. Association du groupe SOS, Planète Urgence est une ONG de solidarité internationale et d’aide au développement reconnue d’utilité publique. À travers ses dispositifs de volontariat et de renforcement de compétences, ses actions de sensibilisation et ses projets de préservation des forêts, elle entend permettre à chacune et chacun d’être davantage acteur de son développement et de celui de sa communauté. Planète Urgence agit en direct via ses équipes de terrain dans les trois grands bassins forestiers tropicaux mondiaux – l’Amazonie, le bassin du Congo, le bassin du Bornéo Mékong – là où la déforestation est la plus vive, la biodiversité la plus exceptionnelle et les vulnérabilités humaines les plus fortes. Elle s’appuie également sur la mobilisation et l’engagement des citoyens, et notamment des salariés via le Congé Solidaire.

Jean Dumesnil © DR 

Volontaire dans un archipel tunisien, Maël rebondit après un décrochage scolaire

Un pêcheur de retour au port sur l’île de Kerkennah © Skander Zarrad / Wikimédia Commons

À 19 ans, Maël Mezzour a trouvé dans le service civique international une façon de rebondir après un parcours scolaire hésitant. Parti en mission sur l’archipel de Kerkennah, en Tunisie, il raconte comment ce volontariat dans la préservation des écosystèmes lui a permis de redonner du sens à son engagement, de reprendre confiance et d’envisager l’avenir autrement.

À l’approche de ses 19 ans, Maël Mezzour a choisi de mettre entre parenthèses ses études pour partir en mission de service civique en Tunisie, sur l’archipel de Kerkennah. Né d’une mère française et d’un père marocain, il a grandi entre Arles et Marseille. Après le bac, le moment de choisir une voie sur Parcoursup est problématique pour lui. Il tente d’abord une prépa littéraire au lycée militaire d’Aix-en-Provence, mais l’expérience tourne court : au bout d’une semaine, il quitte un univers qui n’est pas le sien. Cap ensuite sur une licence d’anthropologie, sans plus de succès.

En janvier 2025, un mois passé au Maroc avec son père lui permet de souffler et de réfléchir. À son retour, il prend une décision : partir en volontariat. Voyager, s’engager dans un projet concret, donner du sens à sa vie dans cette période incertaine. En avril, il rejoint l’association Kantara, qui agit pour la préservation de l’environnement à Kerkennah. Une manière de se recentrer, mais aussi de se confronter à une autre réalité, loin des hésitations de ses années lycée.

Pourquoi avoir choisi de partir en mission de volontariat international en Tunisie?

Je ne voulais pas rester sans rien faire trop longtemps pendant ma pause d’études. J’avais besoin de bouger, de ne pas juste passer du temps à attendre. J’avais aussi envie de voyager seul, de vivre une vraie expérience à moi, et le Service civique international me permettait ça. En plus, il y avait une indemnité́, donc je pouvais le faire sans trop stresser pour l’argent.

C’était aussi l’occasion de découvrir un domaine qui m’attirait, celui de la nature, pour tester et voir si ça me plaisait vraiment. Et puis, vivre dans un pays maghrébin, c’était quelque chose que j’avais toujours eu envie de faire, pas juste y passer des vacances comme j’en avais l’habitude, mais m’y installer un minimum, m’imprégner du quotidien.

Maël est accueilli par Kantara, une association locale qui vise à préserver l’environnement de Kerkennah et à développer une conscience écologique auprès de la population, surtout les jeunes © France Volontaires

Ta mission est de participer à la préservation des écosystèmes marins : peux-tu nous en parler plus concrètement ?

Ma mission a la particularité d’être assez large, dans le sens où je n’ai pas une seule tâche fixe qui m’est attribuée, mais j’ai plutôt pour mission de participer à la vie de la structure et à la dynamique de préservation des écosystèmes marins sur l’archipel. Mon organisme d’accueil principal, c’est Kantara, une association locale qui vise à préserver l’environnement de Kerkennah et à développer une conscience écologique auprès de la population, surtout les jeunes. Par exemple, on a récemment organisé un camping d’été pour enfants, où nous, les jeunes volontaires, étions en soutien de l’organisation.

À côté de ça, je suis aussi impliqué avec l’association Kraten, qui s’occupe de la cogestion de l’aire marine et côtière protégée des îlots Nord de Kerkennah. Leur but, c’est la préservation de l’écosystème et le soutien aux communautés locales. Avec eux, je participe à des actions de sensibilisation, mais aussi parfois à des activités de recherche scientifique en lien avec le milieu marin.

C’est donc une mission très variée, avec des activités qui changent beaucoup. Ça peut être un peu déroutant au début, mais personnellement, c’est justement ce côté polyvalent qui m’a plu dès le départ.

Peux-tu nous parler de ton expérience de vie en Tunisie ?

Dès les premiers instants, j’ai apprécié le mode de vie en Tunisie. Il m’a semblé bien plus humain, notamment parce qu’il est beaucoup moins planifié et plus spontané.

