Avec environ 100 000 francophones, soit près de 31 % de sa population, le Vanuatu occupe une place singulière dans l’espace francophone du Pacifique. Dans cet archipel où cohabitent le français, l’anglais, le bichlamar et plus d’une centaine de langues vernaculaires, la transmission du français passe aussi par les médias. Pendant 24 mois, Gwladys Marguerite a contribué à cette dynamique au sein de l’Université nationale de Vanuatu, notamment en animant une émission de radio en français.
Dans le Pacifique Sud, la Francophonie s’inscrit dans un environnement linguistique particulièrement riche. Le Vanuatu, indépendant depuis 1980 et membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) depuis 1979, compte trois langues officielles : le français, l’anglais et le bichlamar (ou bislama). Le français y reste une langue de communication, d’enseignement et de coopération, soutenue par des institutions comme le lycée français et l’Alliance française de Port-Vila, ainsi que par de nombreuses initiatives éducatives et culturelles.
Mais faire vivre la Francophonie ne consiste pas seulement à préserver la place du français dans les institutions. Il s’agit aussi de multiplier les occasions de le pratiquer, de le faire entendre et de le transmettre aux nouvelles générations, sans le dissocier des langues et des cultures locales. C’est dans cette perspective que Gwladys Marguerite a effectué une mission de 24 mois à l’Université nationale de Vanuatu, où elle a notamment développé un rendez-vous radiophonique consacré à la vie universitaire.
Francophonie au Vanuatu : une émission de radio en français
Recrutée en novembre 2024 dans le cadre du programme V-Francophonie en tant que volontaire de solidarité internationale (VSI), Gwladys a rejoint le Centre de langues de l’Université nationale de Vanuatu pour organiser des activités culturelles et renforcer la visibilité de la Francophonie sur le campus. Son expérience professionnelle dans l’événementiel à Paris l’a amenée à coordonner des rencontres avec des partenaires locaux et francophones, mais aussi à développer un projet appelé à rythmer ses semaines : une émission de radio en français.
Un atelier d’écriture autour de la langue française. © DR
En partenariat avec un média audiovisuel local (l’équivalent de France Télévisions sur l’archipel), un partenariat a ainsi été mis en place autour d’un programme d’une demi-heure, diffusé chaque mardi après-midi. Gwladys en a assuré l’animation pendant deux ans : « L’idée était de parler de l’actualité de notre université et de ce qui y est organisé, avec à la fin une chronique linguistique présentant des mots emblématiques, liés à la terre, à la culture et à différents aspects de la vie locale au Vanuatu. Cela permettait aux Vanuatais francophones qui nous écoutent, mais aussi aux éventuels auditeurs français, de comprendre le lien entre la langue et la culture », détaille-t-elle.
Un moyen de faire entendre le français en dehors des salles de cours, à travers un format accessible et régulier.
Langues du Vanuatu : faire dialoguer le français et les cultures locales
Une approche qui fait écho à la réalité plurilingue du pays. Car si le français occupe une place officielle et historique, il cohabite avec le bichlamar et les nombreuses langues des communautés. L’enjeu n’était donc pas de les opposer, mais de favoriser leur coexistence et leur transmission. Même si l’impact du programme reste difficile à mesurer, Gwladys a néanmoins constaté des signes positifs, comme lors de certains événements ouverts au grand public organisés à l’université, où des personnes venaient lui parler du programme.
Au-delà de la radio, la mission de Gwladys a également été marquée par l’organisation d’événements culturels, de rencontres avec des partenaires francophones et de projets autour de la recherche. Cette expérience lui a permis de travailler avec des interlocuteurs variés et de s’adapter à un environnement professionnel différent de celui qu’elle connaissait à Paris. « Il a fallu s’adapter de A à Z pour tout et parfois faire des choses à la dernière minute », s’amuse-t-elle, rappelant que le rythme de vie n’a rien de commun entre la capital française et son homologue dans le Pacifique.
© DR
Même si mission ne devrait pas être renouvelée, l’émission ne va pas disparaître pour autant : ses collègues de l’université devaient reprendre certaines activités et le partenariat audiovisuel a vocation à se poursuivre. Une étape importante pour que l’émission et les initiatives engagées ne s’arrêtent pas avec le départ de la jeune volontaire.
Au terme de ces deux années, l’émission aura surtout permis de faire entrer la Francophonie dans le quotidien de l’université, au-delà des cours et des événements ponctuels. « Pour moi, ça a été une expérience exceptionnelle, de pouvoir faire autant de choses, avec des publics si différents. C’est ce mélange qui fait qu’à la fin, j’ai le sentiment d’avoir grandi », conclut Gwladys.
La Francophonie au Vanuatu : un enjeu de coopération régionale
État plurilingue indépendant depuis 1980, le Vanuatu compte environ 2 150 ressortissants français et le français demeure l’une de ses trois langues officielles, utilisée par environ un tiers de la population. La coopération française vise à soutenir la pérennité de la Francophonie dans le Pacifique, en lien avec les priorités des deux pays. Elle s’appuie notamment sur l’Alliance française de Port-Vila, le lycée français Le Clézio et l’Université nationale de Vanuatu. L’ambassade de France, l’Agence française de développement et France Volontaires, notamment au travers du programme V-Francophonie, contribuent également à cette dynamique, qui associe enseignement, culture et coopération universitaire. La proximité de la Nouvelle-Calédonie renforce ces échanges éducatifs et linguistiques.
Soixante ans de volontariat au Vanuatu
En août 2026, France Volontaires a inauguré à l’Alliance française de Port-Vila l’exposition Portraits & Histoires : 60 ans de volontariat français au Vanuatu. À travers 27 portraits, celle-ci retraçait six décennies d’engagement, depuis l’arrivée du premier volontaire français en novembre 1966. Une rétrospective qui rappelle que, malgré la diversité des parcours et des missions, le volontariat repose sur une même dynamique de coopération et d’échange, et continue de se renouveler, notamment avec le développement des missions de réciprocité dans le Pacifique.
Une exposition à laquelle a participé Gwladys : « En tant que volontaire actuellement en poste, j’ai été d’autant plus touchée de lire les portraits des anciens dans lesquels j’ai appris beaucoup de choses sur chacun. J’étais très émue de voir cette communauté aussi grande, aussi forte et toujours aussi présente au Vanuatu. Malgré nos différents horizons, nos univers et parfois même nos cultures différentes, nous nous sommes tous retrouvés ici portés par un même engagement pour la coopération, et nous repartons tous, je crois, avec cette même chose en commun : avoir développé un attachement bien plus que particulier au Vanuatu ».