Mais ce qui rend l’expérience vraiment unique, ce sont les Tunisiens eux-mêmes. Leur accueil est chaleureux, ils ouvrent les bras et n’hésitent jamais à aider en cas de besoin. Ce qui est frappant, c’est cette facilité à engager la conversation, à parler de tout et de rien, même avec des inconnus. Les barrières sociales sont bien moins marquées, et ça crée un sentiment de proximité et de partage très agréable.

© Yesmine Z. / Wikimedia

A quelles difficultés as-tu fait face ?

Ce qui a été le plus difficile pour moi au début, c’était d’accepter que je n’allais pas tout faire parfaitement dès le départ. J’avais cette pression de vouloir être à la hauteur de l’opportunité qu’on m’avait donnée, comme s’il fallait absolument que tout soit impeccable.Puis, j’ai réalisé que ce n’était pas ce qu’on attendait de moi. Ce qu’on me demandait vraiment, c’était d’être volontaire, engagé, et, d’être de bonne humeur si possible.

Dans le même esprit, un autre défi a été d’apprendre à dire “non” parfois. Quand on a envie d’aider tout le monde, c’est difficile de refuser. Mais on se rend vite compte qu’on ne peut pas tout faire, et qu’il faut apprendre à gérer son temps et poser des limites pour rester efficace et ne pas s’épuiser.

Qu’est-ce qui t’as rendu fier ?

C’est une question compliquée, parce qu’en mission, on ne prend pas vraiment le temps de réfléchir à ça, on est surtout dans l’instant présent. Mais si je prends un peu de recul, je dirais que ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir pris la décision de partir et de tout recommencer le plus tôt possible. Ce n’est pas forcément une décision « logique », surtout quand on pense à ce que la société nous pousse à faire : finir ses études, obtenir son diplôme, assurer un certain confort, une stabilité, avant éventuellement de penser à faire ce genre de mission.

Mais moi, je ne voulais pas me lancer dans des années d’études pour peut-être finir par réaliser que ce n’était pas fait pour moi. Je savais que j’étais perdu, et je sentais que continuer dans cette voie-là n’allait rien arranger. Donc oui, je suis fier, dans un sens, d’avoir su m’écouter, de ne pas m’être obstiné dans un parcours qui ne m’aurait probablement pas rendu heureux.

J’ai eu la chance d’avoir des parents très compréhensifs et surtout, d’avoir eu cette opportunité du service civique international qui est tombée au bon moment. Dans un autre contexte, avec moins de soutien ou sans cette possibilité, je ne sais pas si j’aurais pu prendre cette décision-là

« Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir pris la décision de partir et de tout recommencer le plus tôt possible. Ce n’est pas forcément une décision « logique », surtout quand on pense à ce que la société nous pousse à faire : finir ses études, obtenir son diplôme, assurer un certain confort »

Quelles compétences as-tu pu développer ?

Je dirais que j’ai d’abord développé des compétences assez concrètes, comme le nettoyage de vélos et un peu de bricolage. Ensuite, il y a aussi tout ce qui touche à l’organisation : gérer de grands groupes, que ce soit pour des sorties ou des événements avec les enfants, faire en sorte que chacun participe et passe un bon moment.

Et puis, de manière plus générale, j’ai appris à être polyvalent. À répondre à un besoin, même quand ce n’était pas forcément un domaine dans lequel je me sentais à l’aise au départ. J’ai compris que l’essentiel, c’est de faire de son mieux, d’être utile, et de ne pas avoir peur de se lancer pour aider.

À mon retour, j’aimerais continuer dans le domaine de l’environnement. J’ai été accepté dans plusieurs BTS Gestion et Protection de l’Environnement, c’est la formation qui m’attire le plus en ce moment. Maintenant, j’attends de voir quels établissements pourront me prendre en octobre.

Quel conseil donnerais-tu à un ami qui hésite à partir en mission ?

Si tu hésites, prends un moment pour réfléchir à ce que tu veux apprendre et vivre. Le Service Civique à l’international c’est une opportunité de te rendre utile, de te découvrir autrement, de rencontrer des personnes de tous horizons, et de te confronter à des réalités que tu ne verrais peut-être pas autrement. Tu n’as rien à perdre, mais beaucoup à gagner !

© France Volontaires

Le volontariat, une alternative pour les jeunes en décrochage scolaire

En France, le taux de décrochage scolaire — c’est-à-dire le pourcentage de jeunes de 18 à 24 ans qui quittent le système éducatif sans diplôme ni formation — est d’environ 7,6 %. Cela représente environ 100 000 jeunes chaque année concernés, sans qualification officiellement reconnue.  Lorsqu’arrive le moment de s’inscrire dans l’enseignement supérieur via Parcoursup, beaucoup d’entre eux se retrouvent en difficulté : dossier peu valorisé, absence de repères clairs, réorientation mal perçue. Certaines formations restent inaccessibles pour les bacheliers non linéaires ou pour ceux dont les notes ne correspondent pas aux attentes.

Que faire si l’on ne poursuit pas immédiatement d’études ?  Le volontariat, et notamment le service civique interntional, apparaît comme une voie possible : ouvert dès 18 ans, sans condition de diplôme, il permet de s’engager pour 6 à 12 mois, dans des missions très variées, tout en étant indemnisé. Une façon de reconquérir de la confiance de soi, de développer des compétences, et parfois de créer un pont vers de nouvelles orientations professionnelles.

Une Maison des Arts pour sceller trente ans de coopération Nantes–Rufisque

La toute nouvelle Maison des Arts de Rufisque, au Sénégal © lequotidien.sn

Depuis plus de trente ans, les villes de Nantes et de Rufisque (Sénégal) construisent une coopération décentralisée fondée sur la réciprocité, l’échange de savoirs et l’engagement citoyen. Au cœur de ce partenariat : la jeunesse, la culture et l’éducation populaire. Julianne Meheust et Marie-Claire Thiakane, volontaires en mission croisée, incarnent cette dynamique durable, renforcée en 2025 par l’inauguration de la Maison des Arts de Rufisque.

C’est une coopération parmi les plus anciennes entre une ville française et une collectivité d’Afrique de l’Ouest. Depuis 1992, Nantes et Rufisque, ville portuaire de la banlieue de Dakar, tissent des liens autour de projets concrets dans les domaines de l’éducation, de la culture, de l’environnement ou encore de la jeunesse. En plus de trente ans, ce partenariat décentralisé a permis la mise en œuvre de nombreuses actions de terrain, allant de l’appui à l’éducation à la formation des jeunes professionnels, en passant par des échanges culturels, des projets artistiques ou des chantiers de solidarité.

Parmi les réalisations les plus emblématiques : le jumelage des CEMÉA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) des deux territoires, des résidences d’artistes entre Nantes et Rufisque, ou encore la structuration d’une politique locale de gestion des déchets à Rufisque, avec un appui technique nantais. En juin 2025, un nouveau jalon est posé avec l’inauguration de la Maison des Arts de Rufisque, un espace dédié à la création, à la formation et à la valorisation des talents locaux, cofinancé par les deux municipalités et fruit d’un long processus de concertation entre acteurs culturels, associatifs et institutionnels.

C’est dans ce contexte que deux jeunes femmes s’engagent en volontariat de solidarité internationale croisé, avec le soutien de Solidarité Laïque : Julianne, Nantaise, effectue sa mission à Rufisque, tandis que Marie-Claire, originaire de Rufisque, est accueillie à Nantes. Toutes deux portent des projets complémentaires liés à la coopération, à la structuration du tissu associatif et à la valorisation de l’expression artistique. Leur témoignage illustre ce que peut produire, au quotidien, une coopération décentralisée fondée sur la réciprocité et la co-construction.

Quelle est votre mission à chacune ?

Marie-Claire : Je suis chargée d’appui à la coopération décentralisée Rufisque-Nantes. Je réalise notamment une cartographie des acteurs associatifs de la région impliqués dans cette coopération. Je dois évaluer leurs besoins et leurs attentes, et mettre en place des cadres d’échange entre eux et la ville de Nantes. Je suis un peu le « trait d’union » entre les deux. Au sein des CEMÉA, je mène des animations interculturelles et des activités de sensibilisation et de plaidoyer sur les enjeux écologiques, notamment autour de la justice climatique.
Ces activités s’inscrivent dans la continuité de mon expérience associative à Rufisque, où j’ai travaillé dans la gestion de projets durables.

Julianne : Ma mission est avant tout centrée sur le projet de la Maison des Arts de Rufisque. Après son inauguration officielle, un moment fort de ma mission, je participe maintenant à la rédaction du projet d’établissement. Je m’appuie pour cela sur une cartographie des acteurs culturels associatifs de Rufisque. C’est aussi ce qui fait le lien entre nos deux missions. Une fois le projet validé, nous pourrons nous pencher sur les questions de gouvernance, de fonctionnement et de gestion de la Maison des Arts.
Au niveau des CEMÉA, je joue aussi un rôle de pont : je tente de créer du lien entre les acteurs culturels, artistiques et associatifs pour que leurs actions convergent vers des initiatives collectives, notamment autour de la Maison des Arts, plutôt que de rester isolées et éparpillées.

Marie-Claire Thiakane et Julianne Meheust © France Volontaires

Pourquoi s’engager dans le volontariat international ?

M.-C. : C’est une chance pour moi de découvrir un autre pays, une autre ville, de m’ouvrir au monde, mais aussi de comprendre un peu plus le fonctionnement de cette coopération dont j’avais déjà entendu parler au cours de mes expériences passées. Je voulais m’engager pleinement dedans

J. : Lors de mon premier volontariat, j’avais déjà noué des contacts avec le milieu culturel. La façon dont l’écosystème culturel sénégalais fonctionne, « tous ensemble », avec une direction commune, me plait énormément. Et puis, je voulais rester au Sénégal et commencer à m’engager dans le domaine culturel. Le principe de réciprocité m’a aussi beaucoup attirée.

M.-C. : C’est vrai que la réciprocité est très importante dans cette mission et dans la coopération. Cela permet de mutualiser nos compétences et de rompre avec une posture descendante héritée du passé, où seuls des volontaires du Nord étaient envoyés. Les jeunes des pays partenaires ont, eux aussi, des savoir-faire et des expériences à partager.

"La réciprocité est très importante dans cette mission et dans la coopération. Cela permet de mutualiser nos compétences et de rompre avec une posture descendante héritée du passé"

Marie-Claire Thiakane, volontaire de solidarité internationale

Une première impression à partager sur votre arrivée dans votre pays d’accueil ? Quelque chose qui vous a surprises ?

M.-C. : J’avais beaucoup d’appréhensions, notamment concernant le racisme en France et l’accueil que je recevrais, en comparaison avec la culture de la teranga au Sénégal, où l’hospitalité est très ancrée. Mais j’ai été agréablement surprise. L’accueil à Nantes a été chaleureux, et la ville est aussi belle qu’impressionnante

J.: Moi, c’est plus sur Rufisque. Je suis très contente d’être en dehors de Dakar, c’est vraiment une autre culture. Les gens sont très francs, on apprend beaucoup sur soi, notamment à ne pas tout prendre personnellement. Je trouve que ce sont un peu les « Corses du Sénégal ».

Des difficultés rencontrées ?

J. : Étant originaire de la campagne, c’est surtout la pollution de l’air qui me dérange. J’ai toujours un peu de mal à m’y habituer.

M.-C. : Le froid, surtout au début ! Une anecdote me revient : deux jours après mon arrivée, en décembre, je n’étais pas encore habituée à porter des chaussures fermées. En voyant le soleil le matin, j’ai mis des sandales, pensant que ça irait… J’ai vraiment souffert du froid en allant aux CEMÉA. Une fois arrivée, ma référente Isabelle a été très surprise, et elle est immédiatement partie chez elle pour me ramener une paire de chaussures plus adaptées, bien que j’en avais chez moi. Ce geste m’a profondément marquée, c’était très humain.

"Lors de mon premier volontariat, j’avais déjà noué des contacts avec le milieu culturel. La façon dont l’écosystème culturel sénégalais fonctionne, « tous ensemble », avec une direction commune, me plaît énormément"

Julianne Meheust, volontaire de solidarité internationale

Qu’est-ce que vous apporte cette expérience de volontariat international ?

M.-C. : Au regard de ce que cela m’apporte en termes d’apprentissage, de formation, de compétences acquises, je serais prête à me réengager dans le volontariat ou à poursuivre mon engagement dans les domaines de la jeunesse, de la culture ou de l’environnement.
J’ai par exemple initié un projet de podcast intitulé La voix des jeunes pour le climat, dans le cadre du programme Jeunes explorateurs porté par la Mission jeunesse de la Ville de Nantes. Ce podcast donne la parole à des jeunes de Rufisque, Sfax (Tunisie) et Nantes, qui partagent leurs points de vue sur les inégalités climatiques et la justice environnementale. Cette expérience m’a beaucoup marquée et m’a donné envie de poursuivre ce projet, et de le faire plus souvent avec des publics jeunes.

J. : Le volontariat m’ouvre un vaste réseau grâce à ma mission impliquant des acteurs associatifs et institutionnels. Cela m’a permis de comprendre en très peu de temps comment cet écosystème sénégalais fonctionne.
Le volontariat permet aussi de rencontrer de nombreux autres volontaires, de pays et d’âges différents, qui partagent une ouverture d’esprit et des aspirations similaires.

La coopération entre les villes de Nantes et Rufisque : une longue histoire

Initiée en 1992 par feu Mbaye Jacques Diop (alors maire de Rufisque) et Jean-Marc Ayrault (alors maire de Nantes), la coopération entre les deux villes repose sur de multiples leviers culturels et politiques : échanges de jeunes Sénégalais et Français, projets communs entre associations, rencontres entre acteurs culturels, notamment dans le domaine du cinéma, et cofinancements, comme pour la Maison des Arts.

Bio express

Depuis décembre 2024, Julianne, Nantaise et Franco-Allemande, réalise son deuxième volontariat de solidarité internationale auprès de la ville de Rufisque et des CEMÉA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) de Rufisque, après une première mission au Sénégal avec l’association SOS Sahel. Marie-Claire, originaire de Rufisque, effectue quant à elle son premier volontariat auprès de la ville de Nantes et des CEMÉA Pays de la Loire / antenne de Nantes, après des études dans le domaine des industries culturelles et créatives.
Julianne Meheust et Marie-Claire Thiakane
Volontaires de solidarité internationale

La Maison des Arts de Rufisque vient compléter l’offre d’équipements culturels de la région, au côté du Grand Théâtre national de Dakar. © France Volontaires

À Pondichéry, la culture au cœur des échanges

La représentation revisitée de Hamlet, donnée par le collectif Le Poulpe à l’Alliance française de Pondichéry. © collectif Le Poulpe

À Pondichéry, la coopération culturelle illustre la vitalité des échanges franco-indiens. Volontaire de solidarité internationale, Loula Pasquiet accompagne la Région Centre-Val de Loire dans la mise en œuvre de projets conjoints avec le Tamil Nadu et le Territoire de Pondichéry, de la résidence théâtrale du collectif Le Poulpe au Local Food System Festival…

Depuis 2008, la Région Centre-Val de Loire a tissé un partenariat étroit avec l’État du Tamil Nadu et le Territoire de Pondichéry, dans le sud-est de l’Inde. Cette coopération décentralisée s’articule autour de l’économie, de la recherche et de la culture. C’est là que s’inscrit la mission de Loula Pasquiet, volontaire de solidarité internationale (VSI).

Aux Arts, Lycéens et Apprentis : une scène interculturelle à Pondichéry

Parmi les projets récents, Loula a suivi de près l’accueil du collectif ligérien Le Poulpe au lycée français international de Pondichéry. Né en 2017, Le Poulpe rassemble des artistes de théâtre dont la démarche repose sur la pluralité, la confrontation des points de vue et la recherche d’un langage scénique commun. Un théâtre qui crée du lien, ouvre au débat et met l’interprète au centre du processus créatif, sans jamais perdre l’esprit initial : inventer des formes accessibles à tous, où l’on croise textes classiques, faits divers ou récits intimes. Le Poulpe revendique un théâtre « exigeant et pour tout le monde », qui va au-delà de la simple représentation, avec des événements conviviaux, des performances et des rencontres avec le public

À Pondichéry, les artistes du collectif ont mené une résidence avec deux classes de  lycéens de Seconde. De ce travail est née une version revisitée de la pièce Hamlet mélangeant improvisations, lectures et jeux de scène. Loula a accompagné le projet de bout en bout : « L’interculturalité, ça marche à fond sur des projets artistiques… c’est toujours super intéressant de notre côté, en tant que VSI, comme on est sur le terrain de pouvoir voir tout ça ».

Le dispositif Aux Arts, Lycéens et Apprentis International !, porté par la Région, a ainsi pris corps à l’Alliance française, transformée pour l’occasion en scène de théâtre. Plus qu’une simple résidence, l’expérience a donné à ces élèves de Seconde l’occasion de se découvrir autrement, et aux artistes du Poulpe un terrain inédit d’expérimentation.

Patamil et le Local Food System Festival : quand la culture croise l’alimentation

Mais la mission de Loula ne s’arrête pas au théâtre. Elle s’implique aussi dans le projet Patamil, vaste programme de recherche-action porté par les universités de Tours, d’Orléans et de Pondichéry, avec des ONG indiennes et des lycées agricoles de la Région Centre. Son objectif : réfléchir à la justice alimentaire et à des systèmes agricoles durables, en France comme en Inde.

« Concrètement, j’ai pu participer à l’élaboration d’un festival, qui implique le grand public, la société civile, les institutions de recherche », raconte Loula.

Le festival a rassemblé chercheurs, étudiants, agriculteurs et habitants autour d’animations, de conférences et de visites de fermes en circuit court. Une délégation française y a pris part, composée d’acteurs de la Région Centre-Val de Loire : des agriculteurs ou chefs restaurateurs qui ont pu venir aussi pour s’inspirer des modèles qui étaient déjà mis en place en Inde et qui fonctionnent bien et eux partager leur expertise.

Au-delà de la recherche, ce projet a pris la forme d’un espace culturel et citoyen, où l’on échange savoir-faire, récits et pratiques, comme sur une grande scène ouverte à la société civile.

"Cette expérience est stimulante, à la fois dans les rencontres, les découvertes et les nouveaux centres d’intérêt qu’elle fait émerger»

Loula Pasquiet, volontaire de solidarité internationale

Ces premiers mois en Inde ont déjà marqué Loula. « C’est beaucoup de choses à gérer en même temps, mais j’étais prête, je pense: Cette expérience est stimulante, à la fois dans les rencontres, les découvertes et les nouveaux centres d’intérêt qu’elle fait émerger ». Alors que son volontariat se poursuit, elle mesure combien ce dernier renforce ses envies pour l’avenir : « Je sais que je n’aurai aucun mal à valoriser cette expérience », conclue-t-elle.

Bio express

Loula Pasquiet a 25 ans. Elle a un master en anthropologie avec une spécialisation en anthropologie du développement obtenue à l’Université Paris Cité. Après un stage au GRET dans le Gorgol (Mauritanie), elle est devenue chargée des appels à projets chez Hypra, une entreprise solidaire d'utilité sociale spécialisée dans l'inclusion numérique des personnes en situation de basse vision. Elle est désormais en mission pour deux ans en tant que VSI en Inde.
Loula Pasquiet
Volontaire de solidarité internationale

Vingt ans après, une volontaire guadeloupéenne revient sur son engagement en Guinée

Myriam Malo, “volontaire du progrès” au début des années 2000, a partagé son expérience avec des candidates au départ en volontariat lors d’une formation au départ courant juillet. © France Volontaires

Myriam Malo a fait partie des premiers volontaires de Guadeloupe partis en volontariat international en Guinée, en Afrique de l’Ouest. Déployée au début des années 2000 par l’Association Française des Volontaires du Progrès (l’ancien nom de France Volontaires), sa mission consistait à appuyer et orienter les autres volontaires du progrès (VP) tout au long de leur mission.

A l’occasion d’un stage de préparation au départ de volontaires, l’antenne de France Volontaires aux Antilles a accueilli Myriam Malo dans ses locaux afin d’animer l’un des modules de la formation. L’occasion pour cette ancienne « volontaire du progrès » (VP), comme on les appelait avant l’apparition du Volontariat de solidarité internationale en 2005, de témoigner auprès des nouveaux partants, et de partager son regard sur cette expérience, une vingtaine d’années après sa mission.

Les débuts en volontariat international en Guinée Conakry

« On nous appelait les VP et les VPettes », s’amuse d’emblée Myriam, face aux volontaires présentes pour l’occasion. Celle qui était alors en mission « Information et Formation » (VIF) durant trois ans explique sa démarche : « J’avais déjà quitté la Guadeloupe et j’accompagnais ceux pour qui c’était un premier départ ». Tout comme c’est le cas aujourd’hui, il y avait alors énormément de profils différents, des Bac + 3 aux ingénieurs. 

Myriam, curieuse de tout et multi-casquettes avait contribué à différentes missions, découvrant des secteurs d’activités allant de « l’élevage à l’agriculture, en passant par la mise en place de coopératives, et même la prévention santé, sans oublier l’encadrement de volontaires au sein de leur nouvel univers ».

Pour Myriam, vivre à l’étranger, c’est vivre tout plus fort.  Durant la mission, « On vit tout doublement, voire triplement. Il est important de prendre du recul et de faire le point sur soi. À l’étranger, hors de notre zone de confort, on est beaucoup plus vulnérable. On ne s’en rend pas compte, mais nos émotions sont décuplées, on les vit puissance deux.  D’un côté, c’est très bien car on profite du moment présent, mais d’un autre côté, il faut savoir rester lucide sur les enjeux de notre présence, même si l’expérience est intense. On peut aussi avoir l’impression, poursuit-elle, que personne ne peut comprendre ce que l’on vit ou ce qu’on a vécu. »

«À l’étranger, hors de notre zone de confort, on est beaucoup plus vulnérable. On ne s’en rend pas compte, mais nos émotions sont décuplées, on les vit puissance deux. »

Myriam Malo, ancienne volontaire du progrès et désormais formatrice et animatrice à la radio.

C’est la raison pour laquelle elle incite les participantes à garder un contact régulier avec leur famille, des proches qui savent qui on est et peuvent parfois nous rappeler nous-mêmes. Néanmoins, pour Myriam, il faut aussi savoir faire la part des choses entre la réalité des faits et les clichés qui alimentent parfois la vision de ceux qui sont restés au pays. 

Vivre son volontariat intensément et créer du lien avec la population

Pour Myriam, le secret d’un volontariat réussi tient autant dans l’ouverture aux autres que dans la simplicité des instants partagés. Même si le choc culturel n’a pas été aussi marqué qu’elle l’imaginait, les premiers jours ont eu leur lot d’inconforts. Une fois ces repères trouvés, elle s’est pleinement ouverte à son environnement : danser, pratiquer un sport local, apprendre la langue, observer la faune et la flore… « C’est en Guinée que j’ai découvert ce qu’était une buse ! » lance-t-elle en riant. Et de conclure : « Pour s’épanouir, il faut vivre la mission au-delà du cadre professionnel, en passant du temps avec les habitants. Ce sont ces moments simples, hors de toute obligation, qui créent des liens durables et font naître de vraies amitiés. »

Au fil de l’entretien, la conversation glisse vers la question de la valorisation de la mission et de la manière d’en garder une trace, pour soi comme pour les autres. L’expérience est, selon Myriam, si intense qu’elle peut sembler fugace, au risque de s’effacer avec le temps. D’où ses conseils : photographier, documenter, consigner. Elle recommande de tenir un carnet de bord en deux volets. L’un, personnel, pour revenir sur ses activités, ses choix, ses émotions ; l’autre, professionnel, pour consigner les tâches accomplies, les compétences acquises et les méthodes déployées dans un contexte souvent éloigné de sa zone de confort, avec peu de moyens mais des objectifs à atteindre. Plus qu’une simple chronologie, ce journal permet de mesurer les évolutions profondes, de suivre la manière dont le regard sur le monde se transforme au fil des mois, et d’exercer une réflexion sur son parcours.

Préparer le retour et valoriser son expérience de volontariat

Ce même carnet devient un appui précieux au moment du retour. Si le « choc culturel » à l’arrivée est bien identifié, celui du retour reste souvent sous-estimé, alors qu’il s’agit d’une étape déterminante. Myriam en sait quelque chose : après trois années de mission, il a fallu réapprendre à trouver sa place, se réinsérer dans le marché de l’emploi et faire reconnaître la valeur de l’expérience acquise. Malgré un master en information et communication et trois ans de terrain à l’international, la recherche d’un poste s’est révélée plus complexe que prévu. Entre le manque de reconnaissance de certains recruteurs et les évolutions du secteur depuis son départ, elle a dû revoir ses ambitions et élargir ses perspectives. Un événement familial l’a finalement ramenée en Guadeloupe, où elle s’est formée au métier de conseillère en insertion, spécialisée dans l’accompagnement à la formation et la levée des freins périphériques.

Les difficultés professionnelles surmontées, d’autres, plus personnelles, ont pris le relais. Myriam parle volontiers de ce « déphasage culturel » ou, plus simplement, du « choc du retour » : la nécessité d’accepter que, même si l’on retrouve son territoire, rien n’est tout à fait comme avant. Le système de valeurs évolue, les priorités changent. Retrouver sa place suppose de la patience, d’accepter le temps d’adaptation nécessaire et de rester attentif aux moments de flottement ou de découragement qui peuvent en découler.

« Avoir la liberté de partir est un luxe. Un séjour à l’étranger doit être alimenté par une profonde réflexion, une conscience de soi et de ce que cela implique en termes d’organisation personnelle. »

Aujourd’hui, Myriam ne se voit plus repartir. Elle garde un lien fort avec la Guinée et a envisagé d’y retourner, mais la vie quotidienne, les engagements pris et les contraintes financières ont eu raison du projet. Sa certitude est désormais inverse à celle qu’elle avait au moment de partir : sa place est ici. Elle dit aimer la diversité de son travail et y voir une continuité avec son désir initial de transmettre et de partager la joie de vivre. Forte de son parcours, elle insiste : un départ à l’international se prépare et se mûrit. Les motivations doivent être claires, réfléchies, et ne pas relever d’un simple besoin de changement. « Avoir la liberté de partir est un luxe, souligne-t-elle. Un séjour à l’étranger doit être alimenté par une profonde réflexion, une conscience de soi et de ce que cela implique en termes d’organisation personnelle. »

La question n’est pas tant de savoir s’il faut partir ou rester, conclut-elle, mais de comprendre pourquoi l’on souhaite partir.

Volontaires du progrès : l’esprit pionnier

Né en 1963 dans le sillage du Corps de la paix américain de John F. Kennedy, le statut de « volontaire du progrès » est lancé par le général de Gaulle et son ministre de la Coopération, Raymond Triboulet. Objectif : offrir à de jeunes Français la possibilité de partir soutenir des projets de développement aux quatre coins du monde. Reconnu et cofinancé par l’État, ce dispositif a marqué toute une génération d’engagés, sur des missions longues et exigeantes. En 2009, l’Association française des volontaires du progrès (AFVP) devient France Volontaires, pivot de la coordination et de la promotion du volontariat.

Myriam, lors de la formation au départ courant juillet. © France Volontaires

Bio express

Diplômée en info-communication à l’université de Villetaneuse, Myriam Malo est responsable pédagogique au sein d’un centre de formation des apprentis en Guadeloupe.  Elle a été correspondante de France Volontaires en Guadeloupe pendant six ans, de 2010 à 2016. Elle a également effectué des déplacements en Haïti à la rencontre de volontaires et a accompagné des associations d’éducation populaire telles que les centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMÉA). Engagée dans l’association Kilti Kontré, en 2020, à la suite de la crise du Covid, elle a contribué à la mise en place de la web radio Radyo Kotkarayib.

Dans le bois de Vincennes, des jeunes du monde entier cultivent leur engagement écologique

 Séance d’observation de la faune et de la flore dans l’arboretum du bois de Vincennes © France Volontaires

Ils viennent d’Italie, d’Espagne ou de République tchèque, ont entre 15 et 18 ans, mais partagent déjà une conscience aiguë des enjeux environnementaux. Pendant deux semaines, ces jeunes volontaires ont participé à un chantier international au cœur de l’école du Breuil, pour apprendre, transmettre… et vivre ensemble.

Ce matin-là, le soleil filtre à travers les feuillages du bois de Vincennes. Une quinzaine de jeunes volontaires, sac sur le dos et carnet à la main, s’enfoncent dans les allées paisibles de l’arboretum de Paris, accompagnés de Pierrot, leur guide du jour. Spécialiste de botanique et enseignant à l’école du Breuil pendant l’année, il anime un atelier de découverte de la flore et de l’avifaune locale, dans le cadre du chantier international porté par l’association Études et Chantiers Île-de-France, membre du réseau Cotravaux.

 À la découverte des bienfaits cachés de l’ortie. © France Volontaires

« Regardez ces feuilles d’ortie : on peut les ramasser à la main et même les manger », lance Pierrot en français avant de traduire en anglais. Amusé, il scrute le regard des jeunes qui semblent douter de ses paroles. Puis, d’un geste sûr, il froisse la plante entre ses doigts, sans sourciller. « Le secret, c’est de plier l’ortie dans le bon sens pour neutraliser les poils urticants », explique-t-il. Quelques volontaires s’approchent, intrigués. Un Espagnol tente l’expérience, prudemment, avant de croquer une feuille avec un rire nerveux. « It tastes like spinach! », s’exclame-t-il. Autour de lui, les appréhensions tombent. L’atelier se transforme en dégustation improvisée de ce que Pierrot appelle « la mauvaise herbe la plus nutritive d’Europe, avec 6 à 8 grammes de protéine pour 100 grammes ».

Chantier international : quand des jeunes volontaires s’engagent pour l’environnement

À ses côtés, des regards curieux se penchent, des téléphones capturent, des questions fusent dans un anglais parfois balbutiant mais parfois plus sûr. Une volontaire note soigneusement les noms latins, pendant qu’un jeune romain récupère une feuille pour son herbier personnel.

Depuis plus de 30 ans, les chantiers de jeunes bénévoles permettent à des adolescents et jeunes adultes du monde entier de s’engager dans des projets utiles, concrets et solidaires. À Paris, c’est sur les terres verdoyantes de l’école du Breuil que cela se passe cette année. Une oasis de biodiversité où les participants contribuent à l’entretien des jardins, à la valorisation de la faune et de la flore, et à des animations de sensibilisation à l’environnement.

 © France Volontaires

L’idée : mêler action collective et apprentissage. « On n’est pas là pour faire du jardinage décoratif, mais plus pour comprendre comment fonctionne un écosystème urbain », précise Pierrot, qui anime également des ateliers sur les plantes comestibles ou la reconnaissance des chants d’oiseaux.

L’ambiance est studieuse mais détendue. Ce matin, le groupe observe les arbres remarquables du parc, et lève les yeux au ciel pour repérer quelques oiseaux remarquables. Outre des corneilles et autres passereaux communs, les jeunes voient un héron s’envoler lourdement quand ils approchent d’un étang.

« Je ne pensais pas qu’on pouvait trouver une telle diversité au cœur de Paris », s’étonne une jeune volontaire espagnole de 16 ans. « Chez moi, la végétation est beaucoup plus sèche. Ici, c’est un autre monde. »

Le chantier ne se limite pas à l’observation : les jeunes participent aussi à des travaux concrets. L’an dernier, les volontaires avaient réalisé des relevés de faune et de flore pour enrichir les données de l’école et initier les visiteuses et visiteurs aux sciences participatives. Cette année, l’objectif est de fabriquer un mur de nichoirs adaptés aux espèces locales, afin de favoriser la biodiversité et d’encourager l’observation des oiseaux.

Au fil des jours, chacun trouve sa place, selon ses compétences. Encadrés par deux animateurs, les jeunes évoluent en petits groupes. Les échanges sont facilités par l’anglais, et des affinités se créent petit à petit.

Une expérience immersive pour des volontaires venus du monde entier

Ici, pas d’hôtel ni de résidence étudiante : les jeunes campent directement sur le site, sur une vaste pelouse mise à disposition par l’école. Tentes, douches, cuisine collective… une organisation rudimentaire mais joyeuse, propice aux liens. « On cuisine tous ensemble, à tour de rôle. D’ailleurs il faut qu’on réfléchisse au menu du soir avec l’équipe de cuistot du jour », anticipe Ludovica, animatrice du chantier.

Les soirées sont ponctuées de jeux, de discussions sur l’écologie, ou de simples moments à se reposer. Et dans ce quotidien collectif, les apprentissages vont bien au-delà de la botanique. « Ce chantier, c’est une école de la nature, mais aussi de la vie en commun », résume Ludovica. « Ils sont encore mineurs, donc certains sont parfois timides, voire en retrait, mais ils repartent deux semaines plus tard avec des souvenirs, des amitiés, et une conscience élargie du monde. »

Des chantiers internationaux, pour quoi faire ?

Ce chantier s’inscrit dans un réseau plus large de projets de volontariat international, soutenus notamment par l’association Cotravaux, membre de France Volontaires. Chaque été, des centaines de jeunes participent à ces chantiers en France et à l’étranger, dans des domaines aussi variés que le patrimoine, l’environnement, la solidarité ou la culture. Une façon, aussi, de poser les bases d’un engagement citoyen, dans un cadre peu formel et ouvert sur le monde